Quand Léo faisait ses premiers pas

Avec le coffret La Vie Moderne/ 1944-1959(*), Mathieu Ferré, l’aîné de la famille, nous fait découvrir les premiers pas d’un artiste qui a conçu une œuvre monumentale. Retour sur le passé.

Le choix de pochettes originales pour illustrer l’habillage du coffret de cette Vie moderne en fait  déjà un très bel objet. Quatorze CD composent cette première partie de l’œuvre intégrale enregistrée de Léo Ferré (trois autres devraient suivre). Ce sont les années où « la fin du mois revient sept fois par semaine« , celles de la « pitance incertaine » qu’il figera en chansons dans la superbe Vie d’artiste. Autrement dit, les années difficiles où l’artiste tâtonne, connaît la mouise aussi entre 1944 et 1959.

Depuis que cette partie de l’œuvre est dans le domaine public, Mathieu Ferré a pu se lancer dans cette nouvelle aventure comme il le souhaitait. Dans une interview sur Culture box, il dit : « Je l’ai fait à ma façon, en essayant de rester au plus près de ce qu’était la discographie originale. En reproduisant les pochettes, en mettant les titres dans l’ordre où ils étaient au moment de la sortie du vinyle, de retrouver cette impression que pouvait avoir quelqu’un qui achetait le nouveau disque de Ferré en 56, ou en 55… il allait chez un disquaire et il achetait le vinyle, il rentrait chez lui, il l’écoutait, il avait une sensation, une émotion, un ressenti particulier. »

Il est vrai, la publication en 1993 des Années Odéon avait déjà offert au grand public l’essentiel de ces premières chansons parmi lesquelles figurent la première version de futurs classiques comme Graine d’ananar, Le Pont Mirabeau ou encore Pauvre Rutebeuf. Là, où le présent coffret apporte du neuf, c’est dans les albums d’inédits où l’amateur peut découvrir certaines pépites. Lire la suite « Quand Léo faisait ses premiers pas »

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Le Boss : le solo lui va bien

En octobre 2017, Bruce Sprinsgsteen lançait une série de récitals en solo dans un petit théâtre de Broadway, le Walter Kerr, une salle de mille places inaugurée en 1929. Un album « live », Springsteen on Broadway (*) porte trace d’un show en forme de promenade autobiographique.

Ce n’est pas pour s’adonner à une quelconque comédie musicale que Bruce Springsteen a installé ses guitares et un piano au Walter Kerr, de Broadway où fort du succès – les places se sont même arrachées à des prix indécents au marché noir – le récital fut prolongé à trois reprises jusqu’à la mi-décembre. Loin des stades où le boss a coutume de se produire, il a opté pour une forme de récit solitaire de son odyssée rock’n’roll.

Son Springsteen on Broadway(*) témoigne de longues apartés avec un public aux anges et qui sont comme des prolongements de son autobiographie récente Born to run. Car, entre chansons, Bruce livre des souvenirs avec un sens consommé de l’anecdote et sans perdre un sens certain de l’humour. Ainsi quand il dit lors d’une pause : « J’ai connu un succès incroyable, et absurde, en écrivant sur des choses dont je n’ai jamais eu la moindre expérience pratique. Tous, je vous en remercie beaucoup. »

A l’écoute de l’opus, on a le sentiment que le Boss est venu jouer de la gratte chez vous en vous dévoilant des pans entiers de sa drôle d’existence et en puisant dans les tous les rayons de sa mémoire discographique avec un sens consommé de la mise en scène et de l’anecdote choisie. Lire la suite « Le Boss : le solo lui va bien »

Le folk apaisant de Frédéric Bobin

Après avoir fait des études universitaires consacrées à  Boris Vian, il n’est pas illogique de passer à la chanson. La preuve avec Frédéric Bobin qui sort un nouvel album folk à la douce beauté :  Les Larmes d’or (*). Un titre poétique à l’image d’un album ciselé…

Silhouette longiligne, moustache discrète et bouc en rapport :  sur la pochette de son disque, il y a quelque chose d’un mousquetaire dans la dégaine de Frédéric Bobin, ce natif de Bourgogne installé à Lyon et qui a commencé de chanter en 2003. Une activité qu’il n’a cessé de pratiquer depuis avec même un intermède africain, en 2008,  et une résidence au Sénégal pour la création d’un spectacle de danse contemporaine – The Scales of Memory –  dont il co-signa la musique avec le compositeur Laforest.

