Des femmes peu…communes

Pour célébrer en musique les 150 ans de la Commune, Pauline Floury et Séverin Valière revisitent les textes de figure du mouvement – tels Louise Michel, Eugène Pottier ou Jules Jouy – dans un album tonique en diable : Les Femmes de la Commune de Paris (*).

Oubliés pour la plupart aujourd’hui sauf de quelques historiens et militants, les chansons de Les Femmes de la Commune de Paris témoigne du rôle capital de la gent féminine au cœur de la Révolution de 1871 qui se termina par un bain de sang.

Car les femmes ont pris toute leur place dans le mouvement alors même qu’elle n’avait pas le droit de vote pour participer au mouvement social d’émancipation. Et, sans elles, nul doute que les hommes – un Proudhon n’était pas très féministe par exemple – n’auraient pas voté en 72 jours que dura la Commune autant de mesures libérant un peu les femmes : de la reconnaissance de l’union libre; gestion des ateliers coopératifs; réforme dans l’éducation; interdiction de la prostitution…

Avec des arrangements simples mais efficaces, Pauline Floury (chant et accordéon) et Séverin Valière (chant, guitares, basse, percussions) font revivre l’époque et ses misères en retravaillant des textes qui témoignent de la dureté de ces temps : les douleurs intimes et familiales; la faim; le poids de la religion… Ainsi dans L’Enfantement, Eugène Pottier écrit : « Les flancs tout en lambeaux, la mère/ Est en travail sur son lit de misère/ Notre siècle est un dénouement/ L’humanité, notre âme-mère/ Est en travail sur son lit de misère/ Peuples, voici l’enfantement ! » De même dans Le Chômage, il écrit encore : « Des riches (Dieu leur pardonne)/ M’ont dit souvent : mon ami/ Il faut, quand l’ouvrage donne/ Faire comme la fourmi !/ Épargner ? Mais c’est à peine/ Si l’on gagne pour manger/ Quand on touche sa quinzaine/ On la doit au boulanger.« 

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Delano, acte II

Deuxième album en solo de Alexandre Delano, Ven Ven Ven offre, sur un univers sonore électro-folk, des ballades intimistes. Un album ciselé et qui ne peut que toucher les amateurs d’un univers planant et intime.

Alexandre Delano a connu plusieurs vies musicales. Après six albums publiés au sein du groupe The Delano Orchestra dont il fut chanteur et leader, après avoir accompagné l’aventure Babel, de Jean-Louis Murat, il a opté pour une carrière solo avec l’album Eau, en 2015. Il récidive avec Ven Ven Ven où l’on retrouve musicalement sa marque de fabrique avec les parties de cuivre et de cordes fort travaillées comme en atteste une chanson comme Le Ciel sur terre. Un écrin sonore pour accompagner des textes poétiques où l’auteur suggère plutôt qu’il n’assène

Chez Delano, on sent que le second niveau est une marque de fabrique comme dans certains récits qui semblent venus du Moyen Âge. Ainsi quand il chante dans Le Bois de Diane, où l’on sent une filiation avec Jean-Louis Murat : « La vipère s’est mordue la queue/ baiser crochu sur son reflet/et le poison s’est répandu dans l’eau du lac à tout jamais. » Ou encore dans Le Lac, ces vers mis en avant par des arrangements minimalistes : « Je vis comme le lac/ mes émotions frémissent à rebours/ dessus le voile se plisse dedans/je prends le temps de garder la chaleur/ le temps de charger la couleur du temps. »

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Le théâtre sonore d’Armelle Dumoulin

Quatrième disque de Armelle Dumoulin, à la pochette colorée et étrange, Brise Vitrail (*)est un objet original où l’artiste nous raconte des histories sur bien des formats sans se départir d’une façon poétique de voir les choses et la vie.

