Le Forestier : l’art de paraître

Presque dix ans après Le Cadeau, Maxime Le Forestier est de retour avec Paraître ou ne pas être (*). Un retour aux sources avec un album épuré et élégant, presque intemporel.

On ne peut pas dire cette fois que Maxime Le Forestier ait fait quelques concessions pour passer plus en radio tant les arrangements des dix chansons composant Paraître ou ne pas être visent la sobriété et jouent sur les vrais instruments. Il y a dans ce disque des similitudes avec un grand disque de l’artiste : Saltimbanque qui offrait de magnifiques textes comme Les Lettres, La Poupée... et où il n’était accompagné « que » de ses deux complices de scène, Alain le Douarin et Patrice Caratini.

Avec ce nouvel opus, Maxime Le Forestier revisite certains thèmes par lui déjà abordés et une chanson comme Ça déborde est en droite ligne de Comme un arbre où, il y a cinq décennies, l’artiste s’inquiétait déjà d’une planète qui brûlait ses réserves. Une inspiration que l’artiste n’explique pas lui qui souligne dans une récente interviex : « « Je n’ai pas de feuille de route », Et ajoute  : « Quand je chante, je n’écris pas ; quand j’écris, je ne chante pas. Il me faut à peu près un an et demi pour écrire un album, deux ans de tournée et au moins une année pour glander. »

Ecrit en pleine campagne présidentielle, La Vieille Dame est aussi une belle chanson qui évoque, sans la nommer, notre pays secoué par la maladie de la peur : « Peur de l’étranger, de l’étrange/ Peur de tout c’qui la dérange/Peur des temps nouveaux. » Quant au Grand Connard, il y a malheureusement assez d’exemples sur la planète pour que le texte ne soit pas uniquement une vision ironique d’un certain Donald Trump.

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Le cours d’anatomie de Nicolas Paugam

Quatrième tour de piste en solo pour Nicolas Paugam. Avec son quatrième album, Le Ventre et l’Estomac (*), il creuse son sillon. C’est inégal mais, sans nul doute, original.

Depuis qu’il a quitté la formation Da Capo, Nicolas Paugam – auteur-compositeur et interprète – poursuit son chemin sans se soucier de l’air du temps. Si les déraisonnables sont en voie de disparition, Nicolas Paugam fait partie des espèces menacées tant il prouve, en neuf titres, dans Le Ventre et l’Estomac.

Le voyage commence dès la pochette un brin surréaliste qui est déjà l’œuvre du compositeur fasciné par l’univers d’un Sergueï  Paradjanov. Ensuite, Nicolas Paugam nous invite à une promenade intérieure de sa voix qui taquine parfois les notes hautes. Dans la chanson-titre, il évoque ainsi les fissures qu’un homme ressent dans son couple. Le mal est diffus, la mélancolie présente. « Cette fille, c’est un roman« , chante t-il. Un peu plus loin, il y a la chanson-miroir (c’est une femme qui alors s’exprime) dans Tu vois pas qu’on s’aime pas.

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Marcel Amont : la petite musique d’une vie

En passant de ses souvenirs d’artiste à quelques réflexions sur la vie qui va, Marcel Amont occupe le devant de la scène avec Les Coulisses de ma vie (*).

En avril dernier, Marcel Amont fêtait, bien entouré, ses 90 ans sur la scène de l’Alhambra, un lieu fétiche pour ce petit-fils de bergers béarnais. Mettant à profit son parcours et sa longévité, Marcel Amont signe avec son fils, Mathias Miramon, Les Coulisses de ma vie (*). Car, sur le métier, il avait déjà écrit un livre savoureux en 1989, Une chanson, qu’y a-t-il à l’intérieur d’une chanson ? Là, il annonce, mais au terme de son récit, la couleur en écrivant : « Cette fois-ci, on attendait de moi que, dépassant le simple cadre de la narration, je retire de ma vie une substantifique moelle digne d’intérêt et susceptible d’être transmise au plus grand nombre. »

