Debout … Gabin !

A ses débuts, Jean-Jacques Debout a côtoyé Jean Gabin. Il lui rend hommage dans un disque(*) où, outre six titres chantés par le grand acteur, il signe sept chansons en son honneur. Touchant mais inégal.

En guise d’invitation à écouter son nouvel opus, Jean-Jacques Debout écrit dans la pochette de son disque dédié à Jean Gabin : « J’ai eu la chance de le rencontrer au début de ma jeune carrière d’auteur-compositeur- interprète aux studios d’Épinay-sur-Seine au cours d’un déjeuner lors du tournage du film « Rue des prairies », réalisé par Denys de la Patellière. Il avait pour partenaires ma fidèle amie du cours Simon, Marie-Josée Nat, et le comédien Roger Dumas. Jean Gabin était un homme brut de décoffrage qui me parlait comme si nous nous étions toujours connus. Il nous raconta ses débuts au music-hall, ses déboires, ses joies et appelait les chansons de cette époque des « goualantes ».

L’album s’ouvre par le fameux texte de Philipe Harry Green, si bien adapté par Jean-Loup Dababie, Maintenant je sais, et qu’on ne peut écouter sans  se souvenir du timbre si particulier de Jean Gabin lançant :  » C’est encore ce qui m’étonne dans la vie./ Moi qui suis à l’automne de ma vie/  On oublie tant de soirs de tristesse/ Mais jamais un matin de tendresse !

Toute ma jeunesse, j’ai voulu dire JE SAIS/ Seulement, plus je cherchais, et puis moins j’ savais/Il y a 60 coups qui ont sonné à l’horloge/ Je suis encore à ma fenêtre, je regarde, et j’m’interroge ? « 

Au fil de l’album, Jean-Jacques Debout revisite six chansons que Gabin interpréta naguère : de la célèbre Complainte de la Butte à Quand on s’promène au bord de l’eau, en passant par la réjouissante Môme caoutchouc, symbole de toute une époque baroque de la chanson française dans les années 30.


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Réveille-nous Barbara !

Le Grand H de l’homme, c’est le disque (*) d’une artiste qui ose bien des textes sur des mélodies qui accrochent l’oreille  : Barbara Weldens.

Il faut se méfier de tout, y compris des pochettes des albums. Celui de Barbara Weldens a des allures d’images pour artiste punk. Dès la première écoute, on est bien loin de cet univers et on découvre une auteuse-compositeuse-interprète à l’inspiration aussi originale qu’émouvante. Avec des textes à la poésie à fleur de peau. S’il fallait tenter la comparaison, on pourrait dire qu’il y a chez cet artiste des ressemblances avec une Juliette.

Son premier album – dont le titre, Le Grand H de l’homme est déjà tout un programme – est le fruit de plusieurs années de recherche scénique marquée par un cocktail détonnant de musique, de poésie, de théâtre et de cirque.  Barbara Weldens aime les contrastes qui font mouche, des oppositions entre la violence et la douceur. La preuve avec les mots de sa chanson Femme qui la définisse bien :  Une part de moi est un homme, avec un grand H / Homme; homo sapiens; Homo habilis; habile/ Habile pour tout/ Même pour les créneaux connard !(…) Une part de moi est une femme, avec un petit f / Y a pas de grand F pour les femmes / Y a juste les « femme-encore » : / Encore une femme au volant / Encore une qui l’a bien cherché / Encore une féministe ! / Encore une salope / Encore une chienne / Encore ! encore ! encore ! »

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Ce bon vieux temps du twist

Surprenante, cette Anthologie Twist français 1961-1962 (*) car, à côté des tubes incontournables, on découvre quelques raretés oubliées.

1961, c’est la France d’un gaullisme assumé, celle où les usines tournent rond et le plein emploi n’est pas de l’ordre du mirage. 1961, c’est une France en guerre coloniale mais qui a tourné la page de la saignée de 39-45 et du long labeur de reconstruction.

1961, c’est aussi l’année de l’irruption du twist, une musique de danse que fait découvrir dans son nouveau répertoire un certain Johnny Hallyday qui clame VIens dans le twist. Un temps mis sur la touche, les chanteurs « classiques » vont voir débouler une bande de jeunes artistes qui déclinent le genre sur toutes les ondes. Danse, musique, état d’esprit, le twist – de l’anglais « tordre » ou « se tortiller » – et tout cela à la fois tant la jeune génération a besoin de secouer le cocotier et d’exprimer une certaine rage de vivre dans une France bourgeoise qui sommeille. Issue du rock, cette musique dégage en tout cas une belle énergie et symbolise un bel appétit de vivre. D’où l’intérêt du coffret Anthologie Twist Français 1961-1962, en forme d’arrêt sur images sur cette tranche de vie musicale. Et qui, comme à l’accoutumée chez cet éditeur, est accompagné d’un solide livret bourré d’informations et de références.

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Angel Parra : une voix rebelle s’est tue

Installé depuis quatre décennies en France après avoir fui la dictature de Pinochet, le chanteur engagé Angel Parra est mort à 73 ans à Paris. Un poète rebelle n’est plus.