Brise Vitrail est un disque qui joue sur bien des registres musicaux, dans un écrin d’arrangements minimalistes mais essentiels. Onze chansons au format parfois courts, comme des respirations poétiques que ce soit pour célébrer ce Petit champ, dans laquelle un « homme à la pelle attend » où ce Pompier qui file vers une urgence. Pour le reste, on sent chez Armelle Dumoulin le goût de la danse et des corps en apesanteur comme en témoigne la chanson d’ouverture Danser 76 ou encore dans Comme un coup de poing, une chanson d’amour sur une rythmique fiévreuse scandée par un son de métronome : « Je revois tes mains/ qui ne savaient pas bien/ se mettre ou se placer/ quand on s’était mis à danser. »

Et quand il est question de rupture (Normal), Armelle Dumoulin le fait encore de manière légère avec une image « Nos mains se sont perdues de vue/ Normal ». Entre pop et chanson française de facture classique, on sent chez l’artiste un goût pour les univers poétique qui suggèrent plutôt qu’ils ne surlignent. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le titre le plus étrange de l’opus : Blaise bétail.

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La mythologie, c’est rock !

Mariant la mythologie et le bon vieux temps du rock’n’ roll, c’est possible. La preuve avec Besoin de rien (*), un album signé d’un groupe qui sort de l’ordinaire : Diogene Theorie.

Philosophe grec cynique célèbre pour son art de la parole mordante, Diogène de Sinope n’aurait jamais pu imaginer que son nom inspirerait celui d’un groupe rock. Stéphane Gaugain tire pourtant l’inspiration de ses textes (parfois conçus en duo) d’une plongée dans l’univers mythologique où l’on croise Orphée, Némésis, Œdipe ou encore Pandore, même s’il n’y pas que ces figures antiques qui figurent à son tableau de chasse.

De fait, si la mythologie permet à Diogene Theorie d’évoquer des thèmes intemporels tels que l’exil, la mort, la vengeance, la révolte…, le groupe sait aussi faire du rock qui résonne avec nos temps dits « modernes ». Ainsi, dans un morceau au rock fiévreux comme Off the record, ils ironisent sur la médiatisation qui colonise la vie et les esprits. « On est à l’œuvre, avalez nos couleuvres/ Arrogance et mépris c’est pas vu pas pris/ Des promesses des caresses dans l’sens du poil qui/ se dresse/ Ça reste entre nous/ Off the record/ Faudrait pas qu’ils nous mordent. » Évoquant aussi bien une planète en mal de vivre (Besoin de rien), l’opus ne manque pas d’humour et le groupe s’en donne à cœur joie dans le refrain d’Œdipe où il répète à l’envi : « Et si le vieux Sigmund pouvait me lâcher. »

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Un autre 14 juillet

Pour célébrer le centenaire de la naissance de Georges Brassens, cette chanson s’impose un jour de fête nationale. Aux hymnes militaires, on peut préférer certains couplets bien troussés et un brin irrévérencieux. Voilà un classique qui se prête à bien des langues et bien des arrangements. La preuve…
L’humour en chantant…

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Avec le charme de Contrebrassens

Pour marquer le centenaire de la naissance de Georges Brassens, le groupe entourant Pauline Dupuy le célèbre, en version féminine, avec un album(*) d’une rare finesse : Pensées interlopes

Une fois encore avec Pensées interlopes, Pauline Dupuy fait redécouvrir l’univers de Brassens dans un écrin musical plein de saveur. Collaborant avec Michael Wookey, Franck Boyron, Pauline Dupuy, toujours « armée » de sa contrebasse, redonne une autre couleur aux textes de l’auteur de La Non Demande en mariage, en choisissant d’évoquer, par le truchement de certaines chansons, des figures de femmes. Elle explique : « J’ai rassemblé douze chansons autour d’un thème qui lui était cher, celui de l’adultère. Je me suis interrogée… Qui sont ces femme sauvages, libres, chameaux ou jolies fleurs ? Qui sont ces Rombières de qualité, ces succubes, ces Pénélope ? »

Antiennes connues – Pénélope; La Femme d’Hector – ou moins célèbres (Si seulement elle était jolie), cet album conçu en plein confinement rend un hommage vibrant à l’insolence intelligente d’un Brassens et la bande entourant Pauline Dupuy est aussi à l’aise avec des chansons où perle l’émotion qu’avec des titres plus souriants, voire un brin paillards (Marinette).

