Léo et les siens

Le tome 2 de L’Intégrale Léo Ferré et ses interprètes, 1957-1962 (*) est à marquer d’une pierre blanche car l’on y découvre des versions oubliées des classiques de cette graine d’ananar.

Dans ce coffret de 3 CD, il y a des disques incontournables du Ferré qui était encore peu connu du grand public. D’abord ses versions des Fleurs du mal avec La Mort des amants, L’Invitation au voyage, dans des interprétations auxquelles Ferré donnera plus de mordant sur scène des décennies plus tard. On y retrouve aussi des textes des années Odéon, telles que Les Indifférentes, une très belle chanson, et Comme dans la haute. Enfin, il y a le classique des classiques, Les Chansons d’Aragon où Ferré habille magnifiquement les poèmes de l’auteur des Yeux d’Elsa, que ce soit Est-ce ainsi que les hommes vivent ? et surtout L‘Affiche rouge,  dont les chœurs tragiques accompagnent cette ode au martyre de la bande à Manouchian.

Mais, le plus surprenant dans ce coffret, ce sont les interprètes réunis autour du répertoire de l’auteur de Thank you Satan et qui redonnent vie à des chansons parfois oubliées. Lire la suite

Toutes les musiques de l’Acadie

 L’Acadie dans tous ses états et en musiques : c’est le pari de la Semaine acadienne qui se tient du 8 au 15 août dans le Calvados depuis douze ans. Coup de projecteur sur l’édition 2017.

Le 6 juin 1944,  des dizaines de milliers de soldats participèrent au Débarquement sur les plages normandes. Parmi eux, des Américains, des Anglais, des Francais, des Belges, des Polonais, … mais aussi des Canadiens.  Chaque nationalité étant affecté à une zone précise, ce fut pour ces derniers Juno Beach, une bande d’une dizaine de kilomètres de long, allant de Courseulles-sur-Mer à Saint-Aubin-sur- mer.

C’est en souvenir de ces cousins d’Amérique que les villes de Courseulles-sur-mer, Luc-sur-mer, Saint-Aubin-sur-mer, Douvres-la- Delivrande, Carpiquet, Authie, Beny- sur-mer, dans le Calvados accueilleront la douzième édition de « La semaine acadienne » du 8 au 15 aout . Pour les soldats acadiens qui participèrent à ce Débarquement, ils revenaient, trois siècles plus tard, sur les terres de ces Français qui avaient traversé l’Atlantique pour construire le Québec au 17e siècle. Hommage leur est donc rendu aujourd’hui d’une façon festive.

Plus importante  manifestation consacrée à l’Acadie en France, le Festival propose cette année outre un concert de Natasha St Pier,  la grande Marie Jo Thério, venue du Nouveau-Brunswick, Jocelyn Petit, et des groupes comme 112 Accords, Unisson, LGS. Entre autres… Lire la suite

En souvenir de Jo Privat

Swing of France, accompagné du guitariste virtuose Daniel Givone signe un hommage tonique à Jo Privat avec Manouche Partie (*).

C’est la renaissance d’un album mythique. Nous sommes en 1960 et l’illustre Jo Privat enregistre un disque qui va devenir, selon l’expression consacrée, culte. Il s’agit de Manouche partie. Devenu un classique du jazz musette, ce disque va influencer des générations de croque-notes. Avec le franc parler qui était le caractérisait, Jo Privat avait déclaré ensuite : « De tous mes disques, c’est certainement celui où tous les musiciens ont mis le plus de cœur; c’était homogène (…) on bandait quoi ! »

En refaisant vivre ce disque, Swing of France – un groupe qui se bat pour redonner ses lettres de noblesse au jazz musette – et Daniel Givone ont eu la bonne idée de rester fidèle à l’original sans pour autant jouer la copie conforme. Et le résultat est plein de punch et enlevé.

Daniel Givone souligne : « Je crois que la première chose que j’ai entendu en venant au monde c’était un disque de Jo Privat… » Accordéoniste, son père passait régulièrement cet album sur le tourne disque familial et, bien avant de se mettre à la gratte, Daniel a été baigné dans cette atmosphère musicale.

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Géraldine Torres, une indignée douce

Un premier album haut-en-couleur pour Géraldine Torres. Avec La Vie sur les os(*), la chanteuse, riche de dix ans de métier en groupe et sur la route, prouve la palette de son talent.

