Charles Aznavour : une voix sans frontières

Il y a quelques jours encore, Charles Aznavour était l’invitée de France 5 dans C à vous, où il ne faisait pas de la figuration auprès de chroniqueurs inspirés . Il vient de nous quitter à l’âge de 94 ans. Une voix connue dans le monde entier…

Aznavour, c’était l’homme des records. Celui qui avait débuté comme secrétaire d’Edith Piaf en 1946, celui auquel bien des chroniqueurs ne prédisaient aucun avenir de chanteur – le grand découvreur de talent, Jacques Canetti, m’avait avoué qu’il avait fait l’erreur de ne pas « croire en lui » – Charles Aznavour, il s’agit bien de lui, avait pourtant conquis, à force de travail,  le monde entier, signé pour lui et pour tant d’autres quelques 1300 chansons  et vendu 100 millions de disques. Ambassadeur de la langue française, ce fils d’une modeste famille d’immigrés arméniens était connu dans près de 90 pays et savait chanter dans huit langues. « J’ai fait une carrière inespérée mais exemplaire » disait-il récemment à l’AFP. Car il avait eu droit à bien des critiques à ses débuts : sa taille, sa voix, ses textes…

« Je suis pas vieux, je suis âgé« , disait Aznavour pour lequel le mot « retraite » n’avait pas de sens et qui est -presque – mort sur scène car il était sur le point de reprendre une tournée après s’être fracturé le bras cet été. Un auteur, compositeur, interprète qui avait osé bien des thèmes durant sa carrière. Dès 1956, il avait évoqué le sexe dans Après l’amour, censuré.  Dans Tu t’laisses aller, il avait osé décrire la décrépitude d’un amour vieillissant et dégradé. Ou évoqué l’homosexualité en 1972 dans le remarquable Comme ils disent. Marié à trois reprises, Aznavour avait aussi chanté l’amour sur tous les modes des Plaisirs démodés à Plus bleu que tes yeux, immortalisé par Edith Piaf. Il avait aussi célébré à maintes reprises la vie d’artiste avec des incontournables comme La Bohème ou Je m’ voyais déjà

Parfois, on oublie que le grand Charles avait signé des textes pour Johnny Hallyday (Retiens la nuit) et Sylvie Vartan (La plus belle pour aller danser). Récemment, il avait écrit un très beau texte pour François Fabian : Ce diable d’homme. Toujours curieux des nouveautés, du rap notamment, il avait été en quelque sort un précurseur du genre quand, avec son premier complice Pierre Roche, il avait signé son Feutre taupé.

Ambassadeur infatigable de la cause arménienne, monstre sacré de la chanson, qu’il a révolutionnée à sa manière tout en symbolisant un homme banal par excellence,  Charles Aznavour fut aussi un grand comédien. Il m’avait confié une fois qu’il choisissait un rôle non pour « l’importance de sa présence à l’écran » mais pour « ce qu’il symbolisait. » À cet égard, le personnage du tailleur juif Sigismund Markus dans Le Tambour, de Volker Schlöndorff en 1979, en dit plus qu’un long discours. Mais, il faut aussi se souvenir de sa présence dans La Tête contre les murs, très grand film de Georges Franju, Tirez sur le pianiste, autre œuvre importante de François Truffaut dans lequel il ne chante pas mais joue du piano dans une émouvante composition ou encore Un taxi pour Tobrouk, Le Passage du Rhin. A la télévision, on peut aussi se souvenir de sa belle composition dans la peau du Père Goriot. Un artiste jusqu’au bout des ongles qui avait appris les échecs, comme il me le confirma un jour avec  Missiak Manouchian, le héros brisé de la tristement célèbre Affiche rouge, chantée par Ferré sur les vers d’Aragon.

« Quels sont mes handicaps ? Ma voix, ma taille, mes gestes, mon manque de culture et d’instruction, ma franchise, mon manque de personnalité. Ma voix ? Impossible de la changer. Les professeurs que j’ai consultés sont catégoriques : ils m’ont déconseillé de chanter. Je chanterai pourtant, quitte à m’en déchirer la glotte » disait Aznavour dans sa biographie. Par le travail, l’obstination, une inspiration sans failles, Aznavour a fait de ces « handicaps » sa marque de fabrique… Toujours passionné par les innovations techniques, il cultivait aussi une passion pour la photographie dont porte trace Images de ma vie, sorti en 2005.

Star pudique et réservé, d’un premier abord pas toujours facile  sans doute pour mieux se protéger, Aznavour n’a pas réalisé un seul de ses rêves : chanter jusqu’à 100 ans… Mais son œuvre survivre longtemps à sa disparition.

 

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