Léo à fleur de mots

Deux albums célèbrent Léo Ferré.  Je parle à n’importe qui (*), un disque d’inédits enregistrés par Léo lui-même et où l’on retrouve des temps forts de son œuvre. Ensuite, un disque de remarquable reprise signé La Souterraine : C’est extra (**).

A l’écoute de Je parle à n’importe qui, on a le sentiment d’être assis à côté de Léo Ferré dans le bureau de sa maison familiale entre Sienne et Florence et de l’écouter mettre en son des textes. Un quart de siècle après la disparition du poète révolté, on mesure tout ce qu’il avait encore à livrer et des textes à la poésie fulgurantes, malgré quelques chutes de rythme. Avec cette maquette de travail, dont le son est parfois médiocre malgré le beau travail fait par Anaëlle Marsollier, on pénètre donc dans l’atelier de l’artiste, à fleur de peau et à fleur de mots. Ainsi ce disque est-il naturellement destiné aux aficionados de Léo.

Car on mesure comment Ferré pratiquait la technique toute surréaliste du pain perdu. La preuve avec la chanson-titre où l’on découvre un vers – « Il est six heures ici et midi à New York ? » – qui inspirera à Ferré une chanson enregistrée de son vivant. Plus avant, on écoute la maquette très avancée de L’Espoir avec ces vers supprimés dans la version avec orchestre : « J’ai vu l’autre jour la Misère qui passait la frontière espagnole. » De ce long poème initial enregistré en 1977, Ferré, par manque de temps, avait au final  choisi de faire des chansons autonomes de certains extraits. Le projet se termine par une évocation directe et en italien de Dante avec sa célèbre formule : « Lasciate ogni speranza ». Une déambulation poétique de haute volée avec des formules comme Ferré en avait le génie ainsi quand il lance : « JE PARLE AUX VOLUPATAIRES… Les autres, tournez le bouton, fermez votre boite ! »

Lire la suite « Léo à fleur de mots »

Publicités

Quand Léo habillait Guillaume

Entre Apollinaire et Ferré, c’est une longue histoire d’amour. Dès 1957, il créait un oratorio magnifique sur un des poèmes-culte de Guillaume : La Chanson du Mal Aimé (*).

C’est peu dire que le long poème de Guillaume Apollinaire, cette Chanson du Mal Aimé, a « habité » Ferré. Il ne posera ses notes sur un poème aussi dense et complexe que des années plus tard : ce sera Une saison en enfer, de Rimbaud.

En ce début des années 50, il faudra à Ferré, qui était encore peu connu, un an de travail pour achever sa partition entre mars 1952 et avril 1953. Auparavant, il avait demandé la permission à la veuve du poète, emporté par la grippe espagnole en 1918, l’autorisation de mettre de la musique sur ces vers

Une fois la composition terminée – peu de reprises figurent sur la partition originale comme si l’œuvre avait jailli « spontanément » de l’esprit de l’artiste – Ferré n’était pas au bout de ses peines. Car le comité de radiodiffusion de Radio Monte-Carlo (où travaillait Ferré à l’époque), va garder la partition six mois et elle ne sera déposée à la SACEM qu’en 1954. Et le créateur de La Vie d’artiste ne s’essaiera plus à la musique symphonique jusqu’à 1972, Michel Defaye signant, avec brio au demeurant, les arrangements de ses chansons. Lire la suite « Quand Léo habillait Guillaume »

Léo 68

Qui mieux que Léo Ferré pourrait accompagner l’anniversaire des cinquante ans de mai 68 ? Il y a cinquante ans,  jour pour pour, Ferré se produisait à Paris…

Vendredi 10 mai 1968 : avec son ami pianiste, Paul Castanier, génie de l’improvisation jazzique, Ferré chantait à un Gala de la Mutualité à Paris, alors que Paris s’embrasait. Resté inédit, ce concert figure désormais dans un solide coffret, Léo Ferré – Mai 68 (*). Outre deux CD thématiques avec quelques chansons impliquées splendides – de Franco la muerte et cette formule choc « T’es pas Lorca, t’es sa rature ! » à Thank you Satan-  ce coffret propose donc la captation du spectacle que Ferré débute avec La Mort, évocation à la sombre mélodie en mineur de la camarde qu’il chanta si souvent, comme Brassens. Outre des chansons d’amour, – Le Bonheur, Le Lit, les Testament – Ferré monte en puissance avec un chant qui est comme un écho de ce qui se passe dans les rues du Quartier latin.

