Graines de révolte

Cinquième album du groupe El Comunero, Raices y Semillas (*), (Racines et graines) rend toujours hommage, avec une belle énergie et un tempo certain, à des chants de lutte d’antan, d’Espagne ou d’ailleurs. Une manière de transmettre l’Histoire en chansons. Tonique en diable !

En espagnol mais aussi en français, El Comunero, groupe toulousain, reste fidèle à son désir de revisiter, avec des arrangements modernes, des chants républicains de la guerre d’Espagne, avec une belle fidélité aux combats d’hier mais qui conservent toute leur résonance aujourd’hui. Créé en 2008 par le chanteur et guitariste Tomas Jimenez, ce groupe de rock alternatif. Le nom du groupe est un hommage au grand-père de Tomas, Manuel Jimenez qui portait ce surnom durant la guerre d’Espagne. Il était communiste et ses camarades de lutte de la CNT anarchiste, l’appelaient « El Comunero » (« Le Communard »).

Mais cette fois, le groupe propose un album où les compositions originales sont plus nombreuses que les versions ou les reprises de chants de lutte. Pour la première fois, El Comunero a en prime invité des interprètes grecs (Andreas Melas d’Ataxia) ou russes (Mitia Khramtsov, de Dobranotch) sans oublier Napo Romero, le guitariste de Mano Solo ou Vincente Pradal. Entre autres…

Avec une belle unité sonore et une énergie qui touche parfois à des rythmiques slaves, El Comunero peut aussi bien évoquer les sans papiers tristement d’époque que les violences policières avec une chanson qui ne mâche pas ses vers.

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Un étrange oiseau

Laure Slabiak n’est pas une artiste commune. Le prouve son album, Le ciel est partout (*), griffé de son nom de scène BlauBird. Un univers sonore poétique et envoutant.

Auteur notamment du livret de Pelléas et Mélissande, Maurice Maetrelinck a inspiré Laure Slabiak pour le disque Le ciel est partout qui fait référence à une phrase extraite de la pièce L’Oiseau bleu : « Tu te crois dans le ciel ; mais le ciel est partout où nous nous embrassons… » Pour ce deuxième album, après avoir officié dans le champ lyrique et chanté Mahler, Schubert et Dowland, Laure Slabiak livre un opus à l’image de la pochette : étrange et raffiné.

Chantant en français, anglais, yiddish (voire en arabe et en allemand pour le bel hommage Fairuz), l’artiste conduit son monde dans des terrains sonores où se mêlent musiques traditionnelles, classique et boucles électros. Le tout au service d’une pop intimiste et épurée qui colle parfaitement aux textes, les épouse sans les écraser, donnant à la chanteuse l’occasion de mettre en avant sa voix grave et pure. Le tout est enrichi de citations, de collages et d’inserts parlés qui confèrent à l’ensemble une atmosphère presque cinématographique. Avec, en prime, le détour par de courts poèmes mis en musique comme No Me Quites, de Pablo Neruda, trois vers lapidaires en forme d’hymne à la vie : « Tu peux m’ôter le pain, si tu veux/ M’ôter l’air, mais/ Ne m’ôte pas ton rire. » Plus avant, dans Papirosn, elle se glisse dans l’univers d’une chanson yiddish traditionnelle signée Herman Yablokoff en 1922 et dont le texte fut inspiré par la vie des enfants du pogrom de Grodno en Biélorussie. Sans oublier l’introduction de Le Paradis et la Péri, de Robert Schumann, évocation d’une fille d’un ange déchu à laquelle on reproche des origines impures. Un disque réalisé par François Lalonde, qui fut le réalisateur et percussionniste sur les deux premiers albums de Lhasa de Sela, emportée prématurément.

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La pop mélodique de Rosie Valland

Emmanuelle est le titre (une référence à son vrai nom Rose-Emmanuelle) du troisième album de Rosie Valland où les mélodies élégantes soutiennent une voix qui sonne désormais comme un instrument à part entière.