Les Larmes d’or porte la signature d’un musicien et interprète (son frère Philippe signe les paroles) qui prend son temps d’évoquer les choses et préfère le dépouillement d’un folk bien tempéré aux déluges de décibels d’un rock assourdissant. L’univers musical de Frédéric Bobin est intimiste entre la batterie et la basse, tenues par Mikael Cointepas; le violoncelle d’Hélène Piris, qui donne également de la voix dans les chœurs et l’harmonica de Vincent Dupuis ( qui fait quelques merveilles sur des titres comme Jimmy et Les Étreintes intermittentes), l’artiste se réservant le jeu à la guitare et autre guitare slide.

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Karin Clercq sort de la boite

Quatrième disque de Karin Clercq, La Boite de Pandore est un album musicalement ambitieux et dans lequel la chanteuse ne chante pas que pour jouer sur les sonorités des mots. Il faut donc ne pas craindre d’ouvrir cette boite…

La Boite de Pandore commence par une chanson puissante évoquant le drame des migrants : J’avance, un texte dont le contenu a évolué tout au long de la maturation du disque. Elle est suivie par la chanson-titre, accompagné d’un clip qui en dit long sur la violence mondiale.

Née sur la fameuse scène pop belge, Karin Clercq  est de retour avec ce quatrième disque, neuf ans après La Vie Buissonnière. Après avoir longtemps collaboré avec Guillaume Jouan, le complice des premiers albums de Miossec, l’artiste a choisi cette fois de bosser avec la jeune génération pour les  arrangements et  la réalisation d’une équipe formée de la multi instrumentiste belge Alice Vande Voorde (Valko, Kùzylarsen) et du français Emmanuel Delcourt (Roscoe, My little cheap dictaphone), de Laurent Mathoux à l’enregistrement et du lillois Remy Deliers au mixage. Le résultat est un album qui, même s’il peut parfois sembler disparate, sonne avec de vraies tonalités modernes sans pour autant être à la mode.

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Des mélodies pour mieux vivre….

Des parts de rêve est un groupe qui veut nous communiquer le désir de prendre le temps de vivre. Un parti pris d’optimisme qui apparaît dans leur premier album : Terre Happy (*).

« Dire non. Pour rester vrai avec toi-même » pourrait être la devise du groupe Des parts de rêve, formé autour de Christelle et Victor Tinguelly. En tout cas, ils lancent la formule dans Ose dire non, la chanson qui ouvre leur premier album où la terre est au centre de leur inspiration.

Recherchant d’abord le bien être personnel plutôt que la consommation à tout crin, Des parts de rêve a opté pour la fréquence en La 432 htz utilisée avant les années 50, qui fut un des innombrables standards d’accordage du passé et que l’on dit proche de la fréquence de la nature et de l’eau. Même si cette idée ne fait pas partout l’unanimité.

En tout cas, le groupe promène des couplets optimistes – le « Je mérite le meilleur« , de Stop ! – sur des rythmiques diverses  pop, folk, rock (Terre Happy et ses accents à la Dire Straits), blues accompagnés de ballades qui délivrent une atmosphère apaisante mais pas morose.

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Fred Nevché : les mots sur la route

Valdevaqueros (*) marque le retour sur les ondes de Fred Nevché avec un album écrit de Marseille au Québec, via Casablanca. Des mots qui résonnent car mis en valeur par des arrangements synthétiques épurés.

Valdevaqueros porte le nom d’une plage de sable fin d’Andalousie (ci-dessous), entourée par les dunes qui longent la « Costa de la Luz ». Un tel endroit symbolise une invitation au voyage et donne justement son titre au nouveau disque de Fred Nevché, alias Fred Nevchehirlian, un artiste dont les racines se trouve dans le quartier des Olives, à Marseille, même si ses ancêtres ont pris le chemin de l’exil, les uns de l’Espagne sous la dictature franquiste, les autres de l’Arménie paternelle.

