L’âge d’or de Léo Ferré

Poursuivant la publication de l’intégrale de l’œuvre paternelle, Mathieu Ferré livre avec La Solitude 1968-1974, un moment clé de la carrière de Léo Ferré, celui des ruptures amoureuses mais aussi créatrices, celui des audaces et des rencontres. On y découvre quelques pépites. 18 CD absolument incontournables !

Dans le livret, riche en informations de ce coffret, Mathieu Ferré écrit : « Il eut été plus expéditif et plus commercial de l’intituler « Avec le temps ». Loin de moi l’idée de sous-estimer l’impact de ce texte bien sûr, mais, je crois que « La Solitude » correspond bien plus à Léo et surtout à cette période de sa « carrière ». De fait, marqué par la séparation douloureuse et très tendue avec sa deuxième femme, Madeleine, Léo Ferré prend son envol en solitaire, ce qui le conduira petit à petit à s’éloigner aussi de ses deux compagnons de route, Maurice Frot, secrétaire, ami et homme à tout faire, et surtout Popaul, le pianiste de la nuit car aveugle mais qui prenait de plus en plus de liberté, lui qui était un génie d’improvisation, avec les mélodies originelles du maestro.

C’est aussi ce moment charnière où Ferré va devenir père de « l’Inca » comme il surnommait son fils – inspirant la très belle chanson L’Espoir – et, où avec sa nouvelle compagne Marie, il va filer « reverdir dans la campagne siennoise« , à un jet de pierre de Castellina in Chianti, terre de bon vin et d’huile savoureuse, dans une demeure à flanc de colline.

Même si l’on croyait tout connaître de cette période, marquée par la sortie du double album Amour Anarchie – qui retrouve aujourd’hui en bonne place ses deux chansons d’origine L’Adieu, de Guillaume Apollinaire et Avec le temps– on déniche quelques pépites, notamment des concerts comme celui de La Mutualité du 26 mars 1971 où Ferré offre trois chansons inédites : Il y a, Versifications et Je t’aime. Un concert où figure, sous son titre original, Lamentations devant la porte de la Sorbonne, le futur Chien, avec dans l’ombre Paul Castanier.

Léo Ferré évoquant ses concerts à la Mutualité à Paris et chantant « L’Adieu ».

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Richard Galliano, fidèle à son maître argentin

Richard Galliano n’a jamais caché son admiration pour Astor Piazzolla, grand maître du bandonéon argentin. Aux Théâtres des Bouffes du Nord, à Paris, le 8 juin 2005, il donnait un concert-hommage à ce compositeur argentin . Un album « live, Piazzola Forever (*) témoigne de sa ferveur.

Ce concert de 2005 marqua le début d’une série de concerts où, accompagné de six musiciens classiques, Richard Galliano revisitait, avec la fougue et le touché qui sont sa marque de fabrique, quelques compositions d’un musicien qui a révolutionné la musique en Argentine : Astor Piazzolla. Un homme qui a su créer une musique à la croisée du savant et du populaire avec ce tango avant-gardiste.

Une chose est sûre : ce Piazzola Forever porte trace de l’admiration du musicien pour celui qui reste son mentor. Galliano qui disait lors d’une interview en 2012 qu’il n’imitait pas, mais qu’il habitait cet univers de ses propres émotions , en y imprimant une certaine tension: « Piazzolla continue à vivre dans ce prolongement. Il y a l’énergie qui ne meurt pas. Je surfe sur cette énergie. » Si on retrouve le « classique » du maestro argentin, ce Libertango au tempo puissant, il y aussi le magnifique Concerto pour Bandonéon et orchestre, en trois mouvements, ou la déclinaison des saisons vues de Bueños Aires, tel que Invierno Porteño.

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Les rythmes de la vie avec Les Yeux dla tête

Chanson française


Pour un retour musical, autant annoncer une Bonne nouvelle (*). Non sans humour, les Yeux dla tête, un groupe remanié après le départ notamment du co-fondateur du groupe, est de retour avec un album où la sono mondiale le dispute aux sonorités manouches. Avec eux, le swing, c‘est bien la vie !

