Quand Jo devint Moustaki

Le Métèque et Bobino 70 (*) est un coffret qui a de quoi susciter la curiosité des amoureux de Moustaki car il révèle quelques jolis inédits ou versions rares.

La photo du coffret est célèbre depuis des lustres : c’est celle du fameux disque Le Métèque qui permit à l’ancien protégé de Piaf de se faire un nom et de commencer à tourner sur bien des scènes.

Doux sourire, chevelure poivre et sel : l’image de Moustaki donne envie de partager un bout de chemin avec celui qui popularisera les créations du grand Manos Hadjidakis (La Pierre ou Le Facteur). Connu aussi est le premier « live » de l’artiste et ce Bobino 70 : sur la pochette, cigarette au bout des doigts, Moustaki joue de la guitare douze cordes sur une photo teintée en orange. Guitariste accompagnateur de Moustaki à l’époque – et présent ensuite au côté de Brassens de longues années – Joël Favreau se souvient du premier groupe monté pour les propositions de concerts : « Pas de partitions. Jo faisait beaucoup de place au collectif. C’était dans l’esprit de cette époque, mais c’était aussi son tempérament. Les répétitions sont plutôt des bœufs et les choses se structurent pas décantation. »

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Des troubadours modernes

Mot d’origine germanique, « Heimatlos » signifie « apatride, exilé ». Le groupe Lo Radzouka s’en sert comme titre de son troisième album, le  disque de bien des métissages. Et qui vous emporte loin…

 

Un pour tous, tous pour trois. Lo Radzouka est un trio qui dépote et joue sur une palette musicale aussi large que variée. Pour ce nouveau disque, Heimatlos,  Lo Radzouka  confirme la tendance : à côté du bon « vieux » piano, figurent au générique d’Heimatlos une vieille à roue, un charango ou encore un bouzouki. Il fallait bien ces instruments de tous les métissages pour rendre hommage à ce mot qui continue à hanter certaines mémoires : sans patrie. Il désigne aussi tous ceux – juifs, tziganes, homosexuels… – qui ont fui leur pays pendant la période nazie. Sur la pochette du disque, Heimatlos  annonce la couleur : « Apatride comme la musique que nous jouons et comme un hommage à ceux qui sont contraints de l’être. »

Pour une moitié, leur nouvel album est constitué de  morceaux instrumentaux qui donnent des fourmis dans les jambes et incitent à prendre le large, comme Valsouchola ou Heimatlosd. Des arrangements qui offrent à Lo Radzouka  la possibilité de promener une inspiration large aussi bien sur  les musiques de l’Europe de l’Est que sur des rythmes latino-américains. Lire la suite

Les belles rencontres d’Altan

Cap sur l’Irlande avec le nouvel album du groupe Altan – trente ans d’âge – qui signe avec The Gap of Dreams, une création marquée par la rencontre et le partage.

Dès la première écoute, The Gap of Dreams (*) fait défiler des images dans nos têtes – aussi bien celles des landes bordant une mer sauvage que celle des pubs où les musiciens se retrouvent- et donnent une irrésistible envie de bouger.

Pour nous plonger dans le magnifique et sauvage Comté de Donegal, au nord-ouest de l’Irlande, le berceau du groupe, Atlan propose des ballades rêveuses ou toniques en gaélique ou en anglais.

Hommage à ceux qui sont partis, ce disque est aussi ouvert à demain et Altan a convié pour ce voyage musical des compositeurs plus jeunes.  AInsi Nya Byrne, la fille de Mairéad Ni Mhaonaigh, voix cristalline et violon aérien,  signe Nias’s Jig, de belle facture, quand Sam Kelly, le fils de Mark, un des guitaristes du groupe, a donné vie à The Beekeeper. Ces deux jigs, couplés au morceau titre de l’album, offrent une belle introduction au reste.

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Daran : retour en force

Trois ans après Le Monde perdu, Daran nous revient avec Endorphine, un CD bourré d’énergie dans lequel l’artiste n’a rien perdu de ses colères. Sans pour autant tomber dans la revendication d’un tract. Cela sort un peu de l’ordinaire musical du moment.

Hormones secrétées par des glandes cérébrales et présentes dans de nombreux organes dont le cerveau et la moëlle épinière, les endorphines provoquent une sensation de relaxation, de bien être, et parfois d’euphorie. Désormais, le mot est indissociablement lié l’univers sonore de Daran qui l’a choisi pour son retour dans la lumière et sur scène : sa tournée a commencé le 30 mars et il sera notamment en première partie de Fred Blondin, le 14 avril au Casino de Paris.

