Ce diable d’Ibrahim Maalouf

C’est décidément un artiste sans frontières. Avec son nouvel album S3NS (*), Ibrahim Maalouf nous embarque dans une célébration splendide des musiques latines. Un régal !

Une fois de plus, avec S3NS , brahim Maalouf et sa trompette nous convient à un autre voyage loin des sentiers musicaux balisés. Pour marquer sa différence, il a même utilisé un « E » à l’envers dans le titre de son onzième album. En guise d’explication, il dit dans le magazine « Rolling Stone » : « Ma vie a du sens parce que justement il n’y en a pas ! Et parfois les évènements de la vie font que nous ne prenons pas forcément la direction prévue. »

Au lieu de  mettre ses pas dans ceux des musiciens de salsa de Cuba, s’amuser à mettre sa griffe sur un « son » des familles, Ibrahim Maalouf mêle ici, en toute sérénité, le jazz des origines, le rock et la pop. Entouré de quinze musiciens, le pianiste et trompettiste revisite l’univers de la culture latine et de la musique afro-cubaine dans un cocktail des plus savoureux avec un sens du partage assez étonnant.


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Les voyages oniriques de Marie Sigal

En six chansons, Marie Sigal convie à un voyage personnel avec Les Géraniums où, sur des mélodies plutôt anglo-saxonnes, elle livre des histoires à l’indéniable poésie.

Avec Marie Sigal, il faut se laisser glisser lentement dans un univers musical que cette chanteuse qui a trouvé son inspiration aux États-Unis –  elle a conçu cet album lors d’une résidence –  a créé autour de textes ouverts sur la rêverie et l’imaginaire.

Ouvrant et terminant ce disque par un hymne à la Beauté où elle évoque aussi bien les Nympheas chères à Monet que des errances sur rue Bichat en souvenir de la « femme venue très vite » à (son) secours« .  Le tout porté par une mise en ondes solides où les roulements de la batterie de Theo Glass le disputent aux basses de Philippe Burneau pour porter la voix puissante et claire de Marie SIgal. Le tout avec une réalisation ciselée au studio Condorcet de Toulouse avec  Olivier Cussac, qui joue de bien des instruments sur cet opus.

Chanteuse-pianiste formée au Conservatoire, Marie Sigal revendique une inspiration musicale qui va de Debussy à Feu!Chatterton en passant par Portishead. Dans cette pop obscure où jaillissent des envolées de violon et de violoncelle (Le bât blesse), elle peut provoquer à la rêverie comme évoquer les blessures d’une histoire d’amour qui tourne court. Lire la suite « Les voyages oniriques de Marie Sigal »

Yoanna : un uppercut sonore

2è Sexe (*) est le sixième album de Yoanna, qui débarqua en 2009, à 23 ans le paysage sonore français. Ce disque est celui d’une artiste rebelle, très bien inspirée. À écouter d’urgence.

Chez Yoanna l’accordéon n’est pas synonyme de flons flons des bords de Marne, ni de nostalgiques mélodies à la française. Son piano du pauvre est une arme dont elle se sert avec fougue, mariant ses mélodies à des boucles de percus, des sons d’ordi pour créer une atmosphère musicale résolument moderne et où elle peut passer d’un rock à un rap-ragga des familles.

Maquillée comme une guerrière indienne sur la pochette de 2è Sexe, elle allume une clope, histoire de ne pas céder au moralisme ambiant. Pour le reste, Yoanna signe des textes où résonnent des « refrains sur fond de rébellion au creux de (ses) mains« , comme elle chante dans son Ni Dieu ni maître, qui inspira naguère une très belle chanson à Léo Ferré. Femme de son temps, Yoanna n’est pas du genre à baisser la garde quand il s’agit de défendre la condition féminine et le prouve notamment dans une chanson coup de poing comme Fondement où elle ne mâche pas ses rimes  :  « Mets-toi doucement/ Ton instinct maternel. Au creux de ton fondement. »
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Les voyages intimes de Marjolaine Karlin

Tatoo Toota, est un étrange disque signé Marjolaine Karlin, entre musique de transe et blues. Entre l’anglais, le yiddish et la français, son cœur balance en rythmes…

Dès la première écoute, l’univers de Marjolaine Karlin affirme sa singularité. Singularité de la voix,de l’inspiration et des rythmes. Tatoo Toota (*) est le fruit d’une longue expérience scénique d’une artiste qui se promène sur les doutes depuis deux décennies. 2008 a marqué un tournant dans la vie de l’artiste : c’est l’année où elle a perdu un ami proche, l’année où elle a découvert la maloya, une musique de transe dont l’une des raisons d’être est de remettre en lien morts et vivants. Elle ne pouvait alors ne pas faire le voyage jusqu’à la Réunion, berceau de cette musique, et, son retour, Marjolaine Karlin co-fonde le groupe Wati Watia Zorey Band avec plusieurs membres du groupe Moriarty. Tout en mettant de côté des idées, des sons, des émotions pour nourrir ce premier disque en solo.

