Le Cousin de chez nous…

Premier album d’un  routier de la chanson, Debbie et moi accroche l’oreille dès la première écoute. Avec une belle griffe sonore, Thomas Cousin signe un disque brut et âpre.

Auteur, compositeur et arrangeur, Thomas Cousin a bourlingué dans les studios depuis plus de vingt ans au sein de différentes formations: de Tax Brothers & the Old Racoon, à Shy… Il ne manquait plus que se lancer dans l’aventure en solo. C’est chose faite avec Debbie et moi où l’artiste prouve qu’il a du métier et le souffle pour durer.

Il raconte ainsi son besoin de passer à l’acte et de faire ce voyage en solitaire : « J’ai eu besoin d’écrire, il a donc fallu que je chante … Ce texte s’adresse à ceux qui me connaissent, personnellement ou à travers ma musique dans les différents projets auquel je participe. J’ai passé 25 années de ma vie à « faire chanter » les autres, à m’habiller de leur pensée pour essayer de tailler sur mesure des mélodies et des mots qui les mettent en valeur, qui leur correspondent. Ce n’est pas que je n’avais jamais rien mis de personnel dans ma musique, mais je me cachais toujours sous le masque d’un autre » Il y a huit ans, un peu après la naissance de sa fille, il a commencé à éprouver ce besoin d’écrire sur des sujets plus intimes. De textes en chansons, il a ainsi mis des mots pour évoquer  sa jeunesse, ses amours, ses névroses…


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Gérard Pierron, le passeur de mots

Retour de Gérard Pierron qui fait montre de ses talents d’interprète et de compositeur avec Good-Bye Gagarine (*). En vingt chansons,  il montre vers quoi le pousse sa passion des mots justes et des univers singuliers.

Good-Bye Gagarine, c’est une belle chanson du regretté Allain Leprest que Gérard Pierron mit en musique. Sur la pochette, Pierron se souvient du jour où tout commença pour leur duo, juste après un concert en 1983. Il écrit : « J’avais pleuré tellement c’était beau. J’avais devant moi toute la chanson que j’aimais, Boris Vian, Jacques Prévert, Mac Orlan, dans un seul homme. Cette pensée du cosmonaute lue dans le journal du coin lui avait plu puisque le soir, il avait posé son texte à côté de mon bol. « Gérard, j’attends la musique… » Ce fut notre première chanson. »

Accompagné par sa fidèle équipe de musiciens, avec la belle présence des clarinettes pour soutenir le vibrato de l’accordéon, Gérard Pierron donne de sa voix douce sur quelques chansons magnifiques, saluant une fois encore le marin et poète un peu trop oublié de Marseille, Louis Brauquier,  dans cette Pluie d’été, qui dit les sentiments du voyageur dans l’attente d’un ciel plus bleu : « Tout projet aboli dans la pauvre lumière/ Et la prison de l’eau du ciel/ Naît une espèce de liberté intérieure/ Mollement désirée. »

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Oumou Sangaré : le blues de la diva malienne

Avec Acoustic (*) Oumou Sangaré, l’étoile de la musique malienne, réinterprète ses mélodies envoûtantes et militantes dans une version épurée.

Après trois ans d’une tournée planétaire, Oumou Sangaré, magnifique quinquagénaire perchée sur des hauts talons, revisite les chansons de Mogoya, dans une version acoustique qui permet d’appréhender des chansons comme Kamelemba; Bena Bena, la magnifique Diaraby Nene ou Djoukourou sans fioritures, pas toujours heureuses, des arrangements.

Cela donne à entendre autrement les chansons d’une diva malienne dont le succès n’a pas émoussé le sens du combat car elle continue d’évoquer la place faite aux femmes, le poids et les freins de la tradition ou le sort des migrants. Et elle lance même dans Yere Faga (« Suicide » en bambara) « Ils m’ont calomnié, ils m’ont attribué les pires défauts du monde », histoire de souligner qu’elle n’est pas prête à baisser la garde dans une société africaine par trop conservatrice.

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Un bluegrass en terre française

Huit musiciens venus de Metz, huit passionnés de folk et de musique bluegrass : avec Y (*), The Yokel publie une bande son festive pour accompagner la vie de tous les jours. Un groupe qui fait montre d’une belle maturité.

