Delano, acte II

Deuxième album en solo de Alexandre Delano, Ven Ven Ven offre, sur un univers sonore électro-folk, des ballades intimistes. Un album ciselé et qui ne peut que toucher les amateurs d’un univers planant et intime.

Alexandre Delano a connu plusieurs vies musicales. Après six albums publiés au sein du groupe The Delano Orchestra dont il fut chanteur et leader, après avoir accompagné l’aventure Babel, de Jean-Louis Murat, il a opté pour une carrière solo avec l’album Eau, en 2015. Il récidive avec Ven Ven Ven où l’on retrouve musicalement sa marque de fabrique avec les parties de cuivre et de cordes fort travaillées comme en atteste une chanson comme Le Ciel sur terre. Un écrin sonore pour accompagner des textes poétiques où l’auteur suggère plutôt qu’il n’assène

Chez Delano, on sent que le second niveau est une marque de fabrique comme dans certains récits qui semblent venus du Moyen Âge. Ainsi quand il chante dans Le Bois de Diane, où l’on sent une filiation avec Jean-Louis Murat : « La vipère s’est mordue la queue/ baiser crochu sur son reflet/et le poison s’est répandu dans l’eau du lac à tout jamais. » Ou encore dans Le Lac, ces vers mis en avant par des arrangements minimalistes : « Je vis comme le lac/ mes émotions frémissent à rebours/ dessus le voile se plisse dedans/je prends le temps de garder la chaleur/ le temps de charger la couleur du temps. »

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Le théâtre sonore d’Armelle Dumoulin

Quatrième disque de Armelle Dumoulin, à la pochette colorée et étrange, Brise Vitrail (*)est un objet original où l’artiste nous raconte des histories sur bien des formats sans se départir d’une façon poétique de voir les choses et la vie.

Brise Vitrail est un disque qui joue sur bien des registres musicaux, dans un écrin d’arrangements minimalistes mais essentiels. Onze chansons au format parfois courts, comme des respirations poétiques que ce soit pour célébrer ce Petit champ, dans laquelle un « homme à la pelle attend » où ce Pompier qui file vers une urgence. Pour le reste, on sent chez Armelle Dumoulin le goût de la danse et des corps en apesanteur comme en témoigne la chanson d’ouverture Danser 76 ou encore dans Comme un coup de poing, une chanson d’amour sur une rythmique fiévreuse scandée par un son de métronome : « Je revois tes mains/ qui ne savaient pas bien/ se mettre ou se placer/ quand on s’était mis à danser. »

Et quand il est question de rupture (Normal), Armelle Dumoulin le fait encore de manière légère avec une image « Nos mains se sont perdues de vue/ Normal ». Entre pop et chanson française de facture classique, on sent chez l’artiste un goût pour les univers poétique qui suggèrent plutôt qu’ils ne surlignent. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le titre le plus étrange de l’opus : Blaise bétail.

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Zizi from Paris

Nouveau volume de la collection Live in Paris, celui consacré à Zizi Jeanmaire restitue l’atmosphère de ses concerts dans la fameuse salle de l’Alhambra en 1957 et 1961. L’artiste y fait montre de son sens du spectacle avec sa légendaire gouaille.

Quand Zizi Jeanmaire enregistre ces sessions à l’Alhambra, célèbre salle parisienne d’alors, à la fin des années 50, elle est une étoile des planches, capable aussi bien d’être l’égérie d’Yves Saint-Laurent, la danseuse étoile que la chanteuse populaire à la gouaille célèbre. Accompagnée par le grand orchestre de Michel Legrand, elle marque le music-hall de sa griffe avant de créer quatre ans plus tard, dans ce même lieu, sa célèbre prestation avec Mon truc en plume.

À la retrouver sur scène l’Égérie du tout-Paris, on mesure comment elle marie à merveille un côté chic et une vraie gouaille pour les mettre au service de chansons que lui servent des auteurs confirmés ou en gestation. C’est sur la scène de l’Alhambra qu’elle chante par exemple deux titres d’un auteur-compositeur et bientôt interprète reconnu et célébré : Jean Ferrat qui lui offre deux titres : Et l’amour et Mon bonhomme. Deux titres surprenants du futur interprète de Nuit et Brouillard. « Eh l’amour tes gigolos ont su trouver l’filon/ Qu’ils fassent la rue ou qu’ils fassent des chansons / Depuis l’temps qu’ils s’occupent de croquer tes millions », lance-t-elle ainsi avec sa légendaire gouaille. Connu par le succès de Ma Môme, présenté par Bernard Dimey, Ferrat lui offre deux titres qui colle parfairement son tempérament et qui semble, pourtant, fort éloigné de l’univers de cet artiste.

