Laurent Montagne : les airs des cimes

Souviens-moi (*), c’est le nouvel album de Laurent Montagne, un chanteur  qui peut alterner les rimes révoltées avec  des couplets plus contemplatifs. Un cocktail qui lui réussit plutôt bien.

La voix est toujours solide au poste. Dans l’univers de Laurent Montagne, la guitare domine, tantôt très rock, tantôt plus pop avec un sens certain du crescendo sur des rythmiques solides. Côté musique, l’enfant de la Drôme qui vit aujourd’hui dans la région de Montpellier s’est entouré de vieux complices de ses années de groupe : Laurent Guillot, Cyril Douay, l’ami du groupe Les Acrobates et fondateur de The Chase; Pierre-Yves Serre, fondateur de Horla… Entre autres.

Le résultat, c’est un album qui balance pas mal, efficace dans les sons sans pour autant offrir des arrangements qui jouent la fioriture pour la fioriture, au risque d’y  perdre leur âme. Cela met en valeur des textes qui oscillent entre la colère et la poésie, sans jamais que la revendication n’inspire le trac. Ainsi avec Le Système : « Le système t’aime/ Le système t’aime comme un vampire aime le sens » lance-t-il évoquant une société qui ne tourne plus vraiment rond et qui est issue de « la même élite. »


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Le carnaval sonore de Dowdelin

La pochette de leur album, Carnaval Odyssey (*) bigarrée est à l’image d’un trio, Dowdelin,  qui aime ouvrir des voies musicales nouvelles entre jazz créole, musique électro et percussions antillaises. Intéressant mais inégal.

Laissé  Mwen donne le ton de Carnaval Odyssey, le nouvel album de Dowdelin, un trio lyonnais qui tente de donner un coup de neuf à la musique créole traditionnelle. « Laissé Mwen aller/ Etre dans l’instant/ On serait bien sans choisir de camp » lance-t-elle. La voix chaude de la chanteuse martiniquaise Olyvia porte de bout en bout cet album qui défriche bien des pistes musicales : du jazz créole aux plages électroniques en passant par un brin de soul. Un titre au tempo plus doux comme Slowdown en apporte la preuve.

Pour apprécier l’univers musical de Dowdelin, il faut aimer les mariages audacieux entre les mélodies créoles traditionnelles et les promenades électroniques. C’est David Kiledjian  qui est au cœur du projet musical, mais il est secondé de main de maître par  Raphaël Philibert, saxophoniste et joueur de gwoka qui marque de sa griffe les plages les plus puissantes de l’album.

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Marcel Azzola : un accordéon s’éteint

Marcel Azzola est mort. Âgé de 91 ans, il avait accompagné Piaf et Barbara. Et, par la grâce d’une chanson, Jacques Brel avait rendu célèbre son prénom.

Il continuait de se produire sur scène, malgré une santé qui déclinait. Jusqu’au bout, Marcel Azzola fut fidèle au piano à bretelles qui l’avait rendu célèbre. Le célèbre « chauffe, Marcel ! »,  lancé Jacques Brel, en 1968, en plein enregistrement de sa chanson Vesoul,  avait donné un prénom à son visage. Son nom demeurera à jamais associé à tous les aspects de l’accordéon de papa :  du bal musette au jazz en passant par la création originale. L’homme était un modeste. Plutôt que de relater ses nombreuses aventures avec le grand Brel, il préférait faire « parler » son instrument. Il est aujourd’hui en deuil…

En 2005 dans un portrait du Monde, il disait : « Oh, la gloire c’est très relatif, vous savez. Regardez le jeune garçon de café. C’est normal qu’il ne me connaisse pas. S’il me parlait de son groupe de techno favori, ce serait pareil pour moi… Non, je n’ai pas la grosse tête. Je n’aimerais pas, en tout cas. » Comme le chantait Brassens, Azzola était un « modeste ». Mais quel talent !

Un 13 qui porte bonheur

Chant libre (*), c’est le nouvel album de Collectif 13, un groupe qui réunit des membres de Tryo, La Rue Ketanou, Massilia Sound System… Un bouillon de culture pour des artistes qui chantent leurs révoltes et leurs colères dans un joyeux bazar musical.