D’emblée, Géraldine Torres cueille son monde par une énergie partageuse. La voix rauque de la dame nous embarque vers des territoires où l’indifférence n’est pas de mise et la colère jamais feutrée. Pour preuve, la chanson dédiée au 11 septembre. Pas celui des tours jumelles de New-York, non celui d’un triste jour au Chili où la dictature militaire mit fin au désir de changement politique de Salvador Allende en son palais de La Moneda et où la guitare de Yann Pompidou distille une douce nostalgie des temps sans bruits de bottes. On sent chez Géraldine Torres le désir qu’une tragédie n’en efface pas une autre dans la mémoire collective.

Le reste d’Avec la vie sur les os est à l’image de ce titre : inspiré, solide, puissant. Et varié. Ce qui n’est pas courant dans l’univers musical actuel où la confession intime (et lassante) tient lieu de passeport…


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La Bretagne au chœur

Breizh – Eo Ma Bro ! (*) réunit 19 artistes pour un CD en forme d’hommage vibrant à la Bretagne avec, au cœur de ce voyage, un passeur d’émotions au long cours : Olivier de Kersauson.

Kersauson a la voix pour parler aux embruns. Il était le guide tout naturel pour accompagner cet hymne à la Bretagne qui réunit une vingtaine d’artistes pour célébrer « sa » Bretagne. « C’est ma Bretagne, dit-il, c’est le cœur qui se tout entier dans le vocabulaire qui ne parle pas toujours très bien. »

Autour du marin au parler fort, une kyrielle d’artistes sont du voyage. Les Bretons de toujours – Gilles Servat, Alain Stivell, Tri Yann ou encore Dan Ar Braz, Miossec – mais aussi les amoureux (Laurent Voulzy, Jane Birkin) de cette région  en forme de continent où les bombardes répondent aux cornemuses et où les chœurs se font tantôt aériens, tantôt puissants.

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Babel fait un tour

Avec leur EP de quatre titres (*), Babel prouve que le groupe né de la volonté de Sébastien Rousselet, a désormais hissé la grand-voile.

Un titre, Bless(e) you, suffit à montrer les ambitions et les capacités d’un groupe comme Babel. Le verbe est haut et ciselé, la partition se teinte de hip-hop mais aussi de mélodies arabisantes avant que les cordes n’entrent en scène. Et alors, les mots de Sébastien Rousselet résonne à la manière d’une imprécation de Ferré : « J’voulais qu’ma vie ait un sens/ Et j’crève pour qu’on roule à l’essence. Ils l’auront pas au Paradis/ Tout l’or noir au fond du puits (…)/ Que Dieu vous blesse. »

Il est vrai, Sébastien Rousselet n’est pas sorti d’un coup de pub discographique. Né en 1976 dans une famille paysanne où les disques font partie du quotidien des cinq enfants. Fou des Doors à la naissance du grunge, le jeune Sébastien compose un opéra-rock avant de filer à Londres, de découvrir la drum’n’bass dans certains clubs… A son retour en France en 2004, Sébastien sait qu’il veut suivre sa vie d’artiste.

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Entre musette et jazz

L’accordéon à ma main gauche, la guitare à la droite : « Allo Balthazar » marque la rencontre  discographique entre Eric Bouvelle et Romane. Un opus tonique et nostalgique entre musette et jazz.

Si vous n’aimez ni la musette, ni la musique manouche, passez votre chemin et n’écoutez pas « Allo Balthazar », fruit des retrouvailles entre Eric Bouvelle, à l’accordéon, et Romane à la guitare. Entre le défenseur du jazz manouche, dans la tradition de Django, et l’héritier d’un Jo Privat, le mariage ne peut être que de déraison et ces deux routiers de la scène signent en douze plages de swing un album qui dépote.

Entourés de Mathieu Chatelain, Laurent Zeller et Laurent Delaveau (Les Pommes de ma douche), le duo redonne un coup de jeune au patrimoine mêlant ses compositions à celles de grands anciens auxquelles ils donnent un beau lifting. Dans le désordre, on trouve Smile, de Chaplin; Rêve de bonheur, de Jo Privat; Begin the Beguine, de Cole Porter sans oublier Chez Jacques, de Django Reinhardt.


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