Bertrand Betsch : la musique qui calme…

Chanson française


Rien que la pochette – avec cette langue offerte à un calmant – détonne. Avec J’ai Horreur de l’Amour (*), Bertrand Betsch signe un disque étonnant où la fragilité le dispute à une forme de cynisme.

J’ai Horreur de l’Amour est un opus qui fleure bon la mélancolie en 9 titres. Avec l’irruption d’un violon nostalgique tenue par Salomé Perlé, Bertrand Betsch signe des chansons au spleen assumé. Comme si son partenariat avec le laboratoire Mylan qui l’a pris à son service en tant que publiciste avait contaminé l’inspiration d’un artiste, auteur d’un slogan efficace pour un antidépresseur, « Effexor c’est fort- Effexor j’adore- Avec Effexor ne ne crains plus ni la vie ni la mort.« 

D’emblée, Bertrand Betsch lâche ses coups dans Tant tard où il martèle : « La vie est un poème/ Qui ne dit jamais je t’aime. » Au gré des titres, il peut passer de la tentation d’en finir (Fontaine) : « Est-ce que la vie te fait peur/ Est-ce que tu cherches l’interrupteur » à une chanson ironique , L’aorte, où il envoie quelques vers bien sentis sur la tendresse cachée de la gent masculine : « Tout autant arrogant/ Que taiseux besogneux/ Un garçon c’est pas brillant/ C’est vraiment pas sérieux. » Avant de conclure dans En dessous, cet autoportrait peu flatteur : « Je suis né fatigué/ Je suis né épuisé/ Je suis né troué/ Je suis né brisé. »

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Un album qui fait son cinéma

Avec RollerCoaster (*), Coffees & Cigarettes, duo électro-classique, signe un opus personnel, aussi bien nourri de références littéraires que de propres éléments autobiographiques. Décapant et original.

Coffees & Cigarettes, c’est de la musique ouvertement mariée avec le cinéma. Rien que le nom du duo créé par Renaud Druel aka MC Jesse – auteur, compositeur et interprète – est un clin d’œil à l’univers du long métrage de Jim Jarmusch : Coffee & Cigarettes., formé de plusieurs courts métrages dans lequel des hommes et des femmes se croisent sur fond de caféine et de nicotine. Et le deuxième disque du groupe, Freak show était directement inspiré de Freaks (1932), film culte américain de Tod Browning, se déroulant dans les coulisses d’un cirque.

Alors ce nouvel et troisième opus ? Accompagné du violon d’Anna Swieton, de l’alto de Lyllou Chevalier ou du violoncelle de Quentin Gendrot , Renaud Druel signe un album qui mélange chanson française, rock et de hip hop. Sur son dossier de presse, il revendique même le mot de « hop’n’roll », mais qu’importe les cases ! En une poignée de chansons, Coffees & Cigarettes mise sur la voix profonde de l’interprète pour embarquer son monde dans un univers baroque et mélancolique, marqué par une certaine mélancolie de vivre mais tempéré par une dose d’humour et le sens de la dérision.

D’emblée, on est surpris par l’univers sonore d’un disque dans lequel Renaud Druel parvient, de sa voix basse et rauque, à raconter ses histoires en forme de court métrage à une vitesse étourdissante sans pour autant que ses textes n’en perdent leur saveur. C’est sans doute le disque le plus marqué par le spleen du groupe avec un texte comme Le Syndrome de Peter Pan où, derrière les chœurs d’enfant, se glissent, l’air de rien, des paroles plus sombres avec, en prime, la référence au poète de Paris : « Je marche dans un poème de Jacques Prévert, c’est certain » avant d’ajouter : « J’veux garder mon âme d’enfant. » Faudrait-il y voir l’influence de l’époque de confinement où fut conçu l’album ? Ou de la perte d’un être cher, sa mère, avec Emmène-moi, dans lequel l’auteur assume d’un ton sec son athéisme face au sentiment de l’au-delà – « J’y crois pas au connard sur sa croix. » – avant de lancer, comme dans un ultime défi à la mort : « On va rire si fort qu’on va déchirer les nuages.« 

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La preuve par « 6 »

Sixième album du groupe Epsylon, 6 reste fidèle à l’univers de rock celtique qui les a conduit, depuis douze ans, sur les scènes de toute l’Europe. Cette fois, le groupe a ajouté quelques sonorités électros sans pour autant y perdre son âme.