Pour son retour au devant de la scène après la parenthèse (toujours lourde pour les artistes) de la Covid, Rosie Valland, autrice, compositrice et interprète, revient donner de la voix cet automne avec un troisième disque, Emmanuelle (*). Le fruit d’un travail d’un an durant laquelle l’artiste a bossé avec des beatmakers et a collaboré avec bien des musiciens solides, tout en travaillant avec son complice des débuts, Jesse Mac Cormack, et en portant un soin tout particulier à la production finale. Elle en a tiré une leçon simple : « La pop bien faite, c’est complexe ! »

Prenant ses distances avec les improvisations et le premier jet, Rosie Valland a opté pour des mélodies épurées sans pour autant qu’elles soient simplistes. Et ses compositions lorgnent vers l’univers d’une Christine and the Queens ou encore Angèle par le côté tonique et dansant des mélodies où le groove est souvent solide avec, notamment, de solides lignes de basse (1003).

Sur le plan de l’inspiration, Rosie Valland chante, c’est incontournable les tourments amoureux, le découverte du désir de l’autre : « On me dit comment tu n’as pas vu/ Ce qu’il éprouvait pour toi (…) Jamais, je n’ai voulu que tu m’aimes » lance t-elle dans Tour à tour. Un chanson qui évoque avec finesse la facilité de chacun d’oublier ses parts d’ombres. Et, dès le titre suivant, une voix l’interpelle, indiscrète : « Alors, tu est amoureuse ? » (Attiser le dilemme), chanson dans laquelle, et c’est assez rare comme registre, la chanteuse avoue avoir charmé sans rien avoir cherché.

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Planterose cultive une pop élégante

Surnom donné au pépinieriste qui plante les roses ou version féminisée de « penteros », en ancien francais plenteuros, abondant, fertile (en parlant d’une terre), Planterose est désormais le nom d’un groupe de pop française qui sort un premier album éponyme à la pop intemporelle.

Sur les mots de Florence Biville-Ridel – qui assure le chant et les claviers – et des compositions cosignées avec ses trois complices, Thierry Douyère (guitare et claviers); Nicolas Ridel (basse, clavier) et Éric Laboulle (batterie et percussions), Planterose s’offre un premier tour de piste en huit chansons courtes et efficaces.

Sur des mélodies intemporelles aux nombreuses influences pop, Planterose déroule un univers poétique et un brin mélancolique où il est aussi bien question de l’amour qui fuit (Je suis un mur) que du temps qui passe avec En paix où Florence lance : « Y a t-il un pays en paix avec son passé/ Un pays en paix/ Où je pourrais passer/ Le reste de ma vie en paix/ Avec mon passé.« 

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Une voix rebelle s’est tue

S’il fut un artiste suisse concernée par le monde, ce fut Michel Bühler, disparu soudain cette semaine, à l’âge de 77 ans. Cet artiste chaleureux fut un combattant infatigable des injustices : il laisse quelques 250 chansons. Entre autres.

Il était né à Berne en 1945 et, enseignant de formation – il fut quatre ans instituteur- avait commencé dans les années 70 avec des chansons « engagées » ou, tout simplement, en prise sur son époque : ce qui était déjà palpable dès son premier album, Helvétiquement vôtre (1969). Son chant de combat n’excluait nullement des parenthèses poétiques chez ce chanteur, acteur, écrivain, .dramaturge et compositeur. Ni l’humour. N’avait-il pas imaginé dans Rasez les Alpes, de dégager l’horizon pour voir la mer de son pays natal…

La Suisse avait inspiré à l’artiste vaudois quelques couplets bien sentis que ce soit Ma mère la Suisse (1977) ou Tribulations d’un chanteur en Suisse (1997). De son enfance, qu’il qualifiait de « merveilleuse« , il avait gardé le goût des chansons populaires qui rythmaient la vie familiale. Avec ses copains de l’École normale, il commença à gratter la guitare en chantant Brel et Brassens, avant de se mettre à l’ouvrage en vrai croquenotes.

Devenu ami avec Gilles Vigneault, le Québécois chantant, à la fin des années 60, Michel Bühler fila à Paris pour mener une vie de bohème en signant pour la maison de disques L’Escargot, créée par le même Vigneault. Paris qui lui inspira quelques chansons de belle facture comme la belle Rue de la Roquette, sortie en 1976.

