Delano, acte II

Deuxième album en solo de Alexandre Delano, Ven Ven Ven offre, sur un univers sonore électro-folk, des ballades intimistes. Un album ciselé et qui ne peut que toucher les amateurs d’un univers planant et intime.

Alexandre Delano a connu plusieurs vies musicales. Après six albums publiés au sein du groupe The Delano Orchestra dont il fut chanteur et leader, après avoir accompagné l’aventure Babel, de Jean-Louis Murat, il a opté pour une carrière solo avec l’album Eau, en 2015. Il récidive avec Ven Ven Ven où l’on retrouve musicalement sa marque de fabrique avec les parties de cuivre et de cordes fort travaillées comme en atteste une chanson comme Le Ciel sur terre. Un écrin sonore pour accompagner des textes poétiques où l’auteur suggère plutôt qu’il n’assène

Chez Delano, on sent que le second niveau est une marque de fabrique comme dans certains récits qui semblent venus du Moyen Âge. Ainsi quand il chante dans Le Bois de Diane, où l’on sent une filiation avec Jean-Louis Murat : « La vipère s’est mordue la queue/ baiser crochu sur son reflet/et le poison s’est répandu dans l’eau du lac à tout jamais. » Ou encore dans Le Lac, ces vers mis en avant par des arrangements minimalistes : « Je vis comme le lac/ mes émotions frémissent à rebours/ dessus le voile se plisse dedans/je prends le temps de garder la chaleur/ le temps de charger la couleur du temps. »

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Angélique Ionatos : les chants de liberté

Hommage

Elle fut une des grandes voix de la Grèce en exil. Angélique Ionatos vient de disparaître à l’âge de 67 ans. Une grande voix de la chanson ne fera plus résonner les mots de poètes majeurs.

Certains évènements donnent des exilés magnifiques. Ce fut le cas avec la dictature des colonels de triste mémoire en Grèce qui contraignit à l’exil en Belgique Angélique Ionatos, alors âgée de 15 ans, avec sa mère et son frère Photis. Trois ans plus tard, avec Photis, elle signe un premier album Résurrection, qui remporte le prix de l’Académie Charles-Cros. Au cours de sa longue carrière, riche d’une vingtaine d’enregistrements, elle en recevra deux autres. Le dernier sorti en 2015 fut Reste la lumière.

Angélique Ionatos mit fin à ce duo quand elle eut le sentiment qu’il fallait célébrer les poètes en les mettant en musique. Elle a déclaré notamment : « J’ai souvent dit que pour moi, Grecque de la diaspora, ma vraie patrie, c’est ma langue. En effet, je crois que si la poésie n’existait pas, je ne serais pas devenue musicienne. Cela semble un paradoxe, mais il n’en est rien. C’est la poésie qui a engendré mon chant. Et je suis convaincue que tous les arts, sans exception, sont les enfants de la poésie » Elle a ainsi célébré les vers du prix Nobel de littérature Odysseas Elytis ou chanté ceux de Sappho de Mytilène en compagnie d’une autre grande artiste Nena Venetsanou dans un album magnifique. Pour l’anecdote, elle avait 28 ans quand Elytis lui refusa de mettre en musique Marie des brumes. Sautant dans un avion, elle fit le voyage pour le voir… et le convainquit. Plus tard, Angélique Ionatos mettra aussi en musique les textes français d’Anna de Noailles et espagnols de Pablo Neruda.

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Un oiseau de scène et de passage

Artiste polyvalente, Céline Mauge revient au sein de son groupe Laughing Seabird pour signer une folk-pop inspirée dans The Transformation place. Des chansons en forme de célébration du lâcher-prise.

Céline Mauge aime prendre son temps et s’aventurer sur bien des voies musicales. La preuve ? Comédienne professionnelle à 20 ans, elle a joué dans différents films et pièces de théâtre avant de devenir une voix forte dans le doublage en prêtant son timbre entre autres à Sienna Miller, Selma Blair, ou Ellen Pompeo dans la série Grey’s Anatomy, et en interprétant deux personnages du trio des Totally Spies, dessin animé télévisé à succès. C’est en 2006 en jouant dans l’Opéra-rock de Boris Bergman, La Nuit du rat, qu’elle a opté pour un virage musical.

