Yvette Guilbert, la femme moderne

Elle fut une grande voix de la chanson, pionnière du féminisme. Dans un coffret étonnant de 3 CD, Yvette Guilbert voit son répertoire revisité par Nathalie Joly. Et de belle manière.

Elle fut l’amie de Freud – qui écoutait en boucle sa chanson Dites-moi que je suis belle – et Toulouse-Lautrec l’immortalisa. Reine du café-concert à la Belle Époque, Yvette Guilbert a marqué les annales de la chanson par un répertoire très en avance et pas ses prises de position féministes. La dame était une pionnière du genre à une époque où ces dames étaient corsetées et soumises à la férule de leur époux.

Parolière, auteur, actrice, metteur en scène… , Yvette Guilbert, née le 20 janvier 1865 à Paris et morte en février 1944 à Aix-en-Provence, fait partie de ces artistes qui ont exploré bien des pistes artistiques comme en témoigne sa passionnante autobiographie, La Chanson de ma vie.

Empruntant son prénom de scène au roman de Maupassant, Yvette, elle fut l’initiatrice d’une écriture française moderne, fut la pionnière en l’art du parlé chanté, souvent utilisé depuis (le rap en étant l’expression la plus récente). Femme émancipée s’il en fut, Yvette Guilbert revit sous la voix de Nathalie Joly qui, après un long travail de recherches,  revisite dans un coffret de trois disques l’univers de la créatrice du Fiacre. Car Nathalie Joly l’interprète de belle manière : si elle reprend ses chansons, elle traduit  son esprit et ses engagements dans un langage contemporain et une

présentation moderne. Au piano, Jean-Pierre Gesbert s’avère un des plus fins accompagnateurs de l’artiste, ajoutant des touches d’humour musical à sa prestation.

Celle qu’on appelait «la diseuse fin de siècle» renaît ici de manière magistrale, tant Nathalie Joly a l’art de faire vivre un texte, d’en exprimer la modernité. Le troisième disque du coffret, Chansons sans gêne permet notamment de découvrir quelques pépites, comme Le Blues de l’absinthe ou L’Enfermée, de Gaston Couté.  Chez Yvette Guilbert, il n’y aucun tabou à évoquer toute une population interlope : celui des morphinomanes , des homosexuels, d’anarchistes… Et à écouter ces « re-créations » de Nathalie Joly, on découvre la modernité de son ton qui a inspiré bien des artistes depuis : d’Anne Sylvestre à Barbara, sans oublier Catherine Ringer.

Pour célébrer dignement un tel opus, fruit de longues années de travail en solitaire et de compilations de documents sur la star de la Belle-Époque, Nathalie Joly sera sur scène au Théâtre du Soleil du 28 septembre au 22 octobre pour un spectacle mis en scène par Jacques Verzier et Simon Abkarian. Une prestation à découvrir absolument pour mesure à quel point la verve d‘Yvette Guilbert était unique.

(*) Disques Frémeaux & Associés

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