Belle année 2018 en musiques…

 Y’en a marre

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Monsieur Chouf, crooner social

D’abord il y a la voix, rauque, puissante. Ensuite, il y a les mots qui sortent de certaines banalités musicales actuelles. Enfin, il y a une vraie personnalité, vibrante. Monsieur Chouf revient avec un quatrième album puissant et bigarré : Volatils (*).

Chez Monsieur Chouf, si le poing est parfois (souvent) levé, il n’oublie pas non plus la poésie d’un monde à réformer ni les rêves volés. En jouant sur une large palette musicale – rock dans Les Êtres jetables; manouche par les guitares dans Magie noire; plus swing avec Des aveugles par exemple – Monsieur Chouf, autre figure de la bande des Toulousains de la chanson, évoque tous les sujets qui le touchent.

Le Cimetière des oiseaux est ainsi une évocation sombre des errances des migrants qui ont endeuillé bien des écrans cathodiques sans jamais vraiment faire réagir  politiques et citoyens. Il chante ainsi : « Verrouillés les frontières/ Cadenacés/ Leurs rêves/ Tombés du ciel/ Sur le miroir de l’eau/ Morts les oiseaux. »

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La médiocre République des adieux…

Des funérailles nationales pour Johnny après un hommage aux Invalides pour Jean d’Ormesson et tout ça dans un battage médiatico-politique indécent et un Président des adieux. Et si on redescendait sur terre ?

Certes Johnny Hallyday a été un grand nom du rock français doublé d’un homme cordial : ayant eu l’occasion de l’interviewer à plusieurs reprises, je peux le confirmer… comme tant d’autres. Certes, Jean d’Ormesson était un homme d’une certaine époque, un lettré doublé d’un habile courtisan.  Certes, le président Macron se prend pour Bonaparte. Mais, de là à faire organiser des funérailles nationales à un rebelle prêt à bien des excès et à subir un discours présidentiel dans une église – alors que même que les religions sont à l’origine d’un pourrissement  de notre climat social-  et de là à faire passer Jean d’Ormesson pour François-René de Chateaubriand, il y a une limite que le sens du ridicule aurait dû convaincre certains de ne pas franchir.

Pour pimenter le tout, nous avons les égarements médiatiques d’une étonnante médiocrité où des évènements graves – la décision de Trump de déplacer l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem- sont évoqués souvent de manière lapidaire pour laisser la place à des directs où le consternant le dispute à l’anecdotique sur fond de pathos qui rappelle les vieilles règles médiatiques des jeux du cirque. « Du pain et des jeux » pour distraire le bon peuple des sujets graves, et politiquement dangereux… Lire la suite

Mr Yéyé : un moteur hybride

Hybride , c’est le nouveau scud de Mr Yéyé, un artiste fonceur, décomplexé et qui sait se jouer, avec brio, de ces réseaux sociaux qui envahissent notre quotidien. Pour le pire et – parfois – le meilleur.

En tournée avant de poser matériel et musiciens sur la scène du Nouveau Casino (Paris) le 2 novembre prochain, Mr Yéyé a construit sa notoriété tout seul, via You Tube. Avec Hybride, il propose un album(*) à son image : audacieux et agressif, quitte à dérouter son monde. Mais l’artiste a de l’énergie à revendre son électricité et une imagination qu’il ne bride jamais.

Pour Mr Yéyé, tout a commencé  du côté de la Bretagne avec une grande claque sur le museau, le jour où son groupe de lycée explose en vol. Nous sommes en 2012, et Mr Yéyé n’est pas du genre à garder sa chambre pour dépression chronique. Dans cette solitude forcée, il choisit de voyager musicalement en solitaire en tentant tous les chemins de traverse. Grâce à sa chaîne You Tube où, en toute indépendance, il poste morceaux et clips auto-réalisés au compte-goutte, il parvient au 40 000 abonnés. Au passage, Mr Yéyé n’hésite pas jouer sur le détournement de chansons existantes, des mélodies de Shaka Ponk ou Stromae à Indila et même Kendji Girac.

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Lavilliers en plein ciel

Lavilliers nous offre 5 minutes de Paradis (*) à sa manière. Poétique, toujours rebelle et dans un écrin musical soigné. Peut-être trop…

A presque 71 ans, Bernard Lavilliers s’offre un vingt-et-unième album comme cadeau d’anniversaire. Cinquante ans de carrière, un sacré bail ! Après avoir multiplié les expériences scéniques depuis quatre ans, date de son dernier album en solo, Baron Samedi, Lavilliers est de retour et pas forcément là où on l’attendait. Ni dans un registre habituel.

Naturellement ce digne successeur de Léo Ferré – auquel il ne manque jamais de rendre un hommage, voire d’envoyer des clins d’œil au gré de vers inspirés sinon empruntés- n’a pas rangé ses révoltes au rang des souvenirs, comme en témoignent Croisières méditerranéennes, évocation poétique du drame de l’exil forcé; Bon pour la casse, évocation de « l’exécution », par l’entremise du chômage, d’un ex-cadre dynamique ou encore 5 minutes au paradis, évocation nerveuse des anges de la mort des services secrets…

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Mihuma brouille les ondes

Six titres pour un rappeur au long cours qui se promène entre rap et rock avec un certain sens de la formule : tel est Friture sur la ligne, le EP (*) de Mihuma.

Le sens des histoires, Mihuma l’a sans conteste. Un artiste qui avait été révélé en 2010 au grand public via l’album Music-All, où figuraient notamment Féfé, Oxmo Puccino… Avec Friture sur la ligne, Mihuma se balade entre ballades rock et rythmique rock sur des mélodies où il a fait appel au beatmaker Gyver Hypman, qui produit notamment le Saïan Super Crew. Sans oublier Stéfane Goldman, le guitariste compagnon de ses débuts et qui a joué pour Imany, Jean-Pierre Nataf… De quoi habiller de mélodies ciselées des histoires parfois noires comme cette surprenante (le clip l’est aussi)  Plage, où il est question des violences conjugales dites d’une voix blanche et un brin monocorde avec des images qui font mouche comme lorsqu’il évoque ce « bouquet de fleurs » ou « il y avait même des fleurs dedans« .

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Gatica : errances chiliennes

En concert le 4 octobre au Divan du Monde à Paris, Gatica sort son premier EP éponyme, où elle raconte des amours déçus, le temps qui passe…

D’origine chilienne, Alejandra Roni Gatica, c’est d’abord une voix. Chaude, suave et qui vous embarque dans des mélodies qui fleurent bon son pays natal, quelque part entre le Pacifique et la Cordillère, sans pour autant jouer sur un exotisme convenu. En six chansons, elle nous embarque dans son imaginaire sans barguigner.

Gatica, c’est aussi une galerie de portraits de personnages qu’elle a croisés ou inventés, puisant aussi dans sa mémoire des chagrins d’amour. Dans son univers, on croise  ainsi des reines, des fous, des anges…  et le désert d’Atacama, site exceptionnel perché dans le nord du Chili. Ainsi, le titre Mon cher amour répond en écho au roman Cher amour, d’un certain Bernard Giraudeau qui fit le voyage dans cette région aride  – ceux qui ont eu la chance d’y séjourner ne peuvent oublier la beauté de ses paysages et la beauté de ses ciels – avec Osvaldo Torres, un artiste chilien emprisonné plusieurs fois pendant la dictature de Pinochet. Et dont certains ont disparu dans ces terres arides après une exécution sommaire.. « Une mer de souvenirs s’est ouverte à l’écoute de cette chanson » a dit Osvaldo Torres.

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