Ferré : des concerts inédits

Mathieu Ferré poursuit l’œuvre entreprise : celle de réunir l’intégralité de l’œuvre de son père en y intégrant tous les inédits possibles. Avec L’Âge d’or – Intégrale 1960-1967 (*), il réunit quelques disques capitaux de Ferré, alors entré chez Barclay et y joint des enregistrements rares ou introuvables jusqu’ici en CD.

Est-ce que le passage de Léo Ferré du Chant du monde chez Barclay marque le début d’une « opération poésie » avec la volonté de publier des poèmes de Aragon, Baudelaire mis en musique ?  Mathieu Ferré l’évoque en tout cas dans la pochette de ce coffret. En tout cas, les années Barclay, capitales dans le parcours de Ferré seront marquées par la sortie son Verlaine & Rimbaud ou du classique Les Chansons d’Aragon.

Proposé dans le coffret d’une quinzaine d’albums, ces disques sont proposés avec la pochette d’origine où figurent souvent les très belles images de Hubert Grooteclaes. On y retrouve au passages des chansons qui avaient été retirées comme la savoureuse Monsieur Barclay ou À une chanteuse morte dans laquelle, célébrant Piaf, Léo se raille de la vedette-maison du moment : Mireille Mathieu.

Lire la suite « Ferré : des concerts inédits »

François Puyalto : avec élégance !

Doué pour le collectif mais aimant aussi le voyage en solitaire, François Puyalto signe avec 44 un disque mêlant ses titres personnels à certaines chansons d’artistes de renom. Les arrangements minimalistes sont d’une belle élégance.

François Puyalto a assuré bien des moments musicaux au côté de Travis Bürki, de Bertrand Belin aussi, a participé à Horse Raddish, la formation d’élerctriklezmer ou a encore posé sa basse aux cotés d’Emily Loizeau dont il fut aussi co-arrangeur. C’est elle d’ailleurs qui l’a poussé à sauter le pas. François Puyalto s’est jeté en 2015 avec l’EP, La Vérité – qui lui valut une place de finaliste au prix Moustaki – avant de signer, il y a deux ans, Le Monde des animaux, à juste titre remarqué.

Dans 44, François Puyalto revient sur le devant de la scène avec un mélange de chansons revisitées et de chansons originales, une expérience déjà expérimentée sur scène lors de son précédent spectacle, Chansons des uns et des autres. Avec sa fidèle compagne, cette basse qu’il taquine sur tous les modes, l’artiste a enregistré en solitaire en misant sur une épure qui lui sied bien.

Pour ses propres morceaux, François Puyalot joue d’une élégance certaine et met les mots dans un ordre personnel avant de les mettre en ondes de sa voix grave et posée. Avec lui, l’inspiration ne se départit jamais d’une distance avec son sujet, que ce soit en défendant les combats féministes dans Faiseuses d’ange, une ode à toutes les femmes différentes qui peuvent faire peur aux mâles dominants,  ou en parlant des gosses qui deviennent grands trop vite à son goût (Petite). Le thème de la migration et de la quête d’amour lui inspira le belle chanson d’ouverture, La Ville. « Qu’est-ce que tu vas faire dans cette ville ?/ Y poser tes paquets, un temps, longtemps… » Lire la suite « François Puyalto : avec élégance ! »

Quand Gréco enflammait la scène

CHANSONS – Dans une qualité sonore soignée, Juliette Gréco-  Live in Paris (*) montre comment, quatre ans après ses débuts, l’artiste possède déjà une maîtrise parfaite de la scène. Une sacrée interprète était déjà née.

Après avoir débuté dans la chanson en 1959 dans la salle du « Bœuf sur le toit » ou au « Tabou », le repère de Boris Vian, Juliette Gréco ne va plus quitter le devant de la scène. Moins de dix ans après ces débuts, c’est sur la scène du mythique Olympia ou de Bobino qu’on la retrouve dans ce Juliette Gréco-  Live in Paris. Bien avant de faire un tabac à la télévision dans la série Belphégor, en 1965, l’artiste prouve qu’elle a déjà du flair pour trouver ses auteurs. Elle interprète aussi bien les belles chansons que vient de créer Léo Ferré – La Guinche; T’en as ou encore Jolie Môme qu’elle interprète mieux que lui – Brassens (la très belle version du Temps passé) ou encore Robert Desnos (La Famille Dupanard et la célèbre et délicieuse Fourmi). Sans oublier une splendide chanson de celui qui deviendra son ami,Jacques Brel  : On n’oublie rien.


Lire la suite « Quand Gréco enflammait la scène »

Quand Léo faisait ses premiers pas

Avec le coffret La Vie Moderne/ 1944-1959(*), Mathieu Ferré, l’aîné de la famille, nous fait découvrir les premiers pas d’un artiste qui a conçu une œuvre monumentale. Retour sur le passé.

