Gaston Couté, paysan et rebelle

gerard-pierron-chante-gaston-coute-retrospective-1977-2008Dans son patois beauceron, Gaston Couté a toujours  écrit contre la société inégalitaire. Un coffret signé Gérard Pierron offre les grandes chansons de ce « gâs qui a mal tourné« , comme Couté se définissait lui-même.

L’histoire remonte au milieu des années 70. En janvier 1975, Gérard Pierron et Bernard Meulien dirent et chantèrent au théâtre du Tertre, rue Lepic à Paris, les textes de Gaston Couté. Depuis, Gérard Pierron n’a cessé de promener le timbre de sa voix sur le répertoire de cette graine d’ananar, célébré aussi, à ses heures,  par Bernard Lavilliers. Entre autres.

Il est vrai, Gaston Couté n’est pas un pèlerin comme les autres.  Poète libertaire et fils de paysan monté à Paris pour se produire dans les cabarets de la Capitale, Couté a connu une vie et une carrière en forme de comète : il est mort à 31 ans seulement en 1911. Il n’était pas du style à vibrer aux accents optimistes de la Belle Epoque, mais brocardait une société nationaliste et volontiers belliciste. Chansonnier et éternel rebelle, Gaston Couté n’a jamais renié ses origines et ce fils de meunier. Ainsi, lance t-il dans La Paysanne :

« Paysans dont la simple histoire
Chante en nos cœurs et nos cerveaux
L’exquise douceur de la Loire
Et la bonté des vins nouveaux,
Allons-nous, esclaves placides,
Dans un sillon où le sang luit
Rester à piétiner au bruit
Des Marseillaises fratricides ?… »


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Neil Young toujours d’attaque

neil-young-the-monsanto-yearsAvec The Monsanto Years, Neil Young signe un nouvel album militant où, à près de 70 berges – il les aura en novembre – , ce militant écologique part en guerre contre Monsanto et les OGM.

Dans ce nouvel album(*), Neil Young dégaine sec et ne prend pas de gants pour s’attaquer à l’entreprise américaine spécialisée dans les biotechnologies agricoles. Dans la chanson titre, il dit tout de go :  » Quand ces graines germent, elles sont prêtes pour les pesticides/Et le Roundup vient et apporte la vague de poison de Monsanto » Un disque où le parrain du grunge signe une offensive en règle contre l’entreprise américaine, célèbre pour ses cultures génétiquement modifiées et son herbicide distribué dans le monde entier.

En neuf chansons, Neil Young dénonce les pratiques du groupe installé dans le Missouri (à Saint-Louis) pour forcer la main des agriculteurs en imposant des produits dont la dangerosité de certains est souvent évoquées. Généreux dans ses colères, Neil Youg n’oublie pas certaines marques comme Starbucks, Chevron ou encore Walmart. Et quand il se paye Starbucks dans, A Rock Star Bucks A Coffee Shop, c’est pour lancer une nouvelle fois :  » « Je veux une tasse de café mais je ne veux pas d’OGM/J’aime démarrer ma journée sans aider Monsanto »

Du côté de Monsanto, on a préféré ne pas envenimer la situation et, dans un courriel, une porte-parole a notamment écrit  : « Beaucoup d’entre nous, chez Monsanto, ont été et sont fans de Neil Young. Pour certains d’entre nous, malheureusement, son nouvel album ne reflète pas notre engagement fort au quotidien pour contribuer à une agriculture plus durable ». Pas de quoi faire bouger le Canadien d’un iota…


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Yves Montand : les années d’or

FA5497-1Avec le volume 4 de L’Intégrale Yves Montand (1954- 1958) (*), on retrouve ce grand interprète au sommet de son art. Il y a, en prime,  quelques documents qui valent leur pesant d’or.

Durant cette décennie, Yves Montand n’a pas encore démarré son immense carrière d’acteur même s’il a déjà joué dans un film important comme Les Portes de la Nuit et Le Salaire de la peur, de Georges Clouzot (1953) qui a obtenu le Grand prix du Festival de Cannes, l’ancêtre de la Palme d’or.  En revanche, le chanteur et citoyen – qui ne fait déjà pas mystère de ses engagements – est déjà au sommet de son art, comme le montre ces enregistrements.

Dans ce coffret à la très belle qualité sonore, on retrouve l’artiste à la voix parfaite et qui signe des versions splendides, sans pousser la voix ni forcer son vibrato, de La Ballade de Paris, très beau texte de Francis Lemarque ou des traditionnels comme La Complainte de Mandrin, Les Canuts et Giroflé Girofla. Lire la suite

Gréco : le bel hommage à l’ami Brel

Capture d’écran 2013-10-28 à 11.54.57Question interprétation, Juliette Gréco peut en remontrer à pas mal de croque notes en mal de notoriété. Avec son Gréco chante Brel (*), elle rend un très bel hommage à son vieil ami même si, parfois, les arrangements écrasent un brin la force de ses versions.

