De la (belle) musique sur les vers d’Hugo

Insolite pochette que celle de La Green Box (*) dont le contenu est encore plus étonnant : une célébration folk-blues de grands poèmes de Victor Hugo. Exercice très réussi d’un trio de choc.

La Green Box désigne, dans un des plus beaux romans de Victor Hugo, L’homme qui rit, un théâtre ambulant qui, sous forme de roulotte tenue par des saltimbanques et philosophes, se déplace de ville en ville pour délivrer un peu de rêve à ses habitants… Un nom qui a inspiré un trio de musiciens pour lancer cet album éponyme à l’image insolite.

Abandonnant un temps la bande de La Rue Kétanou, avec laquelle il tourne depuis quinze ans, Florent Vintrigner  se livre à un exercice périlleux avec Benoît Laur et Arnaud Viala, deux ingénieurs du son du groupe : mettre des poèmes réalistes de Victor Hugo en musique. On a souvent dit que le grand poète défendait que l’on dépose des notes sur ses œuvres. Mais, sa maison-musée parisienne conserve un fond de deux cent partitions qui prouvent que Victor Hugo n’était pas autiste à la musique, loin de là. Hugo a d’ailleurs composé un livret tiré de son roman Notre-Dame de Paris pour Louise Bertin qui en composa la musique et l’auteur des Misérables avait l’habitude de se rendre à l’opéra et au concert.

On est surpris par l’habillage musical folk-blues, teinté d’électro de cette Green Box. La voix  chaude et puissante de Florent Vintrigner et sa diction parfaite font résonner les vers d’Hugo où l’on passe des chroniques de la vie de tous les jours dont il avait le secret (Quand nous habitions tous ensemble) à des textes qui résonnent avec Lire la suite

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Carine Achard : femme piano

Dans son nouvel album, La Traversée(*), Carine Achard confirme un style et une manière d’être. Il montre que, depuis ses débuts en 2010, l’artiste a fait un sacré bout de chemin.

Dès l’écoute de La Traversée (*), on sent Carine Achard plus libre derrière son clavier. Femme piano, l’artiste, installée désormais à Tours, se livre et célèbre la vie sur tous les tons et bien des rythmes avec des arrangements plutôt raffinés et, outre ses deux compagnons de scène, le harpiste Philippe Carillo et le percussionniste Dominique Chanteloup, elle s’est adjoint pour ce disque quelques instrumentistes qui donnent une vraie couleur à l’opus.

Carine Achard décline sur tous les modes l’amour, ses plaisirs mais aussi ses tourments  : de L’amour existe qui clôture avec fougue l’album à Ton inquiétude avec ces vers « Il n’y a que toi pour me guérir/ Me guérir de moi. » Mais elle peut aussi jouer sur la légèreté avec l’étonnant L’homme qui vole où elle évoque ces mâles de l’air en se jouant des mots et des sonorités.

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Bertrand Betsch : doucement mais sûrement

Onzième album pour Bertrand Betsch. Tout doux est un disque où il convient de ne pas trop se fier au titre pour jauger un album plus profond qu’une écoute superficielle pourrait le faire penser…

C’est sans doute parce que sa mélancolie pop n’est pas sans résonance avec l’univers d’un Souchon, d’un Dominique A… que Bertrand Betsch a encore du mal à faire entendre sa petite musique des mots et des notes. Avec Tout doux pourtant, la natif de Draveil, plus toulousain que nature désormais, laisse la tristesse derrière lui pour signer un disque qui, sans être béat devant la vie qui va, livre quelques belles plages de douceur. Comme si écrire et chanter pouvait lever les tentations d’un spleen existentiel. Dans Ça vaut la peine, il murmure de sa voix chaude : « Siffleur, souffler / Et envoyer / Quelques mots doux/ Pas des cailloux/ Écrire, chanter/ Ou murmurer/ Des élégies/ Des poésies (…) Alors ça vaut le coup/ Alors ça vaut la peine. »

Et si la référence à Barbara est plus que limpide dans J’espère avec ces deux vers « Dis quand reviendras-tu  / Dis au moins le sais-tu? »,  Bertrand Betsch joue les médecins des âmes, surtout quand elles sont tristes. Avec un message perlé au gré des chansons : pourquoi ne pas tirer des petites joies de nos peines profondes ? Lire la suite

Quand Léo habillait Guillaume

Entre Apollinaire et Ferré, c’est une longue histoire d’amour. Dès 1957, il créait un oratorio magnifique sur un des poèmes-culte de Guillaume : La Chanson du Mal Aimé (*).

C’est peu dire que le long poème de Guillaume Apollinaire, cette Chanson du Mal Aimé, a « habité » Ferré. Il ne posera ses notes sur un poème aussi dense et complexe que des années plus tard : ce sera Une saison en enfer, de Rimbaud.