Alors, il dévoile ce qui a nourri sa longue existence depuis sa naissance à Bordeaux – il est le fils d’un employé des chemins de fer et d’une infirmière – et sa montée à Paris fin 1950 pour tenter de graver son nom en haut de l’affiche après avoir hésité à devenir professeur d’éducation physique. Un voyage parsemé d’embûches, mais était-il plus osé que celui de ses parents qui quittèrent « leur splendide – et ingrate – vallée d’Aspe, au cœur des Pyrénées, pour aller tenter leur chance à Bordeaux », où il est né. Et de rappeler la phrase de sa mère : « Tu ne peux pas savoir comme tout change quand tu touches une paye à la fin du mois ! » Une phrase qui en dit long sur la difficulté de vivre là où la montagne est belle…

Au fil des pages, Marcel Amont rebondit d’un sujet à l’autre, sans jamais délaisser pour autant la vie d’artiste. Avec une certaine franchise, il évoque sans barguigner les années de doute et de traversée du désert,  Il écrit : « Dans mon métier, l’écrémage ne s’effectue pas seulement par le talent (c’est une raison nécessaire mais pas suffisante), mais aussi par une présence de tous les instants sur la brèche. Et je fus un spermatozoïde accrocheur… »

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Il pleut des cordes pour Simon Chouf

Belle surprise que l’album concocté par Simon Chouf & Le Hardcordes Trio (*). Ils y revisitent deux disques du chanteur, Volatils et L’Hôtel des fous. A l’arrivée, les vers de Simon Chouf prennent une tout autre résonance dans cet écrin sonore…

La rencontre entre Simon Chouf et Le Hardcordes Trio, composé d’Eugénie Ursch, (violoncelle) Olivier Samouillan (alto, mandoline) et Thomas Kretzschmar (violon),  remonte au Festival « Fous d’archet 2017 » : ensemble, ils unissent leur force le temps de quelques chansons. Alors, comme une évidence, naît l’idée de poursuivre l’aventure. Ce sera d’abord à Toulouse en novembre lors de concerts où Simon Chouf présente son quatrième disque Volatils. Sous la direction d’Arnaud Gineste , qui a notamment travaillé avec Thomas Dutronc, l’histoire continue dans une maison en pierres des Cévennes où certaines chansons de SImon Chouf sont ré-arrangées autour des cordes, pour souligne le timbre chaud de la voix de l’artiste qui n’est pas sans rappeler celle de Christian Olivier des Têtes raides pour le phrasé ou celle d’un Jacques Higelin auquel Simon Chouf signe un bel hommage avec une version épurée de Champagne.

Le reste du disque est absolument magnifique, tant les vers des chansons de Simon Chouf parviennent à aborder bien des thèmes sans tomber dans le jeu de mots pour le jeu de mots ou les images poétiques faciles. Avec les cordes et en acoustique, le chant – et donc les textes- se retrouvent ainsi mis en avant.

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Bazbaz : un retour en douce

Et de neuf pour Bazbaz avec Manu militari, son neuvième disque (*). A l’image du bonhomme car éclectique sur le plan musical. Original sans être pour autant génial.

Pas mal de chemin parcouru pour Bazbaz qui prit naguère son envol avec le punk-rock alternatif du Cri de la Mouche. En solo pour ce neuvième disque, Bazbaz se livre sur tous les tons dans des chansons qui ont la politesse du désespoir, mais en lorgnant du côté du reggae et des mélodies suaves des musiques noires et seventies. Sur un tempo jamaïcain, il convie avec Comment t’oublier à une célébration chapoupée de la solitude subie, suite à un désespoir amoureux. « Tu aimes l’amour/ L’amour n’a pas de loi/ Les jours sont à lui/ les nuits sont à moi... » Un texte qui fait écho à une autre chanson Ma chérie, une mélodie pour se réconforter quand l’amour a mis les voiles…

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Bertrand Belin ou l’art de l’épure

Nouvel (et sixième) album de Bertrand Belin, Persona (*) confirme le coup de griffe plus que personnel de l’artiste dont la diction et la manière de chanter sont si particulières.

Tout le monde le souligne : le phrasé et la voix si chaude et particulière de Bertrand Belin vous accrochent dès la première écoute du disque. Persona est d’évidence un album très personnel d’un artiste qui aime explorer tous les genres : outre les musiques de film, il vient aussi de publier Grands carnivores, son troisième roman, chez P.O.L. L’homme a l’art des raccourcis et résume ainsi sa manière d’écrire : « Ce que je chante c’est ce que je vois, ce que j’écris c’est ce que je pense… »

Dans ce nouvel album sur lequel plane l’ombre d’un Alain Bashung, mort il y a dix ans et qui avait le même amour des jeux sur les mots et sur les sonorités verbales, Bertrand Belin évoque des thèmes chers à lui : la fuite du temps, la dureté du monde, la solitude…

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Marjolaine Piémont : qui s’y frotte…

Sans le superflu, c’est la carte de visite sonore de Marjolaine Piémont, une artiste qui manie l’humour avec parcimonie pour dire ses colères et ses émotions. Une belle surprise.

