Des troubadours modernes

Mot d’origine germanique, « Heimatlos » signifie « apatride, exilé ». Le groupe Lo Radzouka s’en sert comme titre de son troisième album, le  disque de bien des métissages. Et qui vous emporte loin…

 

Un pour tous, tous pour trois. Lo Radzouka est un trio qui dépote et joue sur une palette musicale aussi large que variée. Pour ce nouveau disque, Heimatlos,  Lo Radzouka  confirme la tendance : à côté du bon « vieux » piano, figurent au générique d’Heimatlos une vieille à roue, un charango ou encore un bouzouki. Il fallait bien ces instruments de tous les métissages pour rendre hommage à ce mot qui continue à hanter certaines mémoires : sans patrie. Il désigne aussi tous ceux – juifs, tziganes, homosexuels… – qui ont fui leur pays pendant la période nazie. Sur la pochette du disque, Heimatlos  annonce la couleur : « Apatride comme la musique que nous jouons et comme un hommage à ceux qui sont contraints de l’être. »

Pour une moitié, leur nouvel album est constitué de  morceaux instrumentaux qui donnent des fourmis dans les jambes et incitent à prendre le large, comme Valsouchola ou Heimatlosd. Des arrangements qui offrent à Lo Radzouka  la possibilité de promener une inspiration large aussi bien sur  les musiques de l’Europe de l’Est que sur des rythmes latino-américains. Lire la suite « Des troubadours modernes »

Publicités

Daran : retour en force

Trois ans après Le Monde perdu, Daran nous revient avec Endorphine, un CD bourré d’énergie dans lequel l’artiste n’a rien perdu de ses colères. Sans pour autant tomber dans la revendication d’un tract. Cela sort un peu de l’ordinaire musical du moment.

Hormones secrétées par des glandes cérébrales et présentes dans de nombreux organes dont le cerveau et la moëlle épinière, les endorphines provoquent une sensation de relaxation, de bien être, et parfois d’euphorie. Désormais, le mot est indissociablement lié l’univers sonore de Daran qui l’a choisi pour son retour dans la lumière et sur scène : sa tournée a commencé le 30 mars et il sera notamment en première partie de Fred Blondin, le 14 avril au Casino de Paris.

D’emblée, ce disque nous saisit par la force des textes et des mélodies qui en tournent pas en rond. La plupart des mots d’Endorphine(*) sont l’œuvre de Pierre-Yves Lebert, parolier fidèle de Daran, sauf Ici et Horizon, signé Erwan Le Berre, du groupe belge Atomique DeLuxe, autre vieux copain de Daran. Et l’artiste n’a pas hésité à donner de sa voix puissante sur des chansons qui sortent des rengaines psychologiques si présentes dans la chanson actuelle et qui tournent parfois en rond…

Que ce soit avec Halima, et son rythme étouffant, évoquant le drame du Bataclan qu’avec Horizon et cette évocation saisissante de ces usines qui ferment et cachent bien des drames humains.  « On a bien tenté de se battre au début/ Mais contre qui contre quoi contre la fatalité/ On a tendance à se résigner assez vite aussi c’est vrai/ Alors on a baissé les bras et on a regardé les évènements s’enchaîner. »

Lire la suite « Daran : retour en force »

Les hurlements de Léo, toujours d’attaque

Vingt ans d’âge et dix albums : c’est le retour des Hurlements de Léo avec Luna de Papel, un opus énergique et déterminé.

Combien de concerts sur les routes de France et de Navarre ? Combien de partage avec d’autres artistes ? Avec Luna de Papel (*), Les Hurlements de Léo persiste et signe avec un disque où passent La Cafetera Roja  sur Cumbia par exemple ou encore Les Ogres de Barback sur Quand tu seras là-bas. Car les huit musiciens du groupe cultivent par dessus tout le plaisir de « créer ensemble et partager. » Sont du voyage cette fois deux nouvelles têtes, comme David Bourguignon (Radio Bemba) et Bayrem Ben Amor (Mano Solo).

Laurent Kebous signe toujours les textes avec cette fois la complicité d’un certain Jean Fauque, le parolier de Bashung, sur deux titres (Social Traitre et Luna de Papel),  et le groupe n’a rien perdu de son esprit libertaire et rebelle. Car Les Hurlements de Léo n’est pas prêt à mettre la sourdine et le dit dans La Liste : « Ils veulent nous enfermer/ Nous créons plus fort. » Et dans Social Traitre, le groupe la joue carte sur table : « Pas de fascistes dans mon quartier. Pas de quartier pour les fascistes ! »

Pour autant,  un aspect plus introspectif surgit ici ou là comme dans la belle chanson qui termine l’album, Quand tu seras là-bas évoquant la fin de l’existence sans pour autant plomber l’ambiance. De toute façon, comme il est dit dans la chanson, pas question de ne « pas prendre son temps« , alors… Lire la suite « Les hurlements de Léo, toujours d’attaque »

L’univers étrange de Coffees & Cigarettes

Taillé pour la scène, Freak Show (*) est le nouvel album du groupe Coffees &Cigarettes. Un cocktail détonnant où les chansons de Renaud Druel nous emporte dans un univers déconcertant, inquiétant à souhait.