Après un premier album, And I Become, la voilà de retour avec ce disque chantée en anglais ou en français, sur une folk pop métissée où parfois se glisse une mélodie celtique (Direction oubliée) ou une rythmique latino comme dans Vivre (No Way Back) où elle chante : « Chaque matin le soleil se lève/ Nous réchauffe sans repos ni trêve/ Lui comme toi a un cœur qui bat/ Qui un jour éclatera/ Vivre, c’est ici, maintenant. »

De ses origines bretonnes, elle a gardé ce nom de scène et, somme tout, une « mouette rieuse » , ça aime changer de rivages. Un nom qui sonne bien au fronton d’un disque où il est question de trouver l’endroit où l’on peut vivre dans une certaine harmonie, une « paix relative« , comme elle le dit. Une chanson en forme d’invitation au rêve.

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En v’là du blues !

En route pour la gloire, c’est le 1er EP d’un vagabond de profession, Huckleberry Finn Jr. Un retour sur une néo-folk qui dépote.
Une image dans la grande tradition du hobo américain.

Huckleberry Finn, c’est l’ami de Tom Sawyer, deux héros de Mark Twain. Et Huckleberry Finn Jr., ce serait le le arrière, arrière petit-fils du premier nommé… Comme son cet ancêtre choisi Junior ne prise guère les conventions et les normes imposées par la société. Cet autodidacte touche à tout a promené sa musique sur bien des routes.

Avec ses huit morceaux partiellement enregistrés sur un 8 pistes cassette, et entièrement conçus en acoustique avec guitare, banjo, harmonica, guimbarde (sans oublier un éclat d’orgue sur Quand j’partirai), Junior mène la danse avec cette voix qui n’est pas sans parenté avec celle d’un Charlélie Couture dans le flow rocailleux inspiré par les chanteurs folks américains des années 50 et 60. Avec un credo exprimé dans une chanson : « Le bonheur est ici et maintenant. »

Si la slide fait une apparition remarquée dans un titre comme La Déveine, cet album bien inspiré est celui d’un quadragénaire qui se moque des modes et célèbre de titre en titre son goût pour l’aventure et les belles rencontres inattendues. En mariant le bluegrass aux sonorités des musiques cajun(C’est aujourd’hui demain).

Aimant les belles histoires qui sonnent « vraies » ou les légendes devenues réalité, l’artiste a même, via son dossier de presse, imaginé qu’il aurait monté un groupe de Jazz avec Banjo, docker noir américain, héros du romancier jamaïcain naturalisé américain Claude Mac Kay dans un roman éponyme marquant publié en 1928 qui a les docks de Marseille pour cadre. Avec, en prime, la référence directe à Woody Guthrie, sans lequel un Bob Dylan n’aurait peut-être jamais vu le jour, Huckleberry Finn Jr se glisse sous le patronage de quelques noms marquants de l’univers des trimardeurs professionnels.

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Ali Veejay entre pop et groove caribéen

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Un premier album qui mise sur la légèreté et une pop, teintée de soule et de folk : Ali Veejay nous embarque dans un univers musical métissé dans ce disque griffé de son nom d’artiste
Ali Veejay a aussi dessiné la pochette

Une poésie simple sur des mélodies qui fleurent bon le voyage et des rêves d’ailleurs : ce n’est pas si mal pour les temps qui courent. Pour son premier album(*), Ali Veejay offre un album de belles ballades à l’atmosphère de groove folk. Ici où là le disque se pimente de sonorités venues d’ailleurs, des Caraïbes notamment le reggae (Small Fishes). On est loin de la rage électrique de la formation 1=0 dont il fut le chanteur. Cette fois, Ali Veejay vogue vers des rivages musicaux plus apaisées qui sont plus proches d’une world music ouverte à bien des influences. Après avoir travaillé en médiathèque, Ali Veejay a justement découvert les musiques du monde : sons du Liban, du Japon ou encore d’Égypte…qui ont, sans nul doute, imprégné son inspiration. Last song en témoigne avec cette espèce de reggae folk new new age soutenant sa voix haut perchée. Une chanson qui a inspiré son premier clip, dont il a réalisé les dessins, animés par Victor Bonnet, un « motion designer ». Il y lance : « Darling I sense you have mysterious qualitites/  when you hold my hand / it’s like I’m swimming / but you keep on worrying/  whether I am your friend your ennemy/  how I like your smiling baby/  you have no idea/  this need to race/  this need to chase/  won’t last long.« 

Dans ce disque, dont il écrit et composé toutes les chansons, Ali Veejay, qui a posé son sac du côté de Bordeaux, chante joue des guitares et de l’harmonica accompagné d’ Alexandre Tanet au saxophone, Julien Zordan et Jildaz Le Bras à la basse, et Orval Carlos Sybélius à la batterie. Chanté en anglais et en italien (l’étonnante Odio puro ) et le disque a été enregistré à Montreuil, Saint Malo, La Clef de Saint Germain en Laye, et Saintes.

