En souvenir de Jo Privat

Swing of France, accompagné du guitariste virtuose Daniel Givone signe un hommage tonique à Jo Privat avec Manouche Partie (*).

C’est la renaissance d’un album mythique. Nous sommes en 1960 et l’illustre Jo Privat enregistre un disque qui va devenir, selon l’expression consacrée, culte. Il s’agit de Manouche partie. Devenu un classique du jazz musette, ce disque va influencer des générations de croque-notes. Avec le franc parler qui était le caractérisait, Jo Privat avait déclaré ensuite : « De tous mes disques, c’est certainement celui où tous les musiciens ont mis le plus de cœur; c’était homogène (…) on bandait quoi ! »

En refaisant vivre ce disque, Swing of France – un groupe qui se bat pour redonner ses lettres de noblesse au jazz musette – et Daniel Givone ont eu la bonne idée de rester fidèle à l’original sans pour autant jouer la copie conforme. Et le résultat est plein de punch et enlevé.

Daniel Givone souligne : « Je crois que la première chose que j’ai entendu en venant au monde c’était un disque de Jo Privat… » Accordéoniste, son père passait régulièrement cet album sur le tourne disque familial et, bien avant de se mettre à la gratte, Daniel a été baigné dans cette atmosphère musicale.

Lire la suite

Le swing symphonique de Guy Luypaerts

Les Chansons de ma jeunesse (*) cache, derrière une pochette un peu trop rétro, une riche compilation  de mélodies interprétées par des grands (Trénet, Sablon Guetary) et signées d’un as du jazz symphonique : Guy Luypaerts.

Au gré des plages, on est surpris par la qualité et la variété des compositions de Guy Luypaerts dont le nom ne dit certainement rien aux moins de 20 ans. Et pourtant, il suffit d’écouter le swing d’un morceau comme Avalanche, les délicats arrangements de La Ballade des petits lutins pour mesurer le coup de griffe de ce musicien. Il y a chez ce compositeur, né à Paris, le 29 septembre 1917, une joie de vivre et un amour de la musique qui « transpirent » de toutes ces musiques retrouvées et regroupées où le moindre basson peut apporter une rythmique du tonnerre.

Après avoir été pianiste de jazz dans des formations reconnues comme celle de Bill Coleman, l’artiste a été versé au théâtre aux armées où il devient l’accompagnateur de Charles Trenet. C’est Trenet qui va lui créer, en 1940, sa première chanson, la mélancolique Près de toi mon amour qui ouvre au demeurant ce CD et que l’on va découvrir avec plaisir, tant cette chanson est bien ciselée. Lire la suite

Brassens au féminin

pauline-contrebasse-hd2Il y a les reprises qui tuent –  comme c’est à la mode, vous n’avez pas besoin d’un dessin ! – et celles qui revisitent un univers, lui redonnant un lustre certain. Avec Contrebrassens – A l’ombre du cœur de ma mie (*), Pauline Dupuy, très bien entourée, en apporte la preuve.

On se souvient que, sans son contrebassiste fidèle, Pierre Nicolas, l’univers de Georges Brassens n’aurait pas été le même. Celui qui n’a pas eu le temps d’écrire le livre qu’il voulait faire, son Brassens vu de dos, et dont la formation de violoniste conduisait à une touche particulière sur sa contrebasse, a apporté un environnement musiscal particulier aux chansons du Sétois.

En livrant ses versions de 11 chansons de Brassens, Pauline Dupuy donne une autre approche de cet univers de mots, de croches et de jazz. « Brassens me fait du bien, dit-elle. J’aimerais qu’il vous en fasse aussi. Ce qu’il nous raconte est drôle, profond et engagé. Si on a aujourd’hui besoin de sens, on a aussi besoin de son humour et de ses valeurs. » Dès la chanson d’ouverture, Cupidon s’en fout, Pauline Dupuy nous cueille de sa voix chaude et au timbre doux qui se détache de la rythmique donnée par sa contrebasse de chevet. Elle ne copie pas Brassens et se l’approprie, faisant revivre un swing profond.

 

Lire la suite

Le swing sensuel et joyeux de Natale

fa8530Jazz ma chérie (*), ce sont les  variations de Natale pour swing bien tempéré. Une artiste dont la voix est capable de bien des modulations. Sérieux s’abstenir !

