Les voyages musicaux de Dalva

Le premier album de Dalva, Printemps brûlant, voit l’émergence d’un groupe déjà très mature. Sur des textes poétiques mais qui ne se livrent pas dès la première écoute, les mélodies sont ciselées.

Dalva s’est formé autour de Johann Tess, violoniste et guitariste et le groupe avait déjà sorti un premier EP, Mercenaire, en 2013. Trois ans plus tard, le groupe propose avec Printemps brûlant (*), un premier disque assez abouti où les arrangements portent des textes qui évoquent de manière indirecte de nombreux thèmes. Pour apprécier un tel groupe, il faut goûter les chemins de traverse et les allusions.

Dans le beau Enfance dorée, il est, par exemple, question de ces déracinés des terres d’Afrique avec des formules du style « Insolite soleil, tu m’adores ». Et que dire de l’évocation d’une société qui vit à l’heure de la multiplicité des écrans quand une minorité de gens joue la spéculation aux quatre coins du monde (Printemps brûlant) ? D’amour, il est aussi question mais plutôt sur le mode de la quête sans retour (Basse Terre). Et quand il s’agit d’évoquer le trépas qui nous guette tous, ce sera dans les fumées d’Opium… Bref, à l’image d’une pochette au look étrange, Dalva cultive un certain penchant pour les territoires insolites. Et pour goûter à leurs paroles, il faut alors savoir  écouter Entre les lignes.

Là où l’album fait montre d’une vraie créativité, c’est dans les mélodies. Revendiquant ouvertement les influences d’un Elliot Smith, Jean-Louis Murat ou encore Bashung, Dalva cultive une pop qui joue sur les rythmes et les ruptures avec la marque apportée par Christian Sotomayor, percussionniste/ batteur et ingénieur du son. Preuve en est dès le morceau d’ouverture, De l’Oural à l’Andorre, avec des riffs de guitare solides qui donnent le ton de l’ensemble. Lire la suite

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Quand le Brésil djazze…

Piece Of Mind (*), premier album d’Andrea Caparros Quartet est un disque  à la confluence de plusieurs genres, réalisé avec un soin certain.

L’aventure du groupe débute en 2014 quand une bande de copains décident de voir la vie en grand et de vivre de leur musique. En première ligne, il y a Andrea Caparros, fille d’une mère brésilienne et d’un père musicien : depuis son plus jeune âge, elle a vécu avec les rythmes chaleureux de la samba et de la bossa-nova.

En seconde ligne, on trouve Émile Melenchon, médaillé d’or en guitare classique et jazz au conservatoire de Toulon; Arnaud Pacini, bassiste et contrebassiste et Jessy Rakotomanga, le batteur. Après avoir écumé pas mal de scènes du sud de la France, ils vivent un tournant le 1er avril 2015 en se produisant au Sunset/Sunside de Paris, un concert qui donne envie au quartet de voir la vie en disque. Piece Of Mind est le fruit donc d’une longue maturation et d’une ambition commune. Lire la suite

Cabrel passe le témoin

Après avoir organisé des sessions de perfectionnement et de partage musicaux dans sa bonne ville d’Astaffort, Francis Cabrel va plus loin. Et un premier album sortira en septembre.

Depuis 1994, les Rencontres d’Astaffort, imaginées par Francis Cabrel, permettent à de jeunes pousses de la chanson de se croiser car l’esprit de ces rencontres, c’est de permettre des ponts entre créateurs de musiques actuelles, auteurs et compositeurs de chanson. En septembre 2017, Cabrel a été convaincu, devant la qualité des artistes, qu’ils méritaient  de figurer dans un disque.

Les quinze chanteurs qui ont composé cette édition,  parrainée par Julien Doré, seront donc réunis sur le premier album de Statt (la contraction d’Astaffort) le 28 septembre prochain. Lire la suite

Le pari canaille de Nathalie Joly

Nathalie Joly sait interpréter avec chic les chansons canailles du Paris de la Belle époque. Café Polisson (*) garde la trace d’un concert qu’elle reprend à Avignon cet été.

Avec la complicité de Jean-Pierre Gesbert, pianiste, trompettiste et chanteur, Nathalie Joly faisait revivre en 2015 à l’auditorium du Musée d’Orsay lors de l’exposition « Splendeurs et misères, images de la prostitution », toute une époque révolue : celle des caf’ con’ et des buveurs d’absinthe, celle des chanteuses aux mœurs légères, des demi-mondaines qui savaient donner du plaisir… et de la voix.

Et dans un monde où l’argent tient le haut du pavé : on le mesure bien dans les chansons du Café Polisson où, même si les époques de création sont différentes, l’argent est omniprésent car la prostitution reste d’abord et avant tout un vaste commerce. En puisant dans le répertoire d’Yvette Guilbert (la célèbre Madame Arthur ou le réjouissant texte L’Éloge des vieux), de Dranem, Damia ou encore Aristide Bruant et Harry Fragson (Les Lutteurs) tué de trois balles en 1914 à seulement 44 ans (photo ci-contre), Nathalie Joly redonne vie à des couplets osés et grivois.