On pourrait reprocher au texte une approche parfois simpliste (Yogi Grl): au demeurant, il se dégage de ce premier opus des atmosphères musicales paisibles où le jeu gracile et léger à la guitare embarque l’auditeur vers des univers de douceur chaloupé. Avec des chœurs soutenant les arpèges de gratte qui rappellent les musiques californiennes de la belle époque (Running Grl). Et quand la batterie s’en mêle dans un roulement qui va crescendo, cela donne un titre plein de sève comme Hurt The Sleeping qui pourrait rappeler certaines mélodies d’un Paul Simon.

Ne jouant jamais les prolongations, les plages de cet album offrent quelques jolies moments de rêve et d’évasion.

(*)Dora Dorovitch

Ghern : son présent au futur

Dans un grand dépouillement folk-rock, ce qui n’exclue pas quelques sons électroniques, Ghern signe avec Beau Futur (*), un premier album à la personnalité certaine.

Ingénieur du son de formation, installé à Montreuil en proche banlieue parisienne, Jérôme Ghern a connu les étapes des petits boulots alimentaires avant de signer ce Beau Futur, son premier disque. Un opus qui se termine par Le 1er, évocation teintée d’ironie de l’auteur sur son parcours, où il lance, dans une mélodie à la pop massive : « Pendant toutes ces années / J’ai fait de mon mieux / Comme si on attendait de moi / Que je sois le premier ». Marqué d’influences multiples – de Neil Young à Bashung via Christophe – Ghern impose sa griffe musicale, un folk mêlé de pop-rock, ce qui n’exclue pas l’irruption de cordes pour soutenir l’ambiance poétique de certains morceaux comme sur En Attendant Jodot , une très belle chanson où il célèbre un ami parti en se jouant des mots de Beckett.

Après Inauguration, le morceau d’ouverture, plutôt solennel dans la sobriété, avec deux irruptions inattendues de wood-block, Ghern déroule une série de chansons qui donnent quelques pistes discrètes sur les états d’âme de l’artiste ou sur le regard qu’il porte sur le monde. Ainsi dans Météo France, il interpelle son pays et lance : « Qu’as-tu en tête ou sur le cœur ? / Qu’est-ce que tu sais de l’amour ? / Qu’est-ce que tu veux ? » Et quand il chante Rien dans les poches, c’est pour dire une certaine inquiétude cachée sous une nonchalance voulue en voyant le monde en plein dérèglement sociale et climatique : « On n’a rien dans les poches/ Seul’ment un poing serré ». Plus loin, quand il s’agit d’évoquer ses premières années parisiennes, il le fait sans s’appesantir sur les maux de l’âme et chante dans Il ne faut jamais rien raconter : « Bien sûr j’ai eu quelques blessures au cœur / Et des amis pour m’aider à avancer / La fleur au fusil, toujours vers l’inconnu / Quand j’avais pas la confiance d’une tête brûlée ».

Ghern, une nouvelle voix

Ghern peut aussi s’évader vers un univers plus surréaliste avec une chanson comme La Chaise d’émeraude où ,derrière un univers plus rock avec des guitares et des claviers qui se répondent dans un savant crescendo, il salue le monde vu par un Facteur Cheval, en évoquant comme point de départ une « chaise magique » sur laquelle, assis, il s’est, soudain, « vu passer » à la fenêtre. Un voyage onirique sans quitter sa chambre… Il peut aussi vraiment voyager et cela donne un titre comme Ghernada, hommage à l’andalouse Grenade qui déploie sa beauté architecturale sur un fond de montagnes enneigés. « Je te retrouve enfin ma belle Grenade/ Tu m’avais tant manqué« , dit-il.

Chanteur des petites choses qui prennent parfois une valeur toute symbolique – cette Fille à la moto, incarnation d’un certaine féminisme et d’une figure un brin libertaire – Ghern est plus dans la suggestion, dans l’émotion que dans l’affirmation gratuite. Un artiste dont il faudra suivre désormais les pérégrinations.

