Miossec ou l’air du large

Brestois de cœur mais rocker d’inspiration, Miossec a signé un grand retour avec Les Rescapés, un album, le onzième de sa carrière, où il évoque l’urgence de vivre vite dans des mélodies marquées par le sentiment d’urgence.

Miossec a une façon bien personnelle de dire les paroles en détachant chaque syllabe pour faire sonner les mots. Avec des textes au cordeau où chaque terme est soupesé pour donner l’essentiel de ce qui habite son auteur. « On vit comme s’il n’y avait pas de fin/ On vit comme le font les incendiaires » lance t-il.

Avec le cap de la cinquantaine franchi, on a le sentiment que Miossec est allé à l’essentiel avec la mort qui frappe autour ou qui se rappelle à notre mauvais souvenir. Cela donne notamment une splendide chanson où cet amoureux de l’océan impétueux évoque l’Atlantique qui a emporté un grand-père : La mer quand elle mort, c’est méchant. « La mer, elle est incertaine/ Quand on l’a déjà vue sortir les dents/ Et causer tellement de peines/ Elle n’a jamais fait, elle, dans les grands sentiments » chante-t-il. Lire la suite « Miossec ou l’air du large »

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Un quatuor loufoque et rock

Improbable réunion de quatre mordus de la scène, le groupe Bancal Chéri signe un album tonique qui joue sur bien des tempos. Zoom.

Quatre mousquetaires du délire, Dimoné, Roland Bourbon, Nicolas Jules, Imbert Imbert avaient tout pour se rencontrer et marier leur énergie respective. C’est chose faite avec Bancal Chéri, un groupé né au cours du spectacle collectif Boby Lapointe repiqué où, à l’occasion du 90ème anniversaire de la naissance du barde de Pézenas, ils s’étaient retrouvés sur scène pour célébrer le répertoire déglingué et abrasif de ce jongleur des mots au débit d’une mitraillette.

L’énergie de cette complicité née sur les planches, a donné envie aux quatre lascars de jouer les prolongations. C’est chose faite avec cet album qui joue sur tous les tableaux et tous les tempos. A quatre mains, ils ont concocté ce puzzle musical où se glisse parfois un musical au titre poétique (Glass Glock). Lire la suite « Un quatuor loufoque et rock »

Les hurlements de Léo, toujours d’attaque

Vingt ans d’âge et dix albums : c’est le retour des Hurlements de Léo avec Luna de Papel, un opus énergique et déterminé.

Combien de concerts sur les routes de France et de Navarre ? Combien de partage avec d’autres artistes ? Avec Luna de Papel (*), Les Hurlements de Léo persiste et signe avec un disque où passent La Cafetera Roja  sur Cumbia par exemple ou encore Les Ogres de Barback sur Quand tu seras là-bas. Car les huit musiciens du groupe cultivent par dessus tout le plaisir de « créer ensemble et partager. » Sont du voyage cette fois deux nouvelles têtes, comme David Bourguignon (Radio Bemba) et Bayrem Ben Amor (Mano Solo).

Laurent Kebous signe toujours les textes avec cette fois la complicité d’un certain Jean Fauque, le parolier de Bashung, sur deux titres (Social Traitre et Luna de Papel),  et le groupe n’a rien perdu de son esprit libertaire et rebelle. Car Les Hurlements de Léo n’est pas prêt à mettre la sourdine et le dit dans La Liste : « Ils veulent nous enfermer/ Nous créons plus fort. » Et dans Social Traitre, le groupe la joue carte sur table : « Pas de fascistes dans mon quartier. Pas de quartier pour les fascistes ! »

Pour autant,  un aspect plus introspectif surgit ici ou là comme dans la belle chanson qui termine l’album, Quand tu seras là-bas évoquant la fin de l’existence sans pour autant plomber l’ambiance. De toute façon, comme il est dit dans la chanson, pas question de ne « pas prendre son temps« , alors… Lire la suite « Les hurlements de Léo, toujours d’attaque »

Mr Yéyé : un moteur hybride

Hybride , c’est le nouveau scud de Mr Yéyé, un artiste fonceur, décomplexé et qui sait se jouer, avec brio, de ces réseaux sociaux qui envahissent notre quotidien. Pour le pire et – parfois – le meilleur.

