Yvette Guilbert, la femme moderne

Elle fut une grande voix de la chanson, pionnière du féminisme. Dans un coffret étonnant de 3 CD, Yvette Guilbert voit son répertoire revisité par Nathalie Joly. Et de belle manière.

Elle fut l’amie de Freud – qui écoutait en boucle sa chanson Dites-moi que je suis belle – et Toulouse-Lautrec l’immortalisa. Reine du café-concert à la Belle Époque, Yvette Guilbert a marqué les annales de la chanson par un répertoire très en avance et pas ses prises de position féministes. La dame était une pionnière du genre à une époque où ces dames étaient corsetées et soumises à la férule de leur époux.

Parolière, auteur, actrice, metteur en scène… , Yvette Guilbert, née le 20 janvier 1865 à Paris et morte en février 1944 à Aix-en-Provence, fait partie de ces artistes qui ont exploré bien des pistes artistiques comme en témoigne sa passionnante autobiographie, La Chanson de ma vie.

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Géraldine Torres, une indignée douce

Un premier album haut-en-couleur pour Géraldine Torres. Avec La Vie sur les os(*), la chanteuse, riche de dix ans de métier en groupe et sur la route, prouve la palette de son talent.

D’emblée, Géraldine Torres cueille son monde par une énergie partageuse. La voix rauque de la dame nous embarque vers des territoires où l’indifférence n’est pas de mise et la colère jamais feutrée. Pour preuve, la chanson dédiée au 11 septembre. Pas celui des tours jumelles de New-York, non celui d’un triste jour au Chili où la dictature militaire mit fin au désir de changement politique de Salvador Allende en son palais de La Moneda et où la guitare de Yann Pompidou distille une douce nostalgie des temps sans bruits de bottes. On sent chez Géraldine Torres le désir qu’une tragédie n’en efface pas une autre dans la mémoire collective.

Le reste d’Avec la vie sur les os est à l’image de ce titre : inspiré, solide, puissant. Et varié. Ce qui n’est pas courant dans l’univers musical actuel où la confession intime (et lassante) tient lieu de passeport…


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Soan sonne l’alarme

Voix cassée et profonde, Soan revient sur le devant de la scène avec Celui qui aboie (*). Un CD où il chante à plein cœur pour un opus enregistré en cinq jours.

Dès le départ, Soan annonce la couleur avec Ces lumières, un texte sombre sur les amours blessées où la voix progressivement se fait puissante pour capter l’attention. « J’ai la mémoire à vendre à mes amours d’un soir » , lance t-il à fleur de désespoir avec des échos  – clairement revendiqués depuis ses débuts –  à  un Jacques Brel.

Tout au long de Celui qui aboie, Soan nous embarque dans un univers de bastringue où, harmonica et percussions se répondent pour évoquer par exemple l’ivresse dans la chanson-titre, en forme de confession intime assez réussie. Comme il évoque ses rêves de liberté dans Vingt cinq printemps où l’alcool n’est pas, une fois encore, très loin  : « La liberté c’est bon comme un verre dans le gosier. » Une chanson marquée aussi par sa relation amicale avec Jean Corti, un accordéoniste qui fut compagnon de route de  Brel et qui fit des prestations réussies plus récemment avec les Têtes Raides.
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Ils font bien les… Trottoirs

Formé à Strasbourg en 2006, mais ayant connu quelques modifications humaines depuis,  Les Garçons Trottoirs font montre d’une belle énergie dans Doux, durs et dingues (*), où mélodies inventives accrochent l’oreille.

D’emblée, les sonorités cajuns vous donnent un sympathique uppercut dans Animal qui ouvre Doux, durs et dingues. Avec leur nouvel album,  Doux, durs et dingues, on sent que Paul d’Amour (guitare et chant), Jean-René Mourot (accordéon, trompette, piano) et les autres ont concocté un opus taillé pour la route et la scène, tant les mélodies sont enlevées.  Même pour signer une chanson décalée sur un des sept péchés dit capitaux : Gourmand.

De ballades romantiques sur le thème de la séparation (Chacun dans son maquis), à des mélodies plus rocks (Le diable e(s)t ma femme), l’énergie est bien au rendez-vous d’un disque qui fait, musicalement, bien des clins d’œil au cinéma. Ainsi, les arrangements de Chacun dans son maquis ont un lointain cousinage avec les musiques d’un Ennio Morricone.  Et quand l’amour déçu le dispute à une ivresse consommée sans modération, cela offre les dérives espagnoles et latinos (dans les solos d’accordéon) de J’ai ouï dire.


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Andréel et ses contes sur la vie moderne

Cinquième album d’Andréel, Que du feu (*) offre, sur des rythmes chaloupées et brésiliens, des chansons qui portent un regard décalé, parfois cruel, sur la vie moderne.

