Le swing symphonique de Guy Luypaerts

Les Chansons de ma jeunesse (*) cache, derrière une pochette un peu trop rétro, une riche compilation  de mélodies interprétées par des grands (Trénet, Sablon Guetary) et signées d’un as du jazz symphonique : Guy Luypaerts.

Au gré des plages, on est surpris par la qualité et la variété des compositions de Guy Luypaerts dont le nom ne dit certainement rien aux moins de 20 ans. Et pourtant, il suffit d’écouter le swing d’un morceau comme Avalanche, les délicats arrangements de La Ballade des petits lutins pour mesurer le coup de griffe de ce musicien. Il y a chez ce compositeur, né à Paris, le 29 septembre 1917, une joie de vivre et un amour de la musique qui « transpirent » de toutes ces musiques retrouvées et regroupées où le moindre basson peut apporter une rythmique du tonnerre.

Après avoir été pianiste de jazz dans des formations reconnues comme celle de Bill Coleman, l’artiste a été versé au théâtre aux armées où il devient l’accompagnateur de Charles Trenet. C’est Trenet qui va lui créer, en 1940, sa première chanson, la mélancolique Près de toi mon amour qui ouvre au demeurant ce CD et que l’on va découvrir avec plaisir, tant cette chanson est bien ciselée. Lire la suite

Le swing sensuel et joyeux de Natale

fa8530Jazz ma chérie (*), ce sont les  variations de Natale pour swing bien tempéré. Une artiste dont la voix est capable de bien des modulations. Sérieux s’abstenir !

Avec la vogue des reprises, souvent signe moderne d’un manque d’inspiration, on aborde l’album avec un brin d’appréhension. Mais, dès le premier titre, Tu veux ou je veux pas, parodie du tube de Marcel Zanini, on mesure que l’artiste à un joli coup de griffe et une personnalité forte. Et la suite confirme la première impression avec une douzaine de chansons qui oscillent entre jazz, pop, et touches électros. Féministe jusqu’au bout des rythmes, Natale ne parodie pas pour ne rien dire et on prend un plaisir certain à la suivre sur des mélodies aux arrangements subtils – Natale a cosigné la réalisation avec Vincent Bruley ( qui créa  Étienne-Étienne, de Guesch Patti)-  avec notamment des cuivres solides et une batterie tout en douceur. Lire la suite

Liane Foly : son retour de swing

8916053-14132592Il faut reconnaître une qualité à Liane Foly : une  capacité à repartir à zéro. Après huit ans d’absence discographique – son album Le Goût du désir remontait à 2008 – elle s’est attaquée à un projet qui lui tenait à cœur : des reprises de tubes en version jazz. Le résultat de Crooneuse (*)  est inégal.

Il faut bien le dire : la vague des reprises font peur tant elles symbolisent une incapacité à faire du neuf, à dénocher  les Brel,  Brassens, Higelin du 21ème siècle. Manque d’imagination ? Peur d’innover ?  Désir de rentabiliser un vieux fond de commerce qui a fait ses preuves ?

554855550_1280x720En tout cas, le Crooneuse, nouveau disque  de Liane Foly peut susciter une indifférence polie, d’autant plus que l’artiste avait pris le parti – le public n’étant plus vraiment au rendez-vous au demeurant – de se lancer dans les imitations avec un talent certain. Sans jamais faire l’impasse sur les Restos du cœur et en faisant quelques apparitions, fort honorables, de comédiennes. « Après huit ans d’une grande parenthèse d’imitation en one woman show, il était temps pour moi de revenir à la musique » dit-elle simplement dit pour commenter ce retour. Lire la suite

L’univers envoutant de Nils Økland

nils-okland-band-1500Avec son nouvel album, Kjolvatn (*), le maestro du violon norvégien nous embarque dans un univers original et inspiré où le folk le dispute au jazz.

Nils Økland fait partie de ces artistes qui se moquent des frontières musicales. Il l’a déjà prouvé en jouant notamment avec des musiciens rock au gré de ses envies musicales. Avec Kjolvat,  ce musicien qui sait tirer des harmonies splendides du  violon Hardange, typique de la Norvège – où il est né en janvier 1961-  nous invite à larguer les amarres vers d’autres univers sonores bien tempérés. Avec des thèmes qui ont des résonances folkloriques et entouré d’une fine équipe de musiciens, Nils Økland mêle des rythmiques psychédéliques de rock,

nils ¿kland nov 04 foto: lars o.

de la musique classique et, bien sûr, du jazz, à un soupçon de world music.