En ce début des années 50, il faudra à Ferré, qui était encore peu connu, un an de travail pour achever sa partition entre mars 1952 et avril 1953. Auparavant, il avait demandé la permission à la veuve du poète, emporté par la grippe espagnole en 1918, l’autorisation de mettre de la musique sur ces vers

Une fois la composition terminée – peu de reprises figurent sur la partition originale comme si l’œuvre avait jailli « spontanément » de l’esprit de l’artiste – Ferré n’était pas au bout de ses peines. Car le comité de radiodiffusion de Radio Monte-Carlo (où travaillait Ferré à l’époque), va garder la partition six mois et elle ne sera déposée à la SACEM qu’en 1954. Et le créateur de La Vie d’artiste ne s’essaiera plus à la musique symphonique jusqu’à 1972, Michel Defaye signant, avec brio au demeurant, les arrangements de ses chansons. Lire la suite

Laïn sur le pont

Quatre titres, c’est peu pour se faire une idée d’une artiste. Dans le cas de Laïn, c’est amplement suffisant tant son EP Matelot vous embarque dans un univers électro-pop qui ne sonne pas pour rien !

Petite, Laïn a baigné dans la musique. Chez elle, les heures étaient rythmées par Keith Jarrett que ses géniteurs écoutaient en boucle, ou encore Brad Meldhau. Elle avoue encore que le Michel Portal de Turbulences n’a pas été étranger à ses rêves de musique.  De l’autre côté des influences, il y a avait aussi la chanson française, celle des Ferré, Barbara et autre Philippe Léotard. Mais Laïn est une enfant de son époque et elle a assimilé bien des influences pour les faire siennes. Il ne restait plus qu’à…

Installée depuis six ans à Paris, elle a dû batailler pour imposer son style, et faire les bonnes rencontres. En juillet 2015, ce sera Jean Fauque lors des Francofolies de La Rochelle qui lui confiera un texte écrit pour Alain Bashung et que celui-ci adorait  : On sera sur. Pour son premier EP, Matelot, construit avec HIPSTA, son réalisateur et arrangeur,Laïm propose quatre chansons qui sont au « carrefour de nombreux styles, » comme elle le reconnaît. Pour autant, ces quatre morceaux détonnent déjà d’une vraie personnalité… D’HIPSTA, elle dit : « J’ai enfin trouvé mon binôme, celui qui sait traduire en musique mes émotions, celui avec qui je créé, avec qui je partage tous mes mots, mes influences cinématographiques (Lynch, Pialat, Audiart, Antonioni…) et littéraires (Zweig, Colette, Romain Gary)… » Lire la suite

Eddy de Pretto : pourquoi ce choc ?

En un album, Cure, et quelques passages à la télévision, Eddy de Pretto s’est fait une place de premier plan. D’aucuns le comparent à Stromae. Pourtant Eddy est unique.

Sur le petit écran, avec simplement un iPhone relié à un câble, il fait le show. Eddy de Pretto est vraiment un artiste de son temps, capable d’occuper bel et bien la scène en solo. Quand il a présenté son premier EP, Kids, en octobre 2017, il n’avait pas de musicien hormis un batteur pour ses concerts…

Avec Cure, Eddy de Pretto prouve qu’il n’est pas l’artiste d’un soir mais quelqu’un qui a assez de souffle pour durer. Comme Stromae, il a assimilé tous les styles musicaux, de la chanson classique au hip hop pour les mélanger dans son mixeur personnel et se créer ce style qui n’a pas vraiment d’égal. Mais, il est plus facile de faire des comparaisons hâtives – Stromae y avait eu droit avec Jacques Brel – que d’essayer de cerner l’originalité d’une personnalité. Même si leur clip révèle le même sens des images, del’autodérision et d’une certaine communication chez ces deux artistes.

Chez Eddy de Pretto, il y a une inspiration autobiographique très grande. Il est vrai, parvenir à se faire connaître dans la chanson quand on est né en banlieue – le 2 mai 1993, à Créteil -et qu’on est le fils d’un chauffeur de poids-lourd et fan de football et d’une mère, technicienne de laboratoire « passionnée de culture », n’était pas la chose la plus évidente du monde. Et il fallait une volonté certaine pour tenter de suivre une voie artistique.

De cette vie dans une ville de la banlieue du Val-de-Marne, qui lui a inspiré l’excellent texte de Beaulieue, Eddy doit sans doute ce désir de se dépasser, de « sortir du cadre ». Dans une de ses nombreuses interviews, il glisse : « Il y a un peu ce truc de carcan en banlieue, qu’on le veuille ou non : on nous dit qu’on est en marge, qu’on va arriver à rien, qu’on va mal finir. Moi j’avais des rêves plein la tête et une petite voix me disait que j’allais y arriver. « 

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Fontaine Wallace : un premier album racé

Le premier album éponyme (*) de Fontaine Wallace est un petit miracle d’équilibre. Avec des histoires en apparence simples et directes qui touchent dès la première écoute, ce groupe sait faire partager des atmosphères singulières.

Certains des musiciens de Fontaine Wallace ont déjà fait leurs armes avec des groupes comme Superflu, Luke ou encore Prohibition. On voit qu’ils ont un certain métier  dès qu’on écoute la première chanson de l’album, Une odyssée, dont la pop accrocheuse et raffinée retient vite l’attention. Tout le reste de l’album se déroule sans anicroches avec des mélodies qui s’insinuent doucement, portées par de belles harmonies musicales.

Accompagné de Cécile Beguery à la basse, de Ludovic Morillon à la batterie et de Fabrice de Battista aux claviers, Nicolas Falez- qui assure le chant et la guitare – déroule une série d’histoires qui s’inspirent du quotidien sans en rester captives.

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