La mythologie, c’est rock !

Mariant la mythologie et le bon vieux temps du rock’n’ roll, c’est possible. La preuve avec Besoin de rien (*), un album signé d’un groupe qui sort de l’ordinaire : Diogene Theorie.

Philosophe grec cynique célèbre pour son art de la parole mordante, Diogène de Sinope n’aurait jamais pu imaginer que son nom inspirerait celui d’un groupe rock. Stéphane Gaugain tire pourtant l’inspiration de ses textes (parfois conçus en duo) d’une plongée dans l’univers mythologique où l’on croise Orphée, Némésis, Œdipe ou encore Pandore, même s’il n’y pas que ces figures antiques qui figurent à son tableau de chasse.

De fait, si la mythologie permet à Diogene Theorie d’évoquer des thèmes intemporels tels que l’exil, la mort, la vengeance, la révolte…, le groupe sait aussi faire du rock qui résonne avec nos temps dits « modernes ». Ainsi, dans un morceau au rock fiévreux comme Off the record, ils ironisent sur la médiatisation qui colonise la vie et les esprits. « On est à l’œuvre, avalez nos couleuvres/ Arrogance et mépris c’est pas vu pas pris/ Des promesses des caresses dans l’sens du poil qui/ se dresse/ Ça reste entre nous/ Off the record/ Faudrait pas qu’ils nous mordent. » Évoquant aussi bien une planète en mal de vivre (Besoin de rien), l’opus ne manque pas d’humour et le groupe s’en donne à cœur joie dans le refrain d’Œdipe où il répète à l’envi : « Et si le vieux Sigmund pouvait me lâcher. »

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Un oiseau de scène et de passage

Artiste polyvalente, Céline Mauge revient au sein de son groupe Laughing Seabird pour signer une folk-pop inspirée dans The Transformation place. Des chansons en forme de célébration du lâcher-prise.

Céline Mauge aime prendre son temps et s’aventurer sur bien des voies musicales. La preuve ? Comédienne professionnelle à 20 ans, elle a joué dans différents films et pièces de théâtre avant de devenir une voix forte dans le doublage en prêtant son timbre entre autres à Sienna Miller, Selma Blair, ou Ellen Pompeo dans la série Grey’s Anatomy, et en interprétant deux personnages du trio des Totally Spies, dessin animé télévisé à succès. C’est en 2006 en jouant dans l’Opéra-rock de Boris Bergman, La Nuit du rat, qu’elle a opté pour un virage musical.

Après un premier album, And I Become, la voilà de retour avec ce disque chantée en anglais ou en français, sur une folk pop métissée où parfois se glisse une mélodie celtique (Direction oubliée) ou une rythmique latino comme dans Vivre (No Way Back) où elle chante : « Chaque matin le soleil se lève/ Nous réchauffe sans repos ni trêve/ Lui comme toi a un cœur qui bat/ Qui un jour éclatera/ Vivre, c’est ici, maintenant. »

De ses origines bretonnes, elle a gardé ce nom de scène et, somme tout, une « mouette rieuse » , ça aime changer de rivages. Un nom qui sonne bien au fronton d’un disque où il est question de trouver l’endroit où l’on peut vivre dans une certaine harmonie, une « paix relative« , comme elle le dit. Une chanson en forme d’invitation au rêve.

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Karimouche fait front

Troisième album de Carima Amarouche, dite Karimouche, Folies berbères est un disque de combat où, sans perdre le sens de l’humour, l’artiste se lève contre tout sexisme et tout racisme. C’est enlevé et percutant en diable.
Artiste berbéro-charentaise, Karimouche signe avec ce troisième album celui de tous les métissages musicaux : chanson, rap, trap, sonorités électro-orientales… Karimouche joue sur toutes les cordes pour toucher ses cibles, faire passer ses émotions et ses colères. Il y a un côté pirate chez cette jeune femme qui a concocté cet opus avec l’artiste breton Erwan Séguillon, dit R.wan (Java, Soviet Suprem).
Entre Fréhel et Piaf mais, sur des mélodies qui n’ont rien de nostalgiques, Karimouche a su marier les traditions musicales Gnawa et Chaabi, hier portées par des artistes comme Oum Kalthoum et Fairuz, à des influences de rap américain de Dr Dre ou encore Missy Elliot. Ciselée, la production musicale est signée Camille Ballon, autrement dit Tom Fire (Suzanne) et Bonetrips.
De chanson en chanson, on ne peut qu’être bluffé par son flow à base de hip hop qui fait claquer les paroles sur les mélodies comme dans Princesses, magnifiquement interprétée en duo avec la Brésilienne Flavia Coelho où son phrasé fait la différence.

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Imbert Imbert : l’enfance du rock

Mémoires d’un enfant de 300  000 ans (*), c’est un opus bizarre en forme d’album racé. Et un cri du cœur de Imbert Imbert, un artiste qui bourlingue sur les ondes depuis plus de dix ans et ne manque pas d’originalité.