Dès la première écoute, Y séduit par sa richesse sonore et l’énergie que dégage The Yokel. Trois ans après son premier opus, et une série de concerts remarqués,  le groupe revient avec cet album de belle facture où le Y – « why », « pourquoi » quand on le prononce – laisse poindre des doutes et des questionnements sans jamais se départir d’une pêche des familles et qui donne des fourmis dans les jambes.

Et puis, « Y » n’est-elle pas aussi l’avant-dernière lettre de l’alphabet, histoire de signifier qu’il y a toujours quelque chose à découvrir après. Comme une étape de plus à franchir dans ce voyage musical au long cours. Au gré des plages, on passe ainsi de la chanson titre qui aurait sa place toute trouvée pour un square dance, tant le morceau offre des envolées festives, à des morceaux plus blues où les voix répondent au violon et au banjo (Morgon Peak). Lire la suite « Un bluegrass en terre française »

Ferré : des concerts inédits

Mathieu Ferré poursuit l’œuvre entreprise : celle de réunir l’intégralité de l’œuvre de son père en y intégrant tous les inédits possibles. Avec L’Âge d’or – Intégrale 1960-1967 (*), il réunit quelques disques capitaux de Ferré, alors entré chez Barclay et y joint des enregistrements rares ou introuvables jusqu’ici en CD.

Est-ce que le passage de Léo Ferré du Chant du monde chez Barclay marque le début d’une « opération poésie » avec la volonté de publier des poèmes de Aragon, Baudelaire mis en musique ?  Mathieu Ferré l’évoque en tout cas dans la pochette de ce coffret. En tout cas, les années Barclay, capitales dans le parcours de Ferré seront marquées par la sortie son Verlaine & Rimbaud ou du classique Les Chansons d’Aragon.

Proposé dans le coffret d’une quinzaine d’albums, ces disques sont proposés avec la pochette d’origine où figurent souvent les très belles images de Hubert Grooteclaes. On y retrouve au passages des chansons qui avaient été retirées comme la savoureuse Monsieur Barclay ou À une chanteuse morte dans laquelle, célébrant Piaf, Léo se raille de la vedette-maison du moment : Mireille Mathieu.

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La rumba congolaise vous salue bien

Porte drapeau de la rumba congolaise, le groupe Zaïko Langa-Langa signe, en quatorze titres et un double album, Sève (*). Bien entouré, son leader et chanteur, Jossart N’yoka Longo porte haut les couleurs de cette musique festive.

Sève prouve une chose : le groupe Zaïko Langa-Langa est bien un nom légendaire de la musique africaine, capable de mixer de main de maître une rumba bien rythmée à de la funk. Pas étonnant que les chansons du groupe ait fait chavirer les dancings de Kinshasa. En cinquante ans de carrière, Zaïko Langa-Langa en a fait swinguer bien d’autres…

On se souvient de la prestation remarquée du groupe à  Kinshasa en 1974, lors du mythique match de boxe Ali/Foreman, Zaïko. Il se produisit sur scène aux côtés des James Brown et Tina Turner pour le grand concert de cette rencontre historique. Depuis, les mélodies de cet orchestre soudé ont popularisé ses danses dans le monde entier et en particulier auprès des jeunes en mal d’émancipation. Lire la suite « La rumba congolaise vous salue bien »

AVEC HK, LES MOTS VOYAGENT

Quatrième album de HK et ses saltimbanques, Petite terre(*) est un disque de belle maturité où, sur des rythmes bigarrées, et sans mettre un mouchoir sur ses convictions, l’artiste et sa bande nous convient dans des mélodies nomades.

Le coup d’envoi est doux mais,  ce Petit terre – cette Gaïa de la mythologie grecque qui sert de refrain – sonne comme un chant d’inquiétude sur l’état de notre monde : « Nous avons brisé l’équilibre/ Quand nous nous sommes accaparés/ Tout ce qui respire et qui vibre/ Sans jamais penser à l’après. »

Le reste de l’album défile en tranquillité conviant aussi bien  les accents créoles, berbères, bretons (Berbères ou Breton) et j’en passe… sur des couplets où HK donne de la voix pour dire ses indignations sans perdre le sens de l’humour (Balance ta babouche) Une chose est sûre : la « gouaille vagabonde » est une expression qui colle bien à l’univers d’un HK. Au passage, il convie dans les mêmes couplets Cyrano et sa bonne ville de Roubaix qui n’a pourtant pas inspiré beaucoup de chanteurs dans Le Roubaisien de Bergerac.