Ceux qui connaissent le parcours de Fred Nevché savent qu’il a déjà un solide parcours derrière lui.  Ancien professeur de français, impliqué dans les premières années du slam en France, il a commencé son aventure discographique avec son premier groupe Vibrion et un album éponyme remarqué par un prix au Printemps de Bourges en 2005. En 2009, il vole avec son propre nom  avec Monde Nouveau Monde Ancien, où figure le guitariste Serge Teyssot-Gay, se promène ensuite sur les vers de Prévert… Bref, entre slam, rock et chanson française de facture plus classique, Fred Nevché  a su façonner un univers original dont ce nouvel album est l’expression aboutie. Il se joue aussi bien d’une simple ligne mélodique de synthétiseur que Lire la suite « Fred Nevché : les mots sur la route »

Rachid Taha n’est plus

Mêlant les influences de son Algérie natale à celles du rock, du punk et de l’électro, Rachid Taha a succombé à une crise cardiaque.

Depuis ses débuts en 1981 avec le groupe Carte de Séjour, qu’il avait formé à Lyon avec quatre autres musicien, et leur version revue et corrigée du tube de Charles Trenet, Douce France en 1986, Rachid Taha n’avait cessé d’explorer bien des rivages musicaux, devenant un des artistes inspirés de la scène musicale métissée.

L’homme était aussi un artiste engagée qui n’avait jamais hésité à se servir de sa notoriété pour soutenir les idées qui lui tenaient à cœur. Ainsi, pour lutter contre les lois Pasqua qui visait à réguler l’immigration, Carte de Séjour avait distribuer son Douce France aux députés à l’Assemblée nationale. Lire la suite « Rachid Taha n’est plus »

Eddy de Pretto : pourquoi ce choc ?

En un album, Cure, et quelques passages à la télévision, Eddy de Pretto s’est fait une place de premier plan. D’aucuns le comparent à Stromae. Pourtant Eddy est unique.

Sur le petit écran, avec simplement un iPhone relié à un câble, il fait le show. Eddy de Pretto est vraiment un artiste de son temps, capable d’occuper bel et bien la scène en solo. Quand il a présenté son premier EP, Kids, en octobre 2017, il n’avait pas de musicien hormis un batteur pour ses concerts…

Avec Cure, Eddy de Pretto prouve qu’il n’est pas l’artiste d’un soir mais quelqu’un qui a assez de souffle pour durer. Comme Stromae, il a assimilé tous les styles musicaux, de la chanson classique au hip hop pour les mélanger dans son mixeur personnel et se créer ce style qui n’a pas vraiment d’égal. Mais, il est plus facile de faire des comparaisons hâtives – Stromae y avait eu droit avec Jacques Brel – que d’essayer de cerner l’originalité d’une personnalité. Même si leur clip révèle le même sens des images, del’autodérision et d’une certaine communication chez ces deux artistes.

Chez Eddy de Pretto, il y a une inspiration autobiographique très grande. Il est vrai, parvenir à se faire connaître dans la chanson quand on est né en banlieue – le 2 mai 1993, à Créteil -et qu’on est le fils d’un chauffeur de poids-lourd et fan de football et d’une mère, technicienne de laboratoire « passionnée de culture », n’était pas la chose la plus évidente du monde. Et il fallait une volonté certaine pour tenter de suivre une voie artistique.

De cette vie dans une ville de la banlieue du Val-de-Marne, qui lui a inspiré l’excellent texte de Beaulieue, Eddy doit sans doute ce désir de se dépasser, de « sortir du cadre ». Dans une de ses nombreuses interviews, il glisse : « Il y a un peu ce truc de carcan en banlieue, qu’on le veuille ou non : on nous dit qu’on est en marge, qu’on va arriver à rien, qu’on va mal finir. Moi j’avais des rêves plein la tête et une petite voix me disait que j’allais y arriver. « 

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Fontaine Wallace : un premier album racé

Le premier album éponyme (*) de Fontaine Wallace est un petit miracle d’équilibre. Avec des histoires en apparence simples et directes qui touchent dès la première écoute, ce groupe sait faire partager des atmosphères singulières.

Certains des musiciens de Fontaine Wallace ont déjà fait leurs armes avec des groupes comme Superflu, Luke ou encore Prohibition. On voit qu’ils ont un certain métier  dès qu’on écoute la première chanson de l’album, Une odyssée, dont la pop accrocheuse et raffinée retient vite l’attention. Tout le reste de l’album se déroule sans anicroches avec des mélodies qui s’insinuent doucement, portées par de belles harmonies musicales.

Accompagné de Cécile Beguery à la basse, de Ludovic Morillon à la batterie et de Fabrice de Battista aux claviers, Nicolas Falez- qui assure le chant et la guitare – déroule une série d’histoires qui s’inspirent du quotidien sans en rester captives.

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