Epsylon a d’emblée trouver son public par son énergie et leur fougue. Elles sont toujours présentes dans ce sixième album (*) – après la parenthèse d’un Epsylon live, capté le 15 avril 2017- Epsylon revient sur le devant de la scène, ayant mis à profit le temps du confinement pour faire une pause obligé et réfléchir au monde tel qu’i va (ou ne va pas).

Les nouveaux textes évoquent la vie comme dans J’irai te chercher : « On se farde de boue/ On souffle sur les braises/ On s’enfonce jusqu’au cou/ Dans la glaise/ On s’crache à la figure/ On se fout de nos frères/ On déchire, on rature/ On ignore la misère/ Où ça nous mènera ? » Dans une des chansons à l’arrangement le plus abouti, Epsylon évoque aussi l’après dans À qui manquerons-nous ? Qui fait écho à un autre texte sur la disparition d’un être proche : Te dire adieu (Imaginez la vie sans toi/ Ce n’est pas si facile que ça). Enfin détour d’un texte évoquant la route et les grands espaces et la nostalgie des groupes et des séries télévisées « certifiés made in USA » (Rêves américains), le groupe signe aussi une célébration de Marilyn Monroe dans Norma, « Vraiment sublime et sulfureuse à la fois« .

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Gauvain Sers et Frédéric Bobin : cap sur « Singapour »

Pour l’émission Du Son dans mon salon, Gauvain Sers et Frédéric Bobin interprètent Singapour signée de ce dernier. Une chanson à la tonalité folk sur les ravages de la mondialisation.
Accompagnés par Martial Bort, Frédéric Bobin et Gauvain Sers.

Malgré le succès rapide et une reconnaissance médiatique certaine, Gauvain Sers garde le sens de de l’amitié et aime les rencontres musicales : la preuve avec ce duo qu’il a enregistré avec son auteur, Frédéric Bobin, de Singapour, une chanson qui évoque la délocalisation des usines en France. Frédéric Bobin souligne : « Quand l’émission « Du Son dans mon Salon » m’a proposé de tourner quelques vidéos, j’ai tout de suite pensé à ma chanson Singapour, qui est l’un des titres emblématiques de mon répertoire et qui n’a pourtant jamais fait l’objet d’un clip ou d’une session live…Pour l’occasion, j’ai eu envie d’inviter mon ami Gauvain Sers à faire un duo avec moi sur cette chanson que l’on a souvent partagée sur scène ! »

Quant à Gauvain Sers, il avait dit dans une interview au magazine Francofans, en 2017 : « Une chanson tellement actuelle, sur les conséquences terribles de la délocalisation. Avec une poésie pleine d’images et une mélodie qui sublime les mots. J’aurais aimé l’écrire ! »

Un duo qui ne boude pas son plaisir de chanter ensemble et a le sens du partage.

Le cri de colère de Leman

Voilà un single qui accroche l’oreille. Avec Les plus bornés, Leman dit sa colère froide face à une société française engoncée dans ses certitudes. La fracture entre deux pays s’y entend clairement.

Les plus bornés cache, sous un titre qui n’est pas des plus accrocheurs, un texte en forme de bilan du quinquennat passé. Nouveau visage du rock français, Leman signe ici des arrangements bien pesées dans lesquels les cordes, bois et cuivres se marient à la puissance du rock et de l’électro. Côté textes, Leman porte un regard sans concession sur les cinq années de présidence made in Macron. Et le constat est sans appel que Leman dit d’une voix forte à la diction parfaite : « Ça fait des pirouettes oratoires/ Dans les médias, c’est beau à voir/ Entre novlangue et marketing/ État exsangue et marketing (…) . » Plus loin, faisant surgir sa colère, il martèle : « Combien de morts, de vies détruites/ Ça détricote la république/ Pour le profit se faire vautour / Capitalisme mon amour/ Sur des charognes ton empire/ Ces jolies choses que l’on empile… »

Pour le clip, signé Loïs Eme et Leman lui-même, ils ont misé sur une version actualisée de La Liberté guidant le peuple, célèbre toile de Delacroix. Réalisée en 1830 en période de grande Révolution en France, ce tableau reste un symbole fort. Le message est ici clair : Leman nous invite dans un texte nerveux à reprendre notre destin en main.

