Bill Deraime : les routes du blues

Une belle brochette d’invités, parfois inattendus, figure au générique de Nouvel horizon (*), le nouveau disque de Bill Deraime. Un 20ème album studio pour marquer quarante ans de carrière.

Ce n’est pas à son âge qu’il va déserter les routes du blues. Né en 1947 à Senlis, Bill Deraime a débuté dans la chanson au milieu des années 70 et n’a cessé de s’engager depuis pour bien des causes.

Et depuis le carton de son Babylone, tu déconnes en 1981, Bill Deraime promène sa voix éraillée sur bien des scènes de l’Hexagone. Pour célébrer près de quatre décennies, l’homme a sacrifié à une mode actuelle : celle des reprises avec quelques guest stars. Mais, ce n’est pas du menu fretin : de Kad Merad pour Le Bord de la route à Florent Pagny pour Un dernier blues, où la voix terrible du garçon fait des ravages,  les invités de Deraime sont ceux que l’on dit « de marque ». Dans Rolling Stone de mars dernier Bill souligne : « Reprendre « Babylone tu déconnes avec Tryo était naturel, son backbeat reggae leur convient à merveille et le titre sonne vraiment, d’autant plus qu’ils ont beaucoup participé aux arrangements de la chanson. »

Lire la suite

Publicités

L’esprit Yanne en musique

Il a tout fait, tout tenté ! Homme de cabaret, journaliste, acteur, auteur-compositeur, réalisateur, Jean Yanne a marqué la fin du XXe siècle. Jean Yanne et ses interprètes 1956-1962 retrace le parcours de l’auteur de chanson. Des souvenirs croustillants et un sacré coup de plume parfois imité, rarement égalé !

Face à Jean Yanne, Jean-Pierre Bacri pourrait passer pour le comique de service, tant Roger-Jean Gouyé – le nom à l‘état civil de l’artiste né en 1933 et mort en 2003 – s’était fait une spécialité de râleur de service avec une gouaille toute parisienne. Le journalisme mène à tout à condition d’en sortir et Jean Yanne le prouva qui a réussi l’entrée du prestigieux Centre de formation des journalistes à Paris, avant de la quitter au bout de … cinq mois. Déjà l’esprit d’indépendance, dont il fera montre toute sa vie d’artiste. Et s’il a vécu un temps de ses piges, Jean Yanne a vite bifurqué pour le cabaret où l’on découvre son style dans des lieux comme « Le Montana », rue Saint-Benoît. Au fil des années, Jean Yanne va multiplier les expériences, en étant un hyperactif de l’humour que ce soit en livre, en scène ou au cinéma.

Il fallait une piqûre de rappel pour se souvenir de la manière dont l’artiste savait trouver les mots pour exprimer sa vision ironique et décalée de la vie. C’est chose faite avec le coffret Jean Yanne et ses interprètes 1956-1962. Pour Jean Yanne, tout est parti de l’époque pas vraiment béni du service militaire où, comme l’on peut s’en doute, l’appelé Yanne s’ennuie à mourir à la caserne Dupleix à Paris où, malgré un régime de faveur, lui permettant de continuer à courir le cachet le soir, il tuait le temps, en écrivant notamment des chansons. Lire la suite

Les belles rencontres d’Altan

Cap sur l’Irlande avec le nouvel album du groupe Altan – trente ans d’âge – qui signe avec The Gap of Dreams, une création marquée par la rencontre et le partage.

Dès la première écoute, The Gap of Dreams (*) fait défiler des images dans nos têtes – aussi bien celles des landes bordant une mer sauvage que celle des pubs où les musiciens se retrouvent- et donnent une irrésistible envie de bouger.

Pour nous plonger dans le magnifique et sauvage Comté de Donegal, au nord-ouest de l’Irlande, le berceau du groupe, Atlan propose des ballades rêveuses ou toniques en gaélique ou en anglais.

Hommage à ceux qui sont partis, ce disque est aussi ouvert à demain et Altan a convié pour ce voyage musical des compositeurs plus jeunes.  AInsi Nya Byrne, la fille de Mairéad Ni Mhaonaigh, voix cristalline et violon aérien,  signe Nias’s Jig, de belle facture, quand Sam Kelly, le fils de Mark, un des guitaristes du groupe, a donné vie à The Beekeeper. Ces deux jigs, couplés au morceau titre de l’album, offrent une belle introduction au reste.

Lire la suite

Daran : retour en force

Trois ans après Le Monde perdu, Daran nous revient avec Endorphine, un CD bourré d’énergie dans lequel l’artiste n’a rien perdu de ses colères. Sans pour autant tomber dans la revendication d’un tract. Cela sort un peu de l’ordinaire musical du moment.

