Léo et les siens

Le tome 2 de L’Intégrale Léo Ferré et ses interprètes, 1957-1962 (*) est à marquer d’une pierre blanche car l’on y découvre des versions oubliées des classiques de cette graine d’ananar.

Dans ce coffret de 3 CD, il y a des disques incontournables du Ferré qui était encore peu connu du grand public. D’abord ses versions des Fleurs du mal avec La Mort des amants, L’Invitation au voyage, dans des interprétations auxquelles Ferré donnera plus de mordant sur scène des décennies plus tard. On y retrouve aussi des textes des années Odéon, telles que Les Indifférentes, une très belle chanson, et Comme dans la haute. Enfin, il y a le classique des classiques, Les Chansons d’Aragon où Ferré habille magnifiquement les poèmes de l’auteur des Yeux d’Elsa, que ce soit Est-ce ainsi que les hommes vivent ? et surtout L‘Affiche rouge,  dont les chœurs tragiques accompagnent cette ode au martyre de la bande à Manouchian.

Mais, le plus surprenant dans ce coffret, ce sont les interprètes réunis autour du répertoire de l’auteur de Thank you Satan et qui redonnent vie à des chansons parfois oubliées. Lire la suite

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Géraldine Torres, une indignée douce

Un premier album haut-en-couleur pour Géraldine Torres. Avec La Vie sur les os(*), la chanteuse, riche de dix ans de métier en groupe et sur la route, prouve la palette de son talent.

D’emblée, Géraldine Torres cueille son monde par une énergie partageuse. La voix rauque de la dame nous embarque vers des territoires où l’indifférence n’est pas de mise et la colère jamais feutrée. Pour preuve, la chanson dédiée au 11 septembre. Pas celui des tours jumelles de New-York, non celui d’un triste jour au Chili où la dictature militaire mit fin au désir de changement politique de Salvador Allende en son palais de La Moneda et où la guitare de Yann Pompidou distille une douce nostalgie des temps sans bruits de bottes. On sent chez Géraldine Torres le désir qu’une tragédie n’en efface pas une autre dans la mémoire collective.

Le reste d’Avec la vie sur les os est à l’image de ce titre : inspiré, solide, puissant. Et varié. Ce qui n’est pas courant dans l’univers musical actuel où la confession intime (et lassante) tient lieu de passeport…


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La mémoire musicale des indignés

Son de la barricada (*) revisite avec fougue des grands airs de révolte. La mise en ondes est d’une grande efficacité et redonne un coup de jeune à des chansons qui restent gravées dans la mémoire des indignés.

Une version plus douce de El pueblo unido jamás será vencido, hymne révolutionnaire des Quilapayun; version vitaminée de Son de la barricada, la chanson titre inspirée de la grève et des répressions qui eurent lieu à Oaxaca au Mexique en 2006; reprise de Guitarra roja, œuvre du grand poète argentin Martin Castro…  Avec ce nouvel album, le groupe El Communero fait souffler un tonique vent de révolte sur les ondes.

Ayant vu le jour en 2008, autour du guitariste et chanteur Thomas Jimenez, petit-fils d’un « guérillero » et membre du groupe L’Air de rien,  El Communero publie ce Son de la barricada, un troisième album qui redonne une seconde vie à des chants de lutte, tels A la Huelga, « tube » de la Révolution espagnole de 1937, ou Todo es de color, du duo de flamenco Lole y Manuel qui œuvra en pleine Espagne franquiste.

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Soan sonne l’alarme

Voix cassée et profonde, Soan revient sur le devant de la scène avec Celui qui aboie (*). Un CD où il chante à plein cœur pour un opus enregistré en cinq jours.

Dès le départ, Soan annonce la couleur avec Ces lumières, un texte sombre sur les amours blessées où la voix progressivement se fait puissante pour capter l’attention. « J’ai la mémoire à vendre à mes amours d’un soir » , lance t-il à fleur de désespoir avec des échos  – clairement revendiqués depuis ses débuts –  à  un Jacques Brel.

Tout au long de Celui qui aboie, Soan nous embarque dans un univers de bastringue où, harmonica et percussions se répondent pour évoquer par exemple l’ivresse dans la chanson-titre, en forme de confession intime assez réussie. Comme il évoque ses rêves de liberté dans Vingt cinq printemps où l’alcool n’est pas, une fois encore, très loin  : « La liberté c’est bon comme un verre dans le gosier. » Une chanson marquée aussi par sa relation amicale avec Jean Corti, un accordéoniste qui fut compagnon de route de  Brel et qui fit des prestations réussies plus récemment avec les Têtes Raides.
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Sur tous les tons !

Puisque les temps sont difficiles, voilà quelques airs à se passer en boucle.

Depuis 1989, certaines idées font – fort heureusement- réagir. Allons enfants de la musique !

Benjamin Biolay et Le Vol noir

Michel Fugain, et La Bête Immonde

IAM et 21/04

Pierre Perret, et La bête est revenue

Philippe Katerine, et 20-04-2005

Et sans perdre son sens de l’humour (noir)

Les voyages métissés d’Idir

Cela aurait pu être le énième produit marketing construit sur des reprises. Dans Ici et ailleurs, Idir signe, en langue kabyle, une re-création de titres célèbres. De la belle œuvre

Dans Ici et ailleurs, tous les duos voulus par Idir ne sont pas de la même qualité, mais, quand la rencontre prend, cela donne des instants musicaux d’un parfait équilibre. On se prend ainsi à redécouvrir même une chanson comme On the road again que Lavilliers a déjà « usée » dans bien des duos.

Mais, la langue kabyle magnifiquement servie par Idir, porté par ses musiciens en état de grâce, permet de colorer d’une autre teinte cette chanson de voyage. Et même quand il fait revivre Jardin d’hiver, un des derniers tubes d’Henri Salvador, en restant proche de l’original, Idir sait lui conférer une autre sensualité mélancolique.

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