Moustaki, prénom Pia

LIVRE

Sorti il y a quelques semaines, Fille de métèque(*) est un beau récit de Pia Moustaki qui revient sur une vie pas vraiment banale consacrée à se faire un prénom, à l’ombre de parents à la forte personnalité et dont l’un fut très célèbre.

Sa première guitare lui fut offert par Edith Piaf et au fil des pages Fille de métèque, on croise bien des noms connus : Jacques Higelin, Brigitte Fontaine et Areski Belkacem, Coluche, Renaud ou encore Maxime et Catherine Le Forestier quand il ne s’agit pas de Georges Harrison ! Fille de Georges Moustaki – celui qui fit du mot « métèque » ses lettres de noblesse – et d’une mère bretonne, artiste et auteure de poésie, Yanick Varech, Pia a connu une enfance bercée par la vie de bohème.

Retraçant en des lignes alertes, le destin des deux familles qui composent sa lignée, comme un trait d’union entre l’Orient et la Bretagne, Pia Moustaki signe un récit honnête où, si elle reconnaît une enfance atypique, évoque aussi les longs moments de solitude, la difficulté de pousser auprès de parents hors-normes, de se faire une place personnelle dans la société, sans toujours devoir quelque chose à ses parents. Elle écrit ainsi son parcours de jeune maman : « Il est urgent de gagner de l’argent, car je ne veux pas en demander à mes parents. Pendant ce temps-là, celles et ceux qui ne connaissent de moi que mon patronyme m’imaginent très, très gâtée… »

On y découvre une enfant de la balle qui a tenté bien des métiers pour gagner sa vie, y compris celui de chanteuse, même si son père ne l’a jamais vraiment poussée dans ce sens. Ainsi avait-il dit à celle à laquelle il dédia une belle chanson 17 ans et qui lui demandait son avis sur une de ses chansons  : «  C’est un peu léger. Je ne vois pas la vocation. Tu as un joli timbre de voix, mais ça ne suffit pas. » Comme elle le reconnaît quelques pages plus loin, c’était sans doute pour la protéger de aléas d’une vie d’artiste qu’elle a pourtant embrassée. L’occasion pour Pia d’évoquer une belle tournée à Madagascar avec le musicien Roger Khâ. « Là-bas, au soleil, ma fille et moi retrouvons un peu de la sérénité et de l’insouciance dont nous avions besoin. » Ou encore de raconter la création du café-concert à Saint-Servan-sur-Mer, en Bretagne.

Au fil de ce récit personnel, on découvre le portrait d’artistes vu dans leur quotidien : Renaud qui sera une de ses premières amourettes et qui, jeune, est déjà introverti; Coluche, qui s’occupa, alors inconnu, de la moto de Moustaki… On y découvre aussi un père présent, un père aux amours multiples et qui resta tout au long de sa vie un séducteur dans l’âme, un père aimant mais qui a  connu parfois des problèmes d’ego. Un père qui, pourtant,  baisse la garde quand la maladie le presse : « Ses paroles adoucissent l’anxiété que l’éprouve à le voir décliner. Après m’avoir découragée de chanter pendant de nombreuses années, mon père m’avoue enfin sa profonde tendresse et son admiration vraie pour mes textes. »

Entretenant la mémoire familiale – sa mère a disparu en 2008 et son père en 2013, on s’en souvient- Pia  a créé la galerie Georges Moustaki dans une rue du Quartier Latin, proche de l’ancienne boutique d’artisanat maternelle. L’occasion pour elle de rappeler la devise de son vagabond de père : « L’homme descend du songe« , emprunté à Antoine Blondin qui évoquait dans un texte, un certain Verlaine…

(*) Ed. Plon

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