Des femmes peu…communes

Pour célébrer en musique les 150 ans de la Commune, Pauline Floury et Séverin Valière revisitent les textes de figure du mouvement – tels Louise Michel, Eugène Pottier ou Jules Jouy – dans un album tonique en diable : Les Femmes de la Commune de Paris (*).

Oubliés pour la plupart aujourd’hui sauf de quelques historiens et militants, les chansons de Les Femmes de la Commune de Paris témoigne du rôle capital de la gent féminine au cœur de la Révolution de 1871 qui se termina par un bain de sang.

Car les femmes ont pris toute leur place dans le mouvement alors même qu’elle n’avait pas le droit de vote pour participer au mouvement social d’émancipation. Et, sans elles, nul doute que les hommes – un Proudhon n’était pas très féministe par exemple – n’auraient pas voté en 72 jours que dura la Commune autant de mesures libérant un peu les femmes : de la reconnaissance de l’union libre; gestion des ateliers coopératifs; réforme dans l’éducation; interdiction de la prostitution…

Avec des arrangements simples mais efficaces, Pauline Floury (chant et accordéon) et Séverin Valière (chant, guitares, basse, percussions) font revivre l’époque et ses misères en retravaillant des textes qui témoignent de la dureté de ces temps : les douleurs intimes et familiales; la faim; le poids de la religion… Ainsi dans L’Enfantement, Eugène Pottier écrit : « Les flancs tout en lambeaux, la mère/ Est en travail sur son lit de misère/ Notre siècle est un dénouement/ L’humanité, notre âme-mère/ Est en travail sur son lit de misère/ Peuples, voici l’enfantement ! » De même dans Le Chômage, il écrit encore : « Des riches (Dieu leur pardonne)/ M’ont dit souvent : mon ami/ Il faut, quand l’ouvrage donne/ Faire comme la fourmi !/ Épargner ? Mais c’est à peine/ Si l’on gagne pour manger/ Quand on touche sa quinzaine/ On la doit au boulanger.« 

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Angélique Ionatos : les chants de liberté

Hommage

Elle fut une des grandes voix de la Grèce en exil. Angélique Ionatos vient de disparaître à l’âge de 67 ans. Une grande voix de la chanson ne fera plus résonner les mots de poètes majeurs.

Certains évènements donnent des exilés magnifiques. Ce fut le cas avec la dictature des colonels de triste mémoire en Grèce qui contraignit à l’exil en Belgique Angélique Ionatos, alors âgée de 15 ans, avec sa mère et son frère Photis. Trois ans plus tard, avec Photis, elle signe un premier album Résurrection, qui remporte le prix de l’Académie Charles-Cros. Au cours de sa longue carrière, riche d’une vingtaine d’enregistrements, elle en recevra deux autres. Le dernier sorti en 2015 fut Reste la lumière.

Angélique Ionatos mit fin à ce duo quand elle eut le sentiment qu’il fallait célébrer les poètes en les mettant en musique. Elle a déclaré notamment : « J’ai souvent dit que pour moi, Grecque de la diaspora, ma vraie patrie, c’est ma langue. En effet, je crois que si la poésie n’existait pas, je ne serais pas devenue musicienne. Cela semble un paradoxe, mais il n’en est rien. C’est la poésie qui a engendré mon chant. Et je suis convaincue que tous les arts, sans exception, sont les enfants de la poésie » Elle a ainsi célébré les vers du prix Nobel de littérature Odysseas Elytis ou chanté ceux de Sappho de Mytilène en compagnie d’une autre grande artiste Nena Venetsanou dans un album magnifique. Pour l’anecdote, elle avait 28 ans quand Elytis lui refusa de mettre en musique Marie des brumes. Sautant dans un avion, elle fit le voyage pour le voir… et le convainquit. Plus tard, Angélique Ionatos mettra aussi en musique les textes français d’Anna de Noailles et espagnols de Pablo Neruda.

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L’interprète de Jean Genet n’est plus

Chanteuse, autrice-compositrice et poétesse Hélène Martin avait un timbre chaud qui a marqué les amoureux de la poésie, elle qui a mis en musique les textes de célèbres poètes et parfois amis, tels que Jean Genet, Louis Aragon ou encore Jean Giono.

