La mythologie, c’est rock !

Mariant la mythologie et le bon vieux temps du rock’n’ roll, c’est possible. La preuve avec Besoin de rien (*), un album signé d’un groupe qui sort de l’ordinaire : Diogene Theorie.

Philosophe grec cynique célèbre pour son art de la parole mordante, Diogène de Sinope n’aurait jamais pu imaginer que son nom inspirerait celui d’un groupe rock. Stéphane Gaugain tire pourtant l’inspiration de ses textes (parfois conçus en duo) d’une plongée dans l’univers mythologique où l’on croise Orphée, Némésis, Œdipe ou encore Pandore, même s’il n’y pas que ces figures antiques qui figurent à son tableau de chasse.

De fait, si la mythologie permet à Diogene Theorie d’évoquer des thèmes intemporels tels que l’exil, la mort, la vengeance, la révolte…, le groupe sait aussi faire du rock qui résonne avec nos temps dits « modernes ». Ainsi, dans un morceau au rock fiévreux comme Off the record, ils ironisent sur la médiatisation qui colonise la vie et les esprits. « On est à l’œuvre, avalez nos couleuvres/ Arrogance et mépris c’est pas vu pas pris/ Des promesses des caresses dans l’sens du poil qui/ se dresse/ Ça reste entre nous/ Off the record/ Faudrait pas qu’ils nous mordent. » Évoquant aussi bien une planète en mal de vivre (Besoin de rien), l’opus ne manque pas d’humour et le groupe s’en donne à cœur joie dans le refrain d’Œdipe où il répète à l’envi : « Et si le vieux Sigmund pouvait me lâcher. »

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Une pépite signée Arno

En dix jours passés dans le studio ICP de Bruxelles, le rocker- bluesman belge revisite son œuvre accompagné par le piano virtuose de Sofiane Pamart. C’est bouleversant.
La pochette de « Vivre ».

Arno, c’est une voix où l’émotion jaillit dès le premier mot prononcé. Avec Vivre(*), il offre son cœur à nu dans une version épurée de son œuvre, accompagné seulement de Sofiane Pamart, fin pianiste et compositeur hip-hop, avec pour unique soutien la basse de Mirko Banovic.

Co-fondateur du label PIAS, Kenny Gates a eu l’idée de pareille collection piano-voix. À l’AFP, il a raconté : «Arno –allez, je ne vais pas être très sympa (rires)–, il a parfois le complexe du rocker : évidemment qu’il a des textes émouvants, mais cachés derrière des grosses guitares. Je lui ai dit « allons à l’essentiel, faisons pleurer les gens ensemble ».

On sait Arno atteint d’un méchant cancer depuis l’annonce faite en 2020. C’est dire aussi que cette mise à nu ne peut que nous toucher encore plus tant on sent que l’artiste va à l’essentiel. Et sa version de Dans les yeux de ma mère résonne longtemps dans vos oreilles quand, de sa voix rocailleuse , portée par des arrangements subtils, il lance : « Ma mère elle m’écoute toujours/ Quand je suis dans la merde/ Elle sait quand je suis con et faible/ Et quand je suis bourré comme une baleine. »

Pour l’occasion, Arno est allé fouiller du côté de son premier groupe T.C. Matic pour revisiter Elle adore le noir et son hymne européen, Putain putain, dont les mots résonnent étrangement, en trois langues, par les temps qui courent : « Putain, putain, c’est vachement bien/ Nous sommes quand même tous des Européens.« 

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Marine Bercot, l’énergie pure

Avec une manière de dire ses textes plutôt que de les chanter, un univers sonore rock qui ne manque pas d’originalité, Marine Bercot signe son troisième album Ravi(e)s. Une écoute s’impose.

Dans Ravi(e)s, Marine Bercot cueille son monde par un cocktail sonore qui mêle sonorités rock, hip hop, spoken word… D’emblée, elle nous invite à larguer les amarres avec un hymne à Berlin, une ville qui porte encore les traces des blessures de l’Histoire même (et surtout)  si elle a toujours réussi à renaître de ses cendres (Bleu à l’intérieur, Berlin).

Au fil des mots, la chanteuse évoque encore  les maux familiaux et les révélations qui font mal dans La Fille – dont la mise en images ne manque pas de punch – qui porte cette question lancinante : « La fille elle appelle et elle dit : « Ton père, c’est aussi mon père ! » De chanson en chanson, Marine Bercot   manipule des mots en forme de coup de poing et peut lancer ainsi dans Ça t’a fait quoi ? : « La mère et la pute, il faut choisir ». Elle n’est pas du genre à baisser la garde face au coup du sort de la vie.