Hormones secrétées par des glandes cérébrales et présentes dans de nombreux organes dont le cerveau et la moëlle épinière, les endorphines provoquent une sensation de relaxation, de bien être, et parfois d’euphorie. Désormais, le mot est indissociablement lié l’univers sonore de Daran qui l’a choisi pour son retour dans la lumière et sur scène : sa tournée a commencé le 30 mars et il sera notamment en première partie de Fred Blondin, le 14 avril au Casino de Paris.

D’emblée, ce disque nous saisit par la force des textes et des mélodies qui en tournent pas en rond. La plupart des mots d’Endorphine(*) sont l’œuvre de Pierre-Yves Lebert, parolier fidèle de Daran, sauf Ici et Horizon, signé Erwan Le Berre, du groupe belge Atomique DeLuxe, autre vieux copain de Daran. Et l’artiste n’a pas hésité à donner de sa voix puissante sur des chansons qui sortent des rengaines psychologiques si présentes dans la chanson actuelle et qui tournent parfois en rond…

Que ce soit avec Halima, et son rythme étouffant, évoquant le drame du Bataclan qu’avec Horizon et cette évocation saisissante de ces usines qui ferment et cachent bien des drames humains.  « On a bien tenté de se battre au début/ Mais contre qui contre quoi contre la fatalité/ On a tendance à se résigner assez vite aussi c’est vrai/ Alors on a baissé les bras et on a regardé les évènements s’enchaîner. »

Lire la suite

Le Fou chantant n’est plus…

Comme d’habitude, les pleureuses sont de sortie à la mort d’un artiste, y compris les médias qui n’avaient pas beaucoup communiqué sur lui ces dernières années. Alors, adios Jacques Higelin. Et en chansons.

Qui a eu le plaisir de croiser Jacques Higelin savait que l’homme était capable de faire des interviews sans fin en se laissant porter au gré de sa fantaisie qui n’avait rien de militaire. Qui a eu le plaisir de suivre Higelin sur scène sait qu’il était capable, improvisation oblige, de spectacles de folie (celui au Casino de Paris, en 1983,  demeure un sommet)  comme de moment moins spectaculaire quand la poésie cédait le pas à une forme de logorrhée (ce fut parfois le cas lors du show de Bercy en 1985). Mais, une chose est sûre : Higelin était un artiste libre et inventif.  Le voilà bien en scène avec ses délires si communicatifs. Chapeau l’artiste !

Je suis mort qui dit mieux

Ballade pour Izïa

Mona Lisa Klaxon

Boum (de Charles Trenet)

Lire la suite

Vanessa Philippe en plein vent

Avec une réalisation de Pascal Parisot, À l’abri du vent (*) est le nouvel album de Vanessa Philippe qui même ici, dans une pop tranquille et légèrement pimentée, l’anglais et le français.

D’emblée, À l’abri du vent séduit par des arrangements minimalistes qui mettent en valeur la voix de Vanessa Philippe, fragile et  comme en apesanteur sur les lignes mélodiques. Un disque marqué par différents évènements qui ont touché la chanteuse et lui ont fait se poser la question de savoir combien de temps elle pourrait justement rester à l’abri du vent. Chorégraphe et aussi danseuse, Vanessa Philippe semble vouloir en chanson retrouver la grâce et la légèreté de ses autres passions.

Pour  À l’abri du vent, Vanessa Philippe a oublié les formules musicales humainement plus lourdes pour imaginer ce disque en solo, composant seule des mélodies à la gratte, improvisant aussi des textes mêlant français et anglais. Des titres qu’elle a fait, ensuite,  écouter à Fredda, lui offrant de retravailler cinq chansons pour ajouter une autre couleur à sa palette. Et c’est Pascal Parisot, le compagnon de Fredda qui a signé la réalisation finale de l’album. Lire la suite

Soul à tomber par terre

This Time, c’est le disque qui plonge au cœur de la soul, signé du duo James & Black. Un parcours musical dans l’Amérique moderne qui n’a rien oublié de ses racines.

D’emblée, les cuivres sonnent haut et fort dès le titre d’ouverture, Nothing Left to Do, à la rythmique du tonnerre. Et puis, le tempo se fait plus chaloupé dans For No Reason, de belle facture mélodique où les voix se marient sur un beat efficace de la batterie. Il est vrai, une belle brochette de musiciens entoure ce duo solide pour onze titres qui montrent la richesse d’inspiration de James & Black..

Bruce James et Belle Black sont, il y a sept ans, partis de leur Texas natal et des sons de leurs origines, pour se frotter à bien des univers musicaux de l’Amérique d’hier et d’aujourd’hui. Avec ce quatrième album aussi inventif qu’efficace, ils unissent les talents de Bruce – un multi-intrumentiste de haut vol- et la voix de Bella -formée dans le chœur des églises – pour célébrer, sur tous les modes leur passion de la soul music. Lire la suite