Pierre Perret : la liberté d’en rire…

Plus de soixante ans de carrière au compteur, mais toujours une manière artisanale de composer ses chansons. Il a fallu trois ans à Pierre Perret pour ciseler les douze chansons d’Humour liberté (*). Si, musicalement, l’opus n’a rien de très novateur, Perret sait trousser des couplets graves sans jamais surligner le trait.

Pierre Perret a beau avoir 84 ans printemps, il ne s’endort pas sur ses lauriers.  Et son inspiration sait aussi jouer avec la technologie. La preuve ? Suite à un texte publié sur son site, il y a trois ans, il a cédé aux demandes de ses fans pour composer Ma France à moi. Hymne à un pays qui a longtemps plus rayonné par les productions de ses hommes de culture que par des rodomontades de politiciens en mal de consécration médiatique. Il chante ainsi, faisant écho au célèbre texte de Jean Ferrat avec lequel il débuta dans un cabaret parisien, cet hymne qui n’a rien de patriotique : « Ma France à moi celle que j’adore/ Celle des Klarsfeld celle de Senghor/ Celle de Prévert et la France des paysans/ France de Stendhal Chamfort Molière/ France de Balzac La Fontaine et Victor » L’artiste sait aussi se moquer des modes en évoquant un temps que les moins de 20 ans… : celui de cette Communale où les élèves ne surfaient pas tout le temps sur les portables ou sur l’écran plat de leur ordinateur, fidèle compagnon de route et de jeux. « Et sous les platanes/ C’qui avait d’plus sacré/ C’était la castagne / Pendant la récré. »
L’œil malicieux et le verbe toujours précis, Pierre Perret regarde le monde sans jamais se départir de son sens de l’humour. Et il faut avoir l’humour bien accroché au cœur pour décrire notre société dite « moderne ». Pourtant, fidèle à sa philosophie, sinon de bien vivre, du moins de vivre le mieux possible, et en accord avec ses idées, Pierre Perret ne pouvait pas taire son émotion, suite aux attentats du 13 novembre 2015. Il le fait avec la chanson-titre qui ouvre ce disque et où il salut les copains tombés au champ de l’humour : »Adieu mes amis les artistes/ Bienfaiteurs de l’humanité/ Qui venez de quitter la piste/ Pour avoir dit la vérité. »

Dans la lignée de sa Lily, Pierre Perret a aussi été « inspiré » par les drames permanents de ceux qui tentent d’entrer en France : avec Les Émigrés, il pèse les maux et ses mots pour dire les choses aussi simplement que directement ce cauchemar banalisé sur nos écrans d’information quotidiens. Avec ce simple refrain : « On est tous des émigrés/ Qui r’partent avec la marée. »

Dans la droite ligne de Brassens et de ceux qui bouffent du curé quand c’est nécessaire – et dans ce cas, il faut chanter pour dénoncer sur tous les tons –  il a trouvé aussi les mots pour évoquer Le Pédophile, une chanson qui aura sans doute du mal à passer sur les ondes nationales, sans parler de celle de… Radio Vatican.

Chez lui, la carte du Tendre n’est jamais loin également et lui inspire des couplets, parfois tendres, parfois gaillards, y compris quand il s’agit de brocarder le Macho en vers et contre tous avec Le Beau Matelot. Ou de décrire, sourire aux lèvres, un « Casanova de banlieue » dans Ils se gourent. Enfin, chez Perret, amour et amitié se conjuguent et la dernière chanson, La Ouananiche, dans lequel, « l’ami Pivot » en tête, les frangins d’la route se retrouveront sans nul doute.

C’est musicalement que le dernier disque de Pierre Perret surprend moins les esgourdes : Frédéric Manoukian signe des arrangements propres mais carrés, sans prendre vraiment de risques. Pourtant, quand il se laisse aller, cela fonctionne avec un joli tempo comme le prouve l’évocation musicale de Django, l’occasion pour Pierre Perret de dire sa fidélité aux grands noms du jazz qui continuent de lui mettre « L’soleil au cœur« .

Malicieux, Perret a dit sur les antennes de RTL, que le mot retraite était inconnu de son dictionnaire intime : « Je chanterai jusqu’à ce que j’ai les moustaches en croix. » Avant de prendre l’air de rien ses précautions: « Si un jour j’entends un mec soupirer au premier rang, le lendemain j’arrête tout ». Pour l’instant, il est bien parti pour ne pas entendre le moindre souffle sur son passage.

(*)Adèle/ Irfan (le label)

 

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