Née en décembre 1928 à Paris, Hélène Martin avait commencé dans la chanson, comme bien d’autres artistes de l’époque, en écumant les cabarets parisiens. Une école formidable pour peaufiner son jeu. C’est au début des années 1960, qu’elle a l’idée de mettre en musique des poètes en adaptant des œuvres de Jean Genet. L’écrivain rebelle l’encourage dans cette voie.

Si Étienne Daho a repris sa version dans un emballage musical plus moderne, c’est bien Hélène Martin qui avait mis en musique le célèbre Sur mon cou, extrait devenu célèbre du Condamné à mort. L’artiste ne s’est pas arrêté en si bon chemin et a continué à servir musicalement, en les diffusant auprès d’un large public, les poèmes de René Char, Louis Aragon, Pablo Neruda. Des voix qui portent.

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Philippe Chatel : il n’y avait pas qu’Émilie…

Emporté par une crise cardiaque à la veille de ses 73 ans , Philippe Chatel restera, bien sûr, dans les annales de la chansonpour la comédie musicale de Émilie Jolie, mais pas que…

Un temps coursier de Henri Salvador,  Philippe Chatel, épaisse tignasse en bataille et silhouette élancée, avait débarqué  à 28 ans sur les plateaux de télévision  pour signer quelques chansons au picking bien balancé : J’t’aime bien Lili,  Ma lycéenne ou plus tard Mister Hyde. Des balades romantiques, un peu dans la lignée de certains titres de Yves Simon, qui le fit remarquer comme jeune pousse prometteuse de la chanson française.

Mais, le fils du réalisateur de télévision François Chatel – connu notamment pour des portraits de Georges Brassens – voit sa vie artistique changer de cap avec la naissance de sa fille Émilie, à laquelle il va dédier la célèbre comédie musicale.  « Un jour, en 1979, elle m’a demandé une chanson de lapin. Puis une chanson de hérisson. Au milieu de tout ça, j’avais le morceau La Petite Fille dans la chambre vide, dont je ne savais pas quoi faire » racontait-il. Lire la suite « Philippe Chatel : il n’y avait pas qu’Émilie… »

C’était LA Gréco !

On se doutait bien que le bout de la route était proche pour Juliette Gréco, qui avait connu pas mal de soucis de santé. Une grande interprète et une femme debout et engagée, tire sa révérence sans jamais avoir baissé la garde.

Je me souviens d’une réflexion de Juliette Gréco, un jour où je l’interviewais, impressionné par une dame qui avait chanté Jean-Paul Sartre, Robert Desnos,Jacques Brel ou encore Léo Ferré avec le talent de jeu qui fut le sien et ce timbre de voix si reconnaissable. Elle avait devancé les questions bêtes et lançait : « Je ne suis pas une statue. Les statues, les pigeons font caca dessus ! » C’était ça Juliette Gréco…

Une voix, une femme, une stature et quelqu’un qui, sans être dupe de son apport à la scène française, gardait cet esprit de liberté, cette indépendance chevillée à l’âme et au corps. Elle a suivi de peu de l’autre côté du rideau de scène celui qui fut un des amours de sa vie, un autre libertaire dans l’âme, Michel Piccoli. Et elle disparaît, à 93 ans,  deux ans après celui qui fut son ultime compagnon, le pianiste Gérard Jouannest, longtemps accompagnateur de Jacques Brel, qui avait ensuite repris la route avec LA Gréco. Lire la suite « C’était LA Gréco ! »

Christophe dans les paradis bleus

Hommage

Avec son allure de mousquetaire hors modes, Christophe a suivi les chemins de traverse de la chanson française, signant des tubes décalés qui ont marqué l’univers pop français. Un défricheur de sons.

C’était en 2002. Cela faisait vingt-six ans que Christophe – dopé par le succès de Comm’ si la terre penchait – ne s’était pas produit sur la scène de l’Olympia et l’attente était énorme. Les places s’étaient arrachés et, devant l’afflux, la production avait organisé un concert de plus, la veille du jour J, un dimanche soir. Il avait fallu patienter plus d’une heure avant de voir débouler sur la scène mythique du boulevard des Capucins le créateur du Beau Bizarre, une chanson qui le définissait mieux qu’un portrait dans la presse. Sa longue chevelure d’un blond délavé cerné par un halo de lumières, dans une mise en scène magnifique de Dominique Gonzalez-Foerster, Christophe avait  ébloui son monde, même si cette « couturière » avait des allures de répétition générale.

