Boucan salutaire

Premier album  d’un trio détonnant, Déborder(*) fait passer du chaud au froid, de la douceur à une certaine violence. Et Boucan ne provoque pas l’indifférence.

Boucan, c’est un trio de mecs – Mathias Imbert, Brunoï Zarn et Piero Pépin – qui se sont déjà faits un petit nom dans le rock, le punk ou encore la chanson. Déborder, premier album de leur nouveau groupe Boucan, annonce clairement la couleur : ils n’ont pas l’intention de se laisser enfermer dans une chapelle, un courant musical. Et ça, c’est plutôt salutaire.

En treize titres, Boucan passe d’une chanson acoustique à une atmosphère de western, mariant les voix à divers instruments : contrebasse, trompette ou encore banjo. Mis en ondes par John Parish, Déborder peut passer de la douceur à un éclat de rage, de l’ombre à la lumière. En tout cas, musicalement, l’album accroche l’oreille.  Ayant officié pour P.J. Harvey et Arno, John Parish joue d’ailleurs carte sur table en déclarant : « J’aime les choses où tu te dis que ça ne ressemble pas à quelqu’un d’autre. Boucan a vraiment son son propre. »

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Buzy brise le silence

Neuf ans sans nouvelles ! Autant dire que Cheval fou (*), le nouveau disque de Buzy, chanteuse devenue, au début des années 2 000 psychothérapeute, est une bonne surprise. Ce disque montre  qu’elle n’a rien perdu de son inspiration et de ses colères.

Cheval fou est un album, le neuvième de Buzy, qui sort après une  longue absence. Bien sûr, il y a eu une nouvelle activité professionnelle, mais il y a eu aussi des deuils et des cicatrices à soigner. Et puis, il y avait chez Buzy quelques craintes à se replonger dans, comme elle le dit,  « un milieu compliqué ».

Il n’est pas innocent que la pochette du disque (et même si ce n’est pas l’argument de vente le plus évident pour célébrer un retour ) figure la très belle photo d’un cheval dont le regard vous scrute. Buzy, une artiste indomptable. Dans la chanson-titre, elle lance d’emblée : « J’ai rêvé d’un homme/ J’ai rêvé d’un homme d’une épée/ De le monter de le plier/ D’être amazone et sur son dos/ Découvrir le monde en duo. » Et pourtant, on retrouve dans Cheval fou,  le style original et la voix rauque de Buzy, avec ce rock qui roule façon Alain Bashung. Un univers personnel qui peut aussi parfois évoquer celui d’une Serge Gainsbourg pour un certain goût des chocs de certaines rimes riches.

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Springsteen : l’Ouest, le vrai…

C’est le premier album de nouvelles chansons de Bruce Springsteen depuis sept ans. Fidèle aux thèmes majeurs de son inspiration, le chanteur nous offre das Western Stars un très bel écrin mélodique.

Sur la pochette de Western Stars figure un mustang qui galope dans une vaste plaine. A l’intérieur, Bruce Springsteen prend la pause, une guitare à la main sur un fond de paysage désertique où se dressent des cactus. On retrouve dans ce nouvel album tous les thèmes chers au rocker-voyageur. Comme dans un de ses chefs d’œuvre, Nebraska,  l’artiste fait une fois de plus montre de son talent pour décrire les histoires d’êtres humains chahutés par la vie.

Dès la ballade d’ouverture, le décor est planté. Dans  Hitch Hikin’, Bruce Springsteen raconte un Ouest promis à une certaine disparition :  « Santé aux cowboys et aux cavaliers dans le tourbillon/ Ce soir, les étoiles de l’ouest brillent à nouveau de tout leur éclat /Et les étoiles de l’ouest brillent à nouveau de tout leur éclat . » Et dans The Wayfarer, il chante de sa fameuse voix usée par tant et tant de concerts où il se dépense sans compter : « C’est la même histoire triste qui se répète encore et encore. » Au fil des chansons, on se demande si Springsteen n’a pas écrit un disque en réponse au fameux « America First« , « L’Amérique d’abord« , de Donald Trump à l’heure où le Président américain a lancé sa campagne pour tenter d’être réélu.

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Le Zoulou blanc n’est plus

Il savait son mal incurable. Johnny Clegg vient de disparaître. La voix engagée du Zoulou blanc, dont la musique a compté aussi dans la fin de l’Apartheid, ne résonnera plus. Hommage.