Dès l’ouverture de Chant libre, Collectif 13 annonce la couleur et balance le tempo sur Collègues, un hymne au partage et à la fraternité : « Ce n’est pas une histoire de quartier. C’est une envie de se rencontrer. » Le ton est donné par ce groupe formé de musiciens venus de bien des formations connues qui préfèrent se parler en musique que de communiquer par Internet. « Aucun filtre entre nous, pas de marketing », lancent-ils dans Réseau, soutenu par les solos d’un saxophone rageur et qui se moque de nos vies connectées.

En quinze titres, Collectif 13 mise sur le mélange des cultures, le métissage musical au service de chansons qui disent la dinguerie américaine (les couplets de Trumperie sont fort bien tournés), l’anonymat des laissés-pour-compte (Invisible), l’univers bétonné et artificiel d’un Dubaï . « Elle n’est jamais finie la vie d’un chanteur/ Il y a toujours à dire, toujours un râleur » clament-ils sur fond de reggae made in Marseille dans Tout petit déjà.

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Maud Lübeck et les vertiges de l’amour

Elle avait chanté la rupture dans Toi non plus en 2016. Elle chante la cristallisation de l’amour en revenant sur les ondes avec Divine (*). Maud Lübeck nous offre une carte du Tendre moderne.

Presque entièrement dédié à un nouvel amour, Divine, nouvel opus de Maud Lübeck, nous plonge dans l’intime du sentiment amoureux. La chanson-titre de l’album qui ouvre ce voyage évoque la rencontre qui paralyse, fascine. Le coup de foudre assassin.  « Divin hasard qui m’a conduit ce soir/ À ton regard » murmure la chanteuse.

D’une voix haute, mélancolique mais jamais plaintive, Maud Lübeck déroule dans cette « chronique d’une rencontre »  – c’est le sous-titre de son disque-  toutes les étapes d’une histoire d’amour avec, au final, le secret espoir que cela ne s’arrête pas dans Dernier amour.

En neuf chansons, neuf variations, la chanteuse écrit, dans une apparente simplicité, l’urgence du sentiment amoureux et sa fragilité aussi. Dans Cœur, soutenu par un chœur presque mystique de Maissiat, Maud Lübeck lance tout « simplement » : « Prends soin de moi ou je meurs. » C’est direct, et c’est clair. Lire la suite « Maud Lübeck et les vertiges de l’amour »

Du haut des Falaises…

Groupe Indie Pop parisien, Falaises a su avec They Are Here (*), d’emblée marquer les ondes. Et le groupe sait aussi se montrer inventif dans ses clips.

Puissante et posée, la voix d’Alice est un des atouts de Falaises qui livre avec They Are Here, une pop synthétique de belle tenue.

S’inspirant de ce qu’avait de fort la musique des années 80, sans tomber dans le plagiat pur et simple ou les résonances nostalgiques, le quatuor – outre Alice au chant, il y a Guillaume aux guitares, Baptiste à la basse et Pierrick qui tient la batterie – surfe sur un cocktail musical qui mêle allégrement pop-rock et électro-pop. A l’écoute, on peut passer d’un titre enlevé comme Boy, offert en deux versions, qui invite à la danse à une ballade apaisée telle la chanson They Are Here.

Ce qui touche dans cet opus du groupe, créé en 2016, c’est l’apparente simplicité qui confère à l’ensemble un côté direct et pur. Avec, au détour d’un sillon, des mélodies à la belle énergie comme dans Hush. Bref, Falaises ne s’enferme pas dans un univers monolithique. Lire la suite « Du haut des Falaises… »

Les chants rebelles de Mélissa Laveaux

Loin d’être une inconnue des ondes, Mélissa Laveaux signe, avec son troisième album, Radyo Siwel (*), un disque où elle interprète, en créole, des chansons traditionnelles d’Haïti, de 1915 à 1934. Un hommage à un peuple qui lutte.

Auteure-compositrice-interprète canadienne d’origine haïtienne, Mélissa Laveaux sait, de sa voix acidulée, embarquer son monde dans des interprétations personnelles.

