Matéo Langlois ou l’art du décodage

En cinq titres, Matéo Langlois définit un univers musical singulier dans Décoder les cases (*). Est-il bon de décoder son message ?

Décoder les cases n’est pas un disque qui se livre à la première écoute. La voix singulière du chanteur peut dérouter, voire déranger. Les rythmiques surprendre. Et puis, on se laisse glisser dans cet univers tout doucement, tranquillement et un charme certain opère. Comme Matéo Langlois  gravite autour de Toulouse, il est tentant (et facile) de dresser un parallèle entre lui et Claude Nougaro dont il partage de fait le même amour pour les mots et leurs effets, les chocs sonores au service d’une rythmique hybride, métissée. Dès l’ouverture et Les Fôtes d’orthographe, Matéo Langlois donne le tempo dans cette évocation de la liberté de créer et d’oser, d’écrire « les mots comme on les voit« . Métaphoriquement, la vie n’est-elle pas aussi faite de ces ratures et erreurs qui n’empêchent pas, in fine,  d’avancer.

Yes est un hymne au départ qui fait écho au poème de Cendrars, « Si tu aimes, il faut partir... » Dans l’urgence des mots, il y a la célébration du plaisir de partir pour partir, chère à un Nicolas Bouvier, quitte à le faire en célébrant le bonheur de courir. « Départ imminent/ Et j’y laisserais mes thunes, et mon emploi/ et mon ascension sociale, que dalle » chante-t-il.  La liberté de vivre et de choisir est aussi l’apanage de Décoder, qui invite à laisser jaillir les émotions.   « Ta peinture est belle, tu devrais l’encadrer » lance-t-il.Avec La Ville, Matéo Langlois laisse planer son inspiration sur ces cités de la grande solitude où l’on ne pratique « ni la pitié, ni les égards ». Comme le psalmodie le refrain : « On lui dit fais gaffes, si tu restes ici/ le goudron va finir par salir la poésie. »

Au jeu du Je – de l’être ou du paraître si vital dans la vie d’un artiste – Matéo Langlois sait habiller l’essentiel avec le minimum. Une beat box, un piano et des éclats de saxophone (magnifiques dans Les fôtes d’orthographe) : Matéo Langlois n’a pas besoin d’un barnum pour signer un univers musical coloré où le jazz le dispute à la valse lente.

Un grain de voix, un grain de folie et de rêverie. De quoi donner du grain à moudre aux amateurs d’une chanson qui sorte des sentiers battus…

(*) Disque Autoprod/ Absilone

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