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Léo à fleur de mots

Deux albums célèbrent Léo Ferré.  Je parle à n’importe qui (*), un disque d’inédits enregistrés par Léo lui-même et où l’on retrouve des temps forts de son œuvre. Ensuite, un disque de remarquable reprise signé La Souterraine : C’est extra (**).

A l’écoute de Je parle à n’importe qui, on a le sentiment d’être assis à côté de Léo Ferré dans le bureau de sa maison familiale entre Sienne et Florence et de l’écouter mettre en son des textes. Un quart de siècle après la disparition du poète révolté, on mesure tout ce qu’il avait encore à livrer et des textes à la poésie fulgurantes, malgré quelques chutes de rythme. Avec cette maquette de travail, dont le son est parfois médiocre malgré le beau travail fait par Anaëlle Marsollier, on pénètre donc dans l’atelier de l’artiste, à fleur de peau et à fleur de mots. Ainsi ce disque est-il naturellement destiné aux aficionados de Léo.

Car on mesure comment Ferré pratiquait la technique toute surréaliste du pain perdu. La preuve avec la chanson-titre où l’on découvre un vers – « Il est six heures ici et midi à New York ? » – qui inspirera à Ferré une chanson enregistrée de son vivant. Plus avant, on écoute la maquette très avancée de L’Espoir avec ces vers supprimés dans la version avec orchestre : « J’ai vu l’autre jour la Misère qui passait la frontière espagnole. » De ce long poème initial enregistré en 1977, Ferré, par manque de temps, avait au final  choisi de faire des chansons autonomes de certains extraits. Le projet se termine par une évocation directe et en italien de Dante avec sa célèbre formule : « Lasciate ogni speranza ». Une déambulation poétique de haute volée avec des formules comme Ferré en avait le génie ainsi quand il lance : « JE PARLE AUX VOLUPATAIRES… Les autres, tournez le bouton, fermez votre boite ! »

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Wladimir Anselme sans tapage

Depuis Les Heures courtes en 2011, il avait fait une pause, signé des fictions sonores pour France Culture et Arte Radio. De retour avec L’Esclandre (*), Wladimir Anselme a pris son temps pour mieux revenir… Enchanteur.

Sur la pochette, le regard est ailleurs, rêveur, presque intérieur. L’Esclandre correspond au désir de liberté de Wladimir Anselme qui a enregistré ce nouveau disque en famille dans une maison de campagne,  avec un groupe formé  de Boris Boublil, aux claviers ( vu aux côtés de Dominique A et John Parrish); la batteuse Marion Grandjean, et le guitariste Csaba Palotaï (vu avec Bertrand Belin, Emily Loizeau…) « On a joué au maximum live, tous ensemble  » dit le chanteur  qui ouvre son disque par Le Planétarium, en forme d’hommage à la littérature moderne et où il lance : « Contre toute attente, je suis devenu un homme. »

Pour le reste, ce disque est celui des errances, parfois choisies, parfois subies (Je rôde). Et s’il célèbre le voyage, il sait aussi le poids mélancolique des départs comme l’évoque Le Souffle court avec des vers du style :  « Comme si toutes les villes étaient les antichambres d’un drame ancien, des alcôves dotées de trappes secrètes et de chausses trappes, de passages secrets et on entend les pas précipités des rires aussitôt étouffés ».  Plus étranges sont les mots épurés des Trois Bécasses, qui peut aussi bien évoquer la classique partie de chasse que la classique rupture amoureuse, porteuse de blessures plus ou moins profondes.

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De la (belle) musique sur les vers d’Hugo

Insolite pochette que celle de La Green Box (*) dont le contenu est encore plus étonnant : une célébration folk-blues de grands poèmes de Victor Hugo. Exercice très réussi d’un trio de choc.

La Green Box désigne, dans un des plus beaux romans de Victor Hugo, L’homme qui rit, un théâtre ambulant qui, sous forme de roulotte tenue par des saltimbanques et philosophes, se déplace de ville en ville pour délivrer un peu de rêve à ses habitants… Un nom qui a inspiré un trio de musiciens pour lancer cet album éponyme à l’image insolite.

Abandonnant un temps la bande de La Rue Kétanou, avec laquelle il tourne depuis quinze ans, Florent Vintrigner  se livre à un exercice périlleux avec Benoît Laur et Arnaud Viala, deux ingénieurs du son du groupe : mettre des poèmes réalistes de Victor Hugo en musique. On a souvent dit que le grand poète défendait que l’on dépose des notes sur ses œuvres. Mais, sa maison-musée parisienne conserve un fond de deux cent partitions qui prouvent que Victor Hugo n’était pas autiste à la musique, loin de là. Hugo a d’ailleurs composé un livret tiré de son roman Notre-Dame de Paris pour Louise Bertin qui en composa la musique et l’auteur des Misérables avait l’habitude de se rendre à l’opéra et au concert.

On est surpris par l’habillage musical folk-blues, teinté d’électro de cette Green Box. La voix  chaude et puissante de Florent Vintrigner et sa diction parfaite font résonner les vers d’Hugo où l’on passe des chroniques de la vie de tous les jours dont il avait le secret (Quand nous habitions tous ensemble) à des textes qui résonnent avec Lire la suite