Il était né en 1943, à Valparaiso, et était le fils de Violeta Parra (1917-1967), célèbre chanteuse latino-américaine qui avait  remis à l’honneur la musique traditionnelle et populaire chilienne et vécut longtemps à Paris. Le musée de l’Homme célèbre d’ailleurs cette année le centenaire de la naissance de la grande artiste avec une série de conférences et expositions.  Guitariste et chanteur, Angel Parra est mort samedi 11 à Paris, comme l’a annoncé l’ambassadrice du Chili, Marcia Covarrubias.

Auteur également d’un roman, Mains sur la nuque,  en 2007, dans lequel il dénonçait le coup d’état et la dictature de Pinochet, Angel Parra avait réussi à se faire un prénom dans la chanson après avoir débuté en partageant la scène avec sa célèbre mère.

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Jamait bien en scène

COFFRET.inddJe me souviens… Le Concert (*), c’est le retour en scène de Jamait, dont le fougue et l’énergie sont toujours communicative. La preuve avec ce disque.

Avec six albums au compteur et un paquet de kilomètres parcourus pour chanter sur les routes de France, Jamait publie donc un album live (le deuxième de sa carrière)  où, en 17 titres, il mêle la poésie, la révolte et une certaine nostalgie, de sa voix rauque qui est devenue sa marque de fabrique.

Si la casquette arborée par Jamait l’a tôt fait symbolisé (par erreur) artiste du style Gavroche, elle est aussi l’emblème de l’Irlande et d’une certaine manière de vivre et de cultiver la liberté.

Au détour des plages, on retrouve le bel hommage à Jean-Louis Foulquier comme la belle célébration de la musette avec Accordéon, accompagné par le gratin des artistes du piano du pauvre.


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Une pop électro signée Elliott

capture-decran-2017-03-04-a-18-42-58Rendu célèbre sur Youtube, repéré dans l’émission The Voici, Elliott débarque avec un premier EP, Transcendé. Original et déroutant.

Auteur, compositeur et interprète – il fit partie de l’équipe de Jennifer dans The Voice – Elliott, 19 ans, s’est fait connaitre comme Youtubeur.  Après avoir intégré la Maîtrise des garçons de Colmar, il a continué à sacrifier à sa passion de musique et de chant qu’il avait chevillée au corps depuis son plus jeune âge.

Avec Transcendé, Elliott livre un univers non dénué d’originalité, porté par un timbre de voix étrange et haut perchée qu’il promène sur des boucles électroniques. Où il invite à oublier le quotidien dans des rythmes soutenues. Dans la chanson-titre, il lance : « La nuit sans soucis /Une envie de folie /Braver l’interdit. »

Jouant sur un onirisme certain, avec des clips qui font montre d’un travail minutieux et utilise des chorégraphies sophistiquées, Elliott. Car, ce ne sont pas les textes de ce jeune artiste qui suscite d’emblée la curiosité, mais un univers sonore électro-pop.

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Fishbach : la voix nostalgique

Difficile de passer à côté du concert d’éloges qui accompagne la sortie de A ta merci, premier album de Fishbach, une artiste à la voix rauque, dont les mélodies fleurent bon les années 80. Impressions en prenant un peu de recul et alors que la dame est en tournée en France.

Indéniablement, cette jeune ardennaise de 25 ans, au nom étrange, Fishbach, vient de marquer les ondes avec la sortie de son premier disque, et ce après un mini-album déjà remarqué par la critique. Native de Charleville-Mézières, au nord des Ardennes,  Flora Fishbach, qui se dit volontiers solitaire, fit ses premières armes dans la musique en intégrant à 17 ansun duo punk-rock . Une belle école pour faire le plein d’énergie. Avec A ta merci (*), cette amoureuse de  techno et de glam-rock est bien loin de ce registre. Commentaires : « Ce projet, je l’ai fait seule avec mon ordinateur. C’est l’expression de mes sentiments personnels, dans une veine plus romantique »

capture-decran-2017-03-03-a-19-47-56Dès la première écoute, on est surpris, voire sous le charme, d’une voix chaude qui n’est pas sans similitude avec celle d’une Rose Laurens, d’une Desireless, deux figures des années 80 où Fishbach semble avoir pris ses références. Il y a aussi d’une Catherine Ringer dans l’évocation de la mort -entre autres -dans Éternité. Ou dans la très courte chanson, Feu.  Non sans humour, elle souligne : “Ma famille, c’est un peu « Six Feet Under ». J’ai un oncle croque-mort. Je n’ai pas peur de la mort. Je suis agnostique donc, pour moi, la mort sera une réponse. »

Quand la voix se fait plus planante et les mélodies d’orgue plus sensuelles, il y a parfois de belles odes à la sensualité numérique dans une chanson comme Un beau langage où elle dit entre les lignes, comme explication destinée aux curieux de ses mots : « C’est un beau langage/ que de ne rien dire du tout/ entre nous. » Elle peut aussi nous conduite dans un univers lyrique et poétique : la preuve avec son Invisible désintégration de l’univers.

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