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Montand : la tête dans les étoiles

LIVE

La collection Live in Paris permet de retrouver Yves Montand sur la scène du théâtre de l’Étoile en 1958 et 1962. Un chanteur au sommet de son art.

Montand a débarqué à Paris en février 1944 après avoir fait ses premières armes, maladroitement, sur les scènes méridionales. La rencontre avec Édith Piaf et leur relation de près de deux ans marquera un virage dans sa carrière et sera déterminante pour ses prestations scéniques. C’est sur la scène de l’Étoile qu’il débutera en janvier 1945 en première partie de la Môme. Un an plus tard, il y sera sans Piaf. L’Étoile, une salle de 1500 places située près de la place Wagram, haut lieu du music-hall parisien deviendra un endroit où le chanteur aura ses habitudes.

Dans Live in Paris 1962 + Bonus ’58,(*) on retrouve l’artiste dans un tour de chant peaufiné du début à la fin. Accompagné par un orchestre solide – outre le fidèle pianiste Bob Castella, on y entend , entre autres, Hubert Rostaing, fin clarinettiste, ou Didi Duprat à la guitare – Yves Montand livre une série de grandes chansons, avec quelques titres qui ont moins traversé les époques comme Fumer le cigare ou la belle chanson L’Enfant de Paris, dédiés à Molière.Il y a aussi une belle version d’un futur tube de Claude Nougaro, Le Jazz et la Java, dont Montand partage la création avec un certain Marcel Amont. Une version marquée du coup de griffe du grand accordéoniste Freddy Balta.

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Les ballades américaines de Adé

Un an après la séparation de Thérapie Taxi, le groupe qui a fit connaître, Adé a sorti son premier album, Et alors ?, marqué par la présence de sa voix fraiche sur des mélodies en équilibre entre une pop douce et une country inattendue. Sans être révolutionnaire ni très audacieux, ce premier album offre une fraicheur certaine.

Signant paroles et musiques de Et alors ?, Adé – 26 ans, et Adélaïde Chabannes de Balsac de son vrai nom – a mis les voiles pour enregistrer cet album dans le temple du folk-rock, Nashville-Tennessee, la ville où la grande rue offre plus de magasins d’instruments de musique que de fleuristes. Nashville, berceau de la country et du style Americana dans laquelle les plus grands ont, un jour ou l’autre, posé leur sac, Bob Dylan notamment.

Cela donne à l’opus une harmonie certaine, présente dès la première chanson-titre dans laquelle Adé joue de la guitare uniquement soutenue par Pat McGrath, à l’autre guitare et à la mandoline. Dans Et alors ? elle affirme ses désirs de liberté : « Te laisse-plus briser/ Échappe-toi/ Ton plus bel échec/ Non ce sera pas toi. »

Sans être une pâle copie, on est dans le prolongement de l’univers de Thérapie Taxi, groupe éphémère formé à Paris en 2013 : le trio avait connu un succès fulgurant, notamment grâce à Hit Sale tube marqué par la présence du rappeur belge Roméo Elvis. Entre temps, il y a eu le solide duo avec Benjamin Biolay, Parc fermé, premier pas sur le chemin de la route en solitaire.

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Daniel Bélanger au fil des saisons

Quelques semaines après avoir allumé la mèche via les réseaux sociaux, Daniel Bélanger a publié un nouvel album, Mercure_en_mai (*), fruit de rencontres inattendues durant la vague pandémique de l’hiver 2021.

« On est si bien tous les deux, toi et moi ensemble », chante Daniel Bélanger dans Mercure_en_mai, une phrase qui peut aussi bien évoquer une histoire d’amour que sa relation avec le public. On sait depuis Barbara que la plus belle histoire d’amour d’un artiste, c’est… nous.

Entouré d’une équipe réduite de complices – avec le bassiste Guillaume Doiron et la batteur Robbie Kuster – Daniel Bélanger revient à la chanson, après avoir signé Travelling, en 2020, composé de pièces instrumentales. D’emblée dans Au vent des idées, il célèbre, sur une mélodie folk, qui se termine par des riffs de guitares électriques soulignant des chœurs aériens, les idées qui « volent et virevoltent » et lui « disent des choses » . Plus avant, il revient dans J’entends tout ce qui se jouer (dans ta tête), portée par une rythmique solide ,sur ses débuts d’auteur-compositeur-interprète, à l’époque des Insomniaques s’amusent et de Quatre saisons dans le désordre.

