La mémoire musicale des indignés

Son de la barricada (*) revisite avec fougue des grands airs de révolte. La mise en ondes est d’une grande efficacité et redonne un coup de jeune à des chansons qui restent gravées dans la mémoire des indignés.

Une version plus douce de El pueblo unido jamás será vencido, hymne révolutionnaire des Quilapayun; version vitaminée de Son de la barricada, la chanson titre inspirée de la grève et des répressions qui eurent lieu à Oaxaca au Mexique en 2006; reprise de Guitarra roja, œuvre du grand poète argentin Martin Castro…  Avec ce nouvel album, le groupe El Communero fait souffler un tonique vent de révolte sur les ondes.

Ayant vu le jour en 2008, autour du guitariste et chanteur Thomas Jimenez, petit-fils d’un « guérillero » et membre du groupe L’Air de rien,  El Communero publie ce Son de la barricada, un troisième album qui redonne une seconde vie à des chants de lutte, tels A la Huelga, « tube » de la Révolution espagnole de 1937, ou Todo es de color, du duo de flamenco Lole y Manuel qui œuvra en pleine Espagne franquiste.

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Soan sonne l’alarme

Voix cassée et profonde, Soan revient sur le devant de la scène avec Celui qui aboie (*). Un CD où il chante à plein cœur pour un opus enregistré en cinq jours.

Dès le départ, Soan annonce la couleur avec Ces lumières, un texte sombre sur les amours blessées où la voix progressivement se fait puissante pour capter l’attention. « J’ai la mémoire à vendre à mes amours d’un soir » , lance t-il à fleur de désespoir avec des échos  – clairement revendiqués depuis ses débuts –  à  un Jacques Brel.

Tout au long de Celui qui aboie, Soan nous embarque dans un univers de bastringue où, harmonica et percussions se répondent pour évoquer par exemple l’ivresse dans la chanson-titre, en forme de confession intime assez réussie. Comme il évoque ses rêves de liberté dans Vingt cinq printemps où l’alcool n’est pas, une fois encore, très loin  : « La liberté c’est bon comme un verre dans le gosier. » Une chanson marquée aussi par sa relation amicale avec Jean Corti, un accordéoniste qui fut compagnon de route de  Brel et qui fit des prestations réussies plus récemment avec les Têtes Raides.
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Sur tous les tons !

Puisque les temps sont difficiles, voilà quelques airs à se passer en boucle.

Depuis 1989, certaines idées font – fort heureusement- réagir. Allons enfants de la musique !

Benjamin Biolay et Le Vol noir

Michel Fugain, et La Bête Immonde

IAM et 21/04

Pierre Perret, et La bête est revenue

Philippe Katerine, et 20-04-2005

Et sans perdre son sens de l’humour (noir)

Les voyages métissés d’Idir

Cela aurait pu être le énième produit marketing construit sur des reprises. Dans Ici et ailleurs, Idir signe, en langue kabyle, une re-création de titres célèbres. De la belle œuvre

Dans Ici et ailleurs, tous les duos voulus par Idir ne sont pas de la même qualité, mais, quand la rencontre prend, cela donne des instants musicaux d’un parfait équilibre. On se prend ainsi à redécouvrir même une chanson comme On the road again que Lavilliers a déjà « usée » dans bien des duos.

Mais, la langue kabyle magnifiquement servie par Idir, porté par ses musiciens en état de grâce, permet de colorer d’une autre teinte cette chanson de voyage. Et même quand il fait revivre Jardin d’hiver, un des derniers tubes d’Henri Salvador, en restant proche de l’original, Idir sait lui conférer une autre sensualité mélancolique.

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Prévert en vers… et contre tout.

Disparu il y a quarante ans, Jacques Prévert demeure le poète de la liberté et de l’audace. Béatrice Fontaine prouve son éternelle jeunesse dans sa fantaisie musicale : Prévert, Kosma… et moi (*).

Il y a chez Prévert, une simplicité apparente qui rend sa poésie accessible à tous. Et pourtant, pour parvenir à une telle fluidité, que de travail ! Il y a surtout chez Prévert un formidable appel à la liberté, un appel à prendre toutes les libertés. Qui a plongé dans Prévert ne peut que garder à l’esprit ses paroles.  Face à  Dieu qui n’arrête pas de polluer l’actualité, il faudrait obliger tout le monde à apprendre ces vers : « Notre Père qui êtes aux cieux /Restez-y Et nous nous resterons sur la terre/
Qui est quelquefois si jolie… »

On mesure la puissance de l’inspiration de Prévert en découvrant la fantaisie musicale de Béatrice Fontaine. Avec un sens consommé du jeu théâtral, elle revisite à sa manière les mots de Prévert : des poèmes lapidaires dont il avait le génie comme On frappe , Immense et rouge ou encore Le Jardin, à des textes plus développés comme Dans ma maison. Un album qui « fige » un spectacle éponyme que l’artiste a tourné deux ans sur scène. Et le côté vivant de cet hommage ne perd rien dans ce CD, tant la dame sait habiter les mots du poète.


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