Poisson en eau vive

Nouveau disque de Tom Poisson, Se passer des visages (*) est un opus où les mélodies légères en doivent pas masquer le propos qui peut être lourd de sens…

À l’instar d’autres artistes de sa génération, Tom Poisson a deux visages : celui du groupe Les Fouteurs de joie, dont le nom est déjà tout un programme et celui d’un artiste qui cultive l’art de vivre aussi en solo.  Il l’a prouvé lors d’une tournée intimiste, aux côtés de Paul Roman, dans un spectacle intitulé 2 + 1, soit 2 hommes & 1 micro, qui en dit long sur la volonté de l’artiste de montrer ses nouvelles chansons sur un mode des plus épurés et intimistes. Une manière aussi de pouvoir tourner avec la plus grande liberté. Une volonté d’être et de paraître, rodée par quinze ans de carrière. Il souligne : « Certains artistes ont une immédiateté à 25 ans. Dans mon cas, c’est comme un puzzle, assez long à faire mais qui vaut sûrement le coup de voir terminé. La vie, les épreuves, le travail nous font grandir, cela se ressent forcément dans ce qu’on peut produire », dit-il. Se passer des visages est donc le fruit de cette lente maturation avec une mise en ondes où, derrière le fluidité des arpèges et des rythmiques de guitares, se glissent des arrangements plus sophistiqués, fruit d’une collaboration de Tom Poisson avec deux complices des arrangements : Fred Pallem ( qui assure aussi quelques parties musicales) et Alexandre Léauthaud, présent aussi au clavier et aux percussions ponctuelles.

Côté inspiration, Tom Poisson ne s’interdit aucun thème et peut aussi bien évoquer les retrouvailles avec un amour passé – « Oh, tu sais, moi, les enfants des autres/ M’ont suffit à défaut des nôtres/ Je crois qu’on en voulait deux… » (14 ans plus tard) – que la tragédie vécue par les migrants (Se passer des visages). Il chante notamment : « Qui a peur, qui a peur/ Qui fait peur, qui fait peur/ Barbelés, barbelés / Empêchés, empêchés/ Déchirer les grillages/ Et brise la cage. »

Et quand il aborde les violences conjugales, ce n’est jamais de manière frontale, mais en jouant sur les situations (Trois bleus de plus) quand il chante donnant sa voix à la victime : « Pour sûr, je vais regretter/ Ces longs manteaux de roses/ Que tu m’offrais pour te faire adorer/ Et cacher mes ecchymoses. »  L’artiste n’est jamais plus à l’aise enfin que lorsqu’il joue d’un humour distingué et cela offre au disque sans doute sa chanson la plus réussie et cette ode aux Fantômes, en forme de valse mélancolique en duo avec Laurence Jaillet.

Dans le titre La Chanson, qui termine jolimet l’opus, Tom Poisson souligne :  » Y a des chansons qui meurent dans les bras de leur auteur/ Et celles qui disparaissent au fond des nuits d’ivresse. » Les chansons de son répertoire ont ce je-ne-sais-quoi qui les rend entêtantes. Comme de douces compagnes de voyage.

(*)Super-Chahut

.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :