La voix de Thiéfaine pour les maux de Dostoievski

On connaît le rocker amoureux des mots qui « poétisent » le monde, le rebelle fidèle aux enseignements surréalistes, et l’homme de scène. Avec sa lecture des Carnets de sous-sol (*), de Dostoievski, Hubert-Felix Thiéfaine fait entendre une des grandes voix de la littérature russe.

Plus de cinq heures d’écoute ! Une chose est sûre, les éditions Frémeaux & Associés aiment les défis et ne cessent de servir les grands textes. Cette fois, c’est Hubert-Félix Thiefaire qui se glisse, non sans gourmandise, dans l’univers de Dostoievski.

Quand le grand romancier russe signe ces Carnets du sous-sol, c’est juste après Les Souvenirs de la maison des morts, un texte stupéfiant et qui témoigne de ces années de bagne où il est envoyé en 1850. Un choc même si sa qualité de noble lui vaut d’éviter certains mauvais traitements mais pas de subir la hargne d’autres détenus. De ce séjour, le romancier revient transformé au fond de son être. Il écrit notamment : « Je n’ai pas perdu mon temps : j’ai appris à bien connaître le peuple russe, comme peut-être peu le connaissent » Il y passera quatre ans.

Juste après ce texte fondateur et qu’on ne peut se lasser de lire et relire, Dostoievski publie un autre livre où il livre une vision très pessimiste de la condition humaine. Ces Carnets du sous-sol qui commence par une double affirmation : « Je suis un homme malade… Je suis un homme méchant ».

Retiré dans un sous-sol, tel un reclus, cet homme seul qui n’écrit que pour lui-même s’adresse à un lecteur imaginaire. Et, en amont de la lecture, un avertissement prévient qu’il faut dissocier ce personnage isolé de l’auteur lui-même. Cet  homme  symbolise la défiance à l’égard du progrès, et est incapable de résoudre le mystère humain. Pire, il  ne parvient pas plus à trouver une solution à  la torture causée par la question insoluble du mal.  Les réflexions de ce fonctionnaire anonyme et amer doivent sans doute un certain tribu à un évènement qui a touché l’écrivain : sa seconde partie a été rédigée à la veille de la mort  de sa première épouse, Maria Dmitrievna.

Avec sa voix rauque, capable de passer d’un registre doux, presque murmuré, à des éclats de révolte, Thiéfaine donne une autre résonance aux mots de Dostoievski. Et aussi à ses maux. De la belle œuvre.

(*) Disques Frémeaux & Associés

 

 

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