Quand Queneau croquait la chanson

FA5491Passionnant pour tout amateur de chansons,  le coffret Raymond Queneau et Paul Braffort : chansons d’avant l’Oulipo (*). C’est un retour sur une époque riche des années 50 où le célèbre romancier et co-fondateur du mouvement Oulipo a signé bien des textes passés à la postérité.

L’Oulipo, c’est l’acronyme passée à la postérité pour l’Ouvroir de littérature potentielle, dont Raymond Queneau fut le cofondateur en 1948  et Paul Braffort (mathématicien, chercheur, auteur, compositeur) un membre actif depuis 1961. Réunissant littéraires (tel Italo Calvino et Georges Pérec) et mathématiciens, le groupe international comptait de nombreux membres qui se définissaient eux-mêmes comme des « rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir. »

Si la vocation musicale de Raymond Queneau, cet  enfant du Havre, a tourné court – les gammes le lassaient et il a vite abandonné le piano – l’auteur de Zazie dans le métro est venu à la musique par des chemins de traverse : d’abord la mise en musique de ses poèmes, et ensuite des commandes pour des ballets de Roland Petit ou pour le film Gervaise. Si la plupart des chansons souvent oubliées et regroupées dans le coffret ont été conçues avant la naissance du mouvement, elles témoignent d’un certain état d’esprit à la Queneau où les histoires racontées sur des mélodies ciselées témoignent d’un humour certain et du sens d’une narration décalée.Raymond_QueneauC’est ainsi Queneau (ci-contre) qui signe le premier tube de Juliette Gréco, Si tu t’imagines, que l’on retrouve ici dans sa version originale, avant de découvrir sa belle version de La Complainte. Quant à Zizi Jeanmaire, elle offrait sa voix pleine de gouaille à une réjouissante Croqueuse de diamants. Ou qu’Hélène Martin interprète avec tact un Saint-Ouen blues.

Outre un  deuxième CD qui permet d’entendre Yves Robert, sa compagnie et les Frères Jacques dirent Les Exercices de style ou encore Jacques Fabbri donner ses versions de Queneau, un troisième et  dernier CD fait découvrir les opus signés Paul Braffort. Un univers tout à fait original où le scientifique livre un voyage sentimental dans Le Blues de la banlieue (déjà), fait une explication non dénuée d’humour des lois physiques dans Des atomes et des hommes. Sans oublier quand il se fait l’interprète du plus célèbre tableau de Vinci dans le réjouissant et désuet Menuet pour la Joconde. Et l’on sent bien des similitudes avec le ton de l’artiste amateur de swing  et celui d’un Boris Vian. En prime, il y a les interprètes de marque de cet auteur : Barbara, Mouloudji ou encore Catherine Sauvage dans La Polka des tortues.

 

En sortant la plupart de ces pièces de l’oubli, ce coffret fait revivre tout un état d’esprit et une époque où l’humour était aussi une philosophie de vie à côté d’artistes plus ouvertement engagés.

 

(*) Disques Frémeaux & Associés

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