Un Trèfle qui porte bonheur

L’artiste bruxelloise Cloé du Trèfle signe un album, Entre l’infime et l’infini, où les paroles sont joliment enchâssées dans un écrin sonore mêlant électro-pop et variations symphoniques.

Accompagnée de Thècle Joussaud et Céline Chappuis, aux violoncelles,  avec quelques interventions de complices musiciens à la programmation ou au clavier, Cloé Defossez nous invite avec Entre l’infime et l’infini (*), à un périple mélancolique qui se joue en français comme en anglais.

Entre plusieurs univers, la musique accompagne des récits à double fond où l’artiste évoque des amours perdus, la difficulté d’être. Elle chante ainsi dans Cet air lancinant : « De cet air émanait un parfum d’absolu/ Les poèmes les plus purs/ Cet air évoquait une douceur infinie/ Mais il trahissait mes songes les plus secrets. »

La dame sait aussi se jouer des mots à double sens et son Nous, dans laquelle Arnaud Fleurent-Didier assure les chœurs, en est l’exemple parfait avec son refrain entre hier et demain. « Et ce nous qui passe/ De futur simple/ À présent complexe/ De futur en impasse/ À simple passé d’ex. »


Lire la suite

Publicités

Vinicio Capossela : l’Ouest, le vrai

Avec un double album (*), dont chacun a été enregistré à plus de dix ans d’intervalle, Vinicio Capossela, le troubadour italien, fait un pont entre le Sud profond italien et le Grand Ouest américain. Tout sauf banal !

Avec sa pochette magnifique en sépia qui fleure bon les westerns d’un Sergio Leone, Canzoni della lupa (*) est un double album atypique car datant de décennies différentes. Une drôle d’aventure comme les aime Vinicio Capossela, singer-songwriter le plus original d’Italie qui, de disque en disque, se lance dans de nouveaux défis. Cette fois, il a osé un coffret à deux faces, dont les morceaux ont été mis à boite l’un durant la période aride de 2013 (Polvere), l’autre, onze ans après, à l’automne 2014 (Ombra).

Dans le premier, Capossela a choisi une « session décharnée, desséchée » où il chante de sa voix capable de bien des modulations, accompagné seulement de deux violons, un cymbalum, une contrebasse et une guitare. Dans le second, il se promène dans des ballades puisant dans un folklore authentique évoquant un univers plus fantasmagorique, étrange, nourri de légendes rurales. Lire la suite

Léo et les siens

Le tome 2 de L’Intégrale Léo Ferré et ses interprètes, 1957-1962 (*) est à marquer d’une pierre blanche car l’on y découvre des versions oubliées des classiques de cette graine d’ananar.

Dans ce coffret de 3 CD, il y a des disques incontournables du Ferré qui était encore peu connu du grand public. D’abord ses versions des Fleurs du mal avec La Mort des amants, L’Invitation au voyage, dans des interprétations auxquelles Ferré donnera plus de mordant sur scène des décennies plus tard. On y retrouve aussi des textes des années Odéon, telles que Les Indifférentes, une très belle chanson, et Comme dans la haute. Enfin, il y a le classique des classiques, Les Chansons d’Aragon où Ferré habille magnifiquement les poèmes de l’auteur des Yeux d’Elsa, que ce soit Est-ce ainsi que les hommes vivent ? et surtout L‘Affiche rouge,  dont les chœurs tragiques accompagnent cette ode au martyre de la bande à Manouchian.

Mais, le plus surprenant dans ce coffret, ce sont les interprètes réunis autour du répertoire de l’auteur de Thank you Satan et qui redonnent vie à des chansons parfois oubliées. Lire la suite

Des chansons de révolte

Avec En désaccord (*), le duo Alee & Ordoeuvre signent un album mariant chanson et rap. Un univers musical surprenant sur des textes qui égratignent le monde comme il va.

Sortie à quelques jours des législatives, En Désaccord résonne étrangement car les mots du duo n’y vont pas par quatre chemins. Dans Y’a trop de blabla, ils lancent ainsi : « Trop de blabla pour la France d’en bas qui ne sait plus qui est de gauche et qui est de droite. » Ou encore dans Le Poids des mots : « La peste ou le choléra, c’est pas trop bandant comme avenir/ Mais si on laisse la place aux rats, c’est sûr qu’on ne pourra plus choisir. »

Après deux ans de tournée au cœur du collectif 13 (Tryo, La Rue Kétanou, Massilia Sound System, Syrano…),  Alee & Ordoeuvre se sont associés – platines, chant et guitare – pour signer un disque d’ouverture sonore, entre hip-hop et jazz, avec quelques doses funky. Sans oublier quelques pas du côté des rythmes africains dans Des routes.