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Les premiers pas de Brassens

Sans René Iskin, jamais les premières chansons de Brassens n’auraient été enregistrées. C’est désormais chose faite grâce au travail de Yves Uzureau. De la belle œuvre et une belle aventure.

En 1999, Yves Uzureau, fan de Brassens de la première heure, ne savait pas qu’un déjeuner à Chatou chez René Iskin, en compagnie de Pierre Onténiente, dit Gilbraltar, le secrétaire et ami du créateur du Gorille, allait déboucher sur une telle aventure. Ils entretenaient avec eux une relation amicale depuis un concert donné par Yves Uzureau à Bobino deux ans auparavant.

Durant le déjeuner, entre la poire et le fromage, les deux complices de Brassens évoquent ses chansons de jeunesse. Or, René Iskin les avaient gardé en mémoire en 1943 au STO (le Service de travail obligatoire) en Allemagne et s’en souvenait avec une étonnante précision. Ce sont ces Chansons de Basdorf (du nom du camp) qui ont ainsi ressuscité. Grâce à la mémoire d’éléphant et le beau brin de voix de René Iskin (le disque en porte trace), on découvre ainsi, sur des arrangements très jazz de Yves Uzureau, accompagné de Anne Gouraud à la contrebasse, quinze premières chansons dans lesquelles on décèle déjà le futur style de Brassens.

Le jeune Sétois s’y montre sous un jour un brin fleur bleue comme en attestent Loin des yeux, loin du cœur, Pensez à moi. Ou encore Un camp sous la lune, que Brassens écrivit à l’époque et qui était dédiée à René Iskin et à Michou que la guerre avait séparés. « Dans un camp sous la lune endormi,/ Il y a avait quatre amis d’infortune/ Qui parlaient de la blonde et la brune/ Dans un camp sous la lune endormi. »

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Un duo électro

Deux sœurs belges mais qui ne sont pas jumelles : Célénasophia signe les compositions de Les Géantes bleues, leur premier album. Entre rêve, coup de folie et coup de colère, onze titres sur des mélodies résolument modernes.

Elles sont jeunes, elles sont sœurs, elles sont chanteuses et musiciennes. Né de la fusion de leur deux prénoms, Célénasophia a commencé son aventure musicale en 2015 avec un premier EP, À l’aventure. L’occasion pour elle de participer à une bonne poignée de festivals et de remporter la médaille de bronze aux Jeux de la Francophonie d’Abidjan.

Céléna et Sophia Tornabene sont de retour avec un album aux sonorités modernes, une électro-pop où les guitares acoustiques et électriques du duo mènent le tempo. Pour ce nouveau voyage, elles ont fait appel à ’un troisième musicien : Jérôme Magnée (Dan San, Yew, Ebbène…), qu’elles ont rencontré aux Jeux de la Francophonie d’Abidjan. En trio, ils ont imaginé un univers musical enlevé et rythmé qui supporte les voix aigües des deux sœurs et des histoires aux images parfois saisissantes.

Le disque s’ouvre par un hymne aux beaux jours : Folie reviens. Écrit lors d’une parenthèse de blues par Céléna – sorti durant le confinement ce qui lui a conféré une résonance certaine – il résonne comme un hymne à l’insouciance et au lâcher prise. « Reviens naviguer jusqu’à 4 h du mat/ J’ai perdu aux échecs, mes jours sont mates/ Reviens-moi avec des refrains lumineux/ Tu sais, je bouffais tellement les étoiles dans tes yeux » lance le duo avant de conclure par « C’n’est pas en arrière qu’il faut regarder. » Toute une philosophie de vie.

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Les histoires de Piednoir

Après avoir œuvré dans l’ombre des autres, Denis Piednoir sort un premier EP, Souvenirs de la houle, une pop française dont la légèreté assumée n’exclue pas une profondeur des émotions.

Auteur, compositeur et guitariste, diplômé de l’American School of Modern Music, Denis Piednoir a multiplié rencontres et expériences avant de créer avec Jean-Philippe Boisumeau une émission, Du son dans mon salon, riche aujourd’hui de quelques 200 sessions filmées qui permettent de découvrir bien des talents et bien des styles musicaux.