Auteur, compositeur et interprète, Renaud Druel est l’âme de Coffees & Cigarettes, un groupe dont le nom est un clin d’œil évident au long métrage  éponyme devenu culte de Jim Jarmush. En 2014, il avait publié un premier album, plus rock, London Western, salué par les critiques et qui plongeait l’auditeur dans le Londres victorien de l’époque de Jack l’Éventreur.

Avec Freak Show, il a imaginé un mélange de rock et de hip hop survitaminé où les envolées de cordes (alto, violon ou violoncelle) font bon ménage avec une rythmique du tonnerre (Un nouvel espoir). Et quand l’harmonica fait une étrange apparition, c’est pour servir un Hip Hop Blues des familles. Théâtral en diable, ce nouvel album est un hommage mélodique à tout l’univers du cinéma fantastique, voire d’épouvante. Lire la suite « L’univers étrange de Coffees & Cigarettes »

Le « Charleroi », de Lavilliers

S’il a souvent chanté les villes – de New-York à Lyon – Bernard Lavilliers a choisi la ville wallonne de Charleroi, sur la Sambre pour servir de décor à une de ses nouvelles chansons.

Cette fois, Lavilliers s’est inspiré du décor de ces villes frappées par la crise pour signer cette chanson d’alarme où il célèbre aussi ces cités du métissage… Le ton est grave et la voix chaude sur une mélodie au doux tempo. Son nouvel album sortira d’ici une dizaine de jours.

Géraldine Torres, une indignée douce

Un premier album haut-en-couleur pour Géraldine Torres. Avec La Vie sur les os(*), la chanteuse, riche de dix ans de métier en groupe et sur la route, prouve la palette de son talent.

D’emblée, Géraldine Torres cueille son monde par une énergie partageuse. La voix rauque de la dame nous embarque vers des territoires où l’indifférence n’est pas de mise et la colère jamais feutrée. Pour preuve, la chanson dédiée au 11 septembre. Pas celui des tours jumelles de New-York, non celui d’un triste jour au Chili où la dictature militaire mit fin au désir de changement politique de Salvador Allende en son palais de La Moneda et où la guitare de Yann Pompidou distille une douce nostalgie des temps sans bruits de bottes. On sent chez Géraldine Torres le désir qu’une tragédie n’en efface pas une autre dans la mémoire collective.

Le reste d’Avec la vie sur les os est à l’image de ce titre : inspiré, solide, puissant. Et varié. Ce qui n’est pas courant dans l’univers musical actuel où la confession intime (et lassante) tient lieu de passeport…


Lire la suite « Géraldine Torres, une indignée douce »

La mémoire musicale des indignés

Son de la barricada (*) revisite avec fougue des grands airs de révolte. La mise en ondes est d’une grande efficacité et redonne un coup de jeune à des chansons qui restent gravées dans la mémoire des indignés.

Une version plus douce de El pueblo unido jamás será vencido, hymne révolutionnaire des Quilapayun; version vitaminée de Son de la barricada, la chanson titre inspirée de la grève et des répressions qui eurent lieu à Oaxaca au Mexique en 2006; reprise de Guitarra roja, œuvre du grand poète argentin Martin Castro…  Avec ce nouvel album, le groupe El Communero fait souffler un tonique vent de révolte sur les ondes.

Ayant vu le jour en 2008, autour du guitariste et chanteur Thomas Jimenez, petit-fils d’un « guérillero » et membre du groupe L’Air de rien,  El Communero publie ce Son de la barricada, un troisième album qui redonne une seconde vie à des chants de lutte, tels A la Huelga, « tube » de la Révolution espagnole de 1937, ou Todo es de color, du duo de flamenco Lole y Manuel qui œuvra en pleine Espagne franquiste.

Lire la suite « La mémoire musicale des indignés »

Amère mer pour Bernard Lavilliers

Gaëtan Chataigner signe le clip de la première chanson du futur album de Bernard Lavilliers, Croisières méditerranéennes. A découvrir.

Marqué par le drame des migrants qui ont perdu la vie en tentant de gagner l’Eldorado européen sur des embarcations de fortune, marqué par les trafics des passeurs, Bernard Lavilliers signe, en guise d’invitation au « voyage », une chanson mélancolique pour dire le désespoir des ces populations oubliées. Derrière la douceur de la mélodie, il y a une description presque journalistique de ce drame.

Il faudra attendre le 29 septembre pour découvrir l’intégralité de 5 minutes au paradis, le 21ème album studio de l’artiste qui fête ses 50 ans de carrière et sera, tout l’été, au cœur d’un feuilleton musical sur les antennes de Radio France. Tous les samedis, Jean-Luc Lehmann le racontera le samedi à midi dans Bernard Lavilliers : est-ce ainsi que l’homme vit ?

Pour enregistrer ce disque, il est bien entouré : outre Fred  Pallem, Romain Humeau, le chanteur d’Eiffel, qui figurent de nouveau au générique, Benjamin Biolay et les quatre musiciens de Feu! Chatterton (qui officient sur deux titres) ou encore Jeanne Cherhal  pour un duo sont de la partie.  Alors, pour reprendre la formule consacrée : à suivre…

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