Des chansons de révolte

Avec En désaccord (*), le duo Alee & Ordoeuvre signent un album mariant chanson et rap. Un univers musical surprenant sur des textes qui égratignent le monde comme il va.

Sortie à quelques jours des législatives, En Désaccord résonne étrangement car les mots du duo n’y vont pas par quatre chemins. Dans Y’a trop de blabla, ils lancent ainsi : « Trop de blabla pour la France d’en bas qui ne sait plus qui est de gauche et qui est de droite. » Ou encore dans Le Poids des mots : « La peste ou le choléra, c’est pas trop bandant comme avenir/ Mais si on laisse la place aux rats, c’est sûr qu’on ne pourra plus choisir. »

Après deux ans de tournée au cœur du collectif 13 (Tryo, La Rue Kétanou, Massilia Sound System, Syrano…),  Alee & Ordoeuvre se sont associés – platines, chant et guitare – pour signer un disque d’ouverture sonore, entre hip-hop et jazz, avec quelques doses funky. Sans oublier quelques pas du côté des rythmes africains dans Des routes.

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Ils font bien les… Trottoirs

Formé à Strasbourg en 2006, mais ayant connu quelques modifications humaines depuis,  Les Garçons Trottoirs font montre d’une belle énergie dans Doux, durs et dingues (*), où mélodies inventives accrochent l’oreille.

D’emblée, les sonorités cajuns vous donnent un sympathique uppercut dans Animal qui ouvre Doux, durs et dingues. Avec leur nouvel album,  Doux, durs et dingues, on sent que Paul d’Amour (guitare et chant), Jean-René Mourot (accordéon, trompette, piano) et les autres ont concocté un opus taillé pour la route et la scène, tant les mélodies sont enlevées.  Même pour signer une chanson décalée sur un des sept péchés dit capitaux : Gourmand.

De ballades romantiques sur le thème de la séparation (Chacun dans son maquis), à des mélodies plus rocks (Le diable e(s)t ma femme), l’énergie est bien au rendez-vous d’un disque qui fait, musicalement, bien des clins d’œil au cinéma. Ainsi, les arrangements de Chacun dans son maquis ont un lointain cousinage avec les musiques d’un Ennio Morricone.  Et quand l’amour déçu le dispute à une ivresse consommée sans modération, cela offre les dérives espagnoles et latinos (dans les solos d’accordéon) de J’ai ouï dire.


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Andréel et ses contes sur la vie moderne

Cinquième album d’Andréel, Que du feu (*) offre, sur des rythmes chaloupées et brésiliens, des chansons qui portent un regard décalé, parfois cruel, sur la vie moderne.

Andréel n’est pas un auteur-compositeur-interprète facile à suivre. Depuis ses débuts avec le théâtre et la comédie musicale à la fin des années 90, l’artiste a sorti un premier album solo en 2003, Ligne 2, marqué par les influences de la musique brésilienne qu’il n’abandonnera plus. Faillite de son label oblige, Andréel a ensuite fait, comme d’autres, le choix de l’autoproduction et composé aussi un conte musical pour les enfants. Le tout en préservant une manière artisanale de faire des disques. Il souligne :  « J’ai pris goût à l’écriture des arrangements, à l’enregistrement des instruments. La création artisanale m’a comblé fait de mes albums des œuvres avec leurs imperfections et leur personnalité, mais je crois une authentique humanité. »

Concevant ses chansons comme de petits tableaux vivants, Andréel traite bien sûr des tourments amoureux avec des chansons comme Pour que tu existes, interprétée à deux voix avec Pauline Croze, elle-aussi amoureuse de la bossa nova. Il y dit : « Quand je n’aurai plus d’amour à te donner, je serai si triste, je serai si triste, j’irai jusqu’au bout du monde te chercher pour que tu existes »
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Sur des airs de Guy Béart

Disparu dans sa maison de Garches le 16 septembre 2015, Guy Béart a laissé sur les ondes bien des chansons intemporelles. Un coffret Guy Béart et ses interprètes permet non seulement de le retrouver dans ses premières œuvres mais de (re)découvrir quelques uns de ceux qui le rendirent célèbre.

L’homme n’était pas toujours d’un abord sympathique, mais une chose est sûre : Guy Béart a marqué la chanson française de sa voix cassée et de son style sûr et délié. Guy Béart et ses interprètes permet de retrouver l’intégralité de ses premières chansons, mises en boite entre 1957 et 1962 avec des classiques : Qu’on est bien, Bal chez Temporel, Laura, Changernagor et, bien entendu, L’Eau vive.

