Le Zoulou blanc n’est plus

Il savait son mal incurable. Johnny Clegg vient de disparaître. La voix engagée du Zoulou blanc, dont la musique a compté aussi dans la fin de l’Apartheid, ne résonnera plus. Hommage.

Johnny Clegg, c’était un sourire, un son métissé et un sens de la danse. Qui a eu la chance de le découvrir sur scène se souvient de l’énergie dont  cet adversaire de l’Apartheid faisait montre sur scène. Il n’avait jamais caché le cancer dont il était atteint depuis quatre ans, ayant dû annuler plusieurs concerts. Johnny Clegg est donc mort le 16 juillet à l’âge de 66 ans comme l’a annoncé Rodd Quinn, manager de Johnny Clegg, sur la SABC, la chaîne de télévision publique d’Afrique du sud: « Johnny est mort paisiblement aujourd’hui, entouré de sa famille à Johannesburg, après une bataille de quatre ans et demi contre le cancer ». En 2018, dans les colonnes de Paris Match, il avait évoqué avec courage le mal dont il était atteint et le soutien de sa famille :  « Je leur inflige involontairement une pression constante. ‘Quand est-ce que papa va partir ? Combien de temps lui reste-t-il à vivre ?’ Le plus insupportable est de ne pas savoir. » 

Il faut donc garder en mémoire ce combattant de la scène qui avait mis ses talents de musicien au service de la lutte contre l’Apartheid. On se souvient notamment de son tube Asimbonanga, qu’il dédié à Nelson Mandela. Une image reste : celle  d’un concert à Francfort en 1997, quand le chanteur s’était produit sur scène en compagnie… de l’ancien président sud-africain.

Ardent défenseur de la culture africaine, Johnny Clegg avait su marier les sonorités africaines aux rythmes de la pop pour défendre ses idées auprès du plus grand nombre. Il était né au Royaume-Uni d’une mère chanteuse dans les nightclubs et d’un père qui quittera rapidement le foyer. C’est à 6 ans qu’ débarque en Afrique du Sud. Accompagnant son beau-père parti faire un reportage en Zambie, Johnny Clegg découvre un monde marqué par une coexistence normale entre Blancs et Noirs : elle le marquera à jamais. De retour à Johannesburg, l’adolescent se promène dans les rues des banlieues où vivent les travailleurs zoulous : ils vont finir par l’initier à leur langue, à l’isishameni  (la danse traditionnelle) et à la guitare zoulou. En parallèle, il s’initie à l’université à la culture zoulou. A ses yeux, ce peuple sera, comme il le dira plus tard « un foyer« . Avant d’ajouter :  » Il y a eu une période de ma vie où j’ai regretté de ne pas être noir. Je le voulais désespérément ».

Dès l’âge de 17 ans, il fera scandale avec son amitié pour le musicien Sipho Mchun. Voir un musicien blanc collaborer avec un musicien noir ne passe pas inaperçu dans une Afrique du sud rongée par le racsime. Mais Clegg n’en aura cure et trouvera toutes les astuces pour contourner les lois raciales.  Leur groupe Juluka, désormais composé de six musiciens, signe en 1979 l’album qui les rend célèbres : Universal Men. Ensuite, il verra son nom en haut de l’affiche accompagné de son groupe Savuka. Refusant tout embrigadement politique, Johnny Clegg ne cessera de défendre ses convictions politiques disant sobrement  qu’il défendait la fraternité. En 2017, il avouait son bonheur d’avoir réussi  « à rassembler des gens grâce à des chansons, surtout à un moment où cela semblait complètement impossible».

C’est cette voix libre qui manquera désormais à la musique mondiale.

L’accueil chaleureux en France

Johnny Clegg avait tôt été entendu et défendu par la France, un pays envers lequel il était toujours reconnaissant. Dans son disque Putain de camion, Renaud lui avait rendu hommage avec la chanson Jonathan.

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La bossa-nova en deuil

Considéré comme l’un des pères de la bossa-nova, João Gilberto vient de mourir à 88 ans. Depuis 1958 et sa version de Chega de saudade, il a fait connaître les rythmes brésiliens dans le monde entier.

Né dans l’état de Bahia, João Gilberto a reçu sa guitare des mains de son grand-père quand il n’avait que 14 ans. Elle restera sa compagne de bien des voyages. Guitariste autodidacte, il va d’abord jouer à Rio dans un groupe Garotos da Lua, dont il est congédié au bout d’un an après  seulement deux enregistrements. Pendant quelques années d’errance, l’artiste cherche sa voix et son style musical.

Sa rencontre en 1957 avec Tom Jobim, avec lequel il pose les bases de la bossa-nova, marque un tournant dans sa carrière. Avec le poète le poète Vinicius de Moraes, ils vont créer un univers musical qui deviendra vite mondialement connu.

