Ils font bien les… Trottoirs

Formé à Strasbourg en 2006, mais ayant connu quelques modifications humaines depuis,  Les Garçons Trottoirs font montre d’une belle énergie dans Doux, durs et dingues (*), où mélodies inventives accrochent l’oreille.

D’emblée, les sonorités cajuns vous donnent un sympathique uppercut dans Animal qui ouvre Doux, durs et dingues. Avec leur nouvel album,  Doux, durs et dingues, on sent que Paul d’Amour (guitare et chant), Jean-René Mourot (accordéon, trompette, piano) et les autres ont concocté un opus taillé pour la route et la scène, tant les mélodies sont enlevées.  Même pour signer une chanson décalée sur un des sept péchés dit capitaux : Gourmand.

De ballades romantiques sur le thème de la séparation (Chacun dans son maquis), à des mélodies plus rocks (Le diable e(s)t ma femme), l’énergie est bien au rendez-vous d’un disque qui fait, musicalement, bien des clins d’œil au cinéma. Ainsi, les arrangements de Chacun dans son maquis ont un lointain cousinage avec les musiques d’un Ennio Morricone.  Et quand l’amour déçu le dispute à une ivresse consommée sans modération, cela offre les dérives espagnoles et latinos (dans les solos d’accordéon) de J’ai ouï dire.


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La fougue d’une fille du soleil

1540-1Cinquième album de Barbara Luna, Hijos del sol (*), porte la griffe d’une artiste bourrée d’énergie et qui puise son inspiration dans bien des registres.

Il ne faut pas se fier aux pochettes d’album : la preuve avec le nouveau disque de Barbara Luna. De fait, l’image ensoleillée est un peu ringarde et l’artiste affiche un sourire de circonstances. Mais, quand on plonge dans l’écoute de l’album, on change vite d’avis…

Il est vrai, Barbara Luna n’est pas née de la dernière scène. Et, cette fois, elle a enregistré ce disque entre l’Argentine, son pays natal, Paris et la Bretagne. Elle note simplement : “Je suis Argentine parce que je suis née en Argentine, mais je me sens du monde. Ça ne s’explique pas, cela se vit”. Car, née en Argentine à Roque Pérez,  elle est installée à Ploemeur et signe ici un album fait de rencontres musicales au long cours.

De chanson en chanson, on découvre une jeune femme dotée d’un beau tempérament et dont la voix passe, en quelques mesures, d’une énergie folle à une douceur plus sensuelle. Il est vrai, Barbara Luna a déjà fait un sacré tour des scènes où elle a peaufiné son chant, après avoir été découverte en 1998 en France au Printemps de Bourges : elle s’est même produite dans le festival itinérant de World Music « Womad », créé par un certain Peter Gabriel. Lire la suite

Archibald prend le large

1540-1Premier album d’Archibald, In Time In Space (*) est nourri des vies multiples de sa créatrice, Roxane Terramorsi. De quoi nourrir bien des explorations musicales.

Avec des études d’éthologie et de biologie à son actif, après avoir étudié les singes dans la jungle, les blattes dans un laboratoire, Roxane fait un nouveau grand écart en signant en compagnie de Nicolas Gardel, In Time In Space (*), un disque aux influences multiples. Et qui évoque sur tous les tons et bien des rythmes le voyage sous toutes ses formes.  « C’est un album en  hommage aux marins, aux bateaux qui ont coulé et à tout ce milieu maritime« , dit Roxane.

Après avoir débuté sur Anjo Vingador, et ses sonorités qui ne dépareilleraient par sur bon vieux Carlos Jobim, le voyage se poursuit avec quelques sonorités italiennes, une évocation ,dans la mélodie éponyme, de Scott Moorman, disparu mystérieusement avec ses compagnons dans un atoll des îles Marshall en 1978. Et ce, avant de se terminer par un hymne aux isthmes.

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Patricia Essong : la voix des émotions

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Soul of Nü Bantu est le premier disque d’une artiste venue du Cameroun, Patricia Essong. Voix puissante, charisme certain, cette chanteuse est sûrement au début d’une belle aventure artistique.

