Manu Galure va piano… dérangé.

Lors  d’une longue série de concerts de septembre 2017 à décembre 2019 – pas loin de 400 au compteur à pied et en chansons- Manu Galure a profité des étapes  pour signer la plupart des chansons  de Vertumne, son nouvel album. Un réjouissant bricolage de mots et de sons.

Vertumne est un clin d’œil à une divinité de l’antique Rome, qui symbolisait le cycle annuel végétal, immuable et l’inconsistance des choses. Pas étonnant alors que Manu Galure ait choisi ce nom comme titre de ce nouvel album où il déroule une série d’histoires poétiques, étranges, loufoques. Chez Manu Galure – qui a officié en première partie de Jacques Higelin, Thomas Fersen ou encore Anne Sylvestre – l’écriture est précise, légère même quand il évoque Le Jour de l’apocalypse : « Si l’hiver nucléaire survient/ toi qui perds toujours tes gants/ je ferais une boule avec mes mains/ et tu mettras tes mains dedans/ tes yeux injectés de sang. »

Plus loin, avec un accompagnement minimaliste de piano-bastringue, il évoque, pince-sans-rire, la création poétique avec la très réussie Je ferais la chanson qui n’a rien à voir. Et de murmurer : « Je l’ai écrite en marchant pendant que je dormais. »

Chez lui, avec une inspiration venue au fil d’une longue marche dans toute la France et de nombreuses étapes, le raisonnable ne peut être quand même attendu…

Promeneur éveillé, et rêveur en marchant, Manu Galure a su se construire un univers à nul autre pareil. Sans hausser le ton, il peut évoquer son désir de liberté dans Que les sangliers te mangent les pieds ou saluer Les Pompiers de Cherbourg dans des couplets en forme de mini-clips ironiques. « À Cherbourg il pleut tout le temps/ les feux s’éteignent facilement. »

Il est vrai, avec des complices comme  Lorenzo Naccarato au piano droit et Patrice Caumon (présenté sur la pochette comme « à l’intérieur du piano »), Manu Galure sait créer une atmosphère musicale spéciale en utilisant dans les pianos, comme il l’écrit :  « des vis, du ruban adhésif (…), une couverture de survie, des pinces à papier… » Bref, un vrai répertoire musical à la Prévert !

Cet humour au long cours ne l’empêche pas, au détour d’une plage, de revisiter le célèbre conte du  Joueur de flûte de Hamelin en y glissant quelques réflexions sur la vie d’artiste : « Vous mes amis bourgeois/ vous pensez que tout vous est dû/ que le chanteur a de la joie/ c’est bien assez pour son salut. » Et sur la ritournelle de Comme leur table, il ironise encore à la façon d’un Jacques Brel : « Ils mourront comme ils ont vécu/ dans un cercueil très cher payé/ au fond d’un caveau d’un grand chic/ dans un cimetière bien fréquenté. »

S’il y a une pointe de mélancolie chez Manu Galure, un éclair de révolte, ils sont toujours tempérés par un sourire ironique. Une tendre ironie. Ce troubadour moderne venu de Toulouse mérite vraiment d’être reconnu à sa juste valeur.

(*) Le Cachalot mécanique Bacchanales Productions.

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