Avec des mots

Je ne salue pas

Allain Leprest

Je ne te salue pas
Toi qui vis dans les cieux
Athée, j’habite en bas
De ton toit prétentieux
En fumeur de havane
Gros beauf qui te pavanes
Au milieu des charniers
Avec tes dobermans
Je ne te salue pas
Toi qui te crois mon Dieu
Je ne te salue pas
Toi qui vis dans les cieux
Pacha, mauvais sherpa
Coupeur de bites en deux
P.D.G. des nuages
Vendeur de faux voyages
Dealer de poudre aux yeux
Metteur de filles en cage
Je ne te salue pas
Toi qui te crois mon Dieu
Je ne te salue pas
Toi qui vis dans les cieux
Le monde, et pourquoi pas ?
Un gosse aurait fait mieux
Fait l’amour à l’atome
Doublé la couche d’ozone
Eve aurait eu le droit
De faire des tartes aux pommes
Je ne te salue pas
Toi qui te crois mon Dieu
Je ne te salue pas
Toi qui vis dans les cieux
Je suis né à Couba
Quelque part en banlieue
Tes bourses à Washington
Ton pape et ta madone
L’univers les oublie
Et Satan les pardonne
Je ne te salue pas
Toi qui te crois mon Dieu
Je ne te salue pas
Toi qui vis dans les cieux
A mon dernier repas
Appelle-moi « Monsieur »
Pas « mon fils » ni « machin »
Un père, j’en ai d’jà un
Qui arrachait les clous
Quand on clouait mes poings
Je ne te salue pas
Toi qui te crois mon Dieu
Je ne te salue plus
Toi qui vis dans les nues
Si ton plafond s’effondre
Epargne un peu le monde
Mais qu’au moins soient sauvés
Ceux qui savent leurs avés
En ce qui me concerne
Je balance un pavé
Un pavé rouge et bleu
Dans la vitre des dieux
Se peut-il être sans clocher
Une insulte pour t’approcher ?

Les Anarchistes

Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart Espagnols allez savoir pourquoi
Faut croire qu’en Espagne on ne les comprend pas
Les anarchistes
Ils ont tout ramassé
Des beignes et des pavés
Ils ont gueulé si fort
Qu’ils peuv’nt gueuler encor
Ils ont le cœur devant
Et leurs rêves au mitan
Et puis l’âme toute rongée
Par des foutues idées
Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart fils de rien ou bien fils de si peu
Qu’on ne les voit jamais que lorsqu’on a peur d’eux
Les anarchistes
Ils sont morts cent dix fois
Pour que dalle et pourquoi ?
Avec l’amour au poing
Sur la table ou sur rien
Avec l’air entêté
Qui fait le sang versé
Ils ont frappé si fort
Qu’ils peuv’nt frapper encor
Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent
Et s’il faut commencer par les coups d’ pied au cul
Faudrait pas oublier qu’ ça descend dans la rue
Les anarchistes
Ils ont un drapeau noir
En berne sur l’Espoir
Et la mélancolie
Pour traîner dans la vie
Des couteaux pour trancher
Le pain de l’Amitié
Et des armes rouillées
Pour ne pas oublier
Qu’y’en a pas un sur cent et qu’ pourtant ils existent
Et qu’ils se tiennent bien bras dessus bras dessous
Joyeux et c’est pour ça qu’ils sont toujours debout

LEO FERRE

THANK YOU SATAN

Pour la flamme que tu allumes
Au creux d’un lit pauvre ou rupin
Pour le plaisir qui s’y consume
Dans la toile ou dans le satin
Pour les enfants que tu ranimes
Au fond des dortoirs chérubins
Pour les pétales anonymes
Comme la rose du matin

Thank You Satan

Pour le voleur que tu recouvres
De ton chandail tendre et rouquin
Pour les portes que tu lui ouvres
Sur la tanière des rupins
Pour le condamné que tu veilles
A l’abbaye du monte en l’air
Pour le rhum que tu lui conseilles
Et le mégot que tu lui sers

Thank You Satan

Pour les étoiles que tu sèmes
Dans le remords des assassins
Et pour ce coeur qui bat quand même
Dans la poitrine des putains
Pour les idées que tu maquilles
Dans la tête des citoyens
Pour la prise de la Bastille
Même si ça ne sert à rien

Thank You Satan

Pour le prêtre qui s’exaspère
A retrouver le doux agneau
Pour le pinard élémentaire
Qu’il prend pour du Château Margaux
Pour l’anarchiste à  qui tu donnes
Les deux couleurs de ton pays
Le rouge pour naître à  Barcelone
Le noir pour mourir à Paris