En tournée avant de poser matériel et musiciens sur la scène du Nouveau Casino (Paris) le 2 novembre prochain, Mr Yéyé a construit sa notoriété tout seul, via You Tube. Avec Hybride, il propose un album(*) à son image : audacieux et agressif, quitte à dérouter son monde. Mais l’artiste a de l’énergie à revendre son électricité et une imagination qu’il ne bride jamais.

Pour Mr Yéyé, tout a commencé  du côté de la Bretagne avec une grande claque sur le museau, le jour où son groupe de lycée explose en vol. Nous sommes en 2012, et Mr Yéyé n’est pas du genre à garder sa chambre pour dépression chronique. Dans cette solitude forcée, il choisit de voyager musicalement en solitaire en tentant tous les chemins de traverse. Grâce à sa chaîne You Tube où, en toute indépendance, il poste morceaux et clips auto-réalisés au compte-goutte, il parvient au 40 000 abonnés. Au passage, Mr Yéyé n’hésite pas jouer sur le détournement de chansons existantes, des mélodies de Shaka Ponk ou Stromae à Indila et même Kendji Girac.

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Mihuma brouille les ondes

Six titres pour un rappeur au long cours qui se promène entre rap et rock avec un certain sens de la formule : tel est Friture sur la ligne, le EP (*) de Mihuma.

Le sens des histoires, Mihuma l’a sans conteste. Un artiste qui avait été révélé en 2010 au grand public via l’album Music-All, où figuraient notamment Féfé, Oxmo Puccino… Avec Friture sur la ligne, Mihuma se balade entre ballades rock et rythmique rock sur des mélodies où il a fait appel au beatmaker Gyver Hypman, qui produit notamment le Saïan Super Crew. Sans oublier Stéfane Goldman, le guitariste compagnon de ses débuts et qui a joué pour Imany, Jean-Pierre Nataf… De quoi habiller de mélodies ciselées des histoires parfois noires comme cette surprenante (le clip l’est aussi)  Plage, où il est question des violences conjugales dites d’une voix blanche et un brin monocorde avec des images qui font mouche comme lorsqu’il évoque ce « bouquet de fleurs » ou « il y avait même des fleurs dedans« .

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Yéyé : copier est parfois bien jouer…

Yéyé VO/VF offre, dans un coffret de 3 CD, un parcours intéressant entre les versions originales et françaises de cette musique qui marqua la France à la fin des années 50.

La pochette de couverture du coffret (*) est parfaitement choisie : on y voit un Johnny jeune le regard fixé sur une photo d’Elvis. Deux regards dans le lointain, deux profils pensifs. Avec Yéyé VO/VF, Pierre Layani et François Jouffa invitent l’amateur à un passionnant saut dans le temps accompagné d’un livret toujours riche en informations où, s’ils montrent bien que si les rockers français se sont inspirés d’illustres modèles, ils soulignent aussi. que tous les artistes se sont inspirés des anciens. Alors, pour un Johnny, adapter Tutti Frutti, de Presley est une filiation naturelle. Tout comme Be-Bop-A-Lula, de Gene Vincent pour les Chaussettes Noires. Mieux, un certain nombre des originaux étaient eux-mêmes des reprises. Ainsi Cliff Richard, si souvent adapté en France, s’est inspiré pour ses créations de bien des morceaux oubliés de la musique américaine. Quant à Presley, les auteurs du coffret prennent la peine de souligner : « Hors musiques de film, le répertoire d’Elvis Presley, de la première à la dernière chanson, est composé au moins de trois quarts de reprises, comme chez Frank Sinatra ou Ray Charles. »

De Titus Turner à Johnny Hallyday

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La voix de Thiéfaine pour les maux de Dostoievski

On connaît le rocker amoureux des mots qui « poétisent » le monde, le rebelle fidèle aux enseignements surréalistes, et l’homme de scène. Avec sa lecture des Carnets de sous-sol (*), de Dostoievski, Hubert-Felix Thiéfaine fait entendre une des grandes voix de la littérature russe.

Plus de cinq heures d’écoute ! Une chose est sûre, les éditions Frémeaux & Associés aiment les défis et ne cessent de servir les grands textes. Cette fois, c’est Hubert-Félix Thiefaire qui se glisse, non sans gourmandise, dans l’univers de Dostoievski.

