Gilles Servat devient classique

Après  cinquante ans de scène, Gilles Servat garde chevillés au corps et à la voix l’instinct de liberté et celui de créer. Le sens de la révolte aussi. Avec À Cordes déployées (*), il réinvente son univers en quatuor classique. Et ça a de la gueule !

Qu’importe le lieu de naissance ! Gilles Servat a beau avoir vu le jour à Tarbes le 1er février 1945, il est avant tout un grand défenseur de la culture bretonne armoricaine et des autres langues celtiques. Après 70 ans… à l’ouest !!!, en 2017, le voilà revisitant quelques belles pièces de son répertoire dans un écrin classique et poétique, avec les arrangements délicats de Mathilde Chevrel, par ailleurs violoncelliste. Entourée de Philippe Turbin, au piano et Floriane le Pottier au violon, elle donne à entendre d’une nouvelle manière ces chansons inscrites dans nos mémoires. La preuve avec la chanson d’ouverture, Les Prolétaires où le solo de violoncelle répond aux arpèges délicats du piano. Et ces mots prophétiques : « Hitler le disait déjà : « Un chômeur n’est pas rentable/ Un soldat ça coûte moins cher et c’est bien plus raisonnable ! »

Avec une telle enveloppe sonore, les vers de Gilles Servat trouve une seconde jeunesse. Y compris sa célèbre Blanche hermine, ce magnifique hymne poétique sur la révolte, qui devient La Blanche sonatine, de très belle facture. Pour évoquer cette nouvelle aventure, Gilles Servat souligne : « Si ce n’est pas à mon âge qu’on prend des risques et qu’on se remet en question, c’est quand ? La routine est mortelle pour un artiste. »

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La complainte du voyageur

VINTAGE

1979. Avec Pouvoirs, Bernard Lavilliers signait un disque où figurait ce long texte aux accents à la Léo Ferré. On pouvait en extraire quelques moments plus forts comme La Peur ou Urubus.

Marqué par ses errances dans le Sertão et les régions brésiliennes, Lavilliers l’évoque une fois de plus dans cette chanson allégorique qui porte le nom de ce vautour que l’on voit souvent dans les rues des villes d’Amazonie comme Belem et son célèbre marché  : Ver-o-peso, grand marché journalier au bord du fleuve où l’animation le dispute aux odeurs lourdes et parfois rances dans une touffeur tropicale qui pèse comme un couvercle.

« Urubus, vous n’avez pas de cri
Cri de chasse, cri d’amour, cri de peur
Urubus, vous attendez qu’on meure
Mort de faim, mort d’amour, mort de peur. »

Et l’intégrale du texte revisité aux Francofolies en 2016

Acquin : plongée en eaux troubles

Chanson-Rock

Indéniablement, Bareback dénote dans l’univers sonore actuel : Acquin s’y inscrit dans la droite ligne d’un Daniel Darc avec un univers évoquant de douces violences et bien des méandres amoureux dans un univers sonore singulier.

Après Les Choix esthétiques, premier EP qui a attiré les oreilles en 2016, Acquin – un de ces noms qui se prêtent à bien des interprétations et des jeux sonores – a poursuivi sa route, marqué par la rencontre avec Frédéric Lo. Une rencontre logique tant Acquin a été marqué par le travail fait avec Daniel Darc sur Crève cœur, un album qui le toucha particulièrement. Tout naturellement, Bareback est un lien esthétique fort entre celui qui n’est plus et celui qui est en devenir.

Accompagné d’un quatuor rock formé de Thomas Chalindar à batterie; Olivier Legall aux claviers et Stéphane Mugnier à la basse, avec au passage quelques incursions d’Antoine Tiburce (Alex Beaupain et Frédéric Lo) aux claviers, Acquin livre un univers musical de belle tenue entre l’univers sombre d’un Nick Cave, les éclats d’un Rodophe Burger ou encore le phrasé musical d’un Benjamin Biolay.

On sent aussi dans les choix harmoniques les influences d’un musicien d’abord formé au classique – Laurent Douay a fait ses premiers pas dès 4 ans au violon avant de rejoindre la conservatoire Gabriel Fauré à l’âge de 8 ans – qui a accompagné l’altiste soliste Yuri Bashmet en se perfectionnant en harmonie au CNR de Lyon. Sans pour autant se désintéresser des rythmes pop/rock dont cet album est une preuve tangible.