Dès la première écoute, on ne peut rester indifférent, tant la voix de Patricia Essong a quelque chose de profond, d’émouvant et de charnel. D’emblée sur son site, l’artiste prévient en évoquant cet album solo  : « Je raconte l’histoire de nos envies profondes, celle que nous rêvons de voir émerger de nous, celle de prendre le témoin de sa culture d’origine, et la valoriser. « Soul of Nü Bantu » est un voyage initiatique en langues bantoues, un parcours régional rythmé de sonorités folk jazzy et blues. »

En empruntant les chemins de traverse de la musique, cette jeune femme est bien loin de sa vocation première : elle a commencé  dans un cabinet de conseil en management. Mais, sans doute, l’appel de la musique et de la scène étaient déjà suffisamment forts pour lui faire déserter un parcours professionnel classique et sans doute moins risqué. Depuis 2015, les conseils sont de l’histoire ancienne et c’est tant mieux pour la chanson métissée.


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Chico et les Gypsies : la nostalgie des années 80

Chico-The-Gypsies-Plus-près-des-étoiles-SingleColor 80’s (*) marque le retour de Chico et les Gypsies qui revisitent les tubes des années 80. Et ce, avec plus ou moins de bonheur.

Le coup d’envoi des années 80 revues et corrigées par Chico et sa bande, c’est Plus près des étoiles, le tube de Gold, célèbre groupe toulousain qui, en 1984 sur l’album Tropicana, évoquait en rythme le sort des boat-people vietnamiens. Le ton est donné et en treize titres, avec leur sens de la rythmique gitane et des envolées de guitare, Chico et les Gypsies revisitent des airs qui ont déjà fait leur preuve : de Couleur café à La Bamba, en passant par J’veux du soleil. Le tout en glissant parfois le Français et l’Espagnol sur certains titres comme Couleur café. Un album taillé pour affronter l’été et les pistes de danse.

Le résultat est solide même s’il n’y a pas de véritables surprises à l’écoute. On n’a pas passé quarante ans sur les scènes sans avoir un sens certain de la mélodie qui emballe son monde. Mais le résultat est, au final, inégal et l’on peut se demander par exemple ce qu’apporte l’adaptation de Joe le taxi,le tube qui lança Vanessa Paradis avec des variations qui n’apportent rien de plus à l’original.


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La Caravane sur la route

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Après trois ans de silence, c’est fort d’un nouvel album, Canis carmina (Les Chants du chien) (*),  que le groupe La Caravane passe  reprend la route. L’inspiration est toujours intacte avec leurs mélodies qui pétillent de vie.

Des Balkans au Maghreb, en passant par la Catalogne, des musiques folks aux envolées hip-hop, La Caravane passe célèbre les errances, le dépaysement et le métissage en tout sens dans son nouvel album Canis Carmina, composé de 10 titres, dont six acoustiques et 4 remix. Un disque nourri par quinze ans de tournée d’un groupe qui n’est jamais aussi puissant qu’en scène. La voix de Toma Feterman, tantôt chantée, tantôt rugueuse, porte haut  ce périple du quotidien et ces rencontres oniriques, tout en évoquant  aussi sa double culture (parisienne et d’Europe de l’Est). Le tout porté par les irruptions instrumentales de saxophone de Zinzin Moret ou les roulements chaloupés de la  batterie de Pat Gigon.

La Caravane passe n’a jamais fait le voyage en solitaire et a accueilli bien des collaborations. Cette fois, c’est Tom Fire, Erika Serre et Marko Markovic qui sont du voyage sans oublier Rachid Taha, qui donne de la voix sur des beaux textes. Notamment l’émouvant et tonique Baba, qui signifie « grand-mère » en slave et « papa » en arabe.

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La poétique révolte d’Angélique Ionatos

3437545930Guitariste et chanteuse grecques brillante, Angelique Ionatos  a publié un album où son amour de la poésie le dispute à un sens magnifique des mélodies. Reste la lumière est un disque fort et utile en ces temps de doute.

La voix est là. Forte, profonde, capable de bien des modulations. L’émotion est intacte, à fleur de peau. Et à fleur de mots aussi, ceux des poètes qu’une fois encore, Angelique Ionatos sert de la plus belle manière. Et en ces temps difficiles, pour la Grèce notamment, ces poèmes ont une résonance particulière qu’il soit signé de Kostis Palamas, d’Odysseas Elytis, vieux compagnon de chanson de l’artiste, ou encore de Dyonissis Kapsalis qui, avec Perséphone, signe une histoire toute symbolique dans le contexte actuel.  Il y est notamment écrit : « Telle Perséphone, elle erre/ dans le bas monde et paie/ la rançon et les créditeurs. » Et Angélique Ionatos de souligner : « Le mythe de Perséphone est une métaphore pour la situation en Grèce aujourd’hui qui me touche beaucoup : sa maison est petite mais c’est une fille de joie, elle paye la rançon et cherche des acheteurs. Le tragique, contrairement au triste comporte l’espoir, l’humour, l’autodérision aussi. »

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