Les souvenirs d’un homme de l’ombre

Livre


En près de trente ans de carrière à l’Olympia, Roger Morizot a vécu dans l’ombre l’incroyable histoire de cette salle de spectacle ressuscitée par Bruno Coquatrix. Régisseur du temple de la chanson, il dévoile bien des histoires dans Je les ai tous vu débuter (*). Un récit où la langue de bois n’est pas de mise.

Un des talents du complice en écriture de Doudou Morizot, c’est d’avoir su restituer la style fleuri d’un vrai titi parisien qui, après plusieurs petits boulots – il a même failli s’engager dans la légion – a passé l’essentiel de sa vie professionnelle dans les coulisses de la salle du 28 boulevard des Capucines. On sent chez lui une vraie fascination pour le patron de la salle, du moins celui qui en assura la résurrection : Bruno Coquatrix. Quelques jours avant la première annonçant la réouverture de la salle, il note: « Ce n’était pas encore Versailles, mais ce n’était plus Pompéi sous les cendres ! »

Ensuite, même si le sens du commerce de Coquatrix fut soumis à rude épreuve (et la générosité de certains artistes devint nécessaire), l’Olympia fut l’aventure que l’on connaît et vit défiler bien des stars hexagonales et internationales. Et dans l’ombre de la salle, « Doudou » en a vu une belle brochette, comme le raconte cet ouvrage qui surprend par son absence de langue de bois, même si le régisseur n’est pas du genre à jouer dans l’impudeur.

On ne saura rien du courrier échangé avec Jacques Brel aux Marquises par exemple, sauf quelques phrases lapidaires. « Les lettres que je recevais de lui par Charley Marouani, un homme d’honneur, restaient dans mon tiroir, à l’abri des curieux et des journalistes. » Pourtant, on sent qu’entre l’Homme de la Mancha et le régisseur, ce fut une « affaire d’hommes ». Lors du passage à Paris pour l’enregistrement de son dernier album, Brel l’avait confié avec quelques proches à déjeuner. Évoquant sa santé, il leur avait lancé : « Le docteur me donne une chance sur vingt de m’en sortir. C’est con, parce qu’en classe j’étais toujours le vingt et unième. »

Ce qui fait la différence dans ce type de récit, c’est le franc parler de son auteur. Quand il n’a pas aimé un comportement, il le dit. Ainsi lorsqu’il s’agit d’un Michel Polnareff dont les caprices ne sont pas de l’ordre de la légende. La mauvaise foi aussi. Paroles du régisseur évoquant le deuxième concert : « Un grand et beau spectacle là encore, mais Polnareff s’était payé notre tête en faisant croire que le report incessant de la première était de notre fait. Sans cesse, il avait reculé ses dates parce qu’il ne se sentait pas prêt. »

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