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Les Hurlements d’Léo : l’aventure jeunesse

CHANSONS
Avec Mondial Stéréo (*), le groupe les Hurlements d’Léo signe une double aventure : un album jeunesse illustré par Ludovic Bouillé et un album ouvert à une belle brochette d’invités. Un conte en forme de défense des  migrants qui fuient un pays en guerre. Un pari réussi.

Groupe en mouvement perpétuel, les Hurlements d’Léo aligne les performances : plus de vingt ans de carrière, 18 albums dans leur besace et 2000 scènes conquises en France et à l’étranger… S’attaquant à l’univers jeunesse, le groupe n’a pas mis ses convictions en poche et, sous l’impulsion de son chanteur Laurent Kebous, il signe avec Mondial Stéréo un opus militant où il aborde le thème du migrant sur des rythmes des chaloupés.

Le héros de l’aventure, c’est un jeune lionceau, Léo, qui vit sur un autre continent. Passionné de musique, il doit fuir son pays natal quand éclate la guerre. Avec sa mère, ils partent sur un bateau avec pour seul horizon la volonté de survivre. Ensemble, ils décident d’unir leurs forces pour un voyage vers la liberté : il sera semé d’embûches et riche en rencontres grâce à la musique. Toute la musique…

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Elie Antoine à fleur de mots

Le succès étonnant de La Rose et l’Armure – car le titre détonne avec le reste de son album- a soudain propulsé Antoine Élie sous le feu des projecteurs et des plateaux de télévision. Roi du silence(*), son premier album, révèle un artiste inspiré et attachant.

Hier grand amateur de rap, Antoine Élie a su mettre ses mots à lui sur un univers musical qui chasse large et se joue de rythmiques variées qui n’écrasent jamais les mots. De sa voix cassée par les nuits blanches et alcoolisées, souvent évoquées dans les titres (de Clopes, Sky-Cola à Nuit tranquille), Antoine Élie livre bien des fêlures avec des textes qui font montre d’un joli sens des images qui touchent. Ainsi quand il lance avec des vibrations à la Jonasz (dans un registre plus bas) dans Où aller ? : « J’veux pas sourire, j’ai les canines encrassées… / Par peur de mourir… J’me tiens droit, les doigts croisées… Mais où aller ? où aller ? »

Avouant qu’il est d’un naturel « solitaire » – « parce que j’aime ça ! » – Antoine Élie, ce fils de médecins âgé aujourd’hui de 30 ans,  sait dire les fêlures d’amour dans un style qui détonnne comme dans L’Amas d’chair, un cri d’amour un brin désespéré, suite à une séparation douloureuse,  sur des boucles électros où le mot amour est conjugué sous les tons, avec une vraie véhémence. « Personne m’aimera jamais, même moi… / Aime-moi, aime-moi… »
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Graeme Allwright, un troubadour s’en est allé

Ceux qui ont croisé le plus français des folk singer venu de Nouvelle-Zélande se souviennent de son regard d’un bleu d’atoll et de la douceur d’un artiste qui avait popularisé bien des chanteurs américains dans la langue de Molière. Discrètement, Graeme Allwright a tiré sa révérence : il avait 93 ans.

Il avait traduit et adapté Leonard Cohen en français (Suzanne, L’Étranger, Demain sera bien…); tout comme Bob Dylan (Qui a tué Davy Moore ?) ou encore Woody Guthrie (Le Trimadeur; La Femme du mineur), préférant se « se glisser dans les mots d’un autre » quand il sentait le verbe fort et la poésie à fleur de peau et des mots. Graeme Allwright avait aussi marqué les ondes de ses propres chansons : fraternelle (Il faut que je m’en aille), engagée comme Johnny qui dénonçait les bombardements au Vietnam ou La Ligne Holworth, qui évoquait la dure vie des migrants et faisait référence au temps de l’esclavage. On a aussi oublié qu’il avait signé un très beau disque d’adaptation en anglais – des textes signés  Andrew Kelly – des chansons de Georges Brassens.

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Un étrange animal en mal d’amour…

Singulier animal musical, Pétosaure déboule avec son nouvel EP, Le Musc, porté par un univers rock et métal.

Le chanteur Pétosaure a le timbre de tous les excès, qui exprime une espèce de combustion interne. Le Musc est à l’image d’un artiste révolté et libre qui signe des histoires sombres et d’un grand romantisme.

