L’ ivresse contagieuse de Gérard Pierron

FA8519Gérard Pierron est un artisan discret de la chanson. De disque en disque, il célèbre les bons mots avec de délicats arrangements. La douce ivresse est à l’honneur de son dernier disque gouleyant : Chante vigne, chante vin (*).

On connaissait le talent de Gérard Pierron quand il s’agissait de mettre en musique la poésie populaire des bords de Loire et notamment les mots d’un certain Gaston Couté, un poète-paysan et libertaire. Avec François des Ligneris, aubergiste-vigneron de Saint-Emilion, il s’est lancé dans une autre aventure : celle de monter un spectacle sur le thème de la vigne et du vin.

De sa voix douce, l’artiste célèbre l’ivresse des mots et la dive bouteille dans un hymne au partage et à la bonne chère. Valse, tango, jazz, mélodies à la Django, cet opus célèbre les fruits de la hqdefaultvigne sur tous les rythmes et Gérard Pierron a eu la main heureuse en réunissant les mots de Gérard de Nerval (Gaieté) à la poésie nomade d’André Hardellet (Sur les grand’routes) , en passant par Gaston Couté, bien sûr, mais aussi Léo Ferré (L’Âme du rouquin), Paul Valéry (Le Vin Perdu). L’homme est un dénicheur sans frontières et c’est du côté de Marseille qu’il est aussi allé chercher les mots d’un poète au long cours, Louis Brauquier, dont il faut absolument redécouvrir l’univers. « Chante vigne, chante vin, chasse la peine des hommes/ Sans la vigne, sans le fin, ma chanson ne vaudrait rien » lance ainsi Gérard Pierron en empruntant la chanson-titre de son album à Yves Sandrier, qui écrivit ce texte dans son lit, bloqué par la maladie qui allait le faire mourir avant qu’il n’atteigne ses 20 ans.

Deux plumes et pas des moindres – le regretté Allain Leprest et Gilbert Laffaille – ont offert deux titres inédits à l’ami Pierron pour ce voyage en pays de vignobles. Un beau travail d’artisan des mots et des notes qui a demandé deux ans de préparation au chanteur, entouré ici de trois musiciens inspirés : Francis Jauvain qui passe de l’accordéon au saxophones; Pierrick Hardy, aux guitares comme aux clarinettes ou encore Jean-Philippe Viret, au piano et à la contrebasse.

Le mot de la fin – même s’il ne figure pas dans ces variations musicales –  au grand poète persan né en 1048,  Omar Khayyam, qui a écrit ces vers qu’il faut régulièrement se mettre en bouche :

« Renonce,
renonce à tout
dans ce monde :
fortune, pouvoir, honneurs.
Ecarte tes pas
de tout chemin
qui ne te conduira pas
à la taverne.
Ne demande rien,
rien ne désire –
hormis du vin, des chansons,
de la musique, de l’amour !
Noble et beau jeune homme,
saisis l’outre,
empoigne la coupe.
Bois !
Mais, prends garde !
Ne sois pas frivole,
tâche de ne point parler
à tort et à travers…
Bois du vin doré !
il est pour l’esprit le seul repos,
baume incomparable
pour le coeur blessé.
Si tu te vois partout traqué
par la meute des chagrins,
Si tu te sens près d’être englouti
par le déluge des tristesses,
accroche-toi sans peur
au délicieux vin doré.
C’est la seule manière
de te sauver. »

(*) Disque Frémeaux & Associés

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