Lavilliers : toujours pas peur…

capture-decran-2016-09-24-a-16-45-50C’est en proposant une version remastérisée de son disque Pouvoirs (*), paru en 1979, que Bernard Lavilliers fait son retour avec une tournée de quelques dates. Impressions sur cette nouvelle étape musicale.

Avec son 21e album studio, Acoustique, Lavilliers avait fait de belles manières un retour dans son riche répertoire pour proposer de nouvelles versions (en solo comme en duo) de certains titres. Avec, au final, de belles surprises, notamment la splendide version d’Idées noires avec Catherine Ringer. Cette fois, il a décidé de sortir une version remasterisée de Pouvoirs, paru en 1979 et qui allait marquer une rupture, pas toujours comprise, par son public de l’époque. Ensuite, ses séjours au Brésil comme en Jamaïque allait lui faire emprunter d’autres chemins musicaux car l’homme était et reste un défricheur.

A l’écoute, on peut être un brin déçu car il n’y a rien de neuf sous le soleil depuis la version originale, mis à part un son « propre ». Mais, c’est strictement le même album qui reste, trente ans après, un disque inégal. Il y a des perles : Fortaleza en premier lieu dans laquelle l’auteur montraient déjà son sens des récits épurés sur des musiques délicates. Ou encore Bats-toi, où il restait fidèle à un univers musclé : celui des rings et de la scène qui est une autre forme de match. D’autres titres n’avaient rien, il faut le dire, de palpitant : que ce soit Fuckin’Life ou encore Ringard pour le reggae. Avec le temps, le constat est encore plus net.

Et puis, il y avait l’ensemble de chansons de 73247907la face A qui, en 27 minutes environ, donnait au disque son titre (ci-contre) : cette évocation de La Peur, de l’impérialisme américain qui déjà régissait le monde et les échanges (Urubus), entre autres…

A l’époque, Léo Ferré, qui reste toujours un modèle pour Lavilliers, avait été (dès 1969)  le pionnier de textes fleuve avec des incontournables : Le Chien, Il n’y a plus rien, ou La Violence et l’ennui (sorti bien plus tard en disque mais écrite à la fin des années 60). Et l’influence du révolté toscan se voyait nettement dans la technique d’écriture de Lavilliers.

A la sortie de Pouvoirs, celui-ci avait d’ailleurs signé une série de concerts qui s’ouvraient par ce long texte et se terminait par un Plus dure sera la chute, où, du moins le soir où je le vis à Marseille, Lavilliers terminait aux congas, torse nu dans un déluge de décibels, comme en  hommage aux Doors et aux compagnons de route qui, parfois, s’étaient perdus dans les paradis artificiels.


Expliquant son désir de revisiter cet album, Lavilliers déclarait à L’Humanité au début de l’été : « On y trouve le thème de la peur, qui depuis le début est le chantage du pouvoir. La peur de perdre son travail, la peur du terrorisme, le chômage qui est une peur terrible. Le premier chantage, c’est celui-là. Je le dis dans Les Mains d’or, un homme ou une femme doit avoir un toit, et un travail qui le (la) nourrit ainsi que ses enfants. On est dans une société à deux ou trois vitesses. La lutte des classes existe toujours. On le voit avec la loi travail, il y a un ras-le-bol qui s’exprime. Ce sont des gens de gauche qui sont au gouvernement et ils font passer des trucs que même Sarkozy n’aurait pas osé faire ! « 

000_9379pUne réflexion qui ne peut que paraître juste pour qui s’intéresse encore au monde comme il ne va pas et à la politique. La déception est ailleurs : on pourrait faire l’économie de l’achat du disque – malgré le beau graphisme de la pochette, moderne, signée Sophie Lavilliers – car il n’y a rien de bien nouveau sous le soleil, mis à part trois reprises sur un deuxième CD. A l’aise dans tous les registres, Jeanne Cherhal donne une version personnelle, avec une belle montée mélodique et rythmique, de La Promenade des anglais, offrant même un écrin plus subtil que l’original à cette chanson. Inspiré, malgré une diction parfois un peu trop surligné du chanteur, Feu ! Chatterton promène ses arrangements sur Frères de la Côte quand Fishbach fait de même en donnant un sacré coup de jeune à Frères Humains Synthétisés. On se dit alors qu’il aurait fallu offrir à d’autres artistes le soin de « relire » ce disque concept, même si reprendre Fortaleza est aussi périlleux que se lancer dans Avec le temps, pour que la surprise soit bel et bien au rendez-vous.

Il est vrai, Bernard Lavilliers met la dernière main à son prochain album, inédit cette fois, dont la sortie est prévue pour 2017, donc il faudra attendre pour avoir de vraies surprises. Entre temps, il continue, dans une  tournée éclair, de célébrer  Pouvoirs dans le climat débilitant actuel, ce qui n’est déjà pas si mal, et fait halte le 7 octobre à la salle Pleyel à Paris.

(*) Disque Barclay/ Universal

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