Sand dessus dessous

Objet tranquille, Onaia, troisième album du duo Sand offre un voyage poétique, un brin mélancolique ,et apaisé dans des contrées musicales diverses et variées.

Prix Charles Cros en 2015 pour Sirocco, Sand est de retour avec Serge, son partenaire dans la vie comme sur scène, pour un album Onaia (*) dont les couleurs sont résolument pop world. Et dont la musicalité naît d’objets les plus divers comme le souligne la pochette qui évoque même l’usage de tuyaux à côté d’une bonne vieille basse ou de l’udu, percussion venue du Niger. Sur scène, le duo peut aussi se produire avec la pierre chantante, une sorte de harpe en basalte. Entre autres… « On a choisi des instruments qui font référence aux éléments », souligne Serge. Sand, pour Sandrine Button-Waeffler, fait référence  à un surnom reçu au collège mais aussi, on s’en doute, à l’auteure de La Mare au diable et femme libre dont la jeune chanteuse dit : « C’est une femme que j’admire énormément, qui a beaucoup apporté à la littérature française ».

En onze titres, Sand nous embarque sans hausser le ton ni mettre la sono à fond dans un univers poétique et onirique. Dès l’ouverture et ce Sanctuaire, Sand déclare : « J’ai perdu la carte/ Le chemin qui mène au sanctuaire/ Le sentier des secrets/ Alors j’ai marché. »

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France Gall 1947/ 2018

On la savait hospitalisée depuis la mi-décembre. France Gall a rejoint ce Paradis blanc, si cher à Michel Berger, ce dimanche .

La fin d’année a été fatale pour les amoureux des années 60. Après Johnny, c’est France Gall qui vient de tirer sa révérence, à 70 ans.  « Il y a des mots qu’on ne voudrait jamais prononcer. France Gall a rejoint le « Paradis blanc » le 7 Janvier, après avoir défié depuis 2 ans, avec discrétion et dignité, la récidive de son cancer » a déclaré son attachée de presse Geneviève Salama. Toute une page de l’histoire de la chanson française se ferme avec la disparition d’une artiste qui a inspiré de grands noms de la chanson.

Serge Gainsbourg en premier lieu qui lui permit de tutoyer les sommets du hit-parade et de jouer, sans le savoir à l’époque, sur la provocation, avec Annie aime les sucettes. Michel Berger ensuite avec lequel elle mena une nouvelle carrière à coups de tubes : Résiste, Il jouait du piano debout, Cézanne peint, Elle, elle l’a… Sa dernière implication professionnelle avait été la comédie musicale Résiste, en 2015, qui remettait au goût du jour les chansons signées Michel Berger, emporté par un infarctus en 1992 : il n’avait que 44 ans. Lire la suite

Monsieur Chouf, crooner social

D’abord il y a la voix, rauque, puissante. Ensuite, il y a les mots qui sortent de certaines banalités musicales actuelles. Enfin, il y a une vraie personnalité, vibrante. Monsieur Chouf revient avec un quatrième album puissant et bigarré : Volatils (*).

Chez Monsieur Chouf, si le poing est parfois (souvent) levé, il n’oublie pas non plus la poésie d’un monde à réformer ni les rêves volés. En jouant sur une large palette musicale – rock dans Les Êtres jetables; manouche par les guitares dans Magie noire; plus swing avec Des aveugles par exemple – Monsieur Chouf, autre figure de la bande des Toulousains de la chanson, évoque tous les sujets qui le touchent.

Le Cimetière des oiseaux est ainsi une évocation sombre des errances des migrants qui ont endeuillé bien des écrans cathodiques sans jamais vraiment faire réagir  politiques et citoyens. Il chante ainsi : « Verrouillés les frontières/ Cadenacés/ Leurs rêves/ Tombés du ciel/ Sur le miroir de l’eau/ Morts les oiseaux. »

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Les voyages latinos de Liza del Mar

La Babiole (*) est le nouvel album de Liza del Mar, une artiste dont la spécialité est d’adapter des chansons françaises en espagnol mais qui sait aussi faire œuvre originale.