Dans Fivreld, à l’ouverture celtique, la danse n’est pas loin quand Mali repose sur un thème folk-violon et BlÜ harding nous convie sur des rivages country blues américain avec des résonances musicales scandinaves et écossaises. Entre mélancolie et chants plein de vie, ce nouvel album est  plein de surprises et de mélodies inventives et envoûtantes.

L’homme sait bien s’entourer et cela s’entend. De l’harmonium tenu par Sigbjørn Apeland  aux percussions qui sont l’œuvre du percussionniste Håkon Stene, l’univers sonore, offert ici à nos oreilles en pâture, tient toutes ses promesses et donne envie de découvrir un tel groupe sur scène.

(*) Disque ECM

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Henri Salvador : scène on Seine

1540-1La collection « Live in Paris » (*) consacrée à des enregistrements inédits permet de réentendre Henri Salvador sur scène entre 1956 et 1960. Une époque faste pour l’artiste.

Il faut bien l’avouer, certaines morceaux de ces enregistrements sur scène ont un peu vieilli aujourd’hui, soit parce qu’Henri Salvador force un peu sur le rire pour… le rire, soit parce que la chanson date un peu ou semble parfois – c’est un comble vu l’artiste – un brin xénophobe quand il en rajoute sur l’accent créole. Mais, il faut bien le dire aussi, Henri Salvador – qui est né en 1917 en Guyane – fait montre dans ces spectacles donnés à Bobino ou à l’Alhambra d’un sacré métier et il signe une prestation de crooner-entertainer dont il a le secret. L’artiste est capable de se moquer du rock – annonçant des chansons créées avec l’ami Vian comme Rock hoquet – pour mieux le servir avec un sens du rythme qui balance pas mal. A côté de deux versions du célèbre Blouse du dentiste, qui demeure un joli numéro d’interprétation, il y a quelques chansons jamais gravées sur disque comme Les Petits Copains ou Dérouillade blues. Et quelques mélodies chaloupées à la mode calypso.

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Richard Galliano pose son accordéon à Los Angeles

la_coverAvec Charlie Haden à la basse, Richard Galliano signe des variations américaines avec The Los Angeles Sessions (*), un album de rencontres musicales fortes.

Musicien franco-italien, Richard Galliano aime les voyages musicaux au long cours. Entouré de Charlie Haden et de deux grands solistes – Mino Cinelu aux percussions et Gonzalo Rubalcaba au piano – il a mis en boîte en six jours « d’immersion totale« , comme il le dit, à Los Angeles, un CD inspiré. Il souligne ainsi son ambition pour ce Los Angeles Session :  « L’idée d’évoquer musicalement une journée ou une vie, avec la naissance du jour ou d’un être, des paroles simples (« Bonjour », « Pourquoi ? »), les sons de la vie, des oiseaux, de la fête, du recueillement serein et religieux qui précède le crépuscule du jour ou de l »existence, a guidé mon inspiration pour composer tous les thèmes de « The Los Angeles Sessions ». Avec, toujours omniprésent, un sentiment profond d’amour envers la musique et les êtres chers qui accompagnent ma vie… Jour après jour. » Lire la suite

Avisha Cohen en trio majeur

wpcr000016219_LLRetour gagnant du grand contrebassiste de jazz avec From Darkness. Avishai Cohen y prouve la puissance de son inspiration.

Né dans une petite ville près de Jérusalem en avril 1970, Avishai Cohen a fait ses armes à New-York en jouant avec plusieurs musiciens. Il est  remarqué par Chick Corea qui le fera travailler dans deux  de ses groupes. Après avoir signé un premier album,Adama, en 1998,  il a opté pour la formule du trio, à laquelle il revient aujourd’hui avec From Darkness (*) et qui colle parfaitement à son style en permettant d’exprimer toute la puissance de son jeu et sa virtuosité à la contrebasse.

Pour être encore plus maître de ses choix artistiques, Avishai Cohen a même créé son propre label, Razdaz qui produit ses albums et ceux des musiciens qui le suivent. maxresdefaultUn trio majeur dans sa conception musicale et dont il dit :  Le fait que ma discographie, jusqu’à présent, n’ait compté qu’un seul album en trio [« Gently Disturbed »,  enregistré en 2008 avec Shai Maestro et Mark Guiliana] reflète mal le fait que ma musique a toujours été écrite pour – et exécutée par – ce type de formation. A mes yeux, le Trio ne s’est d’ailleurs jamais arrêté : depuis des années, il n’a pas cessé de tourner, et il reste à la base de la plupart de mes projets, y compris lorsque je me produis en quatuor, quintette, sextette ou, comme dans « Almah » [son album précédent, sorti en 2013], avec une section de cordes.” Lire la suite