Quand Claude devint Nougaro

Claude Nougaro et ses interprètes (1956-1962) a un double mérite : témoigner les premiers pas (très maîtrisés) du poète toulousain et offrir quelques versions (parfois déroutantes) de ses interprètes.

S’il débuta sa carrière en 1955, Claude Nougaro dut attendre cinq ans et 1960 pour connaître un petit succès enregistré par Jean Constantin, Les Pantoufles à papa. Mais c’est avec son deuxième disque, en 1962, que Nougaro rencontre son public qui ne va plus le lâcher. C’est Michel Legrand qui va lui permettre de débarquer chez Philips et d’y graver un 45 tours devenus aujourd’hui collector où figurent Une petite fille; Le Jazz et la Java; Les Don Juan et Le Cinéma. Comme le rappelle le texte présent dans le coffret, le poète Jacques Audiberti adouba d’emblée le jeune poète par quelques lignes écrites sur la pochette du disque : « Ce poète, c’est Claude Nougaro. Il connaît la musique. Il peut donner aux mots une résonance concrète non encore entendue chez les poètes de papier… La matière même des mots joue par elle-même parallèlement au texte qui garde sa clarté. » Avec un tel parrainage, voilà Nougaro paré pour l’air du large et le pays des mots…

Alors, bien sûr, dans le coffret de chez Frémeaux & Associés, il y a neuf titres qui ont marqué les débuts de la carrière du futur interprète de Locomotive d’or, un des chefs d’œuvre à venir de Nougaro. Et puis, il y a les interprétations des autres qui font le sel de cette collection et donnent à entendre du bon et du moins bon. Lire la suite

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Mr Yéyé : un moteur hybride

Hybride , c’est le nouveau scud de Mr Yéyé, un artiste fonceur, décomplexé et qui sait se jouer, avec brio, de ces réseaux sociaux qui envahissent notre quotidien. Pour le pire et – parfois – le meilleur.

En tournée avant de poser matériel et musiciens sur la scène du Nouveau Casino (Paris) le 2 novembre prochain, Mr Yéyé a construit sa notoriété tout seul, via You Tube. Avec Hybride, il propose un album(*) à son image : audacieux et agressif, quitte à dérouter son monde. Mais l’artiste a de l’énergie à revendre son électricité et une imagination qu’il ne bride jamais.

Pour Mr Yéyé, tout a commencé  du côté de la Bretagne avec une grande claque sur le museau, le jour où son groupe de lycée explose en vol. Nous sommes en 2012, et Mr Yéyé n’est pas du genre à garder sa chambre pour dépression chronique. Dans cette solitude forcée, il choisit de voyager musicalement en solitaire en tentant tous les chemins de traverse. Grâce à sa chaîne You Tube où, en toute indépendance, il poste morceaux et clips auto-réalisés au compte-goutte, il parvient au 40 000 abonnés. Au passage, Mr Yéyé n’hésite pas jouer sur le détournement de chansons existantes, des mélodies de Shaka Ponk ou Stromae à Indila et même Kendji Girac.

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Avec Tony Hymas, ça djazze tant…

Ferré admirait la musique classique et la célébrait. Pour autant, il avait tôt compris l’importance du jazz et ne fut pas le dernier à utiliser la révolte des sonorités rock. Dans Tony Hymas joue Léo Ferré, le musicien inspiré fait swinguer les mélodies de l’artiste. A découvrir.

Le lion sur la pochette semble regarder au loin la terre qui continue de tourner… Un beau symbole pour célébrer Ferré dans des arrangements djazziques. C’est le pari – réussi – de Tony Hymas dans son album, sorti déjà il y a quelques mois.

En quinze titres, le pianiste britannique revisite des classiques de Ferré, l’interprétant à sa manière, c’est-à-dire montrant ce qui se cache derrière la partition originale, explorant des pistes musicales suggérées dans la partition d’origine. C’est particulièrement sensible dans sa version de La Mémoire et la Mer, le poème-phare du solitaire toscan que Tony Hymas habille de ses variations pour piano en guise d’orchestre restituant de belle manière la montée sonore de la mélodie originale.

