Jamait : avec le temps…

Yves-Jamait---Photo-Promo-1-BDDeux ans après Amor fati, Jamait signe un sixième album, Je me souviens. L’exercice du souvenir est prétexte à quelques beaux couplets mélancoliques sur le temps qui passe et ceux qui sont partis même si Jamait n’a pas laissé son appétit de vivre en coulisses.

Yves Jamait a eu plusieurs vies (cuisinier, infographiste…) avant d’arriver sous les projecteurs sur le tard. Alors quand en 2003, son premier groupe publie De vers en vers –l’époque où il opte pour ce nom de scène- l’homme a dans sa besace bien des choses à raconter. Et ceux qui ont facilement catalogué ce Dijonnais d’origine en nouveau Gavroche devraient réviser leurs gammes : Jamait arbore une casquette plus venue d’Irlande  et de ses quêtes politiques que de Pantruche. Avec Je reviens (*), c’est un artiste plus mélancolique – même s’il n’a rien perdu de le désir de vivre – qui revient évoquer le temps qui voyage parfois avec la faucheuse.

La mort est présente dans ce disque avec des textes comme « Qui sait ? », « Je ne reviendrai plus ». Y a-t-il un moment où l’on ressent le besoin de regarder dans le rétroviseur de sa vie pour en parler ?

Yves-Jamait---Photo-Promo-3-BDQuand à 6 ans, j’ai pris conscience de la camarde, j’ai été traumatisé et je crois que tous mes albums évoquent le temps qui passe mais celui-ci est peut-être plus marqué.

La mort fut toujours un traumatisme ?

On ne peut pas dire que l’idée m’enthousiasme ! Avec le temps, grâce à la philosophie et un certain nombre d’autres pratiques, j’ai, sinon compris, du moins fini par admettre sa présence, sans pour autant croire à un quelconque « ailleurs ». Cela dit, ce disque évoque aussi bien le temps qui passe, que le temps présent et celui à venir.

« J’ai appris » fait-elle référence à une seule personne disparue ?

Oui, mais que je n’ai pas voulu nommer directement : c’est Jean-Louis Foulquier avec lequel j’avais une jolie relation. Quand j’ai appris la nouvelle de sa disparition un soir, j’ai fait le sourd et ce n’est que le lendemain matin que je me suis rendu à l’évidence d’où le point de départ de la chanson. Pour autant, je ne voulais pas le citer directement mais je voulais évoquer ce qu’on ressent à la disparition d’un être cher. J’avais eu la chance de passer quinze jours avec lui à l’Île de Ré : je cherchais un gite et il en avait un. Nous avons passé deux semaines à avoir des discussions passionnantes le soir sur la chanson française. Un mois avant sa mort, je lui ai téléphoné et il débordait encore de projets, notamment de l’envie de faire un spectacle sur Dimey.

Dans l’écriture, êtes-vous un adepte du pain perdu, des petits bouts de phrases que l’on garde et qui deviennent une chanson ?

En tant qu’ancien cuisinier, l’idée m’arrange bien et je le fais. Je note des petites choses. Je pourrais très bien vivre sans écrire mais toutes mes expériences me nourrissent et d’un déclic peut  jaillir une phrase qui nourrira une chanson bien plus tard. Mais, dans ce disque, tous les textes sont assez récents et j’ai plus utilisé d’anciennes mélodies sur lesquelles j’ai dû coller mes textes.

Y a t-il des thèmes qui ne vous intéressent pas ?

J’ai envie de dire que je prendrais tout si je parviens à en tirer une bonne chanson. Mais, il faut que je trouve quelque chose d’universel dedans. Ensuite, je peux y glisser un truc intime comme dans « Vierzon », où j’évoquais le fait de retrouver un père que l’on n’a jamais connu.

En regardant en arrière, avec un parcours professionnel plutôt varié, feriez-vous un choix ou garderiez-vous tout?

Entre les remords et les regrets… C’est difficile car ce qui ne te tue pas te rend plus fort. Même ce que je peux regretter, même si sur le coup ce fut parfois difficile à vivre, a dû me construire. C’est très difficile de rejeter des choses dans sa vie.

Avez-vous un artiste de chevet ?

