Arapà : aux sacrifiés de Verdun

visuel-hd-in-memoriamPour le centenaire de la bataille de Verdun, le groupe Arapà signe un disque fort et émouvant : In Mémoriam 1914-1918.

Arapà  est une colline de l’extrême-sud de la Corse qui a donné aussi son nom de scène à un groupe dont les voix se marient avec subtilité et puissance. Dans son nouveau disque,  In Memoriam, Arapà  rend hommage à toutes les victimes de la boucherie de 14-18 dont on « fête » le centenaire. En ouverture de la pochette, le groupe souligne clairement son ambition :  » Cette guerre a été un carnage, détruisant dans le même geste apocalyptique, hommes, animaux, paysages et patrimoines, visages, corps, esprits et âmes. La Der des Der sonne le glas d’une Europe paysanne dont les savoirs et les savoir-faire prenaient leur source dans la nuit des temps. »

arapa-quatre

Mêlant des chants corses à de nouvelles versions de poèmes (Si je mourais là-bas, d’Apollinaire, mis en musique par Jean Ferrat; Tu n’en reviendras pas, d’Aragon, mis en musique par Léo Ferré notamment), ce disque fort dit clairement les dérives des chefs d’États majors qui conduisirent toute une population au bout de la souffrance. Il dit aussi le courage de ces soldats qui avaient quitté leur paisible région pour défendre un pays et découvrir l’horizon barré des tranchées et les premières manifestations d’une guerre « dite » moderne avec les débuts de l’aviation, l’utilisation des gaz, les tranchées… Se souvenant, comme bien des enfants, de ces noms gravés dans le marbre des monuments aux morts plantés dans le plus petit des villages, Arapà  dénonce, de belle manière, l’absurdité de cette guerre, cette « connerie » comme le dira, des années plus tard, un Jacques Prévert.

Il y a aussi les lettres qui témoignent, malgré la censure, du quotidien.  Ainsi dans cet Envoi du front, arapa-unécrit par Jean Arbousset en 1917 : « Vous avez eu de la tranchée/ La grenade et la balle aussi/ La fusée au sol arrachée/ Par un Fanfan trop sans-souci/ Qui vous ciselait une lame/ Au cœur du métal dégrossi…/ Vous avez eu de tout : voici /Une fleur du chemin des Dames. »

Enfin, l’album témoigne aussi du sentiment de révolte qui a étreint aussi ces soldats plongés dans l’horreur et l’absurdité d’un conflit si long et si sanglant. Ainsi quand Arapà  reprend dans une belle version la mélodie interdite pendant des décennies, la fameuse Chanson de Craonne, où l’on entend ces paroles qui en disent plus long qu’un discours pacifiste : « Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront,
/ Car c’est pour eux qu’on crève.
/ Mais c’est fini, car les trouffions
/ Vont tous se mettre en grève.
/ Ce s’ra votre tour, messieurs les gros,
/ De monter sur l’plateau,
/ Car si vous voulez la guerre,
/ Payez-la de votre peau ! »

C’est la variété d’Arapà qui donne le prix à cet album d’un hommage qui est tout sauf cocardier. Et qui s’intéresse d’abord et avant tout aux humains.

Suivre le groupe en cliquant ici

 

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