Lire la suite

Ils font bien les… Trottoirs

Formé à Strasbourg en 2006, mais ayant connu quelques modifications humaines depuis,  Les Garçons Trottoirs font montre d’une belle énergie dans Doux, durs et dingues (*), où mélodies inventives accrochent l’oreille.

D’emblée, les sonorités cajuns vous donnent un sympathique uppercut dans Animal qui ouvre Doux, durs et dingues. Avec leur nouvel album,  Doux, durs et dingues, on sent que Paul d’Amour (guitare et chant), Jean-René Mourot (accordéon, trompette, piano) et les autres ont concocté un opus taillé pour la route et la scène, tant les mélodies sont enlevées.  Même pour signer une chanson décalée sur un des sept péchés dit capitaux : Gourmand.

De ballades romantiques sur le thème de la séparation (Chacun dans son maquis), à des mélodies plus rocks (Le diable e(s)t ma femme), l’énergie est bien au rendez-vous d’un disque qui fait, musicalement, bien des clins d’œil au cinéma. Ainsi, les arrangements de Chacun dans son maquis ont un lointain cousinage avec les musiques d’un Ennio Morricone.  Et quand l’amour déçu le dispute à une ivresse consommée sans modération, cela offre les dérives espagnoles et latinos (dans les solos d’accordéon) de J’ai ouï dire.


Lire la suite

Andréel et ses contes sur la vie moderne

Cinquième album d’Andréel, Que du feu (*) offre, sur des rythmes chaloupées et brésiliens, des chansons qui portent un regard décalé, parfois cruel, sur la vie moderne.

Andréel n’est pas un auteur-compositeur-interprète facile à suivre. Depuis ses débuts avec le théâtre et la comédie musicale à la fin des années 90, l’artiste a sorti un premier album solo en 2003, Ligne 2, marqué par les influences de la musique brésilienne qu’il n’abandonnera plus. Faillite de son label oblige, Andréel a ensuite fait, comme d’autres, le choix de l’autoproduction et composé aussi un conte musical pour les enfants. Le tout en préservant une manière artisanale de faire des disques. Il souligne :  « J’ai pris goût à l’écriture des arrangements, à l’enregistrement des instruments. La création artisanale m’a comblé fait de mes albums des œuvres avec leurs imperfections et leur personnalité, mais je crois une authentique humanité. »

Concevant ses chansons comme de petits tableaux vivants, Andréel traite bien sûr des tourments amoureux avec des chansons comme Pour que tu existes, interprétée à deux voix avec Pauline Croze, elle-aussi amoureuse de la bossa nova. Il y dit : « Quand je n’aurai plus d’amour à te donner, je serai si triste, je serai si triste, j’irai jusqu’au bout du monde te chercher pour que tu existes »
Lire la suite

Sur des airs de Guy Béart

Disparu dans sa maison de Garches le 16 septembre 2015, Guy Béart a laissé sur les ondes bien des chansons intemporelles. Un coffret Guy Béart et ses interprètes permet non seulement de le retrouver dans ses premières œuvres mais de (re)découvrir quelques uns de ceux qui le rendirent célèbre.

L’homme n’était pas toujours d’un abord sympathique, mais une chose est sûre : Guy Béart a marqué la chanson française de sa voix cassée et de son style sûr et délié. Guy Béart et ses interprètes permet de retrouver l’intégralité de ses premières chansons, mises en boite entre 1957 et 1962 avec des classiques : Qu’on est bien, Bal chez Temporel, Laura, Changernagor et, bien entendu, L’Eau vive.

Ce fils d’une comptable et autodidacte et d’une mère sans profession, et qui était né le 16 juillet 1930 au Caire, s’intéressa très tôt aussi bien à la musique qu’aux mathématiques. Et c’est au Liban où sa famille s’installa en 1940 qu’il se découvrit une passion pour la littérature française. Installé en France, il décrochera un diplôme d’ingénieur, suite à son passage à l’École Nationale des Ponts et Chaussées sans pour autant oublier sa passion pour la chanson.

Et ses premières chansons, Béart les fera découvrir au public en se produisant le soir, après son travail dans un laboratoire de physique et de chimie, dans les petits cabarets de la Rive Gauche. Que ce soit à l’Escale, au Port du Salut et à la célèbre Colombe. C’est Brassens qui lui conseillera à poursuivre dans cette voie. Et grâce à sa rencontre avec Jacques Canetti, le patron du renommé Théâtre des Trois Baudets, il se produira à l’essai sur cette scène qui en vit débuter tant d’autres. Et décrochera un contrat avec les éditions musicales Tutti et surtout une série d’enregistrements avec les disques Philips où Canetti introduisait ses protégés.

Lire la suite