S’il continue à œuvrer pour les autres – il vient de terminer le deuxième album de Bruno Putzulu – il se glisse en pleine lumière avec ce premier EP, Souvenirs de la houle (*), dans lequel, il assura interprétation, compositions et arrangements, signant aussi bien les parties de guitare que les programmations. Évoquant son nom de scène qui n’est pas le plus simple à porter dans l’Histoire française, il souligne : « Piednoir, c’est un nom dur à porte, un nom chargé d’histoires, chargé d’images. Piednoir, c’est mon nom. Et parce que j’ai dû le porter, à présent je veux qu’il me porte. Je veux qu’il agisse comme un prisme pour dévoiler la poésie et le positif qu’il y a dans chaque sentiment qui me trouble, me perd, qui me rend vivant. »

L’artiste aime s’exprimer à travers les éléments et les parallèles avec la nature et le prouve ses textes où il n’hésite pas à convier l’espace et ses mystères pour en tirer quelques images saillantes. L’océan a rendez-vous avec la pluie (Dis-moi) et les météorites ne sont jamais bien loin (Le Vertige) dans des mélodies dans lesquelles le voix de Piednoir se fait aérienne, se joue d’harmonies ciselées. Dans Vertige, il lance ainsi :

« Ça tourne dans ma tête
Jamais ça s’arrête
Comme un petit satellite
Ça revient sans cesse
Caressant l’ivresse
D’une substance illicite« 

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Renée Vivien et le chant des amantes

Pari audacieux que celui de mettre en musique la poésie saphique de Renée Vivien, personnalité marquante du Paris 1900. Avec le CD-livre, Treize poèmes de Renée VIvien (*), Pauline Paris y réussit pourtant dans une belle sobriété et avec une indéniable variété musicale. Un bel écrin sonore.

Fille d’une Américaine et d’un Britannique fortuné (John Tarn) qui meurt en 1886 lui laissant un héritage qui la met à l’abri du besoin, Pauline Mary Tarn, alias Renée Vivien, née en juin 1877 à Londres, est morte en novembre 1909 à Paris, la ville lumière. Surnommée « Sapho 1900 » par André Billy dans L’Époque 1900, elle a connu bien des figures littéraires – de Colette, dont elle fut amie, à Pierre Louÿs, créant un univers poétique dont le champ musical est riche de références à la musique. Ainsi dans Sans Fleurs à votre Front, elle écrit : « Allons-nous-en, mes chants dédaignés et moi-même/ Que nous importent ceux qui n’ont point écouté ? »

Dans la riche préface du recueil accompagnant le CD, Nicole G. Albert cite aussi fort à propos ces vers de Sonnet féminin : « Ta voix a la langueur des lyres lesbiennes/ L’anxiété des chants et des odes saphiques, / Et tu sais le secret d’accablantes musiques/ Où pleure le soupir d’unions anciennes. »

Pauline Paris

Dans la production poétique riche et variée de Renée Vivien a choisi treize textes – dont un très beau dans la langue de Shakespeare, The Fjord Undine – pour les habiller de musique. Et elle le fait avec une grâce incroyable en se débrouillant pour que la musique soit un petit écrin pour les mots d’amour et de mélancolie de l’auteure, féministe et libérée. S’accompagnant, elle-même, de plusieurs instruments – de banales guitares à un banjitar ou un accordéon – Pauline Paris s’est entourée de deux musiciens présents sans jamais être envahissants : Duncan Roberts (guitares, batterie, percussions…) et Rafael Leroy (basse).

Renée Vivien

Valse (Lassitude), bossa nova (Fraîcheur éteinte), folk(les délicats sonorités de banjo de Avril), jazz ou encore slows… tous les moyens sont bons pour Pauline Paris et ses compagnons de jeu qui célèbrent avec ferveur et tact ces amours féminines.

Voix claire et élocution parfaite, l’artiste chante la douce mélancolie d’une amoureuse devant l’éternel, qui fut entre autre amante de Natalie Barney et vécut encore une relation stable de six ans avec la richissime baronne Hélène de Zuylen. L’amour, Renée Vivien sait l’évoquer sans détour comme dans Fraicheur éteinte : « J’ai peur de ce frisson nacré/ De tes frêles seins, je ne touche/ Qu’en tremblant à ton corps sacré/ J’ai peur du charme de ta bouche.« 

Marquée de l’empreinte d’un Verlaine, de la mélancolie baudelairienne avec un texte magnifique tel que La Pleureuse, les poèmes de Renée Vivien, enrichis des dessins à l’encre noire d’Élisa Frantz, prennent ici une nouvelle résonance. Une facette des nombreux talents d’une artiste qui écrivit aussi sept volumes de prose et une dizaine de romans signés sous différents pseudonymes.