La pochette noire est crépusculaire. Dès la chanson-titre, Imbert Imbert lance « Qu’est ce qu’il ne faut pas faire pour se taire » sur une rythmique sourde qui souligne les solos des cordes. Et de poursuivre : « La photo d’un enfant mort, qu’est ce qu’il ne faut pas voir/ Pour le croire. » Dans cette ouverture, on sent que Imbert Imbert a mis toutes ses déchirures, toutes ses colères dans ces plages musicales. Ex-contrebassiste du Jim Murple Memorial,  resté fidèle à cet instrument , Mathias Imbert  a commencé sa carrière solo dès 2007 et a publié depuis quatre albums dont le dernier, Viande d’amour, fut, en 2016,  le coup de Cœur de l’Académie Charles Cros. Cette fois encore, il nous offre une belle alchimie poétique.

Tout au long de 11 titres prenants et accrocheurs, Imbert Imbert ne baisse jamais la garde et croque le monde tel qu’il va – et souvent ne va pas ! – sous ses yeux. Avec une habileté à se défendre avec un sarcasme ainsi quand il évoque les émotions médiatisées portées par un chœur enfantin (Tous les crocodiles) : « Les injustices du monde/ Les pions et les pionnes/ A la merci de l’immonde/ Je m’en tamponne. »

Quand il s’agit de signer une lettre d’amour, une « promesse plus sobre et plus sincère aussi », c’est pour retrouver, dans L’Amour tentacule,  la même façon de dire l’attachement sans chaîne qu’un Brassens évoquait dans La Non-demande en mariage.

IMBERT IMBERT  – Mémoires d’un enfant de 300 000 ans

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Musiques en route

Nomadic Spirit, c’est le sixième album( *) de La Caravane passe. Regroupant le combo historique, Toma Feterman signe un magnifique hymne au voyage et aux rencontres.

Joyeuse pagaille sonore, Nomadic Spirit est un album où s’entremêlent la chanson française, les errances manouches, le hip-hop, les mélopées tziganes, les mélodies orientales… Après près de vingt ans de voyages à travers les musiques de l’Est et du Sud de l’Europe, après bien des tournées internationales, Toma Feterman récidive dans ce disque qui séduit l’oreille dès la première écoute, tant ce disque est musicalement riche et porteur d’une joie de vivre communicative.

Mêlant l’accent parigot, hip-hop et le serbo-croate, Toma Feterman, se définissant comme « yougostalgique »,  reste fidèle à l’esprit des Balkans où les musiques traditionnelles, jamais fermées sur la modernité, accompagnent tous les instants de la vie. La chanson qui termine l’album, Yougoslavie , qui pourrait figurer dans un film de Kusturica, rend d’ailleurs hommage à cet univers.  Toma souligne : « La musique populaire doit créer du lien. Aux concerts de le Caravane passe, nous disons qu’avec nous, les gens peuvent devenir gitans au moins un jour dans leur vie. »

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Rodolphe Burger signe un patchwork inspiré

Sixième album solo de l’ancien leader du groupe Kat Onoma, Environs est un album où l’artiste a créé en toute liberté. Des ballades poétiques où le rock le dispute au blues.

Sur quatorze titres, Rodolphe Burger a glissé  quatre reprises : Lost and lookin’ de Sam Cooke;  Fuzzy, de Grant Lee Buffalo;  Ba Ba Boum des Jamaïcans  ou encore Mushroom de Can sans oublier deux lieders – magnifiques – de Schubert. C’est dire si Rodolphe Burger assume le patchwork et une création en toute liberté. Avec une pochette ancrée dans le quotidien de l’artiste – y figurent des lieux autour de Colmar, immortalisé sur une carte ancienne achetée aux Puces par Fred Poulet, réalisateur de son nouveau clip,  et dont le visuel a été recentré sur la vallée de Sainte-Marie, où le chanteur a ses racines et a installé un studio.

Au cœur de ce cadre psycho-géographique,  Rodolphe Burger a convié bien des « figures » de son panthéon personnel  pour donner vie à des plages musicales variées :  de Bruce Chatwin, du Chant des pistes à Verlaine, sur la belle chanson Le piano que baise une main frêle (dont le titre est ici, tout aussi poétique, Parfumé d’elle).

Entouré d’une bande d’amis musiciens -la contrebassiste Sarah Murcia, le batteur Christophe Calpini, Bertrand Belin, Julia Dorner, Grimaçe (le groupe de son fils) l’artiste Hugues Reip, Arnaud Dieterlen et l Christophe – Rodolphe Burger signe son chant personnel des pistes, quitte à prendre bien des chemins de traverse. Lire la suite « Rodolphe Burger signe un patchwork inspiré »

Sarah Lancman : jazz in Paris

Jazz


Parisienne (*) est le nouvel album de Sarah Lancman, un manifeste musical et jazz entre deux langues qui lui sont chères.