Marjolaine Piémont est une artiste culottée. Du culot, il lui en faut pour terminer son album, Sans le superflu » par une chanson Vieille, où il est question d’une nonagénaire qui a « un amant« , mais pas n’importe lequel ! Son doux nom ? Alzheimer ! Pour Marjolaine Piémont, tous les sujets sont bons à chanter à partir du moment où l’on y met un peu d’humour et de distance.

Tombée il y a quelques lustres dans l’univers de Barbara, cette dame brune a appris le métier sur scène, notamment au Japon où elle a proposé une tournée Hit Songs de chansons françaises à travers tout le pays du Soleil Levant. Plus tard, elle a fait partie de belles équipes, que ce soit  Sol en Cirque ou encore Mozart l’Opéra Rock. Le vrai déclic pour la chanson viendra de ses rencontres avec des artistes comme Vincent Baguian, Phil Baron ou Aldebert. Lire la suite « Marjolaine Piémont : qui s’y frotte… »

La douceur pop de Bertille

Multi-instrumentiste de formation, Bertille sort son premier EP où elle délivre un univers féminin sur un univers pop teinté d’électro. Pas désagréable, mais non plus bouleversant.

On aimerait adorer la voix de Bertille, plonger sans réserve dans l’univers délicat, doux et tendre, de son premier CD, #ep (*) où elle se livre en six titres, sur des mélodies ou la pop le dispute aux accents électros.

Des chansons qui ont une atmosphère indéniable, que ce soit dans des textes comme Du vent dans les voiles ou encore Les Rivières dans laquelle surgit au final un beau solo de violoncelle.

C’est la première fois que la jeune femme se met sur le devant de la scène après le duo qu’elle formait en 2015 avec Olivier Daguerre et, plus près de nous, avec sa participation dans le groupe Wallace. Un vrai donc défit pour cette artiste discrète habituée à rester dans l’ombre de.

Elle qui définit « l’émotion comme son moteur » a donc couché sur le papier des mots pudiques pour dire son petit monde. D’amour, il est souvent question dans cet album où elle peut ainsi évoquer les infidélités amoureuses dans Du vent dans les voiles où elle évoque le « nez qui s’allonge » de celle qui a triché sur la carte du Tendre qu’un amour passion dans Je plonge et qui est prétexte à  un très inspiré vidéo-clip. Lire la suite « La douceur pop de Bertille »

Le folk apaisant de Frédéric Bobin

Après avoir fait des études universitaires consacrées à  Boris Vian, il n’est pas illogique de passer à la chanson. La preuve avec Frédéric Bobin qui sort un nouvel album folk à la douce beauté :  Les Larmes d’or (*). Un titre poétique à l’image d’un album ciselé…

Silhouette longiligne, moustache discrète et bouc en rapport :  sur la pochette de son disque, il y a quelque chose d’un mousquetaire dans la dégaine de Frédéric Bobin, ce natif de Bourgogne installé à Lyon et qui a commencé de chanter en 2003. Une activité qu’il n’a cessé de pratiquer depuis avec même un intermède africain, en 2008,  et une résidence au Sénégal pour la création d’un spectacle de danse contemporaine – The Scales of Memory –  dont il co-signa la musique avec le compositeur Laforest.

Les Larmes d’or porte la signature d’un musicien et interprète (son frère Philippe signe les paroles) qui prend son temps d’évoquer les choses et préfère le dépouillement d’un folk bien tempéré aux déluges de décibels d’un rock assourdissant. L’univers musical de Frédéric Bobin est intimiste entre la batterie et la basse, tenues par Mikael Cointepas; le violoncelle d’Hélène Piris, qui donne également de la voix dans les chœurs et l’harmonica de Vincent Dupuis ( qui fait quelques merveilles sur des titres comme Jimmy et Les Étreintes intermittentes), l’artiste se réservant le jeu à la guitare et autre guitare slide.

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