Jouant sur l’univers connectique et les écrans connectés, le quintet des Yeux dla tête s’amuse avec les news dès la chanson d’ouverture, Bonne nouvelle – qui donne son titre à leur nouvel album (*)- dans lequel le groupe annonce clairement son parti de dégainer une ironie salvatrice en lançant par exemple : « Balkany-Sarkozy en prison/ Un p’tit Covid pour Macron/ Oh oui, c’est un’ bonne nouvelle ».

Composé durant le confinement – il faudra bien s’habituer à la chose et ce n’est pas fini – par Benoit Savard (également chanteur et guitariste du groupe), enregistré par Laurent Jaïs à Paris, ce nouvel album répond à la définition donnée par les cinq musiciens de leur style : « Crazy poetic boom boom » !

Mêlant rock, musiques du monde (avec des sonorités de guitare très africaines, et swing manouche), le groupe, formé en 2008 mais qui a beaucoup roulé sa bosse sur scène en donnant plus de 800 concerts, fait un tour des sujets qui le touchent (et les fâchent) en douze chansons pour évoquer des thèmes qui le concernent profondément : la solidarité, le partage, l’amitié fraternelle (Ensemble), la liberté, la frustration aussi. De ces douze titres se dégage une vraie énergie, portée par des arrangements toniques en diable. « On ira tout refleurir par la musique et par la danse« , lancent-ils dans Laisse-moi chanter. Au fil des chansons, on sent la nouvelle bande cultiver plus le goût des chemins de traverse que de suivre les autoroutes de la pensée. « Finalement j’ai pris l’tournant/ La liberté et le désordre« , chantent Les Yeux d’la tête dans Je ne marche pas droit.

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Lavilliers : escale argentine et confinement

Pour un amoureux du grand large, c’est une première ! Bernard Lavilliers a partiellement composé Sous un soleil énorme (*) durant le confinement alors que l’opus avait été commencé dans un nouveau terrain d’errance : l’Argentine. On y retrouve les fondamentaux de l’univers du natif de Saint-Étienne, crooner latino jamais déconnecté de la réalité. Un album inégal mais qui ne manque pas de charme.

Les causes perdues : voilà une source d’inspiration qui n’est pas prête de tarir pour Bernard Lavilliers, devenu, petit à petit, une espèce de « parrain » de la chanson française. Juste avant le développement de la pandémie, l’amoureux du Brésil avait posé son sac du côté de Buenos Aires en mars 2019 pour s’inspirer d’une atmosphère bien différente de celle de ce Brésil qui lui a « offert » des titres majeurs de son répertoire : de Fortalezza à Sertaõ, en passant par Gringo, San Salvador. Entre autres !

Du côté de la capitale argentine, il a goûté aux plaisirs des promenades le nez au vent, ouvert à la découverte et aux rencontres musicales, l’œil dans le cadre, comme un reporter, ainsi que le symbolise la belle photo ornant la pochette de Sous un soleil énorme. On sent vite qu’il n’a pas autant vibré dans ce port que du côté de Rio ou de Caruaru avec son hôtel avec « vue sur les chiottes » et l’ombre de Lampião, ce poète et bandit de légende, dans Sertaõ. Alors, le baroudeur amateur de poésie sait glisser vers les références culturelles pour combler ce manque d’inspiration : « Buenos Aires, un port à l’envers/ Où les marins restent à leur bord/ Les Argentins rêvent d’hier/ Et puis les chants du Maldoror. » Plus banale est l’autre chanson au titre un peu trop simpliste, Les Porteños sont fatigués où le constant sur la misère du pays n’est pas bouleversante d’originalité. Quant à la rime entre « Porteños » et « dans l’os », elle glisse vers une certaine facilité sur une mélodie aux accents de murga. Plus convaincante en revanche, la chanson ce Noir Tango, sur une magnifique mélodie, se joue au demeurant des images d’Épinal d’une des plus célèbres danses du monde et de la sensualité de ses danseuses : « J’aime te voir danser, danser et te mouvoir/ Disparaître en tournant aux regards affamés. »