Flanquée d’un groupe solide – notamment de Giovanni Mirabassi au piano – Sarah Lancman livre une espèce d’autoportrait en bilingue dans ce disque où l’artiste, née vers Châtelet-les-Halles, évoque sa Carte du tendre personnelle. Elle  annonce d’emblée la couleur évoquant ses compositions personnelles : « J’ai du mal à écrire autre chose que des chansons d’amour. »

Dans Parisienne, il est donc question des émois, des élans mais aussi des blessures dues aux ruptures comme elle le signifie dans C’était pour toi. « Perdue dans le temps qui passe/ Je flotte dans ma vie/ Est-ce qu’un autre m’attend là-bas/ Je reste ou je m’enfuis. » Quand il est question d’évoquer les amours qui naissent et les amours qui passent, Sarah Lancman passe du français à l’anglais sans barguigner. De manière sans doute plus directe en anglais comme le montre A New Star où elle lance : « I didn’t realize/ How my words could have hurt you. » Elle concède au passage que, dans notre langue, elle a une naturelle tendance à « penser poétiquement. »

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Buzy brise le silence

Neuf ans sans nouvelles ! Autant dire que Cheval fou (*), le nouveau disque de Buzy, chanteuse devenue, au début des années 2 000 psychothérapeute, est une bonne surprise. Ce disque montre  qu’elle n’a rien perdu de son inspiration et de ses colères.

Cheval fou est un album, le neuvième de Buzy, qui sort après une  longue absence. Bien sûr, il y a eu une nouvelle activité professionnelle, mais il y a eu aussi des deuils et des cicatrices à soigner. Et puis, il y avait chez Buzy quelques craintes à se replonger dans, comme elle le dit,  « un milieu compliqué ».

Il n’est pas innocent que la pochette du disque (et même si ce n’est pas l’argument de vente le plus évident pour célébrer un retour ) figure la très belle photo d’un cheval dont le regard vous scrute. Buzy, une artiste indomptable. Dans la chanson-titre, elle lance d’emblée : « J’ai rêvé d’un homme/ J’ai rêvé d’un homme d’une épée/ De le monter de le plier/ D’être amazone et sur son dos/ Découvrir le monde en duo. » Et pourtant, on retrouve dans Cheval fou,  le style original et la voix rauque de Buzy, avec ce rock qui roule façon Alain Bashung. Un univers personnel qui peut aussi parfois évoquer celui d’une Serge Gainsbourg pour un certain goût des chocs de certaines rimes riches.

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Springsteen : l’Ouest, le vrai…

C’est le premier album de nouvelles chansons de Bruce Springsteen depuis sept ans. Fidèle aux thèmes majeurs de son inspiration, le chanteur nous offre das Western Stars un très bel écrin mélodique.

Sur la pochette de Western Stars figure un mustang qui galope dans une vaste plaine. A l’intérieur, Bruce Springsteen prend la pause, une guitare à la main sur un fond de paysage désertique où se dressent des cactus. On retrouve dans ce nouvel album tous les thèmes chers au rocker-voyageur. Comme dans un de ses chefs d’œuvre, Nebraska,  l’artiste fait une fois de plus montre de son talent pour décrire les histoires d’êtres humains chahutés par la vie.

Dès la ballade d’ouverture, le décor est planté. Dans  Hitch Hikin’, Bruce Springsteen raconte un Ouest promis à une certaine disparition :  « Santé aux cowboys et aux cavaliers dans le tourbillon/ Ce soir, les étoiles de l’ouest brillent à nouveau de tout leur éclat /Et les étoiles de l’ouest brillent à nouveau de tout leur éclat . » Et dans The Wayfarer, il chante de sa fameuse voix usée par tant et tant de concerts où il se dépense sans compter : « C’est la même histoire triste qui se répète encore et encore. » Au fil des chansons, on se demande si Springsteen n’a pas écrit un disque en réponse au fameux « America First« , « L’Amérique d’abord« , de Donald Trump à l’heure où le Président américain a lancé sa campagne pour tenter d’être réélu.

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Un bel appétit d’Ogres..

Poétique, le titre du nouvel album des Ogres de Barback, Amours grises & Colères rouges (*). Pour son retour à des chansons originales, le groupe d’artistes voyageurs n’a rien perdu de son inspiration.

D’entrée de jeu, les Ogres de Barback annonce la couleur de l’espoir avec Pas ma haine, chanson inspirée par le magnifique livre (et édito) de Antoine Leiris, ce journaliste qui a perdu son épouse lors de la fusillade du Bataclan. « Ils rempliront mon cœur de peine/ Mais ils n’auront pas ma haine. »

Avec ce groupe qui a fête ses vingt ans d’existence en 2014 et le disque Vous m’emmerdez !, l’heure ne sombre jamais dans le pessimisme. Pour la famille Burguière et leurs amis musiciens, rester tonique, voire gais sans pour autant tomber dans l’angélisme, reste plus que jamais la politesse du désespoir.

Jouant sur tous les tableaux et sur tous les tons, Les Ogres de Barback nous embarquent dans un univers qui unit l’univers d’un Prévert (P’tit cœur) à des chansons cri (Hé Papa sur l’inceste ) et des élans de musiques world avec des passages de chanson écrits en yoruba et en goun par Eyo’nlé (Hé Papa, Si tu restes et La Rochelle). Lire la suite « Un bel appétit d’Ogres.. »

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