Le choix de pochettes originales pour illustrer l’habillage du coffret de cette Vie moderne en fait  déjà un très bel objet. Quatorze CD composent cette première partie de l’œuvre intégrale enregistrée de Léo Ferré (trois autres devraient suivre). Ce sont les années où « la fin du mois revient sept fois par semaine« , celles de la « pitance incertaine » qu’il figera en chansons dans la superbe Vie d’artiste. Autrement dit, les années difficiles où l’artiste tâtonne, connaît la mouise aussi entre 1944 et 1959.

Depuis que cette partie de l’œuvre est dans le domaine public, Mathieu Ferré a pu se lancer dans cette nouvelle aventure comme il le souhaitait. Dans une interview sur Culture box, il dit : « Je l’ai fait à ma façon, en essayant de rester au plus près de ce qu’était la discographie originale. En reproduisant les pochettes, en mettant les titres dans l’ordre où ils étaient au moment de la sortie du vinyle, de retrouver cette impression que pouvait avoir quelqu’un qui achetait le nouveau disque de Ferré en 56, ou en 55… il allait chez un disquaire et il achetait le vinyle, il rentrait chez lui, il l’écoutait, il avait une sensation, une émotion, un ressenti particulier. »

Il est vrai, la publication en 1993 des Années Odéon avait déjà offert au grand public l’essentiel de ces premières chansons parmi lesquelles figurent la première version de futurs classiques comme Graine d’ananar, Le Pont Mirabeau ou encore Pauvre Rutebeuf. Là, où le présent coffret apporte du neuf, c’est dans les albums d’inédits où l’amateur peut découvrir certaines pépites. Lire la suite « Quand Léo faisait ses premiers pas »

Léo à fleur de mots

Deux albums célèbrent Léo Ferré.  Je parle à n’importe qui (*), un disque d’inédits enregistrés par Léo lui-même et où l’on retrouve des temps forts de son œuvre. Ensuite, un disque de remarquable reprise signé La Souterraine : C’est extra (**).

A l’écoute de Je parle à n’importe qui, on a le sentiment d’être assis à côté de Léo Ferré dans le bureau de sa maison familiale entre Sienne et Florence et de l’écouter mettre en son des textes. Un quart de siècle après la disparition du poète révolté, on mesure tout ce qu’il avait encore à livrer et des textes à la poésie fulgurantes, malgré quelques chutes de rythme. Avec cette maquette de travail, dont le son est parfois médiocre malgré le beau travail fait par Anaëlle Marsollier, on pénètre donc dans l’atelier de l’artiste, à fleur de peau et à fleur de mots. Ainsi ce disque est-il naturellement destiné aux aficionados de Léo.

Car on mesure comment Ferré pratiquait la technique toute surréaliste du pain perdu. La preuve avec la chanson-titre où l’on découvre un vers – « Il est six heures ici et midi à New York ? » – qui inspirera à Ferré une chanson enregistrée de son vivant. Plus avant, on écoute la maquette très avancée de L’Espoir avec ces vers supprimés dans la version avec orchestre : « J’ai vu l’autre jour la Misère qui passait la frontière espagnole. » De ce long poème initial enregistré en 1977, Ferré, par manque de temps, avait au final  choisi de faire des chansons autonomes de certains extraits. Le projet se termine par une évocation directe et en italien de Dante avec sa célèbre formule : « Lasciate ogni speranza ». Une déambulation poétique de haute volée avec des formules comme Ferré en avait le génie ainsi quand il lance : « JE PARLE AUX VOLUPATAIRES… Les autres, tournez le bouton, fermez votre boite ! »

Lire la suite « Léo à fleur de mots »

Quand Léo habillait Guillaume

Entre Apollinaire et Ferré, c’est une longue histoire d’amour. Dès 1957, il créait un oratorio magnifique sur un des poèmes-culte de Guillaume : La Chanson du Mal Aimé (*).

C’est peu dire que le long poème de Guillaume Apollinaire, cette Chanson du Mal Aimé, a « habité » Ferré. Il ne posera ses notes sur un poème aussi dense et complexe que des années plus tard : ce sera Une saison en enfer, de Rimbaud.