Paradoxalement, c’est loin de l’Amérique du sud que Bernard Lavilliers renouvelle le plus ici son inspiration avec des titres au pessimisme certain servis par sa voix de crooner tels que Le Cœur du monde, froid constat d’une atmosphère mondiale gangrénée par la haine et la peur. Dans une interview à L’Obs, il souligne non sans raison : « Le niveau intellectuel baisse à force de tout simplifier. » À l’heure où le Z ne symbolise plus Zorro en France, il a loin d’avoir tort… Et s’il s’était laissé aller à quelques déclarations surprenantes dans Paris Match en avril 2019 où il se désolidarisait des gilets jaunes et avouer surtout « plutôt bien aimer Macron, même s’il est entouré d’une bande de stagiaires ». Là, il rectifie le tir dans Beautifuls Days où il martèle : « Le Président est sur les dents/ Et malgré tout, il ment, dément effrontément/ Il se prélasse, il se débine/ Il nous agace, il nous confine. » Le connaisseur affuté de Léo Ferré se souvient que naguère son mentor anar lançait naguère un Y en a marre de circonstance. Sans oublier les couplets de Corruption où il célèbre, comme antidote, « Une idée libertaire/ Une folle passion. »

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Isa Somparé : regard sur le monde

Inclassable mais ayant une vraie âme, le deuxième disque d’Isa Somparé, Le monde est fou, où en sept chansons, elle porte un regard personnel sur le monde tel qu’il va, en rêvant qu’il pourrait aller bien mieux.

Si elle a fait la première partie d’Henri Texier au festival Parfum de jazz, a été la chanteuse chanteuse du quintet de jazz FMR durant quinze ans, Isa Somparé ne veut pas être prisonnière d’un genre musical et le prouve avec Le monde est fou (*) où de sa voix au timbre singulier, elle épouse bien des styles musicaux : de sonorités jazz dans la chanson titre évoquant les dérèglements climatiques (Compte à rebours/ Mauvais détours) au groove soul de Porn Geneva en passant par les sonorités blues gospel de Carrefour. Elle avoue, pratiquant l’auto-interview dans le document de présentation de sa petite personne, qu’elle « ne rentre dans aucune case « … Pas les temps musicaux monotones qui courent, c’est loin d’être un défaut et Isa Somparé sait embarquer son monde dans un univers musical qu’on sent poli par bien des années d’écoute tout azimut, de rencontres et de pratique.

Outre ces passions pour toutes les musiques, on voit vite à l’écoute de cet album nerveux et dense que la femme et l’artiste restent concernées par les crises dans le monde et les problèmes géopolitiques récurrents. Comme elle le dit : « Il va moyennement bien aujourd’hui« . Il est vrai, ils sont si nombreux qu’ils peuvent être une sacrée source d’inspiration pour qui veut s’en donner la peine sans pour autant céder à la chanson-tract, très vite datée.

Pour les textes, l’inspiration de l’artiste chasse large : outre l’écologie si médiatique de nos jours, il y a une première chanson, J’attends, un blues concocté durant le confinement et où elle lance sans hausser la voix : « J’attends ce qui doit advenir. » Plus loin, elle évoque dans Carrefour sa passion pour la musique – « ma vie, mon sang« – si vitale pour elle. Enfin, dans la très mélodique Traverser les Rivières, Isa Comparé évoque, de manière poétique et détournée, le sort des migrants qui tentent l’aventure du côté de Gibraltar. « Je viens de loin/ Loin de mes pères/ Si je suis moins que rien/ Je suis ton frère. »

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Iaross refait surface

En trio, Iaross nous invite en une plongée musicale des plus variées avec Apnée (*),  un disque où le rock épouse les contours de musiques plus traditionnelles sur des textes aux envolées poétiques et qui invitent à ne jamais baisser la garde.

