Vinicio Capossela : l’Ouest, le vrai

Avec un double album (*), dont chacun a été enregistré à plus de dix ans d’intervalle, Vinicio Capossela, le troubadour italien, fait un pont entre le Sud profond italien et le Grand Ouest américain. Tout sauf banal !

Avec sa pochette magnifique en sépia qui fleure bon les westerns d’un Sergio Leone, Canzoni della lupa (*) est un double album atypique car datant de décennies différentes. Une drôle d’aventure comme les aime Vinicio Capossela, singer-songwriter le plus original d’Italie qui, de disque en disque, se lance dans de nouveaux défis. Cette fois, il a osé un coffret à deux faces, dont les morceaux ont été mis à boite l’un durant la période aride de 2013 (Polvere), l’autre, onze ans après, à l’automne 2014 (Ombra).

Dans le premier, Capossela a choisi une « session décharnée, desséchée » où il chante de sa voix capable de bien des modulations, accompagné seulement de deux violons, un cymbalum, une contrebasse et une guitare. Dans le second, il se promène dans des ballades puisant dans un folklore authentique évoquant un univers plus fantasmagorique, étrange, nourri de légendes rurales. Lire la suite

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Léo et les siens

Le tome 2 de L’Intégrale Léo Ferré et ses interprètes, 1957-1962 (*) est à marquer d’une pierre blanche car l’on y découvre des versions oubliées des classiques de cette graine d’ananar.

Dans ce coffret de 3 CD, il y a des disques incontournables du Ferré qui était encore peu connu du grand public. D’abord ses versions des Fleurs du mal avec La Mort des amants, L’Invitation au voyage, dans des interprétations auxquelles Ferré donnera plus de mordant sur scène des décennies plus tard. On y retrouve aussi des textes des années Odéon, telles que Les Indifférentes, une très belle chanson, et Comme dans la haute. Enfin, il y a le classique des classiques, Les Chansons d’Aragon où Ferré habille magnifiquement les poèmes de l’auteur des Yeux d’Elsa, que ce soit Est-ce ainsi que les hommes vivent ? et surtout L‘Affiche rouge,  dont les chœurs tragiques accompagnent cette ode au martyre de la bande à Manouchian.

Mais, le plus surprenant dans ce coffret, ce sont les interprètes réunis autour du répertoire de l’auteur de Thank you Satan et qui redonnent vie à des chansons parfois oubliées. Lire la suite

Des chansons de révolte

Avec En désaccord (*), le duo Alee & Ordoeuvre signent un album mariant chanson et rap. Un univers musical surprenant sur des textes qui égratignent le monde comme il va.

Sortie à quelques jours des législatives, En Désaccord résonne étrangement car les mots du duo n’y vont pas par quatre chemins. Dans Y’a trop de blabla, ils lancent ainsi : « Trop de blabla pour la France d’en bas qui ne sait plus qui est de gauche et qui est de droite. » Ou encore dans Le Poids des mots : « La peste ou le choléra, c’est pas trop bandant comme avenir/ Mais si on laisse la place aux rats, c’est sûr qu’on ne pourra plus choisir. »

Après deux ans de tournée au cœur du collectif 13 (Tryo, La Rue Kétanou, Massilia Sound System, Syrano…),  Alee & Ordoeuvre se sont associés – platines, chant et guitare – pour signer un disque d’ouverture sonore, entre hip-hop et jazz, avec quelques doses funky. Sans oublier quelques pas du côté des rythmes africains dans Des routes.

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Soan sonne l’alarme

Voix cassée et profonde, Soan revient sur le devant de la scène avec Celui qui aboie (*). Un CD où il chante à plein cœur pour un opus enregistré en cinq jours.

Dès le départ, Soan annonce la couleur avec Ces lumières, un texte sombre sur les amours blessées où la voix progressivement se fait puissante pour capter l’attention. « J’ai la mémoire à vendre à mes amours d’un soir » , lance t-il à fleur de désespoir avec des échos  – clairement revendiqués depuis ses débuts –  à  un Jacques Brel.

Tout au long de Celui qui aboie, Soan nous embarque dans un univers de bastringue où, harmonica et percussions se répondent pour évoquer par exemple l’ivresse dans la chanson-titre, en forme de confession intime assez réussie. Comme il évoque ses rêves de liberté dans Vingt cinq printemps où l’alcool n’est pas, une fois encore, très loin  : « La liberté c’est bon comme un verre dans le gosier. » Une chanson marquée aussi par sa relation amicale avec Jean Corti, un accordéoniste qui fut compagnon de route de  Brel et qui fit des prestations réussies plus récemment avec les Têtes Raides.
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Prévert en vers… et contre tout.

