Sidi Wacho : un retour pimenté

A la sauce latine relevée, Bordeliko est le deuxième disque de Sidi Wacho. Un groupe qui distille une pêche des familles en signant des textes rebelles et toniques en diable.

Un groupe formé d’un Chilien de Valparaiso, d’un natif de Roubaix, d’un autre de Lima comme de Barbès, ça fait un sacré cocktail. Musicalement, Bordeliko (*) chasse large entre boucles hip-hop et rythmes latinos qui donnent des fourmis dans les jambes.

Assumant totalement un identité « bordélique », la groupe formé de deux MC’S (Benja et Saidou), d’un trompettiste, d’un accordéoniste et d’un percussionniste est du genre nomades et rebelles.Et dans Te gusta la cumbia, le groupe Sidi Wacho lance : « On n’est pas des génies mais on a du caractère » et le prouve, de morceau en morceau, dans des parties rythmiques endiablées, à la Manu Chao.

Au détour d’une chanson,  Comme un pauvre, surgit une trompette et son solo mélancolique sur une musique qui fleure bon les westerns d’antan, même s’il y  est question d’amour et non de duel au soleil : « J’t’aime comme un pauvre/ Comme un prolétaire/ J’ai pas grand chose à t’offrir/ Je suis interdit bancaire. »


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La mémoire sonore des années 60

   Sonorama 1958-1962 réunit en un coffret de trois CD une sélection des actualités culturelles et politiques du début des années 60. La savoureuse résurrection de toute une époque…

Bien avant l’ère de l’information numérique, Sonorama avait, à l’orée des années 60, imposé un nouveau concept novateur. Il s’agissait d’offrir au grand publicune brochure évoquant la politique, le sport, la musique, les faits divers, l’art, la culture. En face des pages de texte, on trouvait en vis-à-vis des disques souples (flexidiscs) de 17 cm tournant en 33 tours. Les enregistrements ? Ils pouvaient  être un discours historique, une chanson originale enregistrée spécialement pour Sonorama.., Mais, après 42 numéros mensuels, ladite publication s’arrêta car son prix de vente semblait trop élevé.

Grâce à ce coffret Sonorama 1958-1962, on retrouve l’atmosphère de cette publication  qui chassait large. Ainsi, on passe d’Alain Delon évoquant Romy Schneider que Jacques Paoli, star des ondes, qui raconte le départ de la fusée cosmique russe le 19 septembre 1959 ou encore la jeune Marie Laforêt donnant, en s’accompagnant d’une simple guitare, sa version d’un classique de la chanson populaire russe. Lire la suite

Sand dessus dessous

Objet tranquille, Onaia, troisième album du duo Sand offre un voyage poétique, un brin mélancolique ,et apaisé dans des contrées musicales diverses et variées.

Prix Charles Cros en 2015 pour Sirocco, Sand est de retour avec Serge, son partenaire dans la vie comme sur scène, pour un album Onaia (*) dont les couleurs sont résolument pop world. Et dont la musicalité naît d’objets les plus divers comme le souligne la pochette qui évoque même l’usage de tuyaux à côté d’une bonne vieille basse ou de l’udu, percussion venue du Niger. Sur scène, le duo peut aussi se produire avec la pierre chantante, une sorte de harpe en basalte. Entre autres… « On a choisi des instruments qui font référence aux éléments », souligne Serge. Sand, pour Sandrine Button-Waeffler, fait référence  à un surnom reçu au collège mais aussi, on s’en doute, à l’auteure de La Mare au diable et femme libre dont la jeune chanteuse dit : « C’est une femme que j’admire énormément, qui a beaucoup apporté à la littérature française ».

En onze titres, Sand nous embarque sans hausser le ton ni mettre la sono à fond dans un univers poétique et onirique. Dès l’ouverture et ce Sanctuaire, Sand déclare : « J’ai perdu la carte/ Le chemin qui mène au sanctuaire/ Le sentier des secrets/ Alors j’ai marché. »

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L’univers étrange de Coffees & Cigarettes

Taillé pour la scène, Freak Show (*) est le nouvel album du groupe Coffees &Cigarettes. Un cocktail détonnant où les chansons de Renaud Druel nous emporte dans un univers déconcertant, inquiétant à souhait.