D’emblée, ce disque nous saisit par la force des textes et des mélodies qui en tournent pas en rond. La plupart des mots d’Endorphine(*) sont l’œuvre de Pierre-Yves Lebert, parolier fidèle de Daran, sauf Ici et Horizon, signé Erwan Le Berre, du groupe belge Atomique DeLuxe, autre vieux copain de Daran. Et l’artiste n’a pas hésité à donner de sa voix puissante sur des chansons qui sortent des rengaines psychologiques si présentes dans la chanson actuelle et qui tournent parfois en rond…

Que ce soit avec Halima, et son rythme étouffant, évoquant le drame du Bataclan qu’avec Horizon et cette évocation saisissante de ces usines qui ferment et cachent bien des drames humains.  « On a bien tenté de se battre au début/ Mais contre qui contre quoi contre la fatalité/ On a tendance à se résigner assez vite aussi c’est vrai/ Alors on a baissé les bras et on a regardé les évènements s’enchaîner. »

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Le « cri essentiel » de Hugh Coltman

Il avait rendu un hommage remarqué à Nat King Cole. De retour avec ses propres chansons dans Who’s Happy ? (*), Hugh Coltman signe un disque magnifique, porté par sa voix puissante où, une fois encore, il débarque là où on ne l’attendait pas…

On l’avait quitté en 2017, avec une victoire de jazz pour son Shadows : Songs of Nat King Cole. On le retrouve quelques mois plus tard avec Who’s Happy, un disque où il a pris le chemin de la Nouvelle Orléans pour enregistrer de nouvelles compositions accompagné d’un brass band local et du guitariste et co-réalisateur de l’album : Freddy Koella qui a aussi bien joué avec Bob Dylan, Willy DeVille que Francis Cabrel.

Dès la première écoute, c’est une petite claque tant le crooner anglais a le timbre chaud adéquat pour célébrer un blues des familles, en passant allégrement du rock au jazz. L’artiste, âgé de 47 ans, avait prévenu : « Je compose aussi, j’ai envie de chanter mes propres chansons, mes mots à moi ».

Porté par le brass band, les riffs des guitares folk conduites par Freddy Koella et des cuivres soul, qui sonnent comme dans les bonnes vieilles processions, son disque décoiffe sévère et on se laisse porter d’une plage à l’autre, y compris quand Hugh Coltman s’amuse à faire swinguer des paroles made in France. « La musique de la Nouvelle Orléans n’est pas forcément virtuose; elle met en avant le cri essentiel« , dit-il. Et le sien a un sacré écho…

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En souvenir de Lhassa…

Décédée à Montréal en janvier 2010, Lhasa a marqué les ondes en trois albums seulement. Hommage lui est rendu avec une Intégrale (*), accompagnée d’un inédit : un concert à Reykjavik, qui n’est pas bouleversant, il est vrai.

Plus connue sous le nom de scène de Lhasa, Lhasa de Sela est une chanteuse américano-mexicaine qui a vécu au Québec. En 1998, son album La Llorona (une ranchera mexicaine rendue célèbre par la célèbre Chavela Vargas) avait fait découvrir au grand public le drôle de nom d’une artiste à la voix grave, profonde, et qui chantait en trois langues (anglais, français et espagnol). Un disque présenté comme une évocation d’une « Amérique latine à la fois réelle et imaginaire, née de la mémoire d’une enfance itinérante. »

Il est vrai, Lhasa, née à New York en septembre 1972, n’avait pas décidé d’opter pour la vie d’artiste sur un coup de tête. Elle avait commencé à chanter à 13 ans dans un café grec de San Francisco et fait des gammes ensuite dans bien des lieux de musique comme la Maison de la culture mondiale de Montréal. Lire la suite

L’univers étrange de Coffees & Cigarettes

Taillé pour la scène, Freak Show (*) est le nouvel album du groupe Coffees &Cigarettes. Un cocktail détonnant où les chansons de Renaud Druel nous emporte dans un univers déconcertant, inquiétant à souhait.

Auteur, compositeur et interprète, Renaud Druel est l’âme de Coffees & Cigarettes, un groupe dont le nom est un clin d’œil évident au long métrage  éponyme devenu culte de Jim Jarmush. En 2014, il avait publié un premier album, plus rock, London Western, salué par les critiques et qui plongeait l’auditeur dans le Londres victorien de l’époque de Jack l’Éventreur.

Avec Freak Show, il a imaginé un mélange de rock et de hip hop survitaminé où les envolées de cordes (alto, violon ou violoncelle) font bon ménage avec une rythmique du tonnerre (Un nouvel espoir). Et quand l’harmonica fait une étrange apparition, c’est pour servir un Hip Hop Blues des familles. Théâtral en diable, ce nouvel album est un hommage mélodique à tout l’univers du cinéma fantastique, voire d’épouvante. Lire la suite