Quand le grand romancier russe signe ces Carnets du sous-sol, c’est juste après Les Souvenirs de la maison des morts, un texte stupéfiant et qui témoigne de ces années de bagne où il est envoyé en 1850. Un choc même si sa qualité de noble lui vaut d’éviter certains mauvais traitements mais pas de subir la hargne d’autres détenus. De ce séjour, le romancier revient transformé au fond de son être. Il écrit notamment : « Je n’ai pas perdu mon temps : j’ai appris à bien connaître le peuple russe, comme peut-être peu le connaissent » Il y passera quatre ans.

Juste après ce texte fondateur et qu’on ne peut se lasser de lire et relire, Dostoievski publie un autre livre où il livre une vision très pessimiste de la condition humaine. Ces Carnets du sous-sol qui commence par une double affirmation : « Je suis un homme malade… Je suis un homme méchant ». Lire la suite « La voix de Thiéfaine pour les maux de Dostoievski »

Francis Lalanne : pour Léo…

1540-1Depuis le temps qu’il avait croisé le chemin Ferré, Francis Lalanne se devait de lui rendre hommage. C’est chose faite avec groupe de rock marseillais, Carré blanc, dans A Léo. Il y reprend des classiques en y ajoutant des textes de son choix et une longue interview assez étonnante par sa franchise.

En 1987 aux Francofolies de La Rochelle, Francis Lalanne faisait partie des artistes qui rendirent hommage à Léo pour la « Fête à Ferré », un souvenir fort pour les amoureux de cette manifestation rochelaise. Outre Avec le temps que Francis avait chantée, accompagné par Léo lui-même au piano, il avait oser ajouter un couplet à la chanson qui concluait la soirée, Le Temps des cerises, interprétée par Léo entouré d’autres artistes comme Higelin, Mama Béa Tekielski et la magnifique Catherine Ribeiro. Et ce Sang des cerises figure désormais sur le nouvel album.

Retrouvant le goût de chanter en mettant ses pas dans ceux de Ferré, plus de vingt ans après sa mort, Francis Lalanne a retrouvé Marseille où il passa son adolescence et Paul Fargier, avec lequel il partagea le même professeur de théâtre, Irène Lamberton, et qui est aujourd’hui chanteur et percussionniste du groupe de rock Carré Blanc. Ensemble, ils revisitent des classiques de l’univers de Ferré : C’est extra, Vingt ans, La Mémoire et la Mer… C’est là que Lalanne prend le risque de la comparaison pure et toutes les interprétations ne se valent pas.

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Neil Young toujours d’attaque

neil-young-the-monsanto-yearsAvec The Monsanto Years, Neil Young signe un nouvel album militant où, à près de 70 berges – il les aura en novembre – , ce militant écologique part en guerre contre Monsanto et les OGM.

Dans ce nouvel album(*), Neil Young dégaine sec et ne prend pas de gants pour s’attaquer à l’entreprise américaine spécialisée dans les biotechnologies agricoles. Dans la chanson titre, il dit tout de go :  » Quand ces graines germent, elles sont prêtes pour les pesticides/Et le Roundup vient et apporte la vague de poison de Monsanto » Un disque où le parrain du grunge signe une offensive en règle contre l’entreprise américaine, célèbre pour ses cultures génétiquement modifiées et son herbicide distribué dans le monde entier.

En neuf chansons, Neil Young dénonce les pratiques du groupe installé dans le Missouri (à Saint-Louis) pour forcer la main des agriculteurs en imposant des produits dont la dangerosité de certains est souvent évoquées. Généreux dans ses colères, Neil Youg n’oublie pas certaines marques comme Starbucks, Chevron ou encore Walmart. Et quand il se paye Starbucks dans, A Rock Star Bucks A Coffee Shop, c’est pour lancer une nouvelle fois :  » « Je veux une tasse de café mais je ne veux pas d’OGM/J’aime démarrer ma journée sans aider Monsanto »

Du côté de Monsanto, on a préféré ne pas envenimer la situation et, dans un courriel, une porte-parole a notamment écrit  : « Beaucoup d’entre nous, chez Monsanto, ont été et sont fans de Neil Young. Pour certains d’entre nous, malheureusement, son nouvel album ne reflète pas notre engagement fort au quotidien pour contribuer à une agriculture plus durable ». Pas de quoi faire bouger le Canadien d’un iota…


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