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Dalva en pleine lumière

Le deuxième album de Dalva, Lumen(*), porte bien son nom car il met en lumière certains éclats poétiques de l’auteur présentés dans un écrin folk-rock.

Loin des autoroutes de la musique  en vogue, Lumen embarque son monde dans un univers sonore où les arrangements marient  folk et rock pour créer une atmosphère musicale propice à des textes poétiques et qui ne se livrent pas à la première écoute du nouvel album d’un artiste élégant et discret.

L’homme a l’inspiration littéraire et le prouve dans Ta gueule (rien à voir avec Johnny Hallyday !), une chanson qui évoque le retour au point de départ après un accident, une opération ou, symboliquement, une peine. Une chanson qui fait référence à l’essai de Pascal Quignard, Les Désarçonnés, et à certaines nouvelles de Raymond Carver. « Y’a ton regard en décalco/ Sur la vitre du métro », lance t-il.

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Bruce Springsteen : à la vie, à ses morts !

Enregistré dans l’urgence, Letter to You, prouve que Bruce Sprinsteen n’est pas prêt de raccrocher sa guitare, malgré les fantômes du passé qui occupe sa vie.

« I’m alive » lance le Boss dans Ghost, une chanson qui lui inspirée après la disparition de son ami George Theiss, dernier membre survivant des Castiles, le premier groupe de Springsteen. Disque en forme de passerelle entre Darkness on the Edge of Town et The River, Letter to you est marqué par la disparition des proches et la camarde qui, l’âge avançant – Bruce a 71 ans-  rode pour tout le monde. Ainsi dans One Minute You’re Here, une magnifique ballade qui ouvre cet album de très belle facture, il évoque  la mémoire de l’ami saxophoniste Clarence Clemons, .

Car ce Letter to You permet de retrouver un Bruce Springsteen en belle forme et qui carbure toujours au rock de sa voix puissante entre deux solos déchirants d’harmonica et quelques riffs puissants de guitares électriques (If I Was The Priest). Lire la suite « Bruce Springsteen : à la vie, à ses morts ! »

Francis Cabrel à la lumière… revenant

Quatorzième album de Francis Cabrel, À l’aube revenant (*) reste fidèle à l’univers folk du barde de 66 ans, qui se laisse aller à quelques rêveries sensuelles et célèbre les troubadours d’antan dont il se sent un héritier.

À l’aube revenant, c’est du Cabrel pur sucre. La voix est mise en valeur derrière des mélodies ciselées pour les guitares et les cordes. Et le baladin d’Astaffort continue de chercher dans la moindre particule de vie, dans les formes de la cire qui fond « la poésie ou y’en a jamais eu. » (Les Bougies fondues).

Cette fois, l’homme qui chante depuis 1977 l’amour sous toutes les formes a osé tremper sa plume dans une inspiration plus sensuelle pour signer les mots bien troussés de la chanson-titre À l’aube revenant , (quand« La tempête s’achève en murmures brûlants ») qui s’inscrit dans la lignée d’une chanson vieille de douze ans, La Robe et l’Échelle. Ce qui ne l’empêche d’évoquer une première expérience féminine avec un humour certain dans J’écoutais Sweet Baby Jane.

A l’heure du confinement, une chanson comme Difficile à croire tombe à point pour évoquer la fermeture de librairie et des petits commerces sur un rock de bon aloi, éclairé par des solos de bugle.

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Vincent Eckert : un rock poétique et sensible

Entre rock solide et ballade plus intimiste, Vincent Eckert propose avec Les Années vaines (*), un disque à la poésie sensible et vivante.

On parle souvent de Kat Onoma quand on évoque Vincent Eckert, sans doute parce qu’il vient lui-aussi d’Alsace. Mais on pourrait aussi évoquer les influences de Noir Désir ou de Charlélie Couture, un autre homme de l’Est.

Vincent Eckert ait partie de ces artistes qui tentent, sans se décourager, de faire sonner les mots de la langue française avec les sonorités et rythmiques du rock. Mariant les mots avec les images, l’artiste annonce sa couleur, faisant renaître un vieux terme de la technique photographique dans Sténopé : « Je noircis des images/ de vers imparfaits/ vous en dessous des nuages/déclenchez le sténopé. »

Jouant sur les images et certaines métaphores, Vincent Eckert aborde dans ce nouveau disque des thèmes de la vie qui nous touchent tous : l’amour qui va et vient; les rêveries au bord de l’eau; les rêves d’avenir… même quand il est incertain.

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Imbert Imbert : l’enfance du rock

Mémoires d’un enfant de 300  000 ans (*), c’est un opus bizarre en forme d’album racé. Et un cri du cœur de Imbert Imbert, un artiste qui bourlingue sur les ondes depuis plus de dix ans et ne manque pas d’originalité.

