Lavilliers en plein ciel

Lavilliers nous offre 5 minutes de Paradis (*) à sa manière. Poétique, toujours rebelle et dans un écrin musical soigné. Peut-être trop…

A presque 71 ans, Bernard Lavilliers s’offre un vingt-et-unième album comme cadeau d’anniversaire. Cinquante ans de carrière, un sacré bail ! Après avoir multiplié les expériences scéniques depuis quatre ans, date de son dernier album en solo, Baron Samedi, Lavilliers est de retour et pas forcément là où on l’attendait. Ni dans un registre habituel.

Naturellement ce digne successeur de Léo Ferré – auquel il ne manque jamais de rendre un hommage, voire d’envoyer des clins d’œil au gré de vers inspirés sinon empruntés- n’a pas rangé ses révoltes au rang des souvenirs, comme en témoignent Croisières méditerranéennes, évocation poétique du drame de l’exil forcé; Bon pour la casse, évocation de « l’exécution », par l’entremise du chômage, d’un ex-cadre dynamique ou encore 5 minutes au paradis, évocation nerveuse des anges de la mort des services secrets…

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Léo et les siens

Le tome 2 de L’Intégrale Léo Ferré et ses interprètes, 1957-1962 (*) est à marquer d’une pierre blanche car l’on y découvre des versions oubliées des classiques de cette graine d’ananar.

Dans ce coffret de 3 CD, il y a des disques incontournables du Ferré qui était encore peu connu du grand public. D’abord ses versions des Fleurs du mal avec La Mort des amants, L’Invitation au voyage, dans des interprétations auxquelles Ferré donnera plus de mordant sur scène des décennies plus tard. On y retrouve aussi des textes des années Odéon, telles que Les Indifférentes, une très belle chanson, et Comme dans la haute. Enfin, il y a le classique des classiques, Les Chansons d’Aragon où Ferré habille magnifiquement les poèmes de l’auteur des Yeux d’Elsa, que ce soit Est-ce ainsi que les hommes vivent ? et surtout L‘Affiche rouge,  dont les chœurs tragiques accompagnent cette ode au martyre de la bande à Manouchian.

Mais, le plus surprenant dans ce coffret, ce sont les interprètes réunis autour du répertoire de l’auteur de Thank you Satan et qui redonnent vie à des chansons parfois oubliées. Lire la suite

La Bretagne au chœur

Breizh – Eo Ma Bro ! (*) réunit 19 artistes pour un CD en forme d’hommage vibrant à la Bretagne avec, au cœur de ce voyage, un passeur d’émotions au long cours : Olivier de Kersauson.

Kersauson a la voix pour parler aux embruns. Il était le guide tout naturel pour accompagner cet hymne à la Bretagne qui réunit une vingtaine d’artistes pour célébrer « sa » Bretagne. « C’est ma Bretagne, dit-il, c’est le cœur qui se tout entier dans le vocabulaire qui ne parle pas toujours très bien. »

Autour du marin au parler fort, une kyrielle d’artistes sont du voyage. Les Bretons de toujours – Gilles Servat, Alain Stivell, Tri Yann ou encore Dan Ar Braz, Miossec – mais aussi les amoureux (Laurent Voulzy, Jane Birkin) de cette région  en forme de continent où les bombardes répondent aux cornemuses et où les chœurs se font tantôt aériens, tantôt puissants.

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La voix de Thiéfaine pour les maux de Dostoievski

On connaît le rocker amoureux des mots qui « poétisent » le monde, le rebelle fidèle aux enseignements surréalistes, et l’homme de scène. Avec sa lecture des Carnets de sous-sol (*), de Dostoievski, Hubert-Felix Thiéfaine fait entendre une des grandes voix de la littérature russe.

Plus de cinq heures d’écoute ! Une chose est sûre, les éditions Frémeaux & Associés aiment les défis et ne cessent de servir les grands textes. Cette fois, c’est Hubert-Félix Thiefaire qui se glisse, non sans gourmandise, dans l’univers de Dostoievski.

Quand le grand romancier russe signe ces Carnets du sous-sol, c’est juste après Les Souvenirs de la maison des morts, un texte stupéfiant et qui témoigne de ces années de bagne où il est envoyé en 1850. Un choc même si sa qualité de noble lui vaut d’éviter certains mauvais traitements mais pas de subir la hargne d’autres détenus. De ce séjour, le romancier revient transformé au fond de son être. Il écrit notamment : « Je n’ai pas perdu mon temps : j’ai appris à bien connaître le peuple russe, comme peut-être peu le connaissent » Il y passera quatre ans.