Les Anarchistes  (version Bobino 69)

Lire la suite « Léo 68 »

La mémoire sonore des années 60

   Sonorama 1958-1962 réunit en un coffret de trois CD une sélection des actualités culturelles et politiques du début des années 60. La savoureuse résurrection de toute une époque…

Bien avant l’ère de l’information numérique, Sonorama avait, à l’orée des années 60, imposé un nouveau concept novateur. Il s’agissait d’offrir au grand publicune brochure évoquant la politique, le sport, la musique, les faits divers, l’art, la culture. En face des pages de texte, on trouvait en vis-à-vis des disques souples (flexidiscs) de 17 cm tournant en 33 tours. Les enregistrements ? Ils pouvaient  être un discours historique, une chanson originale enregistrée spécialement pour Sonorama.., Mais, après 42 numéros mensuels, ladite publication s’arrêta car son prix de vente semblait trop élevé.

Grâce à ce coffret Sonorama 1958-1962, on retrouve l’atmosphère de cette publication  qui chassait large. Ainsi, on passe d’Alain Delon évoquant Romy Schneider que Jacques Paoli, star des ondes, qui raconte le départ de la fusée cosmique russe le 19 septembre 1959 ou encore la jeune Marie Laforêt donnant, en s’accompagnant d’une simple guitare, sa version d’un classique de la chanson populaire russe. Lire la suite « La mémoire sonore des années 60 »

Léo et les siens

Le tome 2 de L’Intégrale Léo Ferré et ses interprètes, 1957-1962 (*) est à marquer d’une pierre blanche car l’on y découvre des versions oubliées des classiques de cette graine d’ananar.

Dans ce coffret de 3 CD, il y a des disques incontournables du Ferré qui était encore peu connu du grand public. D’abord ses versions des Fleurs du mal avec La Mort des amants, L’Invitation au voyage, dans des interprétations auxquelles Ferré donnera plus de mordant sur scène des décennies plus tard. On y retrouve aussi des textes des années Odéon, telles que Les Indifférentes, une très belle chanson, et Comme dans la haute. Enfin, il y a le classique des classiques, Les Chansons d’Aragon où Ferré habille magnifiquement les poèmes de l’auteur des Yeux d’Elsa, que ce soit Est-ce ainsi que les hommes vivent ? et surtout L‘Affiche rouge,  dont les chœurs tragiques accompagnent cette ode au martyre de la bande à Manouchian.

Mais, le plus surprenant dans ce coffret, ce sont les interprètes réunis autour du répertoire de l’auteur de Thank you Satan et qui redonnent vie à des chansons parfois oubliées. Lire la suite « Léo et les siens »

« La Marseillaise » contre les religions

A  période électorale, plus riche en symboles qu’en programmes convaincants, l’hymne national est mis à toutes les sauces. N’en jetez plus ! D’aucuns mettant la religion au cœur du débat, je vous conseille cette version anticléricale ? Avant de glisser (ou non)  le bulletin dans l’urne, un air tonique en diable dans la version de Marc Ogeret.

 

Et pour rester dans la même tonalité, voilà « La Marseillaise », signée Léo Ferré. A bon entendeur…

Francis Lalanne : pour Léo…

1540-1Depuis le temps qu’il avait croisé le chemin Ferré, Francis Lalanne se devait de lui rendre hommage. C’est chose faite avec groupe de rock marseillais, Carré blanc, dans A Léo. Il y reprend des classiques en y ajoutant des textes de son choix et une longue interview assez étonnante par sa franchise.