Trois mousquetaires pour la Ville rose

Chanson française

Toulouse contour réunit dans Le Temps Additionnel (*), trois voix de la Ville Rose pour célébrer une certaine chanson. Entre Magyd Cherfi (ex-Zebda), Art Mengo le romantique et Yvan Cujious, l’artiste décalé, la chanson est une affaire de famille. Une aventure qui a tout pour se prolonger sur scène.

Chanteur,pianiste, trompettiste, joueur de mots à l’humour décalé, amoureux de Toulouse, Yvan Cujious a eu l’idée de proposer à ses deux vieux potes l’idée de cet album de célébration de leur ville. Entre Magyd Cherfi, chanteur et poète militant, Art Mendo, chanteur et compositeur pour bien d’autres (de Johnny Hallyday à Juliette Gréco), et lui, on sent qu’il n’y pas besoin de mots pour se comprendre : les bonnes chansons suffisent à créer du lien et à donner envie de se retrouver dans un studio d’enregistrement.

Accompagnés de l’accordéoniste Laurent Derache et du percussionniste Franck Camerlynck, les trois amis promènent leur inspiration sur un vaste répertoire : des opus de Zebda (Oualalaradime) en passant par ceux de Magyd Cherfi (Les Filles, les garçons qui ouvrent le bal en se moquant du prétendu appétit sexuel des mecs, ou la réjouissante Scène de ménage qui se rit des révolutionnaires en charentaises), en passant par Murs de poussière, un Cabrel magnifiquement revisité, le trio nous embarque dans un revigorant voyage musical chaloupé en diable.

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Les musiques du monde de Piers Faccini

Nouveau disque de Piers Faccini, Shapes of the fall (*) est un opus qui s’interroge sur la Terre, sur ce jardin d’éden soumis aux atteintes de l’homme. Musicalement, ce septième album est une fois encore ouvert sur les musiques du monde. Un bel objet sonore inspiré et inspirant.

Piers Faccini a quitté son Londres natal pour trouver le calme et l’isolement propice à l’inspiration dans son refuge des Cévennes. Piers Faccini y écrit ses chansons tout en s’adonnant à la peinture, son autre passion dont la pochette de Shapes of the fall porte trace.

Dans ce disque, il est question d’une planète qui souffre de la présence du bipède humain. Dès le premier titre, They Will Gather No Seed, il est question d’un oiseau qui demande qu’on lui « rende sa maison d’avant ». D’emblée, la voix portée par des chœurs célestes de Piers Faccini est portée par un jeu de cordes dans une espèce de blues du millénaire. Tout de suite, on est accroché par la qualité et la puissance sonore de l’album, fait de multiples rencontres musicales et autres métissages sonores.

Accompagné sur disque comme sur scène par le musicien d’origine algérienne Malik Ziad, Piers Faccini sait mettre toutes les sonorités au service de son univers. Et, son jeu de guitare peut se marier au Guembri d’Afrique du nord et avec un quatuor à cordes de la grande tradition classique dans le magnifique Lay Low To lie par exemple.

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Putain, on ne le verra plus !

Hommage


De son vrai nom Arnold Hintjens, Arno était chanteur mais aussi acteur. Le crabe vient de faire taire sa voix mais ses chansons vont perdurer. Solo Gigolo est quelque part ailleurs, mais présent dans nos cœurs.

« Je veux vivre dans un monde sans jalousie (…) et où les pessimistes sont contents » chantait-il dans Je veux vivre, qu’il avait revisité dans son dernier album en forme d’épure, Vivre (*), accompagné au piano par Sofiane Pamart. On le savait malade d’un cancer du pancréas, diagnostiqué en novembre 2019, et il avait alors dû reporter une série de concerts pour le traitement. Pourtant, après la sortie de ce disque, il était remonté sur scène en juillet 2020.