Johnny Clegg, c’était un sourire, un son métissé et un sens de la danse. Qui a eu la chance de le découvrir sur scène se souvient de l’énergie dont  cet adversaire de l’Apartheid faisait montre sur scène. Il n’avait jamais caché le cancer dont il était atteint depuis quatre ans, ayant dû annuler plusieurs concerts. Johnny Clegg est donc mort le 16 juillet à l’âge de 66 ans comme l’a annoncé Rodd Quinn, manager de Johnny Clegg, sur la SABC, la chaîne de télévision publique d’Afrique du sud: « Johnny est mort paisiblement aujourd’hui, entouré de sa famille à Johannesburg, après une bataille de quatre ans et demi contre le cancer ». En 2018, dans les colonnes de Paris Match, il avait évoqué avec courage le mal dont il était atteint et le soutien de sa famille :  « Je leur inflige involontairement une pression constante. ‘Quand est-ce que papa va partir ? Combien de temps lui reste-t-il à vivre ?’ Le plus insupportable est de ne pas savoir. » 

Il faut donc garder en mémoire ce combattant de la scène qui avait mis ses talents de musicien au service de la lutte contre l’Apartheid. On se souvient notamment de son tube Asimbonanga, qu’il dédié à Nelson Mandela. Une image reste : celle  d’un concert à Francfort en 1997, quand le chanteur s’était produit sur scène en compagnie… de l’ancien président sud-africain.

Ardent défenseur de la culture africaine, Johnny Clegg avait su marier les sonorités africaines aux rythmes de la pop pour défendre ses idées auprès du plus grand nombre. Il était né au Royaume-Uni d’une mère chanteuse dans les nightclubs et d’un père qui quittera rapidement le foyer. C’est à 6 ans qu’ débarque en Afrique du Sud. Accompagnant son beau-père parti faire un reportage en Zambie, Johnny Clegg découvre un monde marqué par une coexistence normale entre Blancs et Noirs : elle le marquera à jamais. De retour à Johannesburg, l’adolescent se promène dans les rues des banlieues où vivent les travailleurs zoulous : ils vont finir par l’initier à leur langue, à l’isishameni  (la danse traditionnelle) et à la guitare zoulou. En parallèle, il s’initie à l’université à la culture zoulou. A ses yeux, ce peuple sera, comme il le dira plus tard « un foyer« . Avant d’ajouter :  » Il y a eu une période de ma vie où j’ai regretté de ne pas être noir. Je le voulais désespérément ».

Dès l’âge de 17 ans, il fera scandale avec son amitié pour le musicien Sipho Mchun. Voir un musicien blanc collaborer avec un musicien noir ne passe pas inaperçu dans une Afrique du sud rongée par le racsime. Mais Clegg n’en aura cure et trouvera toutes les astuces pour contourner les lois raciales.  Leur groupe Juluka, désormais composé de six musiciens, signe en 1979 l’album qui les rend célèbres : Universal Men. Ensuite, il verra son nom en haut de l’affiche accompagné de son groupe Savuka. Refusant tout embrigadement politique, Johnny Clegg ne cessera de défendre ses convictions politiques disant sobrement  qu’il défendait la fraternité. En 2017, il avouait son bonheur d’avoir réussi  « à rassembler des gens grâce à des chansons, surtout à un moment où cela semblait complètement impossible».

C’est cette voix libre qui manquera désormais à la musique mondiale.

L’accueil chaleureux en France

Johnny Clegg avait tôt été entendu et défendu par la France, un pays envers lequel il était toujours reconnaissant. Dans son disque Putain de camion, Renaud lui avait rendu hommage avec la chanson Jonathan.

Du feu rock

Nouveau EP du groupe  Part-Time Friends, Fire  montre que le groupe confirme son coup de griffe et son sens des mélodies qui accrochent.

Avec Fire(*),  Part-Time Friends, un groupe qui a trouvé ses marques dès son premier album Finger Crossed, propose une production 100 % anglaise où, sur des rythmiques solides et fluides, le duo prouve qu’il peut rivaliser avec la pop-rock anglaises. Rien que la chanson-titre montre que le groupe vise à toucher un univers très rock.

Alternant des sonorités accrocheuses comme Better Days et des mélodies plus douces et minimalistes comme For Your Eyes et quelques notes qui font écho à la BO de Furyo , Part-Time Friends confirme sa trajectoire. Avec des voix planantes sur des mélodies qui tiennent la route et sont taillées pour la scène. Lire la suite « Du feu rock »

Les chansons d’amour d’Acide Adore

En cinq morceaux, et le EP Tu Me Captures, Acide Adore, duo formé par Mathilde et Jeremy, offre un univers de pop électro non dénué d’atours.

Voix douce sur des mélodies qui vous enveloppent et des chansons d’amour mélancoliques : Acide Adore a un univers bien à lui avec ce mélange de sons vintage et très actuels quand les guitares saturées de Jeremy entrent dans la danse. Pour ce premier disque, le duo franco-britannique a œuvré avec la complicité de Vincent Girault de De La Romance

Dès le premier morceau de la chanson-titre, Mathilde lance des paroles oniriques et mystérieuses où l’amour se conjugue avec le désir de danse. Quelque part évoque ensuite la difficulté d’aller vers l’autre, de se dévoiler et d’aller dans un lieu pour concrétiser la rencontre. Et pour dépasser les difficultés à se croiser, il faut peut-être rêver à un « ailleurs », comme le suggère une autre chanson de cet EP étrange.