Bidouilleur du son, oiseau de nuit qui aimait autant le cinéma que le poker, Christophe a toujours exploré tous les rivages musicaux avec le choc des années 70 quand les synthétiseurs lui permirent de bidouiller les sons jusqu’aux premières lueur de l’aube dans son labo-studio de  son appartement donnant sur le boulevard Montparnasse. Créateur paradoxal, Christophe avait ainsi retrouvé son complice des Mots bleus, Jean-Michel Jarre, la nuit d’un certain 13 novembre 2015 où, loin des sirènes des ambulances tentant de sauver les victimes des attaques terroristes, ils avaient écrit Les Vestiges du chaos. Lire la suite « Christophe dans les paradis bleus »

Graeme Allwright, un troubadour s’en est allé

Ceux qui ont croisé le plus français des folk singer venu de Nouvelle-Zélande se souviennent de son regard d’un bleu d’atoll et de la douceur d’un artiste qui avait popularisé bien des chanteurs américains dans la langue de Molière. Discrètement, Graeme Allwright a tiré sa révérence : il avait 93 ans.

Il avait traduit et adapté Leonard Cohen en français (Suzanne, L’Étranger, Demain sera bien…); tout comme Bob Dylan (Qui a tué Davy Moore ?) ou encore Woody Guthrie (Le Trimadeur; La Femme du mineur), préférant se « se glisser dans les mots d’un autre » quand il sentait le verbe fort et la poésie à fleur de peau et des mots. Graeme Allwright avait aussi marqué les ondes de ses propres chansons : fraternelle (Il faut que je m’en aille), engagée comme Johnny qui dénonçait les bombardements au Vietnam ou La Ligne Holworth, qui évoquait la dure vie des migrants et faisait référence au temps de l’esclavage. On a aussi oublié qu’il avait signé un très beau disque d’adaptation en anglais – des textes signés  Andrew Kelly – des chansons de Georges Brassens.

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Le Zoulou blanc n’est plus

Il savait son mal incurable. Johnny Clegg vient de disparaître. La voix engagée du Zoulou blanc, dont la musique a compté aussi dans la fin de l’Apartheid, ne résonnera plus. Hommage.

Johnny Clegg, c’était un sourire, un son métissé et un sens de la danse. Qui a eu la chance de le découvrir sur scène se souvient de l’énergie dont  cet adversaire de l’Apartheid faisait montre sur scène. Il n’avait jamais caché le cancer dont il était atteint depuis quatre ans, ayant dû annuler plusieurs concerts. Johnny Clegg est donc mort le 16 juillet à l’âge de 66 ans comme l’a annoncé Rodd Quinn, manager de Johnny Clegg, sur la SABC, la chaîne de télévision publique d’Afrique du sud: « Johnny est mort paisiblement aujourd’hui, entouré de sa famille à Johannesburg, après une bataille de quatre ans et demi contre le cancer ». En 2018, dans les colonnes de Paris Match, il avait évoqué avec courage le mal dont il était atteint et le soutien de sa famille :  « Je leur inflige involontairement une pression constante. ‘Quand est-ce que papa va partir ? Combien de temps lui reste-t-il à vivre ?’ Le plus insupportable est de ne pas savoir. » 

Il faut donc garder en mémoire ce combattant de la scène qui avait mis ses talents de musicien au service de la lutte contre l’Apartheid. On se souvient notamment de son tube Asimbonanga, qu’il dédié à Nelson Mandela. Une image reste : celle  d’un concert à Francfort en 1997, quand le chanteur s’était produit sur scène en compagnie… de l’ancien président sud-africain.

Ardent défenseur de la culture africaine, Johnny Clegg avait su marier les sonorités africaines aux rythmes de la pop pour défendre ses idées auprès du plus grand nombre. Il était né au Royaume-Uni d’une mère chanteuse dans les nightclubs et d’un père qui quittera rapidement le foyer. C’est à 6 ans qu’ débarque en Afrique du Sud. Accompagnant son beau-père parti faire un reportage en Zambie, Johnny Clegg découvre un monde marqué par une coexistence normale entre Blancs et Noirs : elle le marquera à jamais. De retour à Johannesburg, l’adolescent se promène dans les rues des banlieues où vivent les travailleurs zoulous : ils vont finir par l’initier à leur langue, à l’isishameni  (la danse traditionnelle) et à la guitare zoulou. En parallèle, il s’initie à l’université à la culture zoulou. A ses yeux, ce peuple sera, comme il le dira plus tard « un foyer« . Avant d’ajouter :  » Il y a eu une période de ma vie où j’ai regretté de ne pas être noir. Je le voulais désespérément ».

