Les révoltes toniques de Melissmell

6695461-e1473243329868Troisième album de Melissmell, L’Ankou (*) porte la griffe d’une artiste qui n’a pas rangé ses révoltes au rayon des souvenirs. De sa voix rauque, elle lance des mots comme des armes pour dire quelques vérités à  cette époque de consensus mou.

L’Ankou est tout sauf un disque tiède. En quinze titres, Melissmell, déjà remarquée par Aux armes et Ecoute s’il pleut, n’est pas du genre à se résigner. Il est vrai, la vie n’a pas épargne cette jeune femme qui se bat, depuis ses 11 ans, contre une maladie génétique. Dans une interview à RFI, elle souligne : « Ma voix ne vient pas que de là. Mais au moment où on m’arrache ça, ce sont les viscères qui sont dans la gorge. J’ai eu encore plus de rage. Avant cela, je chantais déjà en amateur, mais je n’avais pas l’intention d’en faire mon métier. J’allais chanter dans les rues, dans les squats, jusqu’à ce qu’on me dise de continuer encore et encore. »

Sous l’influence d’artistes comme deux de Noir Désir, Brel ou encore Ferré, Melissmell frappe fort ici en plaçant son disque sous le signe de… la mort. L’Ankou est une créature mystique qui représente la mort dans la mythologie bretonne. Et dans la digne lignée d’un Ferré, elle l’évoque sans baisser les yeux devant le Mal dans une chanson : « « Dieu et le Diable, il faudra bien les pendre » !

2190303513Au gré des quinze titres, Melissmell nous change un peu de la chanson molle si à la mode s’en prenant au capitalisme fou (Citadelles), évoquant la destruction de la planète (dans Les Rivières) ou encore la violence terroriste dans Le Pendu, une chanson écrite juste après Charlie Hebdo. Elle y lance notamment : « Et pendez votre Dieu comme vous pendez les femmes ». Elle souligne : « Bizarrement, ceux qui ne représentent pas leurs dieux ne représentent pas les femmes non plus. C’est donc une affirmation des clivages entre les femmes et les hommes dans notre société, où il n’y a pas d’égalité, où la femme représente le diable, la tentation. » Et un titre qui est un double clin d’œil au Villon de la célèbre Ballade des pendus et au Rimbaud du Bal des pendus.

Musicalement, la voix rauque de l’artiste est mise en valeur par une orchestration concoctée avec la complicité  de Matu (qui œuvra, aux claviers, avec Indochine et Mano Solo), portée par les guitares de Daniel Jamet (La Mano Negra). Et sa puissance fait passer une sacrée dose d’émotions.

Se définissant elle-même comme « un fauve » quand elle est en scène, Melissmell (alias Mélanie Coulet) ne signe pas qu’un album sombre et son appel aux visionnaires du Chant des éclairés ne manque ni de souffle, ni d’optimisme. Même si le disque se termine par la belle chanson presque testamentaire : Adieux. Sans doute parce que cette vraie battante et amoureuse de l’existence souhaite évoquer tout ce qui la touche dans la vie. Une forme de litanie d’une artiste qui n’a pas envie d’attendre pour prendre la vie à plein bras.

En un mot, un disque puissant, inspiré et inspirant.

(*) Disque Pias/ Discograph

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s