Juste après ce texte fondateur et qu’on ne peut se lasser de lire et relire, Dostoievski publie un autre livre où il livre une vision très pessimiste de la condition humaine. Ces Carnets du sous-sol qui commence par une double affirmation : « Je suis un homme malade… Je suis un homme méchant ». Lire la suite

Une pop électro signée Elliott

capture-decran-2017-03-04-a-18-42-58Rendu célèbre sur Youtube, repéré dans l’émission The Voici, Elliott débarque avec un premier EP, Transcendé. Original et déroutant.

Auteur, compositeur et interprète – il fit partie de l’équipe de Jennifer dans The Voice – Elliott, 19 ans, s’est fait connaitre comme Youtubeur.  Après avoir intégré la Maîtrise des garçons de Colmar, il a continué à sacrifier à sa passion de musique et de chant qu’il avait chevillée au corps depuis son plus jeune âge.

Avec Transcendé, Elliott livre un univers non dénué d’originalité, porté par un timbre de voix étrange et haut perchée qu’il promène sur des boucles électroniques. Où il invite à oublier le quotidien dans des rythmes soutenues. Dans la chanson-titre, il lance : « La nuit sans soucis /Une envie de folie /Braver l’interdit. »

Jouant sur un onirisme certain, avec des clips qui font montre d’un travail minutieux et utilise des chorégraphies sophistiquées, Elliott. Car, ce ne sont pas les textes de ce jeune artiste qui suscite d’emblée la curiosité, mais un univers sonore électro-pop.

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Francis Lalanne : pour Léo…

1540-1Depuis le temps qu’il avait croisé le chemin Ferré, Francis Lalanne se devait de lui rendre hommage. C’est chose faite avec groupe de rock marseillais, Carré blanc, dans A Léo. Il y reprend des classiques en y ajoutant des textes de son choix et une longue interview assez étonnante par sa franchise.

En 1987 aux Francofolies de La Rochelle, Francis Lalanne faisait partie des artistes qui rendirent hommage à Léo pour la « Fête à Ferré », un souvenir fort pour les amoureux de cette manifestation rochelaise. Outre Avec le temps que Francis avait chantée, accompagné par Léo lui-même au piano, il avait oser ajouter un couplet à la chanson qui concluait la soirée, Le Temps des cerises, interprétée par Léo entouré d’autres artistes comme Higelin, Mama Béa Tekielski et la magnifique Catherine Ribeiro. Et ce Sang des cerises figure désormais sur le nouvel album.

Retrouvant le goût de chanter en mettant ses pas dans ceux de Ferré, plus de vingt ans après sa mort, Francis Lalanne a retrouvé Marseille où il passa son adolescence et Paul Fargier, avec lequel il partagea le même professeur de théâtre, Irène Lamberton, et qui est aujourd’hui chanteur et percussionniste du groupe de rock Carré Blanc. Ensemble, ils revisitent des classiques de l’univers de Ferré : C’est extra, Vingt ans, La Mémoire et la Mer… C’est là que Lalanne prend le risque de la comparaison pure et toutes les interprétations ne se valent pas.

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Arapà : aux sacrifiés de Verdun

visuel-hd-in-memoriamPour le centenaire de la bataille de Verdun, le groupe Arapà signe un disque fort et émouvant : In Mémoriam 1914-1918.

Arapà  est une colline de l’extrême-sud de la Corse qui a donné aussi son nom de scène à un groupe dont les voix se marient avec subtilité et puissance. Dans son nouveau disque,  In Memoriam, Arapà  rend hommage à toutes les victimes de la boucherie de 14-18 dont on « fête » le centenaire. En ouverture de la pochette, le groupe souligne clairement son ambition :  » Cette guerre a été un carnage, détruisant dans le même geste apocalyptique, hommes, animaux, paysages et patrimoines, visages, corps, esprits et âmes. La Der des Der sonne le glas d’une Europe paysanne dont les savoirs et les savoir-faire prenaient leur source dans la nuit des temps. »

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Mêlant des chants corses à de nouvelles versions de poèmes (Si je mourais là-bas, d’Apollinaire, mis en musique par Jean Ferrat; Tu n’en reviendras pas, d’Aragon, mis en musique par Léo Ferré notamment), ce disque fort dit clairement les dérives des chefs d’États majors qui conduisirent toute une population au bout de la souffrance. Il dit aussi le courage de ces soldats qui avaient quitté leur paisible région pour défendre un pays et découvrir l’horizon barré des tranchées et les premières manifestations d’une guerre « dite » moderne avec les débuts de l’aviation, l’utilisation des gaz, les tranchées… Se souvenant, comme bien des enfants, de ces noms gravés dans le marbre des monuments aux morts plantés dans le plus petit des villages, Arapà  dénonce, de belle manière, l’absurdité de cette guerre, cette « connerie » comme le dira, des années plus tard, un Jacques Prévert.

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