Avec la vogue des reprises, souvent signe moderne d’un manque d’inspiration, on aborde l’album avec un brin d’appréhension. Mais, dès le premier titre, Tu veux ou je veux pas, parodie du tube de Marcel Zanini, on mesure que l’artiste à un joli coup de griffe et une personnalité forte. Et la suite confirme la première impression avec une douzaine de chansons qui oscillent entre jazz, pop, et touches électros. Féministe jusqu’au bout des rythmes, Natale ne parodie pas pour ne rien dire et on prend un plaisir certain à la suivre sur des mélodies aux arrangements subtils – Natale a cosigné la réalisation avec Vincent Bruley ( qui créa  Étienne-Étienne, de Guesch Patti)-  avec notamment des cuivres solides et une batterie tout en douceur. Lire la suite

Archibald prend le large

1540-1Premier album d’Archibald, In Time In Space (*) est nourri des vies multiples de sa créatrice, Roxane Terramorsi. De quoi nourrir bien des explorations musicales.

Avec des études d’éthologie et de biologie à son actif, après avoir étudié les singes dans la jungle, les blattes dans un laboratoire, Roxane fait un nouveau grand écart en signant en compagnie de Nicolas Gardel, In Time In Space (*), un disque aux influences multiples. Et qui évoque sur tous les tons et bien des rythmes le voyage sous toutes ses formes.  « C’est un album en  hommage aux marins, aux bateaux qui ont coulé et à tout ce milieu maritime« , dit Roxane.

Après avoir débuté sur Anjo Vingador, et ses sonorités qui ne dépareilleraient par sur bon vieux Carlos Jobim, le voyage se poursuit avec quelques sonorités italiennes, une évocation ,dans la mélodie éponyme, de Scott Moorman, disparu mystérieusement avec ses compagnons dans un atoll des îles Marshall en 1978. Et ce, avant de se terminer par un hymne aux isthmes.

Lire la suite

Les errances électroniques de Josef Bilek

bilek-300x300Avec vingt ans de musiques électroniques dans son sac à rêves, Josef Bilek signe avec Serendip un disque ouvert sur bien des univers. Nerveux ,vibrant  et fruit de savants métisssages .

Josef Bilek est un homme d’aventures expérimentales. Celui qui est, bien sûr, connu comme L’Homme qui marche, définit ainsi ces années de voyages musicaux. « De la techno, de la jungle/drumn’bass, de l’electronica, du hiphop, de l’electro-jazz, des remixes,des BO de films, des musiques pour le théâtre ou la danse, des compos pour des films d’entreprise, pour l’art contemporain, de l’habillage sonore pour des lieux…. bref tellement de choses… » De fait, cet artiste qui se présente comme « Mâconnais-Lyonnais », a construit son univers à partir d’une culture électro alternative au gré de différents collectifs.

Avec Serendip (*), il signe son premier album assez original, fruit de toutes ces 9216_153262999842_673944842_2758641_6908192_n1expériences et ces nombreux chemins de traverse. Le titre est déjà tout un programme : Les Trois Princes de Serendip (Serendip était en persan ancien le nom de Ceylan )  est un conte dont la traduction serait l’œuvre d’un certain Cristoforo Armero et qui fut  publié en 1557 par l’imprimeur vénitien Michele Tramezzino.

L’histoire ? L’auteur  raconte que le roi de Serendip a envoyé  ses trois fils à l’étranger afin de parfaire leur éducation. Sur la route,  ils vivent de nombreuses aventures au cours desquelles ils utilisent des indices souvent très ténus pour leur permettre de remonter logiquement à des faits dont ils ne pouvaient avoir aucune connaissance par ailleurs. Une telle référence pourrait être aussi une forme de clin d’œil à un certain  Corto Maltese, lui-aussi porté sur les voyages initiatiques et l’ésotérisme…


Lire la suite

Liane Foly : son retour de swing

8916053-14132592Il faut reconnaître une qualité à Liane Foly : une  capacité à repartir à zéro. Après huit ans d’absence discographique – son album Le Goût du désir remontait à 2008 – elle s’est attaquée à un projet qui lui tenait à cœur : des reprises de tubes en version jazz. Le résultat de Crooneuse (*)  est inégal.

Il faut bien le dire : la vague des reprises font peur tant elles symbolisent une incapacité à faire du neuf, à dénocher  les Brel,  Brassens, Higelin du 21ème siècle. Manque d’imagination ? Peur d’innover ?  Désir de rentabiliser un vieux fond de commerce qui a fait ses preuves ?

554855550_1280x720En tout cas, le Crooneuse, nouveau disque  de Liane Foly peut susciter une indifférence polie, d’autant plus que l’artiste avait pris le parti – le public n’étant plus vraiment au rendez-vous au demeurant – de se lancer dans les imitations avec un talent certain. Sans jamais faire l’impasse sur les Restos du cœur et en faisant quelques apparitions, fort honorables, de comédiennes. « Après huit ans d’une grande parenthèse d’imitation en one woman show, il était temps pour moi de revenir à la musique » dit-elle simplement dit pour commenter ce retour. Lire la suite