Mi-septembre, Iaross faisait un premier tour de piste pour présenter leur nouvel album sur la scène des Trois Baudets à Paris. L’occasion pour Nicolas Iarossi (violoncelle, basse et chanteur) de célébrer ce lieu qui vit éclore quelques sacrés talents en proposant une version fiévreuse et prenante de La Mémoire et la Mer,  chanson-phare de l’univers de Léo Ferré.  Sur scène, on retrouvait la même puissance musicale du trio pour basse, violoncelle (Nicolas Iarossi); percussions, pads électroniques (Julien Grégoire); claviers et guitare (Colin Vincent).  On mesure l’étendue des influences qui portent le trio avec une chanson comme Pantins dans lequel plane l’atmosphère d’un tango des familles sur fond de guitare électrisée pour évoquer la musique comme une manière d’échapper à un quotidien terne. « C’est comme si je marchais/ Sur un fil sans repère (…)/ C’est comme si je m’voyais/ Sous des filets et dans les airs. »

Sous la plume de Nicolas Iarossi, les mots apparaissent souvent comme des armes pour lutter contre la médiocrité du quotidien. Portée par les cordes d’un violoncelle inspiré, il lance dans Ni pour eux ni pour Dieu : « Pour hurler dans les cieux, ni pour eux ni pour dieu/ Pour ces prétentieux, pour ces mots tout creux/ Pour voler dans les cieux, ni pour eux ni pour dieu/ Ni pour eux, ni pour dieu, ni pour eux, ni pour dieu. » Côté images, il y a aussi les variations poétiques autour de celle de James Gray et de La Nuit nous appartient, marqué par le duo Joaquin Phoenix, Mark Wahlberg.

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Les chants d’une paysanne poète

Annie Ebrel revisite en musiques avec Lelling (*) les poèmes d’Anjela Duval, qui vécut de 1905 à 1981 et qui partagea son temps entre la ferme et l’écriture. Un hommage inspiré et émouvant.

Originaire du Vieux-Marché dans le Trégor rural (comme Annie Ebrel au demeurant), Anjela Duval est une femme rare : paysanne, elle écrivait quand le labeur quotidien de la ferme ne l’occupait pas trop. Et elle disait simplement dans Poétesse : « Je veux devenir une petite poétesse/ Tel est le désir de mon cœur ici-bas ».

S’étant fait connaître dans les années 70, par l’émission d’André Voisin, Les Conteurs, Anjela Duval est devenue un repère pour les défenseurs de la culture bretonne comme pour les agriculteurs de France, rêvant d’un retour aux sources. Sans avoir fait d’études, cette jeune femme écrivait et parlait aussi bien en français qu’en breton. Dans ses textes, elle pouvait aussi bien évoquer la place des femmes, que la nature qu’il fallait préserver ou s’inquiéter des évènements qui marquent le monde dans le très beau Lagad an Heol (L’Œil du soleil) où il est question aussi bien de l’assassinat de John Kennedy que des drames qui marquent le monde et que voit l’astre du jour dans sa course perpétuelle autour du monde. « J’ai vu des gens opprimés./ J’ai vu un grand dirigeant tomber/ sous la balle d’un dément./ J’en ai vu beaucoup qui pleuraient : / Et j’ai continué, indifférent… » Une femme dotée d’humour aussi et qui pouvait écrire dans Faire reverdir les prés.. : « J’en ai par-dessus la tête/ Des poèmes et des poètes/ Des mâcheurs de salive/ Des gratteurs de papier/ Des rêveurs en dérive/ Parlez-moi journaliers/ Qui savent cisailler/ Les ronces et les épines. »

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Nicolas Paugam, un homme heureux ?

Cinquième album de Nicolas Paugam, Padre Padrone (*) – avec une très belle pochette – sonne rock et exprime les goûts musicaux variés d’un artiste ouvert à bien des influences.

Ex-guitariste et membre fondateur du groupe pop-rock Da Capo (avec son frère Alexandre), Nicolas Paugam fait depuis 2014 carrière en solo en suivant son bonhomme de chemin.

Pour Padre Padrone, il a confié une belle brochette de musiciens – percussions et trompette incluses – pour l’accompagner dans ce voyage musical où l’on passe d’un rock solide à un folk des origines dans une chanson comme Viens dans ma vallée, écrite en souvenir du combat des camisards dans cette guerre des Cévennes qui éclata en 1702 et vit le massacre de bien des huguenots, les protestants français. Une chanson dont la douceur de la mélodie contraste avec la dureté de l’histoire évoquée.

