Léo et les siens

Le tome 2 de L’Intégrale Léo Ferré et ses interprètes, 1957-1962 (*) est à marquer d’une pierre blanche car l’on y découvre des versions oubliées des classiques de cette graine d’ananar.

Dans ce coffret de 3 CD, il y a des disques incontournables du Ferré qui était encore peu connu du grand public. D’abord ses versions des Fleurs du mal avec La Mort des amants, L’Invitation au voyage, dans des interprétations auxquelles Ferré donnera plus de mordant sur scène des décennies plus tard. On y retrouve aussi des textes des années Odéon, telles que Les Indifférentes, une très belle chanson, et Comme dans la haute. Enfin, il y a le classique des classiques, Les Chansons d’Aragon où Ferré habille magnifiquement les poèmes de l’auteur des Yeux d’Elsa, que ce soit Est-ce ainsi que les hommes vivent ? et surtout L‘Affiche rouge,  dont les chœurs tragiques accompagnent cette ode au martyre de la bande à Manouchian.

Mais, le plus surprenant dans ce coffret, ce sont les interprètes réunis autour du répertoire de l’auteur de Thank you Satan et qui redonnent vie à des chansons parfois oubliées. Lire la suite

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La Bretagne au chœur

Breizh – Eo Ma Bro ! (*) réunit 19 artistes pour un CD en forme d’hommage vibrant à la Bretagne avec, au cœur de ce voyage, un passeur d’émotions au long cours : Olivier de Kersauson.

Kersauson a la voix pour parler aux embruns. Il était le guide tout naturel pour accompagner cet hymne à la Bretagne qui réunit une vingtaine d’artistes pour célébrer « sa » Bretagne. « C’est ma Bretagne, dit-il, c’est le cœur qui se tout entier dans le vocabulaire qui ne parle pas toujours très bien. »

Autour du marin au parler fort, une kyrielle d’artistes sont du voyage. Les Bretons de toujours – Gilles Servat, Alain Stivell, Tri Yann ou encore Dan Ar Braz, Miossec – mais aussi les amoureux (Laurent Voulzy, Jane Birkin) de cette région  en forme de continent où les bombardes répondent aux cornemuses et où les chœurs se font tantôt aériens, tantôt puissants.

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Des chansons de révolte

Avec En désaccord (*), le duo Alee & Ordoeuvre signent un album mariant chanson et rap. Un univers musical surprenant sur des textes qui égratignent le monde comme il va.

Sortie à quelques jours des législatives, En Désaccord résonne étrangement car les mots du duo n’y vont pas par quatre chemins. Dans Y’a trop de blabla, ils lancent ainsi : « Trop de blabla pour la France d’en bas qui ne sait plus qui est de gauche et qui est de droite. » Ou encore dans Le Poids des mots : « La peste ou le choléra, c’est pas trop bandant comme avenir/ Mais si on laisse la place aux rats, c’est sûr qu’on ne pourra plus choisir. »

Après deux ans de tournée au cœur du collectif 13 (Tryo, La Rue Kétanou, Massilia Sound System, Syrano…),  Alee & Ordoeuvre se sont associés – platines, chant et guitare – pour signer un disque d’ouverture sonore, entre hip-hop et jazz, avec quelques doses funky. Sans oublier quelques pas du côté des rythmes africains dans Des routes.

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Prévert en vers… et contre tout.

Disparu il y a quarante ans, Jacques Prévert demeure le poète de la liberté et de l’audace. Béatrice Fontaine prouve son éternelle jeunesse dans sa fantaisie musicale : Prévert, Kosma… et moi (*).

Il y a chez Prévert, une simplicité apparente qui rend sa poésie accessible à tous. Et pourtant, pour parvenir à une telle fluidité, que de travail ! Il y a surtout chez Prévert un formidable appel à la liberté, un appel à prendre toutes les libertés. Qui a plongé dans Prévert ne peut que garder à l’esprit ses paroles.  Face à  Dieu qui n’arrête pas de polluer l’actualité, il faudrait obliger tout le monde à apprendre ces vers : « Notre Père qui êtes aux cieux /Restez-y Et nous nous resterons sur la terre/
Qui est quelquefois si jolie… »

On mesure la puissance de l’inspiration de Prévert en découvrant la fantaisie musicale de Béatrice Fontaine. Avec un sens consommé du jeu théâtral, elle revisite à sa manière les mots de Prévert : des poèmes lapidaires dont il avait le génie comme On frappe , Immense et rouge ou encore Le Jardin, à des textes plus développés comme Dans ma maison. Un album qui « fige » un spectacle éponyme que l’artiste a tourné deux ans sur scène. Et le côté vivant de cet hommage ne perd rien dans ce CD, tant la dame sait habiter les mots du poète.


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Dimoné brise la glace

On l’avait quitté avec l’étonnant Bien Hommé, Mal Femmé, en 2015 et sa pochette surréaliste. De retour avec un nouvel EP, Épris dans la glace (*), Dimoné poursuit ses routes musicales avec cet album enregistré à Québec.

En enregistrant Épris dans la glace au Québec, Dimoné semble repartir sur d’autres variations, d’autres errances. Sa voix chaude et puissante – entre Bashung et Dick Rivers- nous embarque dès le premier couplet de La Grande allée où il se laisse dériver au gré de son imagination. S’il se joue des mots, c’est pour prendre du recul avec les maux de l’âme et, porté par la batterie tenue de main de maître par Benjamin Vigneault, il psalmodie les mots entêtants qui reviennent comme une incantation de Celui qui t’a puni l’a fait.

Chez Dimoné, l’écriture est précise, non dénuée d’élégance et semble se méfier des formules toutes faites, des grandes déclarations sentimentales. Il faut alors écouter Les Lignes qui bougent, comme une évocation poétique de nos sociétés nucléarisées, et un hymne à la nature.  Sur son site, l’artiste souligne : « Le Québec m’oxygène l’imaginaire, en plus d’aller y jouer régulièrement à toutes les périodes, comme prochainement où les frimats sont au climax, j’ai la chance d’y avoir enregistré le 5 titres « Epris dans la glace ». »


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Quand la chanson reprend de couleurs

7510-cyril-mokaiesh-bernard-lavilliers-pochette-single-la-loi-du-marcheLoin des chansons molles sur les petits soucis du quotidien, certains artistes ont une inspiration qui a de la gueule. Avec le duo Cyril Mokaïesh et Bernard Lavilliers, La Loi du marché, coup de gueule pour défendre les migrants, la chanson reprend des couleurs.

C’est Stéphane Brizé qui a signé le clip de La Loi du marché, un texte de Cyril Mokaïesh inspiré du film éponyme du cinéaste qui vit le triomphe de Vincent Lindon. Stéphane Brizé tient à souligner : « Cyril trempe sa plume dans l’actualité et il en fait émerger une poésie engagée. En cela, le duo avec Bernard Lavilliers est plein de sens Le film au final, par la violence des images, axe définitivement le titre dans la tragédie des migrants qui frappent à notre porte. »

Unissant leur voix, Mokaïesh et Lavilliers dénoncent, non sans une poésie certaine, la « précarité » et « l’hyper profit« . Cette chanson forte est le premier extrait de Blanc cassé, le prochain album de Cyril Mokaïesh dont la sortie est prévue pour janvier 2017.