Pour expliquer son itinéraire assez sinueux, elle raconte : « Quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai été très marquée par le « Discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire, qui met en parallèle le nazisme et le colonialisme d’une manière implacable, et jette une lumière très crue sur les racines de la société d’aujourd’hui.

De fil en aiguille cette découverte m’a amenée à me passionner pour des formes d’expression assez éloignée de ma culture d’origine, souvent imprégnée d’africanité comme dirait Danyèl Waro : et surtout le maloya de l’île de la Réunion, justement, avec sa langue créole, ses influences métissées d’un peu partout, sa spiritualité incarnée dans la danse et les rythmes très tendus, totalement enivrants.,Alors je suis allée là-bas, j’ai appris cette musique, elle m’accompagne partout et je tente de jeter des ponts entre ma langue française et ce créole à la fois si proche et si lointain. »

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L’Occitanie au chœur

Quinze ans au compteur ! Le Festival HestivÔc célèbre, du 22 au 25 août,  les artistes venus du Sud de la France tout en s’ouvrant sur les territoires voisins ; le Pays Basque, la Navarre, l’Aragon, la Catalogne. Zoom sur la programmation.

Si le festival Hestiv’Ôc célèbre toutes les musiques actuelles occitanes, ce n’est pas pour rester enfermé dans la tradition mais pour montrer sa diversité artistique et son dynamisme.

Souvent surnommé « Lo País de las Cantas » (le Pays des Chansons), tant la tradition du chant polyphonique y est forte, le Béarn et la ville de Pau étaient un écrin naturel pour un tel festival de musique mêlant concerts, bals traditionnels, spectacles de rue et festival des enfants.

Avec le fête en partage, Hestiv’Ôc offre, une année de plus, une affiche bigarrée. On va y découvrir aussi bien un fidèle du lieu, Guillaume Lopez qui proposera un projet aux frontières du jazz et des musiques du monde, Anda-Lutz, que les neuf membres du groupe polyphonique Lo Barrut; le trio Djé Balèti ou encore le duo dynamique des Femmouzes T qui auront droit à une carte blanche cette saison… Entre autres.

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Kaori à bon port

À ciel ouvert (*), c’est le disque de maturité d’un duo construit sur une amitié de vingt-cinq ans. Avec cet album, parfois inégal, Kaori nous invite à larguer les amarres et à profiter du temps qui passe. Idéal comme bande son de l’été.

Indéniablement, Kaori sait attirer l’oreille par des mélodies bien senties, passant d’un bon vieux reggae de la chanson titre à un picking solide sur L’Île des oubliés, via un rock à la Clapton sur Ma Stratocaster noire. Sans oublier l’instrumental, en forme de bossa-nova chaloupée, de Café noir.

Il est vrai,Thierry Folcher et  Alexis Diawari  ont pas mal bourlingué avant de former ce duo calédonien débarquant, guitares en bandoulière, à Paris. Ainsi Thierry Folcher  a découvert sur le tard qu’il est un descendant de bagnard. Quant à Alexis Diawari, il a grandi dans une tribu Kanak avant de devenir marin et sillonner le Pacifique. Avec un tel vécu, on ne peut que goûter aux musiques du monde et à des arrangements au long cours.

Optant comme nom de scène de l’image du kaori, un arbre millénaire qui se trouve dans les forêts du Caillou, le duo a croisé à Paris Lionel Gaillardin, un réalisateur et arrangeur qui officie dans le studio Bonsai. Décidément, les arbres, petits ou plus majestueux,  portent chance à ce duo…

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Le Zoulou blanc n’est plus

Il savait son mal incurable. Johnny Clegg vient de disparaître. La voix engagée du Zoulou blanc, dont la musique a compté aussi dans la fin de l’Apartheid, ne résonnera plus. Hommage.

Johnny Clegg, c’était un sourire, un son métissé et un sens de la danse. Qui a eu la chance de le découvrir sur scène se souvient de l’énergie dont  cet adversaire de l’Apartheid faisait montre sur scène. Il n’avait jamais caché le cancer dont il était atteint depuis quatre ans, ayant dû annuler plusieurs concerts. Johnny Clegg est donc mort le 16 juillet à l’âge de 66 ans comme l’a annoncé Rodd Quinn, manager de Johnny Clegg, sur la SABC, la chaîne de télévision publique d’Afrique du sud: « Johnny est mort paisiblement aujourd’hui, entouré de sa famille à Johannesburg, après une bataille de quatre ans et demi contre le cancer ». En 2018, dans les colonnes de Paris Match, il avait évoqué avec courage le mal dont il était atteint et le soutien de sa famille :  « Je leur inflige involontairement une pression constante. ‘Quand est-ce que papa va partir ? Combien de temps lui reste-t-il à vivre ?’ Le plus insupportable est de ne pas savoir. » 

Il faut donc garder en mémoire ce combattant de la scène qui avait mis ses talents de musicien au service de la lutte contre l’Apartheid. On se souvient notamment de son tube Asimbonanga, qu’il dédié à Nelson Mandela. Une image reste : celle  d’un concert à Francfort en 1997, quand le chanteur s’était produit sur scène en compagnie… de l’ancien président sud-africain.