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Karl Zéro dans le rétro

De la télévision à la chanson, il n’y a qu’un – petit – pas. La preuve avec les nouvelles aventures latinos de Karl Zéro et un album au titre long comme un jour sans pain.

Pour lancer son album, Karl Zéro n’a pas fait dans la demi-mesure, à son habitude, pour choisir son titre. Qu’on en juge : Songs for Moonlight Swim and Otros Tipos de Ocupaciones (*). Dans la droite lignée des orchestres swing, tropicaux et raffinés des années 40 et 50, Karl Zéro revisite ici des morceaux de new wave, d’électro-rap ou s’amuse à détourner des incontournables comme L’Eau à la bouche, le classique de Gainsbourg revu et corrigé en version brésilienne… qui fleure bon le sable d’Ipanema.

Chantant en français, russe ou arabe, Karl Zéro joue sur un vintage de bon aloi en s’entourant d’une sacrée brochette de musiciens du jazz parisien qu’il a conviée au studio Ferber à Paris. Et c’est Raphaël Lemmonier  (compagnon de route de China Moses entre autres) qui mène la danse et a signé les arrangements de l’opus avec un bel enthousiasme. Lire la suite

Lavilliers sur son 21 !

Alors qu’il tourne en France pour des concerts acoustiques, Bernard Lavilliers a fait découvrir deux extraits de son 21ème album studio.

Avec Croisières méditerranéennes, Bernard Lavilliers signe, derrière une musique mélancolique, une chanson en prise sur la sinistre actualité de tous ces migrants qui ont laissé leur peau en tentant de traverser la Méditerranée.

« Croisière méditerranéenne
Sourire carnassier de nous mêmes
Très loin des sirènes italiennes
Tu atteindras ces rives sombres
Très près des côtes siciliennes
Les vierges noires comme une traîne. »

Et, avec Charleroi, il promène son inspiration sur cette ville qui semble délaissée et figée dans le temps. « Je vois ma ville comme un amant/ Trompé par un riche imbécile… »

Le disque sera disponible le 29 septembre et Lavilliers reprendra la route pour retrouver les aficionados de la révolte et du voyage. Pour ce retour, il s’est entouré de réalisateurs artistiques qui ont une griffe certaine  : de Romain Humeau à Benjamin Biolay en passant par Fred Pallem,  Feu! Chatterton ou encore Florent Marchet. Et Jeanne Cherhal sera présente enfin pour signer un duo en sa compagnie. De quoi ménager quelques surprises musicales.

 

Yéyé : copier est parfois bien jouer…

Yéyé VO/VF offre, dans un coffret de 3 CD, un parcours intéressant entre les versions originales et françaises de cette musique qui marqua la France à la fin des années 50.

La pochette de couverture du coffret (*) est parfaitement choisie : on y voit un Johnny jeune le regard fixé sur une photo d’Elvis. Deux regards dans le lointain, deux profils pensifs. Avec Yéyé VO/VF, Pierre Layani et François Jouffa invitent l’amateur à un passionnant saut dans le temps accompagné d’un livret toujours riche en informations où, s’ils montrent bien que si les rockers français se sont inspirés d’illustres modèles, ils soulignent aussi. que tous les artistes se sont inspirés des anciens. Alors, pour un Johnny, adapter Tutti Frutti, de Presley est une filiation naturelle. Tout comme Be-Bop-A-Lula, de Gene Vincent pour les Chaussettes Noires. Mieux, un certain nombre des originaux étaient eux-mêmes des reprises. Ainsi Cliff Richard, si souvent adapté en France, s’est inspiré pour ses créations de bien des morceaux oubliés de la musique américaine. Quant à Presley, les auteurs du coffret prennent la peine de souligner : « Hors musiques de film, le répertoire d’Elvis Presley, de la première à la dernière chanson, est composé au moins de trois quarts de reprises, comme chez Frank Sinatra ou Ray Charles. »

De Titus Turner à Johnny Hallyday

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