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Marie Gold : le rap venu du Québec

Premier album de Marie-Gold, Règle d’or témoigne de l’énergie de la rappeuse québécoise qui mêle un mélange de trap de de références plus classiques. L’album mérite d’être découvert.

Les années passées à faire ses armes au sein de Bad Nylon, et à peaufiner son style et son jeu sur la scène de rap battle du Québec sont de l’histoire ancienne. Désormais, Marie-Gold peut peut jouer les premières de cordée : elle le prouve en dix titres où son phrasé de mitraillette fait mouche. Et sa technique d’écriture vous cueille d’un upercut.

De titre en titre, Marie-Gold affirme  un vrai instant de liberté. Il est question de légitimité de chaque parcours, de la nécessité de se jouer les codes… En guise de ligne de conduite, elle a piqué une citation de George Bernard Shaw, ce dramaturge et essayiste – entre autres – un homme provocateur, pacifiste et anticonformiste et qui avait écrit dans Maximes pour révolutionnaires : « La seule règle d’or est qu’il n’y pas de règle d’or. »

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C’était LA Gréco !

On se doutait bien que le bout de la route était proche pour Juliette Gréco, qui avait connu pas mal de soucis de santé. Une grande interprète et une femme debout et engagée, tire sa révérence sans jamais avoir baissé la garde.

Je me souviens d’une réflexion de Juliette Gréco, un jour où je l’interviewais, impressionné par une dame qui avait chanté Jean-Paul Sartre, Robert Desnos,Jacques Brel ou encore Léo Ferré avec le talent de jeu qui fut le sien et ce timbre de voix si reconnaissable. Elle avait devancé les questions bêtes et lançait : « Je ne suis pas une statue. Les statues, les pigeons font caca dessus ! » C’était ça Juliette Gréco…

Une voix, une femme, une stature et quelqu’un qui, sans être dupe de son apport à la scène française, gardait cet esprit de liberté, cette indépendance chevillée à l’âme et au corps. Elle a suivi de peu de l’autre côté du rideau de scène celui qui fut un des amours de sa vie, un autre libertaire dans l’âme, Michel Piccoli. Et elle disparaît, à 93 ans,  deux ans après celui qui fut son ultime compagnon, le pianiste Gérard Jouannest, longtemps accompagnateur de Jacques Brel, qui avait ensuite repris la route avec LA Gréco. Lire la suite « C’était LA Gréco ! »

Yvan Marc, la France tranquille

L’Ancien soleil (*), ce sont onze nouvelles chansons de Yvan Marc. Sans hausser le ton, il signe des ballades folks sur des récits d’amour mais aussi une belle chanson sur le sort des migrants, une autre sur l’écologie…

Chez Yvan Marc, la musique est une voie pour emprunter les chemins de traverse, le nez au vent. Signant une folk hexagonale, avec parfois une rythmique de batterie pour soutenir les chœurs (Merci), Yvan Marc prend le temps de vivre et de chanter sur son tempo. Retranché dans sa tanière de Haute-Loire, l’homme préfère partager son temps entre la chanson et son activité d’enseignant d’éducation socioculturelle en lycée agricole, ce qui lui ménage le temps de s’échapper pour les promenades en forêt ou au bord des rivières. Pas étonnant alors qu’en prenant de la hauteur, il glisse au milieu de son album par  Qu’ont-ils fait ? une évocation mélancolique d’une planète maltraitée où il lance : « Et du fond de ma navette/ Ce que je vois n’est pas très beau/ Alors je le dis tout net/ Nos ancêtres étaient des idiots. »

En mettant ses pas sur les traces de son pote d’enfance Mickey Furnon, dit 3D, Yvan Marc, avec une voix qui oscille entre celle de Jean-Louis Murat (question de climat et de territoire sans doute) et celle de Bertrand Belin, signe des petites histoires bien ciselées où la mélancolie qui pointe parfois son nez est toujours tempéré par une forme d’humour. Lire la suite « Yvan Marc, la France tranquille »

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