Chantant en français, en flamand et en anglais, Arno, qui fut un temps enseignant, avait sorti son premier album studio en 1986 après avoir fait partie du groupe TC Matic puis TC Band. Les Français avaient découvert sa voix rauque sur la bande originale du film Merci la vie, de Bertrand Blier en 1990. Chez Arno, il y avait du Tom Waits dans la manière de mener sa vie d’artiste.

Son agent Filip De Groote qui vient d’annoncer sa disparition a indiqué qu’Arno était en train d’enregistrer son ultime disque, avant d’ajouter : « Il n’est pas encore terminé. Nous préférons le finir tranquillement plutôt que de le sortir rapidement. »

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L’élégance de Jean Guidoni

Cinq ans depuis Légendes urbaines ! Jean Guidoni se bonifie avec le temps et son Avec des si est un album de très belle facture dans un écrin classique aux arrangements ciselés pour piano et cordes.

« Je voudrais être, j’ai juste été » lance l’artiste dans Revoir l’été, une des chansons fortes de ce 16ème album qui n’a rien d’un testament mais revisite de belle manière les thèmes éternels de Jean Guidoni qui, collaborant toujours avec l’excellent compositeur Didier Pascalis, a confié les mots pour le chanter à Arnaud Bousquet, glissant aussi, ici ou là, son coup de griffe personnel comme dans Un homme sans importance.

En douze chansons, l’artiste revisite sa vie d’artiste avec dans la magnifique Les Mêmes, une évocation des errances des cafés d’autoroute aux buffets de gare. « Le même café/ Avant l’péage/ Le même gobelet/ D’embouteillages. » Certes ombres sont toujours du côté du terminus Nord ou de la place de Clichy quand l’artiste s’interroge sur une disparition inévitable, mais sans pour autant plomber l’atmosphère (Si les anges) : « Des terrasses jusqu’à plus soif/ La Callas, mon frère et Piaf/ Se regarder dans le banc des vieux/ Refaire le monde mais en mieux. » Une chanson auquel fait écho, dans la dernière ligne droite, Paris je suis en vie, marquée par les éclats du trombone de Julien Chirol, ou encore À plus d’un titre.

Côté nostalgie, il y a sur une rythmique swing l’évocation d’un certain cinéma à la française avec les vers célébrant la vie Sans Dabadie, l’occasion de saluer les ombres de Piccoli, de l’italien Reggiani, sans oublier la belle Romy. Bref, une célébration de « Notre Académie/ L’esprit Paris de Dabadie. « 

Plus avant, il encore célèbre l’émotion primitive du chant dans Allons chante, en forme de célébration de la scène : « Allons chante, chantons encore/ Nos corps en harmonie/ Nos plus beaux accords. » Et là encore, on retrouve l’énergie d’un chanteur dont les prestations scéniques sont toujours inattendues, puissantes. Raison de plus pour noter dans ses tablettes que Jean Guidoni se produit pour un concert exceptionnel le 25 avril prochain aux Théâtre des Bouffes du Nord.

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Un clavier mélancolique

Septième album – neuf titres originaux et deux reprises- Melancholy Island (*) marque le retour de Maxime Cyrin pour des compositions intimistes qui font la part belle à une certaine rêverie.

Pour Melancholy Island, Maxime Cyrin revient au clavier pur et dur et délaisse les expérimentations électros d’autres albums comme Aurora, même s’il demeure ici ou là quelques traces discrètes. Les mélodies sont fluides, et laissent aller à la rêverie comme dans Seasons. En se basant sur les thèmes du voyage, de l’ailleurs, du passage du temps, l’artiste signe plusieurs thèmes qui « parlent » de nouveaux horizons. Le titre même du disque est constitué de deux emprunts : L’Éloge de la fuite, de Henri Laborit et La Possibilité d’une île, de Michel Houellebecq.

Débutant dans les brumes portugaise de Faro Bay – mais pourquoi ne pas jouer les correspondances avec l’île Fårö, chère à Ingmar Bergman- l’album joue sur une succession de mélodies courtes, comme autant de coups de projecteurs sonores sur des états d’âme de cet amoureux de Bach.

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