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Stephen Eicher, un retour en fanfare

Après sept ans de silence, Stephen Eicher revient mais pas tout seul. Avec Huë !, il revisite certains tubes de sa longue carrière dans une version pour… voix et fanfare. Un défi. Très réussi.

Folk, rock, électro, world music… Stephen Eicher a abordé bien des rivages musicaux en quatre décennies de carrière. Pour son quatorzième album, on a le sentiment qu’il fait la synthèse de tout. Huë ! marque la rencontre de l’artiste et d’un big bang flamboyant Traktorkestar ou douze musiciens qui font passer sur cet album de belle facture le souffle balkanique. Rien que la pochette du disque est tout un programme : elle est signée Laurent Seroussi, celui qui avait immortalisé Alain Bashung pour Fantaisie militaire.

Dans des arrangements festifs et inventifs, Stephen Eicher et sa bande revisitent des classiques de son répertoire et des textes de Philippe Djian, le complice de toujours : Pas d’Ami (comme toi); Ce Peu d’Amour ou encore des chansons moins connues comme chansons plus méconnues comme Cendrillon après minuit ou Louanges. Il y a bien sûr le texte de Corinne Dacla qui marqua les débuts de l’artiste : Combien de temps. Et aussi quatre inédits qui complètent ces errances musicales : Étrange, Chenilles, Papillons et Nocturne, avec un beau solo de Charles Wagner. Des titres empreints de la mélancolie propre à Stephen Eicher.

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Bjørn Berge: le blues venu du froid.

Who Else ?, c’est le cri de guerre d’un sacré guitariste venu de Norvège : Bjørn Berge. Un blues viking qui décoiffe.

Le cheveu est long, la barbe bien taillé. Né à Haugesung en Norvège en septembre 1968, Bjørn Berge a fait de la solitude une image de marque dans son pays natal. Chanteur et guitariste, il est chez lui rarement accompagné de musiciens.

Depuis deux décennies, l’homme a marqué de son empreinte le blues européen. C’est en décembre 2004 que Bjørn a marqué, chez nous,  la grande scène des Transmusicales de Rennes en se produisant seul, une fois de plus,  devant plusieurs milliers de personnes.

Pour toute arme dans cette formule,  l’artiste disposé d’une guitare acoustique douze cordes et d’un battement de pied régulier et puissant en guise de grosse caisse. Voix caverneuse et jeu puissant à la gratte, Bjørn Berge peut aussi bien enflammer son monde de ses blues que par les reprises de Motorhead (Ace of spades) et des Red Hot Chili Peppers (Give it away).

S’il avait prévu d’enregistrer son 13ème album plus tôt, une tournée avec le grand groupe norvégien Vamp a différé son projet. Après cette parenthèse musicale, il s’est remis à la tache prévoyant que Who Else ? serait, une fois encore, une œuvre en solo. Lire la suite « Bjørn Berge: le blues venu du froid. »

Le Boss : le solo lui va bien

En octobre 2017, Bruce Sprinsgsteen lançait une série de récitals en solo dans un petit théâtre de Broadway, le Walter Kerr, une salle de mille places inaugurée en 1929. Un album « live », Springsteen on Broadway (*) porte trace d’un show en forme de promenade autobiographique.

Ce n’est pas pour s’adonner à une quelconque comédie musicale que Bruce Springsteen a installé ses guitares et un piano au Walter Kerr, de Broadway où fort du succès – les places se sont même arrachées à des prix indécents au marché noir – le récital fut prolongé à trois reprises jusqu’à la mi-décembre. Loin des stades où le boss a coutume de se produire, il a opté pour une forme de récit solitaire de son odyssée rock’n’roll.

Son Springsteen on Broadway(*) témoigne de longues apartés avec un public aux anges et qui sont comme des prolongements de son autobiographie récente Born to run. Car, entre chansons, Bruce livre des souvenirs avec un sens consommé de l’anecdote et sans perdre un sens certain de l’humour. Ainsi quand il dit lors d’une pause : « J’ai connu un succès incroyable, et absurde, en écrivant sur des choses dont je n’ai jamais eu la moindre expérience pratique. Tous, je vous en remercie beaucoup. »

A l’écoute de l’opus, on a le sentiment que le Boss est venu jouer de la gratte chez vous en vous dévoilant des pans entiers de sa drôle d’existence et en puisant dans les tous les rayons de sa mémoire discographique avec un sens consommé de la mise en scène et de l’anecdote choisie. Lire la suite « Le Boss : le solo lui va bien »

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