Le swing symphonique de Guy Luypaerts

Les Chansons de ma jeunesse (*) cache, derrière une pochette un peu trop rétro, une riche compilation  de mélodies interprétées par des grands (Trénet, Sablon Guetary) et signées d’un as du jazz symphonique : Guy Luypaerts.

Au gré des plages, on est surpris par la qualité et la variété des compositions de Guy Luypaerts dont le nom ne dit certainement rien aux moins de 20 ans. Et pourtant, il suffit d’écouter le swing d’un morceau comme Avalanche, les délicats arrangements de La Ballade des petits lutins pour mesurer le coup de griffe de ce musicien. Il y a chez ce compositeur, né à Paris, le 29 septembre 1917, une joie de vivre et un amour de la musique qui « transpirent » de toutes ces musiques retrouvées et regroupées où le moindre basson peut apporter une rythmique du tonnerre.

Après avoir été pianiste de jazz dans des formations reconnues comme celle de Bill Coleman, l’artiste a été versé au théâtre aux armées où il devient l’accompagnateur de Charles Trenet. C’est Trenet qui va lui créer, en 1940, sa première chanson, la mélancolique Près de toi mon amour qui ouvre au demeurant ce CD et que l’on va découvrir avec plaisir, tant cette chanson est bien ciselée. Lire la suite

La voix de Thiéfaine pour les maux de Dostoievski

On connaît le rocker amoureux des mots qui « poétisent » le monde, le rebelle fidèle aux enseignements surréalistes, et l’homme de scène. Avec sa lecture des Carnets de sous-sol (*), de Dostoievski, Hubert-Felix Thiéfaine fait entendre une des grandes voix de la littérature russe.

Plus de cinq heures d’écoute ! Une chose est sûre, les éditions Frémeaux & Associés aiment les défis et ne cessent de servir les grands textes. Cette fois, c’est Hubert-Félix Thiefaire qui se glisse, non sans gourmandise, dans l’univers de Dostoievski.

Quand le grand romancier russe signe ces Carnets du sous-sol, c’est juste après Les Souvenirs de la maison des morts, un texte stupéfiant et qui témoigne de ces années de bagne où il est envoyé en 1850. Un choc même si sa qualité de noble lui vaut d’éviter certains mauvais traitements mais pas de subir la hargne d’autres détenus. De ce séjour, le romancier revient transformé au fond de son être. Il écrit notamment : « Je n’ai pas perdu mon temps : j’ai appris à bien connaître le peuple russe, comme peut-être peu le connaissent » Il y passera quatre ans.

Juste après ce texte fondateur et qu’on ne peut se lasser de lire et relire, Dostoievski publie un autre livre où il livre une vision très pessimiste de la condition humaine. Ces Carnets du sous-sol qui commence par une double affirmation : « Je suis un homme malade… Je suis un homme méchant ». Lire la suite

Debout … Gabin !

A ses débuts, Jean-Jacques Debout a côtoyé Jean Gabin. Il lui rend hommage dans un disque(*) où, outre six titres chantés par le grand acteur, il signe sept chansons en son honneur. Touchant mais inégal.

En guise d’invitation à écouter son nouvel opus, Jean-Jacques Debout écrit dans la pochette de son disque dédié à Jean Gabin : « J’ai eu la chance de le rencontrer au début de ma jeune carrière d’auteur-compositeur- interprète aux studios d’Épinay-sur-Seine au cours d’un déjeuner lors du tournage du film « Rue des prairies », réalisé par Denys de la Patellière. Il avait pour partenaires ma fidèle amie du cours Simon, Marie-Josée Nat, et le comédien Roger Dumas. Jean Gabin était un homme brut de décoffrage qui me parlait comme si nous nous étions toujours connus. Il nous raconta ses débuts au music-hall, ses déboires, ses joies et appelait les chansons de cette époque des « goualantes ».

L’album s’ouvre par le fameux texte de Philipe Harry Green, si bien adapté par Jean-Loup Dababie, Maintenant je sais, et qu’on ne peut écouter sans  se souvenir du timbre si particulier de Jean Gabin lançant :  » C’est encore ce qui m’étonne dans la vie./ Moi qui suis à l’automne de ma vie/  On oublie tant de soirs de tristesse/ Mais jamais un matin de tendresse !