Ardent défenseur de la culture africaine, Johnny Clegg avait su marier les sonorités africaines aux rythmes de la pop pour défendre ses idées auprès du plus grand nombre. Il était né au Royaume-Uni d’une mère chanteuse dans les nightclubs et d’un père qui quittera rapidement le foyer. C’est à 6 ans qu’ débarque en Afrique du Sud. Accompagnant son beau-père parti faire un reportage en Zambie, Johnny Clegg découvre un monde marqué par une coexistence normale entre Blancs et Noirs : elle le marquera à jamais. De retour à Johannesburg, l’adolescent se promène dans les rues des banlieues où vivent les travailleurs zoulous : ils vont finir par l’initier à leur langue, à l’isishameni  (la danse traditionnelle) et à la guitare zoulou. En parallèle, il s’initie à l’université à la culture zoulou. A ses yeux, ce peuple sera, comme il le dira plus tard « un foyer« . Avant d’ajouter :  » Il y a eu une période de ma vie où j’ai regretté de ne pas être noir. Je le voulais désespérément ».

Dès l’âge de 17 ans, il fera scandale avec son amitié pour le musicien Sipho Mchun. Voir un musicien blanc collaborer avec un musicien noir ne passe pas inaperçu dans une Afrique du sud rongée par le racsime. Mais Clegg n’en aura cure et trouvera toutes les astuces pour contourner les lois raciales.  Leur groupe Juluka, désormais composé de six musiciens, signe en 1979 l’album qui les rend célèbres : Universal Men. Ensuite, il verra son nom en haut de l’affiche accompagné de son groupe Savuka. Refusant tout embrigadement politique, Johnny Clegg ne cessera de défendre ses convictions politiques disant sobrement  qu’il défendait la fraternité. En 2017, il avouait son bonheur d’avoir réussi  « à rassembler des gens grâce à des chansons, surtout à un moment où cela semblait complètement impossible».

C’est cette voix libre qui manquera désormais à la musique mondiale.

L’accueil chaleureux en France

Johnny Clegg avait tôt été entendu et défendu par la France, un pays envers lequel il était toujours reconnaissant. Dans son disque Putain de camion, Renaud lui avait rendu hommage avec la chanson Jonathan.

La bossa-nova en deuil

Considéré comme l’un des pères de la bossa-nova, João Gilberto vient de mourir à 88 ans. Depuis 1958 et sa version de Chega de saudade, il a fait connaître les rythmes brésiliens dans le monde entier.

Né dans l’état de Bahia, João Gilberto a reçu sa guitare des mains de son grand-père quand il n’avait que 14 ans. Elle restera sa compagne de bien des voyages. Guitariste autodidacte, il va d’abord jouer à Rio dans un groupe Garotos da Lua, dont il est congédié au bout d’un an après  seulement deux enregistrements. Pendant quelques années d’errance, l’artiste cherche sa voix et son style musical.

Sa rencontre en 1957 avec Tom Jobim, avec lequel il pose les bases de la bossa-nova, marque un tournant dans sa carrière. Avec le poète le poète Vinicius de Moraes, ils vont créer un univers musical qui deviendra vite mondialement connu.

Le premier disque de João Gilberto, Chega de saudade, obtient un énorme succès dans le pays et est considéré généralement comme le premier album véritable de la bossa-nova. C’est  sa version de A Garota de Ipanema, en 1964, qui lui ouvre les portes de la sono mondiale. Face au succès fulgurant de cette chanson, des stars internationales comme Frank Sinatra, Nat King Gole et Ella Fitzgerald récupèrent ce titre dans leur répertoire. Il reste avec Yesterday, la chanson la plus interprétée à ce jour dans le monde.

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Les voyages vitaminés de El Gato Negro

L’artiste a roulé sa bosse depuis quinze ans dans toute l’Amérique du sud et son nouvel album, Ouvre la porte (*), en porte sacrément la trace. Un cocktail musical tonique et vitaminé…

Il y a dans le nouveau disque de El Gato Negro, Ouvre la porte, des accents à la Mano Negra, notamment dans la chanson chaloupée qui ouvre l’invitation à ce voyage musical : Bendita primavera. Après avoir étudié et digéré les rythmes traditionnels de cumbia, salsa, paso et autre cha-cha ou boléro, El Gato Negro en nourrit les douze titres de son disque coloré et engagé. La preuve avec la chanson-titre, Ouvre le porte, en forme de chant de colère face à tous les replis identitaires dans une Europe qui se sclérose.

« C’est toujours les mêmes qui payent le prix« , chante-t-i dans Ensemble, sur un tempo langoureux et une mélodie inspirée. Et poursuit sur les « gens qui courent dans les rues de Paris ». Une réflexion que l’on retrouve dans une autre chanson, où figure KC Jones :  El tiempo pasa. Lire la suite « Les voyages vitaminés de El Gato Negro »

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