Auteur, compositeur et interprète, Renaud Druel est l’âme de Coffees & Cigarettes, un groupe dont le nom est un clin d’œil évident au long métrage  éponyme devenu culte de Jim Jarmush. En 2014, il avait publié un premier album, plus rock, London Western, salué par les critiques et qui plongeait l’auditeur dans le Londres victorien de l’époque de Jack l’Éventreur.

Avec Freak Show, il a imaginé un mélange de rock et de hip hop survitaminé où les envolées de cordes (alto, violon ou violoncelle) font bon ménage avec une rythmique du tonnerre (Un nouvel espoir). Et quand l’harmonica fait une étrange apparition, c’est pour servir un Hip Hop Blues des familles. Théâtral en diable, ce nouvel album est un hommage mélodique à tout l’univers du cinéma fantastique, voire d’épouvante. Lire la suite

Monsieur Chouf, crooner social

D’abord il y a la voix, rauque, puissante. Ensuite, il y a les mots qui sortent de certaines banalités musicales actuelles. Enfin, il y a une vraie personnalité, vibrante. Monsieur Chouf revient avec un quatrième album puissant et bigarré : Volatils (*).

Chez Monsieur Chouf, si le poing est parfois (souvent) levé, il n’oublie pas non plus la poésie d’un monde à réformer ni les rêves volés. En jouant sur une large palette musicale – rock dans Les Êtres jetables; manouche par les guitares dans Magie noire; plus swing avec Des aveugles par exemple – Monsieur Chouf, autre figure de la bande des Toulousains de la chanson, évoque tous les sujets qui le touchent.

Le Cimetière des oiseaux est ainsi une évocation sombre des errances des migrants qui ont endeuillé bien des écrans cathodiques sans jamais vraiment faire réagir  politiques et citoyens. Il chante ainsi : « Verrouillés les frontières/ Cadenacés/ Leurs rêves/ Tombés du ciel/ Sur le miroir de l’eau/ Morts les oiseaux. »

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Un subtil mariage de déraison

Allier l’orgue et l’accordéon, Aria est un album en forme d’Ovni ou la rencontre musicale entre Richard Galliano et Thierry Escaich.

Avec pour simple fil conducteur de « jouer ensemble un large répertoire musical« , pour reprendre les mots de Richard Galliano, cet album Aria a suivi une rencontre « improvisée » lors d’une émission sur France Musique qui ont précédé une série de concerts consacrés à Bach, Vivaldi et autre Piazzolla.

Signant des variations sur un répertoire large, le duo nous surprend en revisitant des airs que l’on pensait dans un moule, ainsi quand Galliano et Escaich s’attaquent au Caruso, immortalisé par Lucio Dalla et « massacré » par certains chanteurs traîtres.  Commentaires de Thierry Escaich : « Il est toujours passionnant pour un compositeur d’aller chercher dans le répertoire les sources pour se renouveler. »


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Quand Claude devint Nougaro

Claude Nougaro et ses interprètes (1956-1962) a un double mérite : témoigner les premiers pas (très maîtrisés) du poète toulousain et offrir quelques versions (parfois déroutantes) de ses interprètes.

S’il débuta sa carrière en 1955, Claude Nougaro dut attendre cinq ans et 1960 pour connaître un petit succès enregistré par Jean Constantin, Les Pantoufles à papa. Mais c’est avec son deuxième disque, en 1962, que Nougaro rencontre son public qui ne va plus le lâcher. C’est Michel Legrand qui va lui permettre de débarquer chez Philips et d’y graver un 45 tours devenus aujourd’hui collector où figurent Une petite fille; Le Jazz et la Java; Les Don Juan et Le Cinéma. Comme le rappelle le texte présent dans le coffret, le poète Jacques Audiberti adouba d’emblée le jeune poète par quelques lignes écrites sur la pochette du disque : « Ce poète, c’est Claude Nougaro. Il connaît la musique. Il peut donner aux mots une résonance concrète non encore entendue chez les poètes de papier… La matière même des mots joue par elle-même parallèlement au texte qui garde sa clarté. » Avec un tel parrainage, voilà Nougaro paré pour l’air du large et le pays des mots…

Alors, bien sûr, dans le coffret de chez Frémeaux & Associés, il y a neuf titres qui ont marqué les débuts de la carrière du futur interprète de Locomotive d’or, un des chefs d’œuvre à venir de Nougaro. Et puis, il y a les interprétations des autres qui font le sel de cette collection et donnent à entendre du bon et du moins bon. Lire la suite