En 1987 aux Francofolies de La Rochelle, Francis Lalanne faisait partie des artistes qui rendirent hommage à Léo pour la « Fête à Ferré », un souvenir fort pour les amoureux de cette manifestation rochelaise. Outre Avec le temps que Francis avait chantée, accompagné par Léo lui-même au piano, il avait oser ajouter un couplet à la chanson qui concluait la soirée, Le Temps des cerises, interprétée par Léo entouré d’autres artistes comme Higelin, Mama Béa Tekielski et la magnifique Catherine Ribeiro. Et ce Sang des cerises figure désormais sur le nouvel album.

Retrouvant le goût de chanter en mettant ses pas dans ceux de Ferré, plus de vingt ans après sa mort, Francis Lalanne a retrouvé Marseille où il passa son adolescence et Paul Fargier, avec lequel il partagea le même professeur de théâtre, Irène Lamberton, et qui est aujourd’hui chanteur et percussionniste du groupe de rock Carré Blanc. Ensemble, ils revisitent des classiques de l’univers de Ferré : C’est extra, Vingt ans, La Mémoire et la Mer… C’est là que Lalanne prend le risque de la comparaison pure et toutes les interprétations ne se valent pas.

Lire la suite « Francis Lalanne : pour Léo… »

Arapà : aux sacrifiés de Verdun

visuel-hd-in-memoriamPour le centenaire de la bataille de Verdun, le groupe Arapà signe un disque fort et émouvant : In Mémoriam 1914-1918.

Arapà  est une colline de l’extrême-sud de la Corse qui a donné aussi son nom de scène à un groupe dont les voix se marient avec subtilité et puissance. Dans son nouveau disque,  In Memoriam, Arapà  rend hommage à toutes les victimes de la boucherie de 14-18 dont on « fête » le centenaire. En ouverture de la pochette, le groupe souligne clairement son ambition :  » Cette guerre a été un carnage, détruisant dans le même geste apocalyptique, hommes, animaux, paysages et patrimoines, visages, corps, esprits et âmes. La Der des Der sonne le glas d’une Europe paysanne dont les savoirs et les savoir-faire prenaient leur source dans la nuit des temps. »

arapa-quatre

Mêlant des chants corses à de nouvelles versions de poèmes (Si je mourais là-bas, d’Apollinaire, mis en musique par Jean Ferrat; Tu n’en reviendras pas, d’Aragon, mis en musique par Léo Ferré notamment), ce disque fort dit clairement les dérives des chefs d’États majors qui conduisirent toute une population au bout de la souffrance. Il dit aussi le courage de ces soldats qui avaient quitté leur paisible région pour défendre un pays et découvrir l’horizon barré des tranchées et les premières manifestations d’une guerre « dite » moderne avec les débuts de l’aviation, l’utilisation des gaz, les tranchées… Se souvenant, comme bien des enfants, de ces noms gravés dans le marbre des monuments aux morts plantés dans le plus petit des villages, Arapà  dénonce, de belle manière, l’absurdité de cette guerre, cette « connerie » comme le dira, des années plus tard, un Jacques Prévert.

Lire la suite « Arapà : aux sacrifiés de Verdun »

Léo ou l’éternité des hommages

eternelÉternel Léo Ferré (*), c’est un hommage orchestré par Elian Levavasseur où dix chanteurs et comédiens revisitent des classiques de l’artiste. Thank you les gars !

Je fais partie des amateurs de Ferré qui ne prisent guère les reprises tant l’exercice est périlleux quand on aborde l’univers poétique si dense de Léo. Et son interprétation si originale. Pourtant cet Éternel Léo Ferré est à marquer d’une pierre blanche car il propose certaines solides ré-interprétations. Dès l’ouverture c’est une – bonne – surprise car on n’attendait pas Dick Rivers dans C’est extra en version rock : la voix est chaude et l’orchestration soignée. Pour poursuivre son chemin, la version swing manouche de Jolie Môme par Thierry Cojan et le Trio Noé Reinhardt ne manque ni de tonus, ni de charme. Mention spéciale pour Geoffrey Oryema, chanteur d’origine ougandaise, qui livre un surprenant blues africain sur Thank You Satan. Rachid Taha redonne enfin une autre couleur à cette Elsa, célébrée par Aragon quand le groupe 22 v’là les filles donne un sacré coup de jeunesse à une chanson moins connue de Ferré : La Faim. Lire la suite « Léo ou l’éternité des hommages »

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