(*)Label / Phonomagic

Sur la route du folk

Bonnes vieilles guitares, violon qui embarque son monde, banjo… Atlas, l’EP du duo Morgane & Jeff, est le fruit de bien des voyages . Il est teinté d’un folk tour à tour tonique ou nostalgique.

Atlas(*) est le genre de disque qu’on a envie d’entendre quand on roule au petit bonheur sur des voies de traverse, en se laissant aller à rêver. Accompagnés d’instruments venus de la scène bluegrass, Morgane Gaudin et Jeff Mailfert se sont croisés sur une scène à Vannes et décidé de marier leur univers. C’est à bord d’un classique combi Volkswagen que le duo a fait le tour des scènes françaises et européennes depuis quatre ans.

De quoi inspirer une belle chanson comme Feuille de route où ils chantent : « Sur cette route embrumée/ On égare quelquefois L’esprit léger d’autrefois. » Sur scène, le duo a, plus récemment,  croisé le groupe Cocoon ou assuré la première partie des Innocents en novembre dernier.

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Dalva en pleine lumière

Le deuxième album de Dalva, Lumen(*), porte bien son nom car il met en lumière certains éclats poétiques de l’auteur présentés dans un écrin folk-rock.

Loin des autoroutes de la musique  en vogue, Lumen embarque son monde dans un univers sonore où les arrangements marient  folk et rock pour créer une atmosphère musicale propice à des textes poétiques et qui ne se livrent pas à la première écoute du nouvel album d’un artiste élégant et discret.

L’homme a l’inspiration littéraire et le prouve dans Ta gueule (rien à voir avec Johnny Hallyday !), une chanson qui évoque le retour au point de départ après un accident, une opération ou, symboliquement, une peine. Une chanson qui fait référence à l’essai de Pascal Quignard, Les Désarçonnés, et à certaines nouvelles de Raymond Carver. « Y’a ton regard en décalco/ Sur la vitre du métro », lance t-il.

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Beyries : la vie tout simplement…

Avec son deuxième disque, Encounter(*), Beyries évoque, dans un style dépouillé et poétique, des histoires intimes, les relations qui se tissent au gré des étapes d’une vie.

Amélie Beyries nous vient du Québec : elle est née à Montréal il y a quatre décennies et continue d’y vivre. Si elle joue de la musique depuis son enfance, elle a fait pas mal de métiers avant de revenir à cette passion initiale : elle a bossé en restauration, comme attachée de presse, ou encore dans une entreprise d’effets visuels où elle occupait des fonctions de direction.

C’est en luttant contre un crabe tenace qu’elle a fait écouter à des amis une première chanson Soldier, récit de son parcours de combattante : il la pousse à sauter le pas du studio d’enregistrement. Mais elle ne sent pas prête et finira par passer à l’acte sur le label Bonsound : Landing sort en février 2017. Le succès de The Pursuit of Happiness et le duo avec Louis-Jean Cormier, J’aurai cent ans, seule pièce en français de l’album, la révèle au grand public. Lire la suite « Beyries : la vie tout simplement… »

Yves marie belloT dans le grand bain

Rien que son nom – Yves marie belloT – est tout un poème. Pour ce retour sur le devant de la scène avec son Grand plongeoir, l’artiste de formation classique a pris du temps pour affiner son style. Et le résultat est là. Un album bien ciselé.

Il y a un côté folk bien tempéré dans ce Grand plongeoir avec un habillage sonore présent mais pas écrasant, des éclats de chœur (Pardonne-moi) façon sixties, des rythmiques de bossa nova tonique (Le Candide au grand cœur) en forme de douce ritournelle bercée par des éclats de cuivre… et le picking délicat dans De la place du conducteur où l’artiste plonge son regard dans le rétroviseur de sa vie. Entre autres.

Trois ans après Maladroits ordinaires en 2017, Yves marie belloT a fait le tri dans ses influences et ses expériences pour signer cet album à la belle unité, entouré d’une douzaine de musiciens qui assurent leur partition allegro ma no troppo. Il souligne : « J’ai passé trois ans à chercher et à écouter beaucoup de musique pour trouver la manière dont je voulais que ce disque sonne. » Le résultat est à la hauteur des espérances.

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