So long Leonard

Quelques semaines après la sortie de son ultime album, You Want It Darker (*), un bijou désormais testamentaire, Leonard Cohen n’est plus. Quelques jours après sa disparition à l’âge de 82 ans à Los Angeles, il a rejoint, sans tapage médiatique,  sa terre leonard_cohen_2120natale et le caveau familial de Montréal. Une grande voix poétique ne résonnera plus.

En janvier dernier, c’est David Bowie qui avait tiré sa révérence après la sortie d’un disque puissant, Black Star. Leonard Cohen aura fait de même, quelques jours après la sortie de son ultime enregistrement, You Want It Darker, un album aussi crépusculaire qu’inspiré. Le genre de disque que l’on achète dès sa sortie et qu’on écoute en boucle pour découvrir, derrière une vraie ascèse musicale, des chansons d’une grande profondeur. Un disque de neuf chansons dont on ne pouvait s’empêcher de penser qu’il était emblématique de l’œuvre d’un artiste qui aurait mérité, comme Bob Dylan, le prix Nobel de littérature. Car, il est vrai, à ses débuts, Cohen avait d’abord commencé comme poète, un métier peu rémunérateur et la mise en musique de titres comme So Long, Marianne, Suzanne, Like A Bird… Suzanne avait ainsi été publiée dans un recueil de poèmes en 1966, Parasites of Heaven, avant qu’il en fasse une chanson un an plus tard. Et un tube planétaire.

Mais revenons aujourd’hui à cet ultime disque, à l’heure où tous les médias ont déjà longuement signé la nécrologie d’un artiste à la classe folle et qui est revenu sur le devant de la scène après avoir été ruiné par une manageuse malhonnête. Et fait une tournée mondiale remarquée. Oubliant parfois, au détour des hommages larmoyants de circonstance,  qu’à la sortie de son troisième album, Songs Of Love and Hate, en 1971, on avait identifié Cohen comme le « roi des chanteurs déprimants » et un artiste pas vraiment bankable.

Si Leonard Cohen a longtemps marié la sensualité au mysticisme, son tube repris par Jeff Buckley, Hallelujah est une ode à la vie et à l’amour et une espèce d’hymne  à l’orgasme, ce nouvel album sonne comme une série de longues prières avec la mort comme trame et des morceaux sublimes comme la chanson-titre. Il y évoque des  souvenirs d’enfance dans sa ville natale, imprégné des chœurs de la congrégation juive Shaar Hashomayim. La résonance de la guitare acoustique, soutenue d’une contrebasse, donne  une résonance particulière à la quête spirituelle d’un Cohen en paix face à la vie et qui regarde la vieillesse et la fin prochaine avec une vraie sérénité. « Hineni, hineni (me voici en hébreu) / je suis prêt mon Dieu« , chante cet artiste à la classe folle et à la voix plus profonde que jamais.

Le reste du disque est à l’unisson. « Je ne veux pas de pardon / Non, non il n’y a personne à blâmer / Je quitte la table / Je suis hors-jeu« , psalmodie Cohen dans une autre chanson, portée par les arrangements qui confèrent à l’ensemble un grand lyrisme. Une réalisation marquée par une production subtile de son fils, Adam Cohen, qui signe notamment un habillage jazzy  pour la chanson Treaty (pour l’une des deux versions avec un  quatuor à cordes), un texte en forme de métaphore pour une trêve entre deux amoureux.

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Pour ceux qui ont pu voir Cohen sur scène, ils se souviendront longtemps du charisme d’un artiste qui savait jouer sur les moindres nuances d’un texte pour en exprimer la subtilité  sans forcer sur la sono et nous embarquer dans un univers où il savait dépasser la banalité du quotidien.

Cohen n’est plus mais il laisse une œuvre d’une rare densité et qui sera à tout jamais indémodable. Et dire qu’il y a huit ans, pour son retour forcé sur scène, il disait à son producteur français, Gérard Drouot : « Vous êtes sûr que je peux faire des concerts ? Je suis un artiste du passé. Mes chansons n’intéressent plus personne. » Pour ceux qui pourraient encore en douter, son œuvre prouve que Leonard Cohen restera un des grands noms éternels de la poésie chantée.

(*) Disque Columbia/ Sony Music

 

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