Pour cet album, Liza del Mar a fait une rencontre : celle de Michel Eyan. Aussi branché pop que Liza vibre aux sonorités latines – elle enseigne aussi l’espagnol- , il a ciselé les arrangements de son album La Babiole. Liza est une artiste solaire dont la voix, tour à tour sensuelle ou puissante, livre des mélodies en forme de « strip-tease de l’âme ». Après Jardin de amor, un cinq titres en forme de carte de visite, elle offre cette fois un voyage musical électro-pop marié à une sensualité latino.

Liza del Mar offre aussi bien des reprises –Sol de verano donne à entendre une version bossa nova de Que je t’aime, LE classique de Johnny Hallyday – que des inédits dont elle a signés certains en français ou en espagnol. Une langue particulièrement adaptée à l’expression des sentiments amoureux, la preuve avec Adicción, où, en faisant un détour par la langue de Molière, elle psalmodie : « Toi mon addiction/ Toi le fruit des mes passions/ Te voir te revoir encore. » Inspirée encore par les déboires amoureux, Liza conjugue encore la passion sur le mode cinématographique avec 1.2.3. Cinéma. « L’amour c’est le goût amer d’un fruit/ Que le ver a rongé sans un bruit. »


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Zacharie ne joue pas les ours…

Premier album de Zacharie, Giant Bear (*) nous livre les partitions blues et folk d’un guitariste au doigté magnifique.

Dès la première plage, Stayin’ at home, un titre de Fats Waller transposé à la gratte, Zacharie nous cueille par un jeu de guitare d’une belle maturité et sa voix chaude et forte qui embarque son monde dans un périple en anglais.

D’abord homme d’images et réalisateur vidéo, Zacharie a changé de cap pour le chant. Casquette vissée sur le crane et barbe épanouie, Zacharie Dangoin  marie picking folk, jolies harmonies et une poésie discrète dans une douzaine de chansons, qu’il a joliment arrangées avec Julien Jussey (qui a assuré également le mixage de l’opus).

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Lavilliers en plein ciel

Lavilliers nous offre 5 minutes de Paradis (*) à sa manière. Poétique, toujours rebelle et dans un écrin musical soigné. Peut-être trop…

A presque 71 ans, Bernard Lavilliers s’offre un vingt-et-unième album comme cadeau d’anniversaire. Cinquante ans de carrière, un sacré bail ! Après avoir multiplié les expériences scéniques depuis quatre ans, date de son dernier album en solo, Baron Samedi, Lavilliers est de retour et pas forcément là où on l’attendait. Ni dans un registre habituel.

Naturellement ce digne successeur de Léo Ferré – auquel il ne manque jamais de rendre un hommage, voire d’envoyer des clins d’œil au gré de vers inspirés sinon empruntés- n’a pas rangé ses révoltes au rang des souvenirs, comme en témoignent Croisières méditerranéennes, évocation poétique du drame de l’exil forcé; Bon pour la casse, évocation de « l’exécution », par l’entremise du chômage, d’un ex-cadre dynamique ou encore 5 minutes au paradis, évocation nerveuse des anges de la mort des services secrets…

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Karl Zéro dans le rétro

De la télévision à la chanson, il n’y a qu’un – petit – pas. La preuve avec les nouvelles aventures latinos de Karl Zéro et un album au titre long comme un jour sans pain.

Pour lancer son album, Karl Zéro n’a pas fait dans la demi-mesure, à son habitude, pour choisir son titre. Qu’on en juge : Songs for Moonlight Swim and Otros Tipos de Ocupaciones (*). Dans la droite lignée des orchestres swing, tropicaux et raffinés des années 40 et 50, Karl Zéro revisite ici des morceaux de new wave, d’électro-rap ou s’amuse à détourner des incontournables comme L’Eau à la bouche, le classique de Gainsbourg revu et corrigé en version brésilienne… qui fleure bon le sable d’Ipanema.

Chantant en français, russe ou arabe, Karl Zéro joue sur un vintage de bon aloi en s’entourant d’une sacrée brochette de musiciens du jazz parisien qu’il a conviée au studio Ferber à Paris. Et c’est Raphaël Lemmonier  (compagnon de route de China Moses entre autres) qui mène la danse et a signé les arrangements de l’opus avec un bel enthousiasme. Lire la suite