Si Renée Vivien fut une grande voyageuse, cette figure du courant parnassien de la Belle Époque a créé une poésie qui continue de nous interpeller – voire de nous troubler – aujourd’hui.

(*) Quart de Lune/ ErosOnyx

Manu Galure va piano… dérangé.

Lors  d’une longue série de concerts de septembre 2017 à décembre 2019 – pas loin de 400 au compteur à pied et en chansons- Manu Galure a profité des étapes  pour signer la plupart des chansons  de Vertumne, son nouvel album. Un réjouissant bricolage de mots et de sons.

Vertumne est un clin d’œil à une divinité de l’antique Rome, qui symbolisait le cycle annuel végétal, immuable et l’inconsistance des choses. Pas étonnant alors que Manu Galure ait choisi ce nom comme titre de ce nouvel album où il déroule une série d’histoires poétiques, étranges, loufoques. Chez Manu Galure – qui a officié en première partie de Jacques Higelin, Thomas Fersen ou encore Anne Sylvestre – l’écriture est précise, légère même quand il évoque Le Jour de l’apocalypse : « Si l’hiver nucléaire survient/ toi qui perds toujours tes gants/ je ferais une boule avec mes mains/ et tu mettras tes mains dedans/ tes yeux injectés de sang. »

Plus loin, avec un accompagnement minimaliste de piano-bastringue, il évoque, pince-sans-rire, la création poétique avec la très réussie Je ferais la chanson qui n’a rien à voir. Et de murmurer : « Je l’ai écrite en marchant pendant que je dormais. »

Chez lui, avec une inspiration venue au fil d’une longue marche dans toute la France et de nombreuses étapes, le raisonnable ne peut être quand même attendu…

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Pierre Perret : gaillard d’avant…

Pochette de "Mes adieux provisoires"Arrangée et jouée par les Ogres de Barback, Mes adieux provisoires est une solide compilation de Pierre Perret en 32 titres dont 3 inédits. Un avant-goût du prochain tour de chant de l’artiste qui commencera dès que l’horizon sera dégagé.

On sait que, chez les artistes, les adieux peuvent durer des plombes et… des années. En choisissant pour titrer cette compilation  Mes adieux provisoires (*), Pierre Perret a opté pour  des voies de traverse, histoire de donner le temps au temps pour tirer sa révérence.

En tout cas, à 86 printemps, l’homme a toujours la gouaille au cœur et l’ironie au bout de la plume, voire de la souris. Il l’a prouvé en pleine crise sanitaire en brocardant ceux qui nous gouvernent dans Les Confinis, une chanson à fredonner en écoutant (d’une oreille) les grandes communications du ceux qui nous gouvernent.

Dans la chanson-titre, il revient sur le parcours pas banal du gamin du Café du pont à Castelsarrasin qui a fait quelques sacrés cartons depuis ses débuts, évoquant notamment le rôle  joué par Boris Vian et Püpchen (la compagne de Brassens).

« Je suis venu vous faire/ Mes adieux provisoires / Car c’est une longue histoire/ Que celle de vous et moi », chante-t-il. Dans ce tour de chant en 32 tires, Pierre Perret réussit un tour de bravoure : résumer en une poignée de mélodies soixante ans de carrière. C’est l’intégralité du tour de chant qu’il doit donner cette année en tournée avec un arrêt attendu pour deux concerts à la Salle Pleyel et qui ont, une fois encore, été reportés aux 30 et 31 octobre 2021.

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Tout l’univers de Corps Météore

Le premier EP éponyme de Corps Météore retient l’attention car l’artiste joue habilement sur la nostalgie musicale des années 80.

Dès la mise en ondes de son premier single, Corps Météore a été salué comme un artiste s’inscrivant en droite ligne dans la tradition de Michel Berger et de Peter Gabriel dont il revendique l’influence. Musicalement, c’est indéniable,  le premier EP de Corps Météore – de son vrai nom, Grégoire Laude, âgé de 33 ans – puise son inspiration dans les sonorités des années 80.

Il a utilisé le titre d’une chanson comme nom de scène car c’est la première qu’il composa en 2015 après avoir quitté son travail pour se consacrer à plein temps à ses passions musicales. Porté par une boîte à rythme et un piano, ce titre évoque les affres de la création  sans plonger l’auditeur dans le blues. « Dans un lit d’amertume/ Je résous les problèmes/ Ils se dissipent dans la brume » chante-t-il. Évoquant la fulgurance et la lumière,  ce nom d’artiste ne manque pas d’originalité et offre, en prime, une belle rime interne.

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