Disparu il y a quarante ans, Jacques Prévert demeure le poète de la liberté et de l’audace. Béatrice Fontaine prouve son éternelle jeunesse dans sa fantaisie musicale : Prévert, Kosma… et moi (*).

Il y a chez Prévert, une simplicité apparente qui rend sa poésie accessible à tous. Et pourtant, pour parvenir à une telle fluidité, que de travail ! Il y a surtout chez Prévert un formidable appel à la liberté, un appel à prendre toutes les libertés. Qui a plongé dans Prévert ne peut que garder à l’esprit ses paroles.  Face à  Dieu qui n’arrête pas de polluer l’actualité, il faudrait obliger tout le monde à apprendre ces vers : « Notre Père qui êtes aux cieux /Restez-y Et nous nous resterons sur la terre/
Qui est quelquefois si jolie… »

On mesure la puissance de l’inspiration de Prévert en découvrant la fantaisie musicale de Béatrice Fontaine. Avec un sens consommé du jeu théâtral, elle revisite à sa manière les mots de Prévert : des poèmes lapidaires dont il avait le génie comme On frappe , Immense et rouge ou encore Le Jardin, à des textes plus développés comme Dans ma maison. Un album qui « fige » un spectacle éponyme que l’artiste a tourné deux ans sur scène. Et le côté vivant de cet hommage ne perd rien dans ce CD, tant la dame sait habiter les mots du poète.


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Sur des airs de Guy Béart

Disparu dans sa maison de Garches le 16 septembre 2015, Guy Béart a laissé sur les ondes bien des chansons intemporelles. Un coffret Guy Béart et ses interprètes permet non seulement de le retrouver dans ses premières œuvres mais de (re)découvrir quelques uns de ceux qui le rendirent célèbre.

L’homme n’était pas toujours d’un abord sympathique, mais une chose est sûre : Guy Béart a marqué la chanson française de sa voix cassée et de son style sûr et délié. Guy Béart et ses interprètes permet de retrouver l’intégralité de ses premières chansons, mises en boite entre 1957 et 1962 avec des classiques : Qu’on est bien, Bal chez Temporel, Laura, Changernagor et, bien entendu, L’Eau vive.

Ce fils d’une comptable et autodidacte et d’une mère sans profession, et qui était né le 16 juillet 1930 au Caire, s’intéressa très tôt aussi bien à la musique qu’aux mathématiques. Et c’est au Liban où sa famille s’installa en 1940 qu’il se découvrit une passion pour la littérature française. Installé en France, il décrochera un diplôme d’ingénieur, suite à son passage à l’École Nationale des Ponts et Chaussées sans pour autant oublier sa passion pour la chanson.

Et ses premières chansons, Béart les fera découvrir au public en se produisant le soir, après son travail dans un laboratoire de physique et de chimie, dans les petits cabarets de la Rive Gauche. Que ce soit à l’Escale, au Port du Salut et à la célèbre Colombe. C’est Brassens qui lui conseillera à poursuivre dans cette voie. Et grâce à sa rencontre avec Jacques Canetti, le patron du renommé Théâtre des Trois Baudets, il se produira à l’essai sur cette scène qui en vit débuter tant d’autres. Et décrochera un contrat avec les éditions musicales Tutti et surtout une série d’enregistrements avec les disques Philips où Canetti introduisait ses protégés.

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Réveille-nous Barbara !

Le Grand H de l’homme, c’est le disque (*) d’une artiste qui ose bien des textes sur des mélodies qui accrochent l’oreille  : Barbara Weldens.

Il faut se méfier de tout, y compris des pochettes des albums. Celui de Barbara Weldens a des allures d’images pour artiste punk. Dès la première écoute, on est bien loin de cet univers et on découvre une auteuse-compositeuse-interprète à l’inspiration aussi originale qu’émouvante. Avec des textes à la poésie à fleur de peau. S’il fallait tenter la comparaison, on pourrait dire qu’il y a chez cet artiste des ressemblances avec une Juliette.

Son premier album – dont le titre, Le Grand H de l’homme est déjà tout un programme – est le fruit de plusieurs années de recherche scénique marquée par un cocktail détonnant de musique, de poésie, de théâtre et de cirque.  Barbara Weldens aime les contrastes qui font mouche, des oppositions entre la violence et la douceur. La preuve avec les mots de sa chanson Femme qui la définisse bien :  Une part de moi est un homme, avec un grand H / Homme; homo sapiens; Homo habilis; habile/ Habile pour tout/ Même pour les créneaux connard !(…) Une part de moi est une femme, avec un petit f / Y a pas de grand F pour les femmes / Y a juste les « femme-encore » : / Encore une femme au volant / Encore une qui l’a bien cherché / Encore une féministe ! / Encore une salope / Encore une chienne / Encore ! encore ! encore ! »

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