En ce début des années 50, il faudra à Ferré, qui était encore peu connu, un an de travail pour achever sa partition entre mars 1952 et avril 1953. Auparavant, il avait demandé la permission à la veuve du poète, emporté par la grippe espagnole en 1918, l’autorisation de mettre de la musique sur ces vers

Une fois la composition terminée – peu de reprises figurent sur la partition originale comme si l’œuvre avait jailli « spontanément » de l’esprit de l’artiste – Ferré n’était pas au bout de ses peines. Car le comité de radiodiffusion de Radio Monte-Carlo (où travaillait Ferré à l’époque), va garder la partition six mois et elle ne sera déposée à la SACEM qu’en 1954. Et le créateur de La Vie d’artiste ne s’essaiera plus à la musique symphonique jusqu’à 1972, Michel Defaye signant, avec brio au demeurant, les arrangements de ses chansons. Lire la suite « Quand Léo habillait Guillaume »

Léo 68

Qui mieux que Léo Ferré pourrait accompagner l’anniversaire des cinquante ans de mai 68 ? Il y a cinquante ans,  jour pour pour, Ferré se produisait à Paris…

Vendredi 10 mai 1968 : avec son ami pianiste, Paul Castanier, génie de l’improvisation jazzique, Ferré chantait à un Gala de la Mutualité à Paris, alors que Paris s’embrasait. Resté inédit, ce concert figure désormais dans un solide coffret, Léo Ferré – Mai 68 (*). Outre deux CD thématiques avec quelques chansons impliquées splendides – de Franco la muerte et cette formule choc « T’es pas Lorca, t’es sa rature ! » à Thank you Satan-  ce coffret propose donc la captation du spectacle que Ferré débute avec La Mort, évocation à la sombre mélodie en mineur de la camarde qu’il chanta si souvent, comme Brassens. Outre des chansons d’amour, – Le Bonheur, Le Lit, les Testament – Ferré monte en puissance avec un chant qui est comme un écho de ce qui se passe dans les rues du Quartier latin.

Les Anarchistes  (version Bobino 69)

Lire la suite « Léo 68 »

La mémoire sonore des années 60

   Sonorama 1958-1962 réunit en un coffret de trois CD une sélection des actualités culturelles et politiques du début des années 60. La savoureuse résurrection de toute une époque…

Bien avant l’ère de l’information numérique, Sonorama avait, à l’orée des années 60, imposé un nouveau concept novateur. Il s’agissait d’offrir au grand publicune brochure évoquant la politique, le sport, la musique, les faits divers, l’art, la culture. En face des pages de texte, on trouvait en vis-à-vis des disques souples (flexidiscs) de 17 cm tournant en 33 tours. Les enregistrements ? Ils pouvaient  être un discours historique, une chanson originale enregistrée spécialement pour Sonorama.., Mais, après 42 numéros mensuels, ladite publication s’arrêta car son prix de vente semblait trop élevé.

Grâce à ce coffret Sonorama 1958-1962, on retrouve l’atmosphère de cette publication  qui chassait large. Ainsi, on passe d’Alain Delon évoquant Romy Schneider que Jacques Paoli, star des ondes, qui raconte le départ de la fusée cosmique russe le 19 septembre 1959 ou encore la jeune Marie Laforêt donnant, en s’accompagnant d’une simple guitare, sa version d’un classique de la chanson populaire russe. Lire la suite « La mémoire sonore des années 60 »

Léo et les siens

Le tome 2 de L’Intégrale Léo Ferré et ses interprètes, 1957-1962 (*) est à marquer d’une pierre blanche car l’on y découvre des versions oubliées des classiques de cette graine d’ananar.

Dans ce coffret de 3 CD, il y a des disques incontournables du Ferré qui était encore peu connu du grand public. D’abord ses versions des Fleurs du mal avec La Mort des amants, L’Invitation au voyage, dans des interprétations auxquelles Ferré donnera plus de mordant sur scène des décennies plus tard. On y retrouve aussi des textes des années Odéon, telles que Les Indifférentes, une très belle chanson, et Comme dans la haute. Enfin, il y a le classique des classiques, Les Chansons d’Aragon où Ferré habille magnifiquement les poèmes de l’auteur des Yeux d’Elsa, que ce soit Est-ce ainsi que les hommes vivent ? et surtout L‘Affiche rouge,  dont les chœurs tragiques accompagnent cette ode au martyre de la bande à Manouchian.

Mais, le plus surprenant dans ce coffret, ce sont les interprètes réunis autour du répertoire de l’auteur de Thank you Satan et qui redonnent vie à des chansons parfois oubliées. Lire la suite « Léo et les siens »

« La Marseillaise » contre les religions

A  période électorale, plus riche en symboles qu’en programmes convaincants, l’hymne national est mis à toutes les sauces. N’en jetez plus ! D’aucuns mettant la religion au cœur du débat, je vous conseille cette version anticléricale ? Avant de glisser (ou non)  le bulletin dans l’urne, un air tonique en diable dans la version de Marc Ogeret.

 

Et pour rester dans la même tonalité, voilà « La Marseillaise », signée Léo Ferré. A bon entendeur…

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