Le premier disque de João Gilberto, Chega de saudade, obtient un énorme succès dans le pays et est considéré généralement comme le premier album véritable de la bossa-nova. C’est  sa version de A Garota de Ipanema, en 1964, qui lui ouvre les portes de la sono mondiale. Face au succès fulgurant de cette chanson, des stars internationales comme Frank Sinatra, Nat King Gole et Ella Fitzgerald récupèrent ce titre dans leur répertoire. Il reste avec Yesterday, la chanson la plus interprétée à ce jour dans le monde.

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Nilda Fernandez ne voyagera plus…

Emporté jeune – il n’avait que 61 ans – par un insuffisance cardiaque, Nilda Fernandez était une voix puissante de la scène française.

De son vrai prénom, Daniel, il en avait inventé un autre en verlan et Nilda Fernandez était ainsi né à la scène.

Né à Barcelone en 1957 dans une famille andalouse et protestante, Nilda était arrivé en France à l’âge de 6 ans, dans la banlieue lyonnaise. En 1987, après avoir beaucoup joué en première partie des autres – il avait notamment fait des tournées de Léo Ferré – l’artiste à la voix haut perchée si caractéristique avait joué les premiers de cordée avec le remarqué Madrid Madrid, en 1987, qui évoquait l’exil et ses origines.

Se définissant lui-même comme un « marginal acceptable« , Nilda Fernandez était un conteur, doublé d’un voyageur qui savait, en interview, vous captiver d’une simple histoire, racontée sans jamais hausser le ton. Il lui a fallu patienter pour jouer dans la cour des grands. Ce fut en 1991  avec l’album Nilda Fernandez, nommé cinq fois aux Victoires de la musique. Il décroche alors le prix du « meilleur espoir masculin ». Une gloire lui permet ainsi de jouer en première partie de Sting à Paris devant 15 000 spectateurs. Autre signe du succès : en 1993, sa nouvelle chanson, Sinfanaï Retu, écrit dans une langue imaginaire, sert de générique à l’émission Durand la nuit.

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BREL – 40 ANS APRÈS

Quarante ans après sa disparition, Jacques Brel n’a toujours pas été balayé de la mémoire populaire. Preuve de la modernité de son répertoire. Hommage en quelques chansons.

 

 

 

L’Éclusier (1968)

La Cathédrale (1977)

Ses mots sur la réussite

Voir un ami pleurer

Mourir pour mourir (écrite pour le  film Mon oncle Benjamin)

Charles Aznavour : une voix sans frontières

Il y a quelques jours encore, Charles Aznavour était l’invitée de France 5 dans C à vous, où il ne faisait pas de la figuration auprès de chroniqueurs inspirés . Il vient de nous quitter à l’âge de 94 ans. Une voix connue dans le monde entier…

Aznavour, c’était l’homme des records. Celui qui avait débuté comme secrétaire d’Edith Piaf en 1946, celui auquel bien des chroniqueurs ne prédisaient aucun avenir de chanteur – le grand découvreur de talent, Jacques Canetti, m’avait avoué qu’il avait fait l’erreur de ne pas « croire en lui » – Charles Aznavour, il s’agit bien de lui, avait pourtant conquis, à force de travail,  le monde entier, signé pour lui et pour tant d’autres quelques 1300 chansons  et vendu 100 millions de disques. Ambassadeur de la langue française, ce fils d’une modeste famille d’immigrés arméniens était connu dans près de 90 pays et savait chanter dans huit langues. « J’ai fait une carrière inespérée mais exemplaire » disait-il récemment à l’AFP. Car il avait eu droit à bien des critiques à ses débuts : sa taille, sa voix, ses textes…

« Je suis pas vieux, je suis âgé« , disait Aznavour pour lequel le mot « retraite » n’avait pas de sens et qui est -presque – mort sur scène car il était sur le point de reprendre une tournée après s’être fracturé le bras cet été. Un auteur, compositeur, interprète qui avait osé bien des thèmes durant sa carrière. Dès 1956, il avait évoqué le sexe dans Après l’amour, censuré.  Dans Tu t’laisses aller, il avait osé décrire la décrépitude d’un amour vieillissant et dégradé. Ou évoqué l’homosexualité en 1972 dans le remarquable Comme ils disent. Marié à trois reprises, Aznavour avait aussi chanté l’amour sur tous les modes des Plaisirs démodés à Plus bleu que tes yeux, immortalisé par Edith Piaf. Il avait aussi célébré à maintes reprises la vie d’artiste avec des incontournables comme La Bohème ou Je m’ voyais déjà

Parfois, on oublie que le grand Charles avait signé des textes pour Johnny Hallyday (Retiens la nuit) et Sylvie Vartan (La plus belle pour aller danser). Récemment, il avait écrit un très beau texte pour François Fabian : Ce diable d’homme. Toujours curieux des nouveautés, du rap notamment, il avait été en quelque sort un précurseur du genre quand, avec son premier complice Pierre Roche, il avait signé son Feutre taupé. Lire la suite « Charles Aznavour : une voix sans frontières »

Le Fou chantant n’est plus…

Comme d’habitude, les pleureuses sont de sortie à la mort d’un artiste, y compris les médias qui n’avaient pas beaucoup communiqué sur lui ces dernières années. Alors, adios Jacques Higelin. Et en chansons.