Maxime Le Forestier et à toutes ses périodes. Je connais presque toutes ses chansons par cœur. J’ai été heureux car il m’a invité à dîner chez lui le 29 janvier dernier et ce fut un moment très agréable. C’est un mec bien. Je l’ai découvert quand j’étais cuisinier dans une colo avec son premier disque, celui avec la rose sur la pochette, celui d’Education sentimentale. Je me suis rendu compte qu’il y avait d’autres mots qui existaient que les miens. J’avais cinq copains qui étaient entrés dans les paras et quand j’ai écouté Parachutiste, qu’il faisait rimer  avec fasciste, ce fut encore  un petit choc. Son monde m’a bousculé. A chaque sortie d’un de ses albums, son écoute reste un petit cérémonial. L’exercice est d’autant plus formateur que Maxime est allé très loin dans ses recherches musicales. Pour l’anecdote, son fils cadet, Arthur, fera ma première partie du 12 au 14 décembre à Paris au Pan Piper.

Pourquoi terminer par les couplets ironiques de « Les Salauds » ?

J’aime bien construire un album comme une BD ou un tableau , qu’il y ait une cohérence. C’était aussi une manière de dire : « Arrêtez de vous enfermer dans un camp, de croire que vous avez la vérité ! Car des salauds, il y en a partout. » Sans vouloirs donner des leçons, ni donner de la voix pour un groupe. Je suis assez d’accord avec Desproges qui disait « Moins de deux, c’est mieux ». Surtout avec la mode actuelle du communautarisme. La chanson est partie d’un refrain que j’avais commencé sur mon dictaphone en conduisant.

Avec la chanson « Réalité », il y a un petit coup de griffe sur toute la télé-réalité dont on nous abreuve…

Cela devient parfois une insulte au métier que je fais. Je viens d’organiser au Zénith de Dijon, un « Bar à Jamait » où j’étais entouré d’artistes comme Anne Sylvestre, Art Mengo, Sanseverino… réunis durant plus de trois heures devant 4 000 personnes . C’est une autre manière de faire ce métier. J’ai envie de citer Brel qui à la question de Denise Glaser lui demandant : « Etes-vous une vedette ou une star ? » répondait : « Je vais prendre vedette car star, c’est un mot un peu démodé. » Déjà… La vie d’artiste, ce n’est pas que de gagner un concours. C’est un truc d’artisan. Et puis, cette télé dite réalité a déjà provoqué des morts et certains se font des thunes là-dessus. J’ai voulu faire une critique légère.

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Pourquoi avoir envie de signer à deux voix avec Sanseverino ce bel hommage à « L’Accordéon » ?

Quand je sortais un nouvel album, il y a avait toujours un journaliste pour me dire qu’il y avait toujours de l’accordéon. Pourtant, ce n’est pas une maladie, non ? Ce qui est drôle c’est que mon accordéoniste n’a pas composé une musette mais une mélodie en cinq temps. Ce qui m’a donné envie de téléphoner à Sanseverino qui avait bossé avec Samuel Garcia et Marcel Azzola est venu faire quelques variations. Au départ, il devait même y avoir Corti et Galliano, c’est dire… Et, avec Sanseverino, on sait que l’on peut s’attendre à des improvisations.

Qu’a apporté la présence musicale de Manu Eveno et Guizmo de Tryo à cet enregistrement ?

Une énergie. J’avais croisé le groupe aux Nuits de champagne en 2014. Nous avons fait des essais et Manu, par exemple, a amené mes morceaux là où je ne m’y attendais pas avec des perçus, des flûtes, des violons. Mais je voulais conserver l’accordéon, le bandonéon et les claviers et Samuel Garcia est venu apporter sa touche. Pour cet enregistrement, j’ai été un peu spectateur, j’écoutais en étant moins impliqué et en me laissant parfois aussi convaincre. Le résultat de Je ne reviendrais plus, et son univers à la Bashung ou Miossec, avec un langage plus imagé, m’a presque étonné. Mais je ne suis pas sûr que je pourrais basculer dans ce style d’écriture car, sur scène, j’ai besoin d’interpréter une histoire.

(*) Disque Wagram

 

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