Andréel n’est pas un auteur-compositeur-interprète facile à suivre. Depuis ses débuts avec le théâtre et la comédie musicale à la fin des années 90, l’artiste a sorti un premier album solo en 2003, Ligne 2, marqué par les influences de la musique brésilienne qu’il n’abandonnera plus. Faillite de son label oblige, Andréel a ensuite fait, comme d’autres, le choix de l’autoproduction et composé aussi un conte musical pour les enfants. Le tout en préservant une manière artisanale de faire des disques. Il souligne :  « J’ai pris goût à l’écriture des arrangements, à l’enregistrement des instruments. La création artisanale m’a comblé fait de mes albums des œuvres avec leurs imperfections et leur personnalité, mais je crois une authentique humanité. »

Concevant ses chansons comme de petits tableaux vivants, Andréel traite bien sûr des tourments amoureux avec des chansons comme Pour que tu existes, interprétée à deux voix avec Pauline Croze, elle-aussi amoureuse de la bossa nova. Il y dit : « Quand je n’aurai plus d’amour à te donner, je serai si triste, je serai si triste, j’irai jusqu’au bout du monde te chercher pour que tu existes »
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Sur des airs de Guy Béart

Disparu dans sa maison de Garches le 16 septembre 2015, Guy Béart a laissé sur les ondes bien des chansons intemporelles. Un coffret Guy Béart et ses interprètes permet non seulement de le retrouver dans ses premières œuvres mais de (re)découvrir quelques uns de ceux qui le rendirent célèbre.

L’homme n’était pas toujours d’un abord sympathique, mais une chose est sûre : Guy Béart a marqué la chanson française de sa voix cassée et de son style sûr et délié. Guy Béart et ses interprètes permet de retrouver l’intégralité de ses premières chansons, mises en boite entre 1957 et 1962 avec des classiques : Qu’on est bien, Bal chez Temporel, Laura, Changernagor et, bien entendu, L’Eau vive.

Ce fils d’une comptable et autodidacte et d’une mère sans profession, et qui était né le 16 juillet 1930 au Caire, s’intéressa très tôt aussi bien à la musique qu’aux mathématiques. Et c’est au Liban où sa famille s’installa en 1940 qu’il se découvrit une passion pour la littérature française. Installé en France, il décrochera un diplôme d’ingénieur, suite à son passage à l’École Nationale des Ponts et Chaussées sans pour autant oublier sa passion pour la chanson.

Et ses premières chansons, Béart les fera découvrir au public en se produisant le soir, après son travail dans un laboratoire de physique et de chimie, dans les petits cabarets de la Rive Gauche. Que ce soit à l’Escale, au Port du Salut et à la célèbre Colombe. C’est Brassens qui lui conseillera à poursuivre dans cette voie. Et grâce à sa rencontre avec Jacques Canetti, le patron du renommé Théâtre des Trois Baudets, il se produira à l’essai sur cette scène qui en vit débuter tant d’autres. Et décrochera un contrat avec les éditions musicales Tutti et surtout une série d’enregistrements avec les disques Philips où Canetti introduisait ses protégés.

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Réveille-nous Barbara !

Le Grand H de l’homme, c’est le disque (*) d’une artiste qui ose bien des textes sur des mélodies qui accrochent l’oreille  : Barbara Weldens.

Il faut se méfier de tout, y compris des pochettes des albums. Celui de Barbara Weldens a des allures d’images pour artiste punk. Dès la première écoute, on est bien loin de cet univers et on découvre une auteuse-compositeuse-interprète à l’inspiration aussi originale qu’émouvante. Avec des textes à la poésie à fleur de peau. S’il fallait tenter la comparaison, on pourrait dire qu’il y a chez cet artiste des ressemblances avec une Juliette.

Son premier album – dont le titre, Le Grand H de l’homme est déjà tout un programme – est le fruit de plusieurs années de recherche scénique marquée par un cocktail détonnant de musique, de poésie, de théâtre et de cirque.  Barbara Weldens aime les contrastes qui font mouche, des oppositions entre la violence et la douceur. La preuve avec les mots de sa chanson Femme qui la définisse bien :  Une part de moi est un homme, avec un grand H / Homme; homo sapiens; Homo habilis; habile/ Habile pour tout/ Même pour les créneaux connard !(…) Une part de moi est une femme, avec un petit f / Y a pas de grand F pour les femmes / Y a juste les « femme-encore » : / Encore une femme au volant / Encore une qui l’a bien cherché / Encore une féministe ! / Encore une salope / Encore une chienne / Encore ! encore ! encore ! »

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