Léo 68

Qui mieux que Léo Ferré pourrait accompagner l’anniversaire des cinquante ans de mai 68 ? Il y a cinquante ans,  jour pour pour, Ferré se produisait à Paris…

Vendredi 10 mai 1968 : avec son ami pianiste, Paul Castanier, génie de l’improvisation jazzique, Ferré chantait à un Gala de la Mutualité à Paris, alors que Paris s’embrasait. Resté inédit, ce concert figure désormais dans un solide coffret, Léo Ferré – Mai 68 (*). Outre deux CD thématiques avec quelques chansons impliquées splendides – de Franco la muerte et cette formule choc « T’es pas Lorca, t’es sa rature ! » à Thank you Satan-  ce coffret propose donc la captation du spectacle que Ferré débute avec La Mort, évocation à la sombre mélodie en mineur de la camarde qu’il chanta si souvent, comme Brassens. Outre des chansons d’amour, – Le Bonheur, Le Lit, les Testament – Ferré monte en puissance avec un chant qui est comme un écho de ce qui se passe dans les rues du Quartier latin.

Les Anarchistes  (version Bobino 69)

Lire la suite

Publicités

Sidi Wacho : un retour pimenté

A la sauce latine relevée, Bordeliko est le deuxième disque de Sidi Wacho. Un groupe qui distille une pêche des familles en signant des textes rebelles et toniques en diable.

Un groupe formé d’un Chilien de Valparaiso, d’un natif de Roubaix, d’un autre de Lima comme de Barbès, ça fait un sacré cocktail. Musicalement, Bordeliko (*) chasse large entre boucles hip-hop et rythmes latinos qui donnent des fourmis dans les jambes.

Assumant totalement un identité « bordélique », la groupe formé de deux MC’S (Benja et Saidou), d’un trompettiste, d’un accordéoniste et d’un percussionniste est du genre nomades et rebelles.Et dans Te gusta la cumbia, le groupe Sidi Wacho lance : « On n’est pas des génies mais on a du caractère » et le prouve, de morceau en morceau, dans des parties rythmiques endiablées, à la Manu Chao.

Au détour d’une chanson,  Comme un pauvre, surgit une trompette et son solo mélancolique sur une musique qui fleure bon les westerns d’antan, même s’il y  est question d’amour et non de duel au soleil : « J’t’aime comme un pauvre/ Comme un prolétaire/ J’ai pas grand chose à t’offrir/ Je suis interdit bancaire. »


Lire la suite

Adrienne Pauly réveille la bête…

A l’image de son clip de L’excusemoihiste, où apparaît une ex-vedette de la météo, le nouvel album d’Adrienne Pauly est un ouvrage (longtemps attendu) audacieux, ironique, tonique.

Onze ans de silence radio. Il est vrai, depuis le succès de J’veux un mec, qui révéla cette dame brune au grand public, Adrienne Pauly avait opté pour les chemins de traverse, pris les risques du silence. Mais doutait-elle ? Fallait-il « l’ouvrir la boucler? Partir rester? Si tu sais plus c’que tu fous là et qu’dans ton miroir, c’est le trou noir. » Qui le sait sauf la principale intéressée ?

Cela dit, Adrienne Pauly a mis à profit cette longue pause musicale pour tenter d’autres aventures, retrouver ses premières amours et  tourner notamment dans deux films de Chabrol (Au cœur du mensonge, en 1999 et Bellamy, en 2009( film qui lui valut le Prix du meilleur second rôle féminin au Festival Jean Carmet de Moulins), ou pour Jean-Pierre Mocky (La Bête de miséricorde, en 2002). Et on se souvient encore de sa prestation sur Arte dans La Tueuse, de Rodolphe Tissot.