C’est d’ailleurs à Provins, ville aimant célébrer son passé médiéval qu’il a tourné le clip rentre-dedans de Vampyre, en compagnie de Jaky La Brune, dans les souterrains et à la Tour César : une évocation d’une descente aux enfers, suite à une série d’incidents de vie tristes, voire violents. Une chanson qui lui fut inspirée par le Dracula, de Coppola : en y repensant, broyant du noir,  il a eu envie de s’identifier au terrifiant Comte.

Dans cet EP définit comme le « journal intime d’un homme qui croit avoir perdu l’amour pour toujours« , Pétosaure signe des histoires que l’on sent conçues dans une extrême urgence, à la nuit tombée et dans un certain état d’ivresse. « J’ai besoin d’un verre/ D’être bête et vulgaire« , lance-t-il , provocateur, dans Kielbassah. Comme si l’alcool lui permettait de libérer complètement ses neurones.
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Andoni Iturrioz : chanteur rimbaldien

Après avoir bourlingué dans le monde entier, Andoni Iturrioz, né à Paris en 1976 mais d’origine basque, signe avec Le Roi des Ruines (*), un disque singulier à la poésie brute à fleur des sons.

Il y a dans les chansons d’Andoni Iturrioz quelque chose d’incandescent. L’artiste a le verbe haut et le sens des images poétiques qui portent.

En huit titres, il  embarque son monde dans son  singulier univers, fruit de deux décennies de recherches et de rencontres. Il est vrai, l’homme a, tel un Rimbaud moderne, largué les amarres à 19 ans pour courir les routes du monde durant cinq années, d’Asie en Afrique, en passant par l’Océanie. C’est en 2001 qu’il a posé son sac de voyage à Barcelone avec l’envie de faire de la chanson son terrain de jeu et d’expression.

De retour à Paris en 2007, reprenant son vrai patronyme,  Andoni Iturrioz  signe avec Le Roi des ruines, un disque de haute volée, avec des textes ciselés qui détonnent dans l’atmosphère actuelle un peu molle de la chanson. Dans ses longs monologues incantatoires comme La Joie noire ou La Fabuleuse histoire de Judas Iscariote, dans sa manière de prendre date, il y a une manière de s’exprimer qui lorgne du côté d’un Léo Ferré.  Ainsi dans La Joie noire, il martèle tel un prophète moderne  avec un sens certain du sarcasme: « Entendu que la Beauté a toujours raison/ Et qu’il nous faut être un creuset/ L’horreur a son potentiel/ C’est le cri. » L’exercice n’est pas une pâle copie du créateur du Chien, et sonne avec une mélancolie propre. Lire la suite « Andoni Iturrioz : chanteur rimbaldien »

Le chant d’adieu de Rachid Taha

Dix chansons en forme d’adieu : Je suis africain(*) est l’album posthume de Rachid Taha. Envoutant et magistral.

La mort des artistes est souvent prétexte à la publication de disques de plus ou moins bonnes tenus, souvent prétexte à des coups commerciaux. Parfois, c’est radicalement différent et le Je suis africain de Rachid Taha en est un bon exemple. De fait, quand le chanteur allait fêter ses 60 ans le 12 septembre 2018, la camarde a frappé à sa porte alors qu’il mettait la dernière main à son onzième album, celui qui est sorti il y a quelques semaines et qui avait été conçu après un voyage au Mali. Sur la pochette, Lyes Taha dédié quelques mots à son père : « Ton dernier album, tu l’as conçu avec Toma Feterman dans ton studio, à la maison. « Je suis africain », le titre du premier single de cet album, dit tout des valeurs d’humanisme et d’ouverture d’esprit qui te tenaient tant à cœur. »

Dès l’ouverture avec Ansit et son rock oriental, il donne le ton dans ce chant où il lance de sa voix cassée si reconnaissable : « Je n’oublierai pas les fachos/ Je n’oublierai pas/ Je n’oublierai pas les traitres/ Je n’oublierai pas les assassins. » Mariant les riffs de guitares, les flûtes, le balafon et les youyous, Rachid Taha nous embarque dans un voyage musical splendide où il mélange en prime bien des langues : l’anglais, le français, l’arabe et l’espagnol. Lire la suite « Le chant d’adieu de Rachid Taha »

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