« Battre le pavé/ Mémoriser un itinéraire dans l’univers » résume dans Soleil levant la genèse de l’album quand Daniel Bélanger, se promenant après une énième vague de la pandémie en février 2021, sur une rue du quartier Mile-Ex et ayant fait une halte dans un bar où il a ses habitudes , a commencé à discuter avec des pèlerins qui l’avaient reconnu. Autour d’un gobelet fumant, il s’était fait de nouveaux amis avec lesquels partager durant les mois confinés. Et Mercure_en_mai de s’inspirer des rencontres fortuites et des hasards de la vie : il le fait avec des mots attentifs aux étonnements, à l’inattendu, à ces « petites Californie » qui dorment au fond de nous.

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Le chant cinématographique de Naudin

Chant contre champ, signé Naudin, c’est du hip hop nostalgique mais en rien passéiste. Une écriture, une griffe, un rythme. À découvrir dans retard.

Avec un look qui fleure bon les polars des années 60-70, un titre en forme de clin d’œil au cinéma, Chant contre Champ, et un nom d’artiste qui renvoie à Lino Ventura des Tontons Flingueurs, Naudin abat ses cartes cash. Pas passéiste mais nostalgique d’une certaine époque, ces 30 glorieuses marquées sur grand écran par les Lautner, Corneau et autres Melville. Des années où Bébel incarnait le respect de la loi face aux voyous, des années ou flics et gangsters cultivaient le même goût des belles bagnoles, des années aussi ou la crise n’était pas entrée en mode répétitive dans les journaux télévisés.

Des belles voitures, il en question dans ces textes de hip-hop ciselés entre des évocations, autour de la figure de Paul Ronet, d’un casse qui tourne mal et conduit à la case ratière. Ainsi dans Ma Belle, une douce ballade, Naudin ose : « De l’essence coule dans mes veines/ J’ai trop d’amour pour ma belle qui pèse une tonne. » Des dames qu’il préfère quand « elles sont soufflé leur 41 bougies. »

Chez Naudin, la musique se fait images et le récit tourne au court métrage avec un sens du détail qui marque, de la formule qui fait sens, ainsi quand il décrit le braquage qui a foiré pour un point de détail dans Paul Ronet : le Casse, avec la présence vocale (et rythmique de Beg & Rachid Wallas.

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Thaïs Té voyage en douceur

En cinq chansons de son EP L’Ennemi (*), Thaïs Té nous invite dans un univers mélancolique portée par une pop-folk, mettant en valeur son timbre haut perché tout à fait singulier.

La voix est aérienne, le mode souvent mineur avec la présence envoutante d’un violoncelle, et des sonorités électros à côté de rythmiques à la guitare folk (Besoin urgent). Pour cet EP, Thaïs Té prouve qu’elle s’est trouvée une voix originale pour évoquer ce qui la touche, ses peines de cœur, ses difficultés d’être. Évoquant ce projet, elle dit : « Ce nouveau disque est né d’une sorte de mue qui m’a permis de m’éloigner du minimalisme des chansons précédentes pour embarquer vers un univers plus proche de la musique que j’écoute, tout en gardant la même sincérité. » C’est Benjamin Geffen, arrangeur et producteur MAO (Two Faces, Martin Luminet) qui l’a soutenu pour créer cette atmosphère aux accents parfois mystiques.

En signant toutes les chansons en français, Thaïs Té, après ses débuts en version anglaise en 2015, l’artiste livre des textes personnels où elle évoque son désir de rebondir, d’échapper à une zone de confort dans une chanson comme Besoin urgent où elle lance :  » Renverser l’ordre établi/ Révoquer les fantômes/ Éradiquer l’ennemi/ Besoin urgent de moments violents. » Musicalement, ses influences vont de la mélancolie folk d’une Julia Stone à l’énergie des White Strips en passant par son goût pour l’univers d’un Benjamin Biolay qui l’a poussé à passer de l’anglais au français dans ses chansons.

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