Thank You Satan

Pour la sépulture anonyme
Que tu fis à  Monsieur Mozart
Sans croix ni rien sauf pour la frime
Un chien, croque-mort du hasard
Pour les poètes que tu glisses
Au chevet des adolescents
Quand poussent dans l’ombre complice
Des fleurs du mal de dix-sept ans


Thank You Satan

Pour le péché que tu fais naître
Au sein des plus raides vertus
Et pour l’ennui qui va paraître
Au coin du lit où tu n’es plus
Pour les ballots que tu fais paître
Dans le pré comme des moutons
Pour ton honneur à  ne paraître
Jamais à  la télévision

Thank You Satan

Pour tout cela et plus encore
Pour la solitude des rois
Le rire des têtes de morts
Le moyen de tourner la loi
Et qu’on ne me fasse point taire
Et que je chante pour ton bien
Dans ce monde où les muselières
Ne sont plus faites pour les chiens…

Léo Ferré

Y A PEUT-ÊTRE UN AILLEURS

Je prends la tangente sous l’arc de la nuitSur ma nuque bleue cheveux noirs de pluieY a peut-être un ailleurs, un accord majeurJ’attends pas la fin de cette mort griseDe mes yeux éteints des chevaux de friseY a peut-être un ailleurs, plus loin du malheurY a peut-être un ailleurs, y a peut-être un ailleursLes casses, le sang, l’acier, la mortLe vice, les coups toujours plus fortsPartir, partirLa crasse, l’ennui, le feu, la rouilleL’angoisse, les cris, la pluie, la trouillePartir, partirJ’ai la clé qui ouvre sur un blues bleuSur la ligne blanche reste un mort ou deuxY a peut-être un ailleurs, un accord majeurJ’veux plus du fatal, je remets les gantsJusqu’au point final où tout le monde descendY a peut-être un ailleurs, vu des extérieursY a peut-être un ailleurs, y a peut-être un ailleursLes casses, le sang, l’acier, la mortLe vice, les coups toujours plus fortsPartir, partirDans le mur noir j’ai fait mon trouUn long couloir qui va jusqu’oùPartir, partirSi tu vois un homme dans un port solaireAssis sans un mot sur le quai désertPose pas de questions, il sait plus son nomAttend un bateau partant pour l’oubliQui vient le chercher au bout de la nuitY a peut-être un ailleurs, un accord majeurY a peut-être un ailleurs, y a peut-être une erreur…
Bernard Lavilliers

LES MAINS D’OR

Un grand soleil noir tourne sur la vallée
Cheminée muettes – portails verrouillés
Wagons immobiles – tours abandonné
Plus de flamme orange dans le ciel mouilléOn dirait – la nuit – de vieux châteaux forts
Bouffés par les ronces – le gel et la mort
Un grand vent glacial fait grincer les dents
Monstre de métal qui va dérivantJ’voudrais travailler encore – travailler encore
Forger l’acier rouge avec mes mains d’or
Travailler encore – travailler encore
Acier rouge et mains d’or

J’ai passé ma vie là – dans ce laminoir
Mes poumons – mon sang et mes colères noires
Horizons barrés là – les soleils très rares
Comme une tranchée rouge saignée rouge saignée sur l’espoirOn dirait – le soir – des navires de guerre
Battus par les vagues – rongés par la mer
Tombés sur le flan – giflés des marées
Vaincus par l’argent – les monstres d’acierJ’voudrais travailler encore – travailler encore
Forger l’acier rouge avec mes mains d’or
Travailler encore – travailler encore
Acier rouge et mains d’or
Olympia – 10/7/2011
J’peux plus exister là
J’peux plus habiter là
Je sers plus à rien – moi
Y’a plus rien à faire
Quand je fais plus rien – moi
Je coûte moins cher – moi
Que quand je travaillais – moi
D’après les expertsJ’me tuais à produire
Pour gagner des clous
C’est moi qui délire
Ou qui devient fou
J’peux plus exister là
J’peux plus habiter là
Je sers plus à rien – moi
Y’a plus rien à faire

Je voudrais travailler encore – travailler encore
Forger l’acier rouge avec mes mains d’or
Travailler encore – travailler encore
Acier rouge et mains d’or…

Bernard Lavilliers

UTILE par Julien Clerc

3 réflexions au sujet de « Avec des mots »

  1. Très bonne idée d’avoir publié ces textes de chansons !
    Votre site a beaucoup évolué depuis un an, continuez dans cette voie ! Un regret : Où sont les chanteurs Belges ? Je vous suggère Claude Semal de Bruxelles, un mélange d’humour et de provocation, depuis 25 ans… A vous de voir…

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