Qui a eu le plaisir de croiser Jacques Higelin savait que l’homme était capable de faire des interviews sans fin en se laissant porter au gré de sa fantaisie qui n’avait rien de militaire. Qui a eu le plaisir de suivre Higelin sur scène sait qu’il était capable, improvisation oblige, de spectacles de folie (celui au Casino de Paris, en 1983,  demeure un sommet)  comme de moment moins spectaculaire quand la poésie cédait le pas à une forme de logorrhée (ce fut parfois le cas lors du show de Bercy en 1985). Mais, une chose est sûre : Higelin était un artiste libre et inventif.  Le voilà bien en scène avec ses délires si communicatifs. Chapeau l’artiste !

Je suis mort qui dit mieux

Ballade pour Izïa

Mona Lisa Klaxon

Boum (de Charles Trenet)

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En souvenir de Lhassa…

Décédée à Montréal en janvier 2010, Lhasa a marqué les ondes en trois albums seulement. Hommage lui est rendu avec une Intégrale (*), accompagnée d’un inédit : un concert à Reykjavik, qui n’est pas bouleversant, il est vrai.

Plus connue sous le nom de scène de Lhasa, Lhasa de Sela est une chanteuse américano-mexicaine qui a vécu au Québec. En 1998, son album La Llorona (une ranchera mexicaine rendue célèbre par la célèbre Chavela Vargas) avait fait découvrir au grand public le drôle de nom d’une artiste à la voix grave, profonde, et qui chantait en trois langues (anglais, français et espagnol). Un disque présenté comme une évocation d’une « Amérique latine à la fois réelle et imaginaire, née de la mémoire d’une enfance itinérante. »

Il est vrai, Lhasa, née à New York en septembre 1972, n’avait pas décidé d’opter pour la vie d’artiste sur un coup de tête. Elle avait commencé à chanter à 13 ans dans un café grec de San Francisco et fait des gammes ensuite dans bien des lieux de musique comme la Maison de la culture mondiale de Montréal. Lire la suite « En souvenir de Lhassa… »

Avec Tony Hymas, ça djazze tant…

Ferré admirait la musique classique et la célébrait. Pour autant, il avait tôt compris l’importance du jazz et ne fut pas le dernier à utiliser la révolte des sonorités rock. Dans Tony Hymas joue Léo Ferré, le musicien inspiré fait swinguer les mélodies de l’artiste. A découvrir.

Le lion sur la pochette semble regarder au loin la terre qui continue de tourner… Un beau symbole pour célébrer Ferré dans des arrangements djazziques. C’est le pari – réussi – de Tony Hymas dans son album, sorti déjà il y a quelques mois.

En quinze titres, le pianiste britannique revisite des classiques de Ferré, l’interprétant à sa manière, c’est-à-dire montrant ce qui se cache derrière la partition originale, explorant des pistes musicales suggérées dans la partition d’origine. C’est particulièrement sensible dans sa version de La Mémoire et la Mer, le poème-phare du solitaire toscan que Tony Hymas habille de ses variations pour piano en guise d’orchestre restituant de belle manière la montée sonore de la mélodie originale.

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Karl Zéro dans le rétro

De la télévision à la chanson, il n’y a qu’un – petit – pas. La preuve avec les nouvelles aventures latinos de Karl Zéro et un album au titre long comme un jour sans pain.

Pour lancer son album, Karl Zéro n’a pas fait dans la demi-mesure, à son habitude, pour choisir son titre. Qu’on en juge : Songs for Moonlight Swim and Otros Tipos de Ocupaciones (*). Dans la droite lignée des orchestres swing, tropicaux et raffinés des années 40 et 50, Karl Zéro revisite ici des morceaux de new wave, d’électro-rap ou s’amuse à détourner des incontournables comme L’Eau à la bouche, le classique de Gainsbourg revu et corrigé en version brésilienne… qui fleure bon le sable d’Ipanema.

Chantant en français, russe ou arabe, Karl Zéro joue sur un vintage de bon aloi en s’entourant d’une sacrée brochette de musiciens du jazz parisien qu’il a conviée au studio Ferber à Paris. Et c’est Raphaël Lemmonier  (compagnon de route de China Moses entre autres) qui mène la danse et a signé les arrangements de l’opus avec un bel enthousiasme. Lire la suite « Karl Zéro dans le rétro »

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