Cyril Mokaiesh : révoltes et passions

ob_83049b_cover-cyrilmokaiesh-clotureJouant sur le beau duo avec Bernard Lavilliers, La Loi du Marché, Cyril Mokaiesh sort un nouvel album, Clôture, où il n’a pas mis sa langue dans sa poche pour imaginer des chansons en prise sur la société. Exercice parfois inégal mais qui nous change de la génération des artistes dont l’inspiration se résume à un petit lamento personnel.

« Combien de fois faut-il mourir pour être audible ,  » lance Cyril Mokaiesh dans la chanson-titre de son disque où il gueule à la face du monde des mots « sans-culottes » (pour reprendre une métaphore à la Ferré), de ces mots qui brocardent le monde sans prendre de gants. Il lance ainsi : « J’ai une bombe à retardement qui en a marre d’être retardée, qui voudrait crever l’écran et vous présenter le JT : « Mesdames et messieurs bonsoir ! Le capitalisme a tué l’existence en la privant de son humanité, il est urgent d’en changer, seuls quelques bandits y trouvent leur compte en nous réglant le nôtre.  » Pas étonnant avec une telle inspiration que Mokaiesh ait imaginé ce mariage – réussi – en chanson avec Lavilliers.

Il a d’ailleurs fallu ce clip de belle facture pour que les médias se réveillent et traitent l’artiste comme il le mérite. Il faut dire que l’ancien joueur de tennis qui a commencé dans la chanson, en 2011, avec un album Du rouge et des passions et un titre-phare Communiste n’avait pas fait le maximum pour séduire ceux qui pensaient déjà que le clivage droite et gauche n’avait plus de sens.

Depuis, il avait aggravé son cas en interprétant le bel hommage à ces « naufragés de la chanson » (dans le disque Naufragés) où il célébrait des révoltés de la rime : le grand Leprest, Bernard Dimey ou encore Mano Solo. Sans oublier la figure russe de la contestation contre tous les ordres : Vladimir Vissotski. Par avance, Mokaiesh avait devancé les éventuelles critiques en soulignant  : « J’ai bien conscience qu’il est singulier aujourd’hui, à 30 ans, d’aimer Pierre Vassiliu, Philippe Léotard et Jacques Debronckart. J’avais envie de mettre cette singularité en avant, même si certains peuvent considérer comme une faiblesse d’aimer la chanson française, la poésie, certaines vérités, ce premier degré.  » Il avait alors collaboré fraternellement avec le pianiste de jazz Giovanni Mirabassi, convoqué à nouveau sur Clôture pour un beau texte : Une vie.

mokaieshCette fois, Mokaiesh ne s’est pas « caché » derrière les mots des autres, évoquant aussi bien les causes qui le font réagir, que les blessures d’amour. Avec, une mélancolie qui n’exclut pas un certain optimisme comme le souligne le refrain de Je fais comme si : « J’avance/ Je vais, je vis/ Même si, même si/ J’y pense/ Et puis je souris/ Je fais comme si, comme si. »

Et quand il porte sa plume dans les blessures de la société, ce n’est jamais sans certains détours d’écriture où la révolte passe par les chemins de la poésie. Ainsi dans la chanson Novembre à Paris, marqué par les attentats (sans doute un des plus beaux textes inspiré par ce drame), et sur laquelle passe un « vol noir de corbeaux » qui n’aurait pas déplu à un certain Rimbaud.

D’autres chansons sont un peu moins convaincantes et toniques. Son mélancolie Ostende qui ne peut supporter la comparaison frontale avec le classique du duo Caussimon/ Ferré ou le Houleux , marqué de la rencontre vocale avec Elodie Frégé et qui peine à convaincre. Et on peut alors préférer quand Mokaiesh signe des couplets – que l’on espère non prémonitoires –  sur le péril que fait peser l’extrême droite sur l’Hexagone (Ici en France). « L’heure de salir l’Elysée ? De prendre l’histoire/ Pour un coup du soir. » Il y a enfin chez Mokaiesh, des capacités à remuer le passé avec une nostalgie poétique et cela donne 32 rue Buffault, en forme de retour sur une enfance que l’on imagine calme et heureuse.

Entre rupture amoureuse et coup de gueule poétique sur une société aussi numérisée que cadenassée, Mokaiesh signe donc un disque où les mots sont justes et frappent au cœur.

(*) Disque Sony Music/ Un plan simple

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s