A 86 ans, Juliette Gréco garde la même force dans la voix, la même puissance d’interprétation. Quand elle se saisit d’une chanson de l’ami Brel, on ne perd jamais le fil, elle lui redonne même une certaine verdeur. Il suffit pour s’en convaincre LA chanson de Brel, et qui a fait se casser la gueule à bien des chanteurs : Amsterdam. En s’emparant de ce classique que le chanteur ne grava jamais autrement sur disque qu’en version scénique, à bout de souffle, elle lui donne une profondeur, une mélancolie qui ne peuvent que saisir l’auditeur. Pour donner la raison de cet hommage, cette artiste au long cours qui a toujours chanté Brel sur scène dit simplement : « L’idée n’est pas mienne, c’est une
proposition que l’on m’a faite à l’occasion du trente-cinquième anniversaire de sa mort. J’avais une grande humilité, mais finalement, j’ai pensé que c’était le moment de lui dire que je l’aimais, et merci. » Lire la suite

Moustaki, je me souviens

DSC_0056Il a donc tiré sa révérence non pas dans sa chère île Saint-Louis mais à Nice. A 79 ans et quelques 300 chansons, on s’aperçoit que Georges Moustaki, artiste engagé avec élégance, a marqué les ondes de son style. Signifiant bien plus de choses par ses métissages musicaux que pas de longs discours. Il n’est pas l’auteur du Métèque pour rien… qu’il définissait comme un « cri de révolte de toutes les minorités.« 

Ce vendredi matin, un homme signait un hommage ému à l’ami Georges : François Morel sur France Inter. A écouter en boucle. Avec Moustaki, chacun a en mémoire une bande son de sa vie, tant ses chansons ont accompagné les nôtres. Moustaki était un bonheur pour les journalistes car l’homme savait recevoir dans son bel appartement de l’île Saint-Louis vous offrant un café grec dont il avait le secret. Toujours disposé à livrer de sa voix pas si « monocorde » que cela,  et comme s’il en parlait pour la première fois, une anecdote sur ses voyages, sa vie, ses rencontres…

Je l’avais suivi à plusieurs reprises de l’inauguration du village de vacances qui portait son nom dans le Jura, à des concerts à Marseille, à Paris… La dernière fois, c’était sur le tournage d’un reportage à lui consacré par Envoyé spécial sur France 2 au milieu des années 2 000. De son club de pongiste -il était d’une efficacité redoutable- à la salle des Trois Baudets, alors en restauration, DSC_0060avant un concert privé sur RTL, Moustaki avait promené sa fine silhouette et sa crinière poivre et sel dans des lieux qui ravivait le souvenir.

Sur la scène des Trois Baudets, il avait même repris le refrain de l’autre ami Georges (Brassens) qui étrenna sur place son Gorille. A l’extérieur, pour un plan sur le boulevard bordé de sex-shop, il avait fait une pause pour discuter avec un motard arrêté, dont le véhicule avait tapé dans l’œil de ce motard de la première heure. Et qui confiait son regret d’avoir initié Coluche, alors parfait inconnu, au maniement d’une 750 cm3…Avec pudeur, le soir sur RTL, il m’avait confié ses difficultés de chanter avec des problèmes respiratoires qui commençaient à handicaper son appétit de découvrir le monde et les autres.

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Higelin, le fou est toujours chantant !

HigelinBeauRepaire2Il faut l’avouer : on croyait qu’Higelin avait perdu de son inspiration débridée après des albums qui n’avaient plus le peps d’antan. Avec Beau repaire (*), il nous revient en pleine forme. Un très beau disque léger et profond.

Avec le tabac d’Izia, la belle carrière d’Arthur, on aurait presque oublié le chef de clan et le grand Jacques, 72 ans, sa générosité et sa folie contagieuse sur scène. Avec son dernier disque, Coup de foudre, il n’avait pas vraiment surpris son monde après avoir promené sa voix rocailleuse dans l’univers de Trenet pour un hommage beau mais qui n’apportait rien de vraiment très original.

Retraité, le nouveau fou chantant ? Avec Beau repaire, le voilà de retour en grande forme dans un disque en forme d’hymnes à la vie, à l’amour, à la folie des vieux sages. Higelin ne force pas cette fois sur la voix, signe des mélodies empreintes de légèreté. Avec de très beaux textes qui l’air de rien évoque l’air du temps comme dans Délire d’alarme où il lance : « Dans ce monde à la dérive/ Barré comme un bateau ivre/ Où sont passés les commandants d’bord/ Et d’abord/ Qu’on ait voté pour ou contre/ C’est la course contre la montre/ Entre les plus faibles et les plus forts/ Plus d’accord. »
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