De retour à la chanson, cet enfant de la chanson réaliste et de Serge Gainsbourg dont on mesure à l’écoute de ce nouveau disque l’indéniable influence, a tôt fait de retrouver ses marques et de prouver son talent d’interprète. Et de réveiller « la bête qui dort » en elle, pour paraphraser le titre d’une de ses nouvelles chansons. Lire la suite

Monsieur Chouf, crooner social

D’abord il y a la voix, rauque, puissante. Ensuite, il y a les mots qui sortent de certaines banalités musicales actuelles. Enfin, il y a une vraie personnalité, vibrante. Monsieur Chouf revient avec un quatrième album puissant et bigarré : Volatils (*).

Chez Monsieur Chouf, si le poing est parfois (souvent) levé, il n’oublie pas non plus la poésie d’un monde à réformer ni les rêves volés. En jouant sur une large palette musicale – rock dans Les Êtres jetables; manouche par les guitares dans Magie noire; plus swing avec Des aveugles par exemple – Monsieur Chouf, autre figure de la bande des Toulousains de la chanson, évoque tous les sujets qui le touchent.

Le Cimetière des oiseaux est ainsi une évocation sombre des errances des migrants qui ont endeuillé bien des écrans cathodiques sans jamais vraiment faire réagir  politiques et citoyens. Il chante ainsi : « Verrouillés les frontières/ Cadenacés/ Leurs rêves/ Tombés du ciel/ Sur le miroir de l’eau/ Morts les oiseaux. »

Lire la suite

La médiocre République des adieux…

Des funérailles nationales pour Johnny après un hommage aux Invalides pour Jean d’Ormesson et tout ça dans un battage médiatico-politique indécent et un Président des adieux. Et si on redescendait sur terre ?

Certes Johnny Hallyday a été un grand nom du rock français doublé d’un homme cordial : ayant eu l’occasion de l’interviewer à plusieurs reprises, je peux le confirmer… comme tant d’autres. Certes, Jean d’Ormesson était un homme d’une certaine époque, un lettré doublé d’un habile courtisan.  Certes, le président Macron se prend pour Bonaparte. Mais, de là à faire organiser des funérailles nationales à un rebelle prêt à bien des excès et à subir un discours présidentiel dans une église – alors que même que les religions sont à l’origine d’un pourrissement  de notre climat social-  et de là à faire passer Jean d’Ormesson pour François-René de Chateaubriand, il y a une limite que le sens du ridicule aurait dû convaincre certains de ne pas franchir.

Pour pimenter le tout, nous avons les égarements médiatiques d’une étonnante médiocrité où des évènements graves – la décision de Trump de déplacer l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem- sont évoqués souvent de manière lapidaire pour laisser la place à des directs où le consternant le dispute à l’anecdotique sur fond de pathos qui rappelle les vieilles règles médiatiques des jeux du cirque. « Du pain et des jeux » pour distraire le bon peuple des sujets graves, et politiquement dangereux… Lire la suite

Mr Yéyé : un moteur hybride

Hybride , c’est le nouveau scud de Mr Yéyé, un artiste fonceur, décomplexé et qui sait se jouer, avec brio, de ces réseaux sociaux qui envahissent notre quotidien. Pour le pire et – parfois – le meilleur.

En tournée avant de poser matériel et musiciens sur la scène du Nouveau Casino (Paris) le 2 novembre prochain, Mr Yéyé a construit sa notoriété tout seul, via You Tube. Avec Hybride, il propose un album(*) à son image : audacieux et agressif, quitte à dérouter son monde. Mais l’artiste a de l’énergie à revendre son électricité et une imagination qu’il ne bride jamais.

Pour Mr Yéyé, tout a commencé  du côté de la Bretagne avec une grande claque sur le museau, le jour où son groupe de lycée explose en vol. Nous sommes en 2012, et Mr Yéyé n’est pas du genre à garder sa chambre pour dépression chronique. Dans cette solitude forcée, il choisit de voyager musicalement en solitaire en tentant tous les chemins de traverse. Grâce à sa chaîne You Tube où, en toute indépendance, il poste morceaux et clips auto-réalisés au compte-goutte, il parvient au 40 000 abonnés. Au passage, Mr Yéyé n’hésite pas jouer sur le détournement de chansons existantes, des mélodies de Shaka Ponk ou Stromae à Indila et même Kendji Girac.

Lire la suite