La voix de Thiéfaine pour les maux de Dostoievski

On connaît le rocker amoureux des mots qui « poétisent » le monde, le rebelle fidèle aux enseignements surréalistes, et l’homme de scène. Avec sa lecture des Carnets de sous-sol (*), de Dostoievski, Hubert-Felix Thiéfaine fait entendre une des grandes voix de la littérature russe.

Plus de cinq heures d’écoute ! Une chose est sûre, les éditions Frémeaux & Associés aiment les défis et ne cessent de servir les grands textes. Cette fois, c’est Hubert-Félix Thiefaire qui se glisse, non sans gourmandise, dans l’univers de Dostoievski.

Quand le grand romancier russe signe ces Carnets du sous-sol, c’est juste après Les Souvenirs de la maison des morts, un texte stupéfiant et qui témoigne de ces années de bagne où il est envoyé en 1850. Un choc même si sa qualité de noble lui vaut d’éviter certains mauvais traitements mais pas de subir la hargne d’autres détenus. De ce séjour, le romancier revient transformé au fond de son être. Il écrit notamment : « Je n’ai pas perdu mon temps : j’ai appris à bien connaître le peuple russe, comme peut-être peu le connaissent » Il y passera quatre ans.

Juste après ce texte fondateur et qu’on ne peut se lasser de lire et relire, Dostoievski publie un autre livre où il livre une vision très pessimiste de la condition humaine. Ces Carnets du sous-sol qui commence par une double affirmation : « Je suis un homme malade… Je suis un homme méchant ». Lire la suite

Sur tous les tons !

Puisque les temps sont difficiles, voilà quelques airs à se passer en boucle.

Depuis 1989, certaines idées font – fort heureusement- réagir. Allons enfants de la musique !

Benjamin Biolay et Le Vol noir

Michel Fugain, et La Bête Immonde

IAM et 21/04

Pierre Perret, et La bête est revenue

Philippe Katerine, et 20-04-2005

Et sans perdre son sens de l’humour (noir)

Arapà : aux sacrifiés de Verdun

visuel-hd-in-memoriamPour le centenaire de la bataille de Verdun, le groupe Arapà signe un disque fort et émouvant : In Mémoriam 1914-1918.

Arapà  est une colline de l’extrême-sud de la Corse qui a donné aussi son nom de scène à un groupe dont les voix se marient avec subtilité et puissance. Dans son nouveau disque,  In Memoriam, Arapà  rend hommage à toutes les victimes de la boucherie de 14-18 dont on « fête » le centenaire. En ouverture de la pochette, le groupe souligne clairement son ambition :  » Cette guerre a été un carnage, détruisant dans le même geste apocalyptique, hommes, animaux, paysages et patrimoines, visages, corps, esprits et âmes. La Der des Der sonne le glas d’une Europe paysanne dont les savoirs et les savoir-faire prenaient leur source dans la nuit des temps. »

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Mêlant des chants corses à de nouvelles versions de poèmes (Si je mourais là-bas, d’Apollinaire, mis en musique par Jean Ferrat; Tu n’en reviendras pas, d’Aragon, mis en musique par Léo Ferré notamment), ce disque fort dit clairement les dérives des chefs d’États majors qui conduisirent toute une population au bout de la souffrance. Il dit aussi le courage de ces soldats qui avaient quitté leur paisible région pour défendre un pays et découvrir l’horizon barré des tranchées et les premières manifestations d’une guerre « dite » moderne avec les débuts de l’aviation, l’utilisation des gaz, les tranchées… Se souvenant, comme bien des enfants, de ces noms gravés dans le marbre des monuments aux morts plantés dans le plus petit des villages, Arapà  dénonce, de belle manière, l’absurdité de cette guerre, cette « connerie » comme le dira, des années plus tard, un Jacques Prévert.

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L’hymne à la joie et contre les obscurantismes !

Capture d’écran 2016-03-18 à 19.40.12

En souvenir des disparus du 15 novembre, victime de la barbarie terroriste, HK et les Saltimbanks ont réagi en musique et joint le signe à la musique. A écouter sans modération.

 » Ce soir, nous irons au bal

Ce soir, nous danserons de plus belle

Nous danserons ma belle

Tous les deux entre les balles. »

Capture d’écran 2016-03-18 à 19.39.53 Voilà le slogan qu’HK et les Saltimbanks lancent à la face de tous les fanatiques dans Ce soir, nous irons au bal, une chanson en forme d’hommage à toutes les victimes du 15 novembre. Loin des images en boucle qui font l’ordinaire du petit écran, l’artiste et sa bande ont imaginé une chanson tonique en diable et qui prennent un peu de recul face à l’actualité à chaud, le jour même où les chaînes sont branchées sur l’arrestion de Salam Abdeslam. L’originalité du clip, c’est aussi d’avoir fait appel pour ce clip chatoyant et rythmée à la réalisatrice Sandrine Herman avec son association « Les yeux pour entendre » pour offrir la chanson aux sourds et malentendants.

Une autre manière de réagir face aux va-t-en guerre et autres mordus de l’état d’exception. Kaddour Hadadi aime cette fois citer Sénèque : « La vie, ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre à danser sous la pluie ».
Grâce au langage des sourds, les signes deviennent une arme pour s’attaquer à tous les obscurantismes religieux.

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2016 : Bonne année… sans religion !

Et si les athées l’ouvraient désormais autant que certains croyants ? Bonne année musicale – entre autres – avec ce classique.

Un peu de lecture pour prendre du recul avec un texte d’une autre époque :

Prière à Dieu

      « Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supporte ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni envier, ni de quoi s’enorgueillir.      Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant. »

Voltaire, Traité sur la tolérance, Chapitre XXIII

Leonard Cohen : l’élégance tranquille

LeonardCohen_Popular-Problems-coverA juste 80 ans, Leonard Cohen continue sa route avec Popular Problems, le treizième album d’un artiste toujours aussi inspiré et qui aime prendre le temps de vivre, comme de chanter.

Treize disques  pour une si longue carrière – 46 ans –  le chiffre est modeste mais Leonard Cohen n’est pas du genre à s’énerver. Pour ce retour, le créateur de Suzanne, l’homme dont les chansons ont fait l’objet de plus de 1 500 reprises, offre un disque en forme d’épure : neuf chansons sur un peu plus de trente-cinq minutes. Mais un opus ciselé porté par la voix chaude et de plus en plus profonde de sage qui s’est donné le temps de vivre, de méditer et d’écrire selon son inspiration. Et s’affiche avec élégance, une canne en main, sur la pochette du disque, comme pour symboliser qu’il est toujours en route…

D’emblée, il donne le ton avec Slow, un éloge de la lenteur.  « Ce n’est pas parce que je suis vieux, j’ai toujours aimé la lenteur » glisse t-il, aimant toujours cultiver l’autodérision et l’humour. Vivre vite et mourir jeune ne font pas partie de la philosophie d’un artiste qui dédie son ouvrage à Kyozan Joshu Sasaki Roshi, son maître bouddhiste, mort en 2014 à 107 ans ! Fidèle à sa manière de chanter, Cohen a poli ses chansons, en artisan minutieux. Quatre décennies lui auraient été nécessaires pour finaliser ainsi Born in chains, où les chœurs féminins viennent adoucir la voix sombre de ce blues gospel. Avec, au passage, la profession de foi tranquille d’ Almost like the blues où tout est suggéré dans le « almost »…

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