Toute ma jeunesse, j’ai voulu dire JE SAIS/ Seulement, plus je cherchais, et puis moins j’ savais/Il y a 60 coups qui ont sonné à l’horloge/ Je suis encore à ma fenêtre, je regarde, et j’m’interroge ? « 

Au fil de l’album, Jean-Jacques Debout revisite six chansons que Gabin interpréta naguère : de la célèbre Complainte de la Butte à Quand on s’promène au bord de l’eau, en passant par la réjouissante Môme caoutchouc, symbole de toute une époque baroque de la chanson française dans les années 30.


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Brassens au féminin

pauline-contrebasse-hd2Il y a les reprises qui tuent –  comme c’est à la mode, vous n’avez pas besoin d’un dessin ! – et celles qui revisitent un univers, lui redonnant un lustre certain. Avec Contrebrassens – A l’ombre du cœur de ma mie (*), Pauline Dupuy, très bien entourée, en apporte la preuve.

On se souvient que, sans son contrebassiste fidèle, Pierre Nicolas, l’univers de Georges Brassens n’aurait pas été le même. Celui qui n’a pas eu le temps d’écrire le livre qu’il voulait faire, son Brassens vu de dos, et dont la formation de violoniste conduisait à une touche particulière sur sa contrebasse, a apporté un environnement musiscal particulier aux chansons du Sétois.

En livrant ses versions de 11 chansons de Brassens, Pauline Dupuy donne une autre approche de cet univers de mots, de croches et de jazz. « Brassens me fait du bien, dit-elle. J’aimerais qu’il vous en fasse aussi. Ce qu’il nous raconte est drôle, profond et engagé. Si on a aujourd’hui besoin de sens, on a aussi besoin de son humour et de ses valeurs. » Dès la chanson d’ouverture, Cupidon s’en fout, Pauline Dupuy nous cueille de sa voix chaude et au timbre doux qui se détache de la rythmique donnée par sa contrebasse de chevet. Elle ne copie pas Brassens et se l’approprie, faisant revivre un swing profond.

 

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Léo ou l’éternité des hommages

eternelÉternel Léo Ferré (*), c’est un hommage orchestré par Elian Levavasseur où dix chanteurs et comédiens revisitent des classiques de l’artiste. Thank you les gars !

Je fais partie des amateurs de Ferré qui ne prisent guère les reprises tant l’exercice est périlleux quand on aborde l’univers poétique si dense de Léo. Et son interprétation si originale. Pourtant cet Éternel Léo Ferré est à marquer d’une pierre blanche car il propose certaines solides ré-interprétations. Dès l’ouverture c’est une – bonne – surprise car on n’attendait pas Dick Rivers dans C’est extra en version rock : la voix est chaude et l’orchestration soignée. Pour poursuivre son chemin, la version swing manouche de Jolie Môme par Thierry Cojan et le Trio Noé Reinhardt ne manque ni de tonus, ni de charme. Mention spéciale pour Geoffrey Oryema, chanteur d’origine ougandaise, qui livre un surprenant blues africain sur Thank You Satan. Rachid Taha redonne enfin une autre couleur à cette Elsa, célébrée par Aragon quand le groupe 22 v’là les filles donne un sacré coup de jeunesse à une chanson moins connue de Ferré : La Faim. Lire la suite

La mort d’un poète italien

Capture d’écran 2016-03-31 à 22.48.04Fils du paysan du Piémont, l’auteur-compositeur et interprète italien, Jean-Maria Testa vient d’être emporté par un cancer. Il n’avait que 57 ans. Un artiste à la mélancolique poésie quitte trop tôt la rampe.

Il avait une moustache à la Brassens et jouait comme lui de la guitare. Mais, Jean-Marie Testa avait « son » univers, fait d’une mélancolie certaine. Il  avait abandonné la scène fin 2014 annonçant, non sans courage, qu’il était atteint d’une tumeur au cerveau incurable. En deux décennies et quelques huit albums, Testa, qui fut aussi chef de gare, a su créer un univers original et d’une grande poésie. Il pouvait aussi chanter en français qu’il parlait parfaitement – Le Gorille, de Brassens ou un poème de Jean-Claude Izzo sur une plage célèbre de Marseille- de sa voix douce, profonde et un peu rauque.

Son univers, il le  définissait ainsi : « Un monde de vent et de mémoire, de terre et de brouillard, d’objets qui volent d’un ciel à l’autre et de femmes dans les gares qui s’en vont au bras d’un autre sans se retourner »
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