Depuis Dying Is A Wils Night, sorti en 2013, avec des morceaux désormais célèbres comme Postman,  elle a pris son temps pour célébrer la mémoire du Haïti de ses ancêtres. Bien entourée par  le  trio français reconnu du nom d’A.L.B.E.R.T., – Vincent Taurelle, Ludovic Bruni et Vincent Taeger – ainsi que du musicien trinidadien canadien Drew Gonsalves, de Kobo Town, qui signe une collaboration remarquée à la guitare et au tres,  Mélissa Laveaux a choisi de revisiter les chansons remontant à l’occupation américaine entre 1915 et 1934, mais en y mettent sa touche de modernité.  « C’est un épisode de l’histoire d’Haïti, c’est de la chanson haïtienne, mais le thème de l’envahisseur est universel » dit la chanteuse trilingue (anglais, français et créole) qui, pour la première fois, chante tout un album en créole.

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Les bonnes notes de Lavilliers

Plusieurs générations de musiciens  sortent  vainqueurs de l’Académie Charles Cros, qui récompense, chaque année, les disques et DVD français. Outre le vainqueur de l’année,  Bernard Lavilliers, Clara Luciani et le duo Bigflo & Oli sont du palmarès.

Un après la sortie de son 21e album, 5 minutes au paradis, suivi de plusieurs concerts, en France, à la salle Pleyel notamment, comme à l’étranger, Bernard Lavilliers, fringant septuagénaire, a reçu le prix de l’Académie Charles Cros pour l’ensemble de sa carrière. Un prix mérité quand on mesure à quel point l’auteur de Stand The Ghetto a marqué la mémoire collective avec des chansons comme Les Mains d’or, Noir et Blanc, Les Barbares ou encore Betty. Ce n’est pas trop tôt quand même ! Un artiste qui garde toujours l’esprit rebelle et lançait récemment : « Je vois peut-être les choses moins brutalement parce que j’étais un militant anarchiste assez radical ! Mais au fond du fond, je suis resté le même… en plus vieux ! »

Côté scène, se partagent le prix le duo de rappeur toulousain qui monte, monte, les frères Bigflo et Oli (qui viennent de sortir leur troisième album, La Vie de rêve) et Clara Luciani, remarquée par La Grenade.

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Quand Léo faisait ses premiers pas

Avec le coffret La Vie Moderne/ 1944-1959(*), Mathieu Ferré, l’aîné de la famille, nous fait découvrir les premiers pas d’un artiste qui a conçu une œuvre monumentale. Retour sur le passé.

Le choix de pochettes originales pour illustrer l’habillage du coffret de cette Vie moderne en fait  déjà un très bel objet. Quatorze CD composent cette première partie de l’œuvre intégrale enregistrée de Léo Ferré (trois autres devraient suivre). Ce sont les années où « la fin du mois revient sept fois par semaine« , celles de la « pitance incertaine » qu’il figera en chansons dans la superbe Vie d’artiste. Autrement dit, les années difficiles où l’artiste tâtonne, connaît la mouise aussi entre 1944 et 1959.

Depuis que cette partie de l’œuvre est dans le domaine public, Mathieu Ferré a pu se lancer dans cette nouvelle aventure comme il le souhaitait. Dans une interview sur Culture box, il dit : « Je l’ai fait à ma façon, en essayant de rester au plus près de ce qu’était la discographie originale. En reproduisant les pochettes, en mettant les titres dans l’ordre où ils étaient au moment de la sortie du vinyle, de retrouver cette impression que pouvait avoir quelqu’un qui achetait le nouveau disque de Ferré en 56, ou en 55… il allait chez un disquaire et il achetait le vinyle, il rentrait chez lui, il l’écoutait, il avait une sensation, une émotion, un ressenti particulier. »

Il est vrai, la publication en 1993 des Années Odéon avait déjà offert au grand public l’essentiel de ces premières chansons parmi lesquelles figurent la première version de futurs classiques comme Graine d’ananar, Le Pont Mirabeau ou encore Pauvre Rutebeuf. Là, où le présent coffret apporte du neuf, c’est dans les albums d’inédits où l’amateur peut découvrir certaines pépites. Lire la suite « Quand Léo faisait ses premiers pas »

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