Dès l’âge de 17 ans, il fera scandale avec son amitié pour le musicien Sipho Mchun. Voir un musicien blanc collaborer avec un musicien noir ne passe pas inaperçu dans une Afrique du sud rongée par le racsime. Mais Clegg n’en aura cure et trouvera toutes les astuces pour contourner les lois raciales.  Leur groupe Juluka, désormais composé de six musiciens, signe en 1979 l’album qui les rend célèbres : Universal Men. Ensuite, il verra son nom en haut de l’affiche accompagné de son groupe Savuka. Refusant tout embrigadement politique, Johnny Clegg ne cessera de défendre ses convictions politiques disant sobrement  qu’il défendait la fraternité. En 2017, il avouait son bonheur d’avoir réussi  « à rassembler des gens grâce à des chansons, surtout à un moment où cela semblait complètement impossible».

C’est cette voix libre qui manquera désormais à la musique mondiale.

L’accueil chaleureux en France

Johnny Clegg avait tôt été entendu et défendu par la France, un pays envers lequel il était toujours reconnaissant. Dans son disque Putain de camion, Renaud lui avait rendu hommage avec la chanson Jonathan.

La bossa-nova en deuil

Considéré comme l’un des pères de la bossa-nova, João Gilberto vient de mourir à 88 ans. Depuis 1958 et sa version de Chega de saudade, il a fait connaître les rythmes brésiliens dans le monde entier.

Né dans l’état de Bahia, João Gilberto a reçu sa guitare des mains de son grand-père quand il n’avait que 14 ans. Elle restera sa compagne de bien des voyages. Guitariste autodidacte, il va d’abord jouer à Rio dans un groupe Garotos da Lua, dont il est congédié au bout d’un an après  seulement deux enregistrements. Pendant quelques années d’errance, l’artiste cherche sa voix et son style musical.

Sa rencontre en 1957 avec Tom Jobim, avec lequel il pose les bases de la bossa-nova, marque un tournant dans sa carrière. Avec le poète le poète Vinicius de Moraes, ils vont créer un univers musical qui deviendra vite mondialement connu.

Le premier disque de João Gilberto, Chega de saudade, obtient un énorme succès dans le pays et est considéré généralement comme le premier album véritable de la bossa-nova. C’est  sa version de A Garota de Ipanema, en 1964, qui lui ouvre les portes de la sono mondiale. Face au succès fulgurant de cette chanson, des stars internationales comme Frank Sinatra, Nat King Gole et Ella Fitzgerald récupèrent ce titre dans leur répertoire. Il reste avec Yesterday, la chanson la plus interprétée à ce jour dans le monde.

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Nilda Fernandez ne voyagera plus…

Emporté jeune – il n’avait que 61 ans – par un insuffisance cardiaque, Nilda Fernandez était une voix puissante de la scène française.

De son vrai prénom, Daniel, il en avait inventé un autre en verlan et Nilda Fernandez était ainsi né à la scène.

Né à Barcelone en 1957 dans une famille andalouse et protestante, Nilda était arrivé en France à l’âge de 6 ans, dans la banlieue lyonnaise. En 1987, après avoir beaucoup joué en première partie des autres – il avait notamment fait des tournées de Léo Ferré – l’artiste à la voix haut perchée si caractéristique avait joué les premiers de cordée avec le remarqué Madrid Madrid, en 1987, qui évoquait l’exil et ses origines.

Se définissant lui-même comme un « marginal acceptable« , Nilda Fernandez était un conteur, doublé d’un voyageur qui savait, en interview, vous captiver d’une simple histoire, racontée sans jamais hausser le ton. Il lui a fallu patienter pour jouer dans la cour des grands. Ce fut en 1991  avec l’album Nilda Fernandez, nommé cinq fois aux Victoires de la musique. Il décroche alors le prix du « meilleur espoir masculin ». Une gloire lui permet ainsi de jouer en première partie de Sting à Paris devant 15 000 spectateurs. Autre signe du succès : en 1993, sa nouvelle chanson, Sinfanaï Retu, écrit dans une langue imaginaire, sert de générique à l’émission Durand la nuit.

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