La pochette noire est crépusculaire. Dès la chanson-titre, Imbert Imbert lance « Qu’est ce qu’il ne faut pas faire pour se taire » sur une rythmique sourde qui souligne les solos des cordes. Et de poursuivre : « La photo d’un enfant mort, qu’est ce qu’il ne faut pas voir/ Pour le croire. » Dans cette ouverture, on sent que Imbert Imbert a mis toutes ses déchirures, toutes ses colères dans ces plages musicales. Ex-contrebassiste du Jim Murple Memorial,  resté fidèle à cet instrument , Mathias Imbert  a commencé sa carrière solo dès 2007 et a publié depuis quatre albums dont le dernier, Viande d’amour, fut, en 2016,  le coup de Cœur de l’Académie Charles Cros. Cette fois encore, il nous offre une belle alchimie poétique.

Tout au long de 11 titres prenants et accrocheurs, Imbert Imbert ne baisse jamais la garde et croque le monde tel qu’il va – et souvent ne va pas ! – sous ses yeux. Avec une habileté à se défendre avec un sarcasme ainsi quand il évoque les émotions médiatisées portées par un chœur enfantin (Tous les crocodiles) : « Les injustices du monde/ Les pions et les pionnes/ A la merci de l’immonde/ Je m’en tamponne. »

Quand il s’agit de signer une lettre d’amour, une « promesse plus sobre et plus sincère aussi », c’est pour retrouver, dans L’Amour tentacule,  la même façon de dire l’attachement sans chaîne qu’un Brassens évoquait dans La Non-demande en mariage.

IMBERT IMBERT  – Mémoires d’un enfant de 300 000 ans

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La ligne Clarys

Des éclairs rocks dans un univers mélancolique et sombre : De là (*), le nouveau disque de Clarys, offre un univers sonore qui met en valeur la narration poétique de l’artiste sur une belle rythmique rock.

Avec la voix grave de  Peter Milton Walsh (de The Apartments), les mots de Un moment sans répondre sont assez emblématiques de l’atmosphère de De Là, le nouvel album de Clarys. « Ce monde en réseau/ Voit son âme dévaluée« , murmure t-il.  Clarys est une auteure qui oscille entre une mélancolie assumée et un humour grinçant dans un univers sonore rock où elle pose sa voix singulière sur les mélodies assurées par un trio rock solide, dans la lignée d’un Nick Cave, quand la rythmique opte pour un tempo de pulsation cardiaque. Avec, au final, le final instrumental de Memento Mori.

Coréalisé par Boris Boulbil – un monsieur qui a officié avec Dominique A, Playing Carver – De là est un album qui se déguste à petites touches. Comme autant de moments cinématographiques, lorgnant de manière assumée vers l’univers d’un Wim Wenders. Lire la suite « La ligne Clarys »

Rodolphe Burger signe un patchwork inspiré

Sixième album solo de l’ancien leader du groupe Kat Onoma, Environs est un album où l’artiste a créé en toute liberté. Des ballades poétiques où le rock le dispute au blues.

Sur quatorze titres, Rodolphe Burger a glissé  quatre reprises : Lost and lookin’ de Sam Cooke;  Fuzzy, de Grant Lee Buffalo;  Ba Ba Boum des Jamaïcans  ou encore Mushroom de Can sans oublier deux lieders – magnifiques – de Schubert. C’est dire si Rodolphe Burger assume le patchwork et une création en toute liberté. Avec une pochette ancrée dans le quotidien de l’artiste – y figurent des lieux autour de Colmar, immortalisé sur une carte ancienne achetée aux Puces par Fred Poulet, réalisateur de son nouveau clip,  et dont le visuel a été recentré sur la vallée de Sainte-Marie, où le chanteur a ses racines et a installé un studio.

Au cœur de ce cadre psycho-géographique,  Rodolphe Burger a convié bien des « figures » de son panthéon personnel  pour donner vie à des plages musicales variées :  de Bruce Chatwin, du Chant des pistes à Verlaine, sur la belle chanson Le piano que baise une main frêle (dont le titre est ici, tout aussi poétique, Parfumé d’elle).

Entouré d’une bande d’amis musiciens -la contrebassiste Sarah Murcia, le batteur Christophe Calpini, Bertrand Belin, Julia Dorner, Grimaçe (le groupe de son fils) l’artiste Hugues Reip, Arnaud Dieterlen et l Christophe – Rodolphe Burger signe son chant personnel des pistes, quitte à prendre bien des chemins de traverse. Lire la suite « Rodolphe Burger signe un patchwork inspiré »

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