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Zizi from Paris

Nouveau volume de la collection Live in Paris, celui consacré à Zizi Jeanmaire restitue l’atmosphère de ses concerts dans la fameuse salle de l’Alhambra en 1957 et 1961. L’artiste y fait montre de son sens du spectacle avec sa légendaire gouaille.

Quand Zizi Jeanmaire enregistre ces sessions à l’Alhambra, célèbre salle parisienne d’alors, à la fin des années 50, elle est une étoile des planches, capable aussi bien d’être l’égérie d’Yves Saint-Laurent, la danseuse étoile que la chanteuse populaire à la gouaille célèbre. Accompagnée par le grand orchestre de Michel Legrand, elle marque le music-hall de sa griffe avant de créer quatre ans plus tard, dans ce même lieu, sa célèbre prestation avec Mon truc en plume.

À la retrouver sur scène l’Égérie du tout-Paris, on mesure comment elle marie à merveille un côté chic et une vraie gouaille pour les mettre au service de chansons que lui servent des auteurs confirmés ou en gestation. C’est sur la scène de l’Alhambra qu’elle chante par exemple deux titres d’un auteur-compositeur et bientôt interprète reconnu et célébré : Jean Ferrat qui lui offre deux titres : Et l’amour et Mon bonhomme. Deux titres surprenants du futur interprète de Nuit et Brouillard. « Eh l’amour tes gigolos ont su trouver l’filon/ Qu’ils fassent la rue ou qu’ils fassent des chansons / Depuis l’temps qu’ils s’occupent de croquer tes millions », lance-t-elle ainsi avec sa légendaire gouaille. Connu par le succès de Ma Môme, présenté par Bernard Dimey, Ferrat lui offre deux titres qui colle parfairement son tempérament et qui semble, pourtant, fort éloigné de l’univers de cet artiste.

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Angélique Ionatos : les chants de liberté

Hommage

Elle fut une des grandes voix de la Grèce en exil. Angélique Ionatos vient de disparaître à l’âge de 67 ans. Une grande voix de la chanson ne fera plus résonner les mots de poètes majeurs.

Certains évènements donnent des exilés magnifiques. Ce fut le cas avec la dictature des colonels de triste mémoire en Grèce qui contraignit à l’exil en Belgique Angélique Ionatos, alors âgée de 15 ans, avec sa mère et son frère Photis. Trois ans plus tard, avec Photis, elle signe un premier album Résurrection, qui remporte le prix de l’Académie Charles-Cros. Au cours de sa longue carrière, riche d’une vingtaine d’enregistrements, elle en recevra deux autres. Le dernier sorti en 2015 fut Reste la lumière.

Angélique Ionatos mit fin à ce duo quand elle eut le sentiment qu’il fallait célébrer les poètes en les mettant en musique. Elle a déclaré notamment : « J’ai souvent dit que pour moi, Grecque de la diaspora, ma vraie patrie, c’est ma langue. En effet, je crois que si la poésie n’existait pas, je ne serais pas devenue musicienne. Cela semble un paradoxe, mais il n’en est rien. C’est la poésie qui a engendré mon chant. Et je suis convaincue que tous les arts, sans exception, sont les enfants de la poésie » Elle a ainsi célébré les vers du prix Nobel de littérature Odysseas Elytis ou chanté ceux de Sappho de Mytilène en compagnie d’une autre grande artiste Nena Venetsanou dans un album magnifique. Pour l’anecdote, elle avait 28 ans quand Elytis lui refusa de mettre en musique Marie des brumes. Sautant dans un avion, elle fit le voyage pour le voir… et le convainquit. Plus tard, Angélique Ionatos mettra aussi en musique les textes français d’Anna de Noailles et espagnols de Pablo Neruda.

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Les expérimentations de Lioness Shape

Manon Chevalier prend la pose…
Trio jazz au féminin, Lioness Shape publie avec Impermanence un premier album ouvert à bien des influences et qui mettent joliment en avant la voix de Manon Chevalier, chanteuse et compositrice.