Alternant les textes graves et sombres et les chansons plus ironiques, Nicolas Paugam sait se jouer de bien des registres. Accompagné de JP Nataf, il évoque dans Un homme heureux, le destin des migrants. Il lance : « Au camping des frontières ou marchant sur l’eau comme Jésus en l’air/ du Soudan des voyageurs impénitents,/ l’homme est heureux/ il cogne, l’homme est heureux, il cogne… ». Et quand il cède à l’air du temps, c’est pour signer, dans une chanson qui a des airs de tarentelle mariée à un slam, une évocation de Ce vaccin (à l’époque de la composition, il n’existait pas encore cette parade au Covid 19).

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Un beau soleil d’hiver

Chanson française


Après un hommage à Boris Vian, Debout sur le zinc retrouve ses marques avec L’Importance de l’hiver(*), produit durant une année sous confinement. Entre rock, folk et dans la grande tradition de la chanson française, le groupe n’a rien perdu de sa fougue et signe des chansons à l’énergie communicative.

La pochette de L’Importance de l’hiver fait plutôt penser à une image printanière avec cet arbre aux couleurs multicolores. De fait, le nouvel album de Debout sur le zinc ne sombre pas dans la mélancolie mais propose une forme d’énergie communicative à partager les soirs de spleen. Dans la chanson-titre, aux accents tziganes, le groupe lance : « Fais entendre ta voix/ Libère-toi de tous les faux combats/ L’espérance est un plat qui se mange froid/ L’évidence n’est pas là pour nous dicter sa loi. »

Au gré de chansons comme autant de petites plongées dans un quotidien à partager, Debout sur le zinc peut aussi bien évoquer le deuil dans W, une chanson où la tristesse n’empêche point de danser; la rencontre fortuite avec son ex (L’Orage) ou encore ces Zones d’ombres « qui ne se disaient pas en prose » , un titre évoquant la difficulté que tout un chacun rencontre en ayant du mal de tout dire… Sans oublier une chanson comme Passe me voir, des couplets toniques en diable pour conjurer la solitude de la vieillesse et les affres du temps. sans pour autant perdre le sens du sourire et d’une douce ironie. Un traitement plus efficace que des couplets larmoyants et misant sur le sinistre.

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Le swing charmeur de Thomas Curbillon

Jazz


Place Ste-Opportune (*), c’est le premier album du guitariste Thomas Curbillon. Pour ce passage à l’acte, tout en swing, il s’est entouré de quelques pointures du jazz hexagonal.

Même s’il ne reprenait pas, et de belle manière, la version de la célèbre Petite Fleur, de Sidney Bechet, griffée par Henry Salvador, la voix de Thomas Curbillon n’est pas sans rappeler celle du célèbre crooner venu des Antilles. Qui plus est, né un 1er mai 1979, le guitariste de jazz a en partage avec le sieur Salvador un sens de la formule et de l’humour : il le prouve en promenant ses doigts sur la mélodie de Et bailler, et dormir, une chanson pas très connue de Charles Aznavour, un chant célébrant une indolence toute antimilitariste.

Contrairement à celui qui parle dans la chanson et prétend « ne rien faire de ses dix doigts« , Thomas Curbillon a dédié les siens à la guitare, un instrument découvert dans sa famille qui baignait dans la musique. Après avoir monté un quartet, animé Fuite de jazz sur TSF, suivi un an de formation au un an de formation au CMDL, (Centre musical Didier Lockwood), entre autres, Thomas Curbillon a demandé à quelques grands noms du jazz made in France pour concocter cet album.

De fait, on retrouve à son côté Eric Legnini au piano; Thomas Bramerie à la contrebasse et Antoine Paganotti, à la batterie. Sans oublier une section de cuivres. Et, cerise sur le gâteau, c’est Stéphane Belmondo qui fait des irruptions de trompette et de buggle sur quatre titres, notamment la magnifique version, portée par une ligne de basse, de La Berceuse à Pépé, swing de deuil signé Claude Nougaro/Maurice Vander. Il est vrai, avec sa fine équipe, avec des arrangements concoctés par Pierre Bertrand (qui fait aussi des incursions de saxophone et autre flûte), ce disque propose un swing raffiné et inventif, préférant la nuance à la puissance.

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