La mémoire vive d’Allain Leprest

021La voix profonde et la diction parfaite de Jehan et ‘accordéon-miracle de Lionel Suarez offrent un écrin magnifique à l’univers d’Allain Leprest. Pacifiste inconnu n’est pas un énième disque de reprise (*) mais une résurrection fraternelle du monde de mots et de maux d’un auteur trop tôt disparu. Indispensable dans la discothèque des amoureux de la chanson française.

Le 15 août 2011, Allain Leprest a décidé de tirer sa révérence, face à la maladie qui semblait en rémission. L’homme a laissé derrière lui des chansons splendides, souvent habillées de musiques par Romain Didier, et des textes qui le plaçaient en filiation directe d’un Jacques Brel. Et puis, se barrer sur la Couv-album-Pacifiste-inconnu1-600x600pointe des pieds un 15 août, jour dédiée à la vierge Marie, cela ne pouvait être qu’un ultime pied-de-nez d’un athée rebelle. Lors de ses funérailles, Francesca Solleville avait cité quelques mots d’une chanson inédite, à elle confiée par Leprest : « Ni épitaphe, ni rature, saluez les morts d’amour ! »

La mort ne met pas un terme aux dialogues entre frères d’âme et Jehan, l’amoureux de Dimey, ne pouvait pas retrouver Lionel Suarez, accordéoniste aux doigts de fée et aux soufflets d’enfer – il a aussi bien joué pour Nougaro sur son album posthume que récemment avec Jamait –  pour revisiter l’univers de l’ami Leprest. Avec juste une guitare discrète ponctuelle,  quelques accords d’un piano pudique et surtout ce piano dit du pauvre et la voix rauque de Jehan, les chansons de Leprest reprennent magnifiquement vie dans cet écrin d’épure. Il  suffit de redécouvrir une chanson qu’il faudrait faire chanter dans toutes les écoles, Je ne te salue pas, en droite ligne inspirée par Prévert, pour percevoir la finesse de l’interprétation du duo. Et quand Jehan dit Leprest, on a presque l’impression d’avoir affaire à des inédits, tant l’artiste sait mettre en bouche et s’approprier les mots de l’ami disparu. « Parfois, dit Jehan, une chanson décolle. Et il faut reprendre les autres pour qu’elles soient au même niveau. »

Enfin, il y a une miraculeuse moisson d’inédits, notamment ce texte bouleversant sur la Grande guerre et ce 14/18 que Leprest avait écrite, en un temps record, au café à Ivry et donné à son ami ces mots qui les a mis en musique. Une fois encore, Leprest prouvait comment, dans une grande économie de mots, il pouvait toucher au cœur. « Il était quatorze/ Et puis quinze et seize/ Il était dix-huit/ Il était des roses/ Dans le Père Lachaise/ Il était la suite. » En ultime rappel,  les mots de Leprest sonne comme un ultime testament du poète, amoureux de Blondin et des chansons de marin : « Aimer faut y croire c’est par rien/Pour un’ou deux fois rien d’chagrin. »

Alors, une fois écouté l’album, il ne reste qu’une chose : guetter le duo pour retrouver les chansons de Leprest dans toute leur  puissance mais aussi leur délicatesse. Après Paris, le 27 janvier au studio de l’Ermitage, ils seront le 28 à Toulouse, entre autres. A voir sans barguigner : replonger dans l’univers de Leprest permet de se sentir regonflé à bloc. Et prêt à affronter les conneries du monde…

(*)Ulysse Productions

 Je ne te salue pas version 2016

Le clip officiel du duo pour Trafiquants

Allain qui ne « salue pas ». Une scène de 1999.

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