La longue chevelure de Manon Chevalier est le signe de reconnaissance -les images au recto comme au verso de la pochette joue avec – du premier album de Lioness Shape un trio de jazz électrique au féminin où, outre la chanteuse et leadeuse, figurent Ophélie Luminati à la batterie et Maya Cross aux claviers et Fender Rhodes.

Formation toute jeune, Lioness Shape signe d’emblée un album , fruit de deux ans de travail, qui peut dérouter car le trio a des influences larges et Impermanence est un premier disque qui chasse large entre pop indie, jazz expérimental, jazz progressif, trip-hop et parfois tempo latino. Entre autres influences.

Dans une mélodie comme Self-Reliance par exemple la mélodie de basse soutient la voix d’une pulsation solide avant que la batterie n’entre en jeu. Alors que le morceau final, Water permet de conclure ce disque avec une fin aux accents d’apocalypse. Quant à Blue Wooden Chair, le sitar de Mohan Zarape vient rajouter une touche de métissage musical des plus abouti. Jouant avec fougue sur certaines désharmonies, sur des ruptures de rythme mais mariant avec audace la voix et les sons (Somos Tantas), Impermanence mise sur des atmosphères et des couleurs d’une belle intensité.

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Le chant vaudou de Erol Josué

La pochette de l’album
Pelerinaj, le nouveau disque de Erol Josué (*) n’est pas un objet banal car fruit d’un travail de quinze ans pour revisiter l’univers du vaudou avec une sonorité des plus modernes. Une plongée dans les traditions ancestrales sans pour autant rester bloqué dans le passé.

Il a fallu quatorze ans à Erol Josué pour sortir un nouveau disque après le premier, Régléman. S’il est un pèlerin singulier, c’est bien cet artiste qui partage son temps entre ses concerts, ses offices religieux à Port-au-Prince et son travail d’ethnologue pour le bureau nationale haïtien. Sans oublier des ateliers d’art-thérapie, créés depuis 2010 pour les victimes du terrible séisme qui ravagea l’île.

Dès la première écoute, le disque surprend par son hétérogénéité après le splendide chant d’ouverture qui semble invoquer bien des esprits lointains : Badji, évoquant la rencontre de deux mondes, celui des amérindiens et celui des africains qui ont vécu à Haïti.

Mais, Pelerinaj est, avant tout, le fruit de bien des errances et rencontres musicales mêlant aussi bien les racines que les expérimentations les plus diverses. Au détour d’une chanson incantatoire, on entend surgir le violon de Daniel Bernard Roumain (Je suis grand nèg), le saxophone de Jacques Schwarz-Bart, ou la guitare de Mark Mulholland, sans oublier des samples électro de Ben Zwerin (Erzulie). Et il se dégage de tous ces titres souvent fort différents une énergie commune.


La puissance de ce disque tient aussi à la force de ces chorales comme venues d’ailleurs qui accompagnent la voix puissante, rocailleuse, incantatoire de Erol Josué. La chorale de Nègès Fla Vodoun vient ainsi mener le tempo pour saluer dans Rèn sobo, la déesse de la Foudre qui « traverse nos mémoires pour nous rassurer dans ces heures redoutables. » Ou apporte une souffle dans Pèlerinag fla vodou, chanson qui est un chant de vaillance pour escalader les sentiers et les collines quand il s’agit d’arriver au pied du Saint patron.Une chanson qui symbolise à elle seule la volonté d’autonomie de la société haïtienne.

Album ancré dans les racines profondes, doté d’un groove redoutable, Pelerinaj est aussi un disque où, dans une chanson comme Avelekete, contraction d’une expression qui, dans le vaudou haïtien, symbolise la liberté et que l’artiste dédié à ces victimes et survivants du séisme de janvier 2011.

Un album fruit d’un long travail et qui livre de nouvelles facettes à chaque écoute. Un artiste aussi à l’aise avec chœurs traditionnels qu’avec les grands noms de la scène house new-yorkaise.

(*) Geomuse/ Absilone-Socadisc

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