Ce fils d’une comptable et autodidacte et d’une mère sans profession, et qui était né le 16 juillet 1930 au Caire, s’intéressa très tôt aussi bien à la musique qu’aux mathématiques. Et c’est au Liban où sa famille s’installa en 1940 qu’il se découvrit une passion pour la littérature française. Installé en France, il décrochera un diplôme d’ingénieur, suite à son passage à l’École Nationale des Ponts et Chaussées sans pour autant oublier sa passion pour la chanson.

Et ses premières chansons, Béart les fera découvrir au public en se produisant le soir, après son travail dans un laboratoire de physique et de chimie, dans les petits cabarets de la Rive Gauche. Que ce soit à l’Escale, au Port du Salut et à la célèbre Colombe. C’est Brassens qui lui conseillera à poursuivre dans cette voie. Et grâce à sa rencontre avec Jacques Canetti, le patron du renommé Théâtre des Trois Baudets, il se produira à l’essai sur cette scène qui en vit débuter tant d’autres. Et décrochera un contrat avec les éditions musicales Tutti et surtout une série d’enregistrements avec les disques Philips où Canetti introduisait ses protégés.

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Réveille-nous Barbara !

Le Grand H de l’homme, c’est le disque (*) d’une artiste qui ose bien des textes sur des mélodies qui accrochent l’oreille  : Barbara Weldens.

Il faut se méfier de tout, y compris des pochettes des albums. Celui de Barbara Weldens a des allures d’images pour artiste punk. Dès la première écoute, on est bien loin de cet univers et on découvre une auteuse-compositeuse-interprète à l’inspiration aussi originale qu’émouvante. Avec des textes à la poésie à fleur de peau. S’il fallait tenter la comparaison, on pourrait dire qu’il y a chez cet artiste des ressemblances avec une Juliette.

Son premier album – dont le titre, Le Grand H de l’homme est déjà tout un programme – est le fruit de plusieurs années de recherche scénique marquée par un cocktail détonnant de musique, de poésie, de théâtre et de cirque.  Barbara Weldens aime les contrastes qui font mouche, des oppositions entre la violence et la douceur. La preuve avec les mots de sa chanson Femme qui la définisse bien :  Une part de moi est un homme, avec un grand H / Homme; homo sapiens; Homo habilis; habile/ Habile pour tout/ Même pour les créneaux connard !(…) Une part de moi est une femme, avec un petit f / Y a pas de grand F pour les femmes / Y a juste les « femme-encore » : / Encore une femme au volant / Encore une qui l’a bien cherché / Encore une féministe ! / Encore une salope / Encore une chienne / Encore ! encore ! encore ! »

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Jamait bien en scène

COFFRET.inddJe me souviens… Le Concert (*), c’est le retour en scène de Jamait, dont le fougue et l’énergie sont toujours communicative. La preuve avec ce disque.

Avec six albums au compteur et un paquet de kilomètres parcourus pour chanter sur les routes de France, Jamait publie donc un album live (le deuxième de sa carrière)  où, en 17 titres, il mêle la poésie, la révolte et une certaine nostalgie, de sa voix rauque qui est devenue sa marque de fabrique.

Si la casquette arborée par Jamait l’a tôt fait symbolisé (par erreur) artiste du style Gavroche, elle est aussi l’emblème de l’Irlande et d’une certaine manière de vivre et de cultiver la liberté.

Au détour des plages, on retrouve le bel hommage à Jean-Louis Foulquier comme la belle célébration de la musette avec Accordéon, accompagné par le gratin des artistes du piano du pauvre.


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Une pop électro signée Elliott

capture-decran-2017-03-04-a-18-42-58Rendu célèbre sur Youtube, repéré dans l’émission The Voici, Elliott débarque avec un premier EP, Transcendé. Original et déroutant.

Auteur, compositeur et interprète – il fit partie de l’équipe de Jennifer dans The Voice – Elliott, 19 ans, s’est fait connaitre comme Youtubeur.  Après avoir intégré la Maîtrise des garçons de Colmar, il a continué à sacrifier à sa passion de musique et de chant qu’il avait chevillée au corps depuis son plus jeune âge.

Avec Transcendé, Elliott livre un univers non dénué d’originalité, porté par un timbre de voix étrange et haut perchée qu’il promène sur des boucles électroniques. Où il invite à oublier le quotidien dans des rythmes soutenues. Dans la chanson-titre, il lance : « La nuit sans soucis /Une envie de folie /Braver l’interdit. »

Jouant sur un onirisme certain, avec des clips qui font montre d’un travail minutieux et utilise des chorégraphies sophistiquées, Elliott. Car, ce ne sont pas les textes de ce jeune artiste qui suscite d’emblée la curiosité, mais un univers sonore électro-pop.

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