Dylan et des chants du crépuscule

Huit ans après Tempest, Bob Dylan créé une jolie surprise avec un nouveau disque de haute volée : Rough and Rowdy Ways (*), opus d’un artiste « nobélisé » de près de 80 ans qui porte un regard de vieux sage sur la vie, tout en n’ayant rien perdu de son inspiration.

Le 39ème album de Bob Dylan est à la hauteur du mythe d’un artiste qui est en route depuis des décennies. Rough and Rowdy Ways se compose de dix chansons dont l’une occupe tout un CD : Murder Most Foul qui remet dans son contexte l’assassinat de John Kennedy (sur la pochette figure sa photo) et sonne comme un long requiem de la culture américaine à l’heure d’un Donald Trump devenu étoile des réseaux sociaux et des fake news… Et cette évocation d’un « crime des plus abjects », en forme de prière et de blues, apporte un supplément d’âme à ce nouvel opus. Même si cette chanson n’est pas la manière la plus facile d’aborder un album d’une grande densité, porté par un groupe de musiciens – les guitaristes en tête – au mieux de leur forme.

Jouant comme à l’accoutumé de l’intertextualité, des références et autres citations, Bob Dylan trompe encore son monde avec le titre d’un album qui est tout sauf brutal ou bruyant. Il y a plutôt une ambiance de recueillement dans les nouvelles chansons d’un artiste qui livre ici un portrait éclaté et se réclame, dans la chanson d’ouverture, I Contain Multitudes, tout autant de William Blake que d’Anne Frank ou Indiana Jones…

Sur des mélodies portées par des guitares limpides, Dylan joue sur les références et les clins d’œil à l’œuvre passée : ainsi avec False Prophet qui sonne comme un clin d’œil à  Infidels et son vers célèbre : « Sometimes Satan comes as a man of peace ». Malgré sa célébrité, le « vieux » Dylan se garde bien de jouer les gourous, lui qui a toujours refusé de jouer les porte-parole, même si, à la fin des années 70, il loua Jésus, durant une étrange période de sa carrière. Là, il le dit haut et doucement : « Je ne suis pas un faux prophète/ J’ai dit ce que j’ai dit/ Je suis juste ici pour venger quelqu’un.  » Véritable encyclopédie musicale, se jouant de bien des univers, Bob Dylan peut aussi, le temps d’une chanson, célébrer la mémoire d’un grand bluesman, disparu en 1976, dans Goodbye Jimmy Red.

L’âge aidant, et le sentiment de la mort devenant plus prégnant, il est temps aussi pour lui de franchir un fleuve mythique dans Crossing the Rubicon. Quant à la promenade de 7 minutes du côté de Key West (Philosopher Pirate), elle lui permet une déambulation musicale pleine de nostalgie dans une atmosphère où passent les figures des poètes de la beat generation, de Ginsberg à Kerouac.

Aventurier des ondes, Dylan reste toujours bel et bien une référence dans l »univers sonore contemporain. Après avoir mis « sa montre au clou et payé (ses) dettes », il peut laisser libre court à son inspiration du moment. Et signer un album qui marquera sa carrière.

(*) Sony Music

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :