Quand Bernard Lavilliers joue l’épure

4304445_lavilliersQuarante ans de carrière, cela valait bien un anniversaire particulier. Encore fallait-il trouver la bonne idée. Lavilliers n’en manque pas et le prouve avec un album Acoustique (*), de belle facture

Moins d’un an après avoir sorti Baron Samedi – sans doute un de ses cinq meilleurs disques –  Lavilliers aurait pu s’offrir un best-of de plus, donner ses mélodies  en pâture à la jeune génération comme il est de mode de le faire pas ces temps.  Il a préféré prendre le risque de l’épure et d’un retour personnel dans son vaste répertoire.

Sous la direction de Romain Humeau, leader du groupe Eiffel et déjà producteur du dernier album, il revisite ainsi certaines de ses chansons où la chronique sociale le dispute aux carnets de voyage. Quatorze titres pour résumer une telle carrière, c’est peu. Mais le choix est fort.  De Saint-Etienne, dédiée à sa ville de naissance et écrite en 1974, à Traffic, en passant par Les Mains d’or, il redonne un autre visage à des titres dont certains sont des tubes qui ont marqué leur époque.

Lavilliers a compris depuis longtemps qu’il avait une voix  capable de bien des modulations pour ne plus avoir besoin de sortir les muscles en permanence. Exprimer la révolte permanente et le désir de vivre passe aussi par la façon de dire les  mots et une musique qui joue en retrait permet de mettre justement la voix au premier plan et de redécouvrir certains textes. La belle image de la pochette, au graphisme très réussi signée de Sophie Lavilliers,  est déjà une invitation au voyage avec la photo de l’artiste saisie en studio, le visage concentré et, à la main droite, le bracelet que lui a offert le chef indien Raoni dont il soutient depuis longtemps les combats pour la préservation de la forêt d’Amazonie.

Et ce voyage est fait pour durer dans les mémoires. Il y a quelques beaux duos. On savait la complicité  qui unissait Catherine Ringer et Bernard depuis une mémorable rencontre sur Monsieur William, de Ferré et Caussimon, lors d’un Taratata de très belle facture. Ensemble, ils donnent une autre JLA_Lavilliers_FerberSept2014mqdefaultlecture d’Idées noires, dont la version originale de 1983 était partagée, non sans brio,  avec Nicoletta.  Oxmo Puccino offre aussi une seconde jeunesse à ces Barbares qui ont marqué à tout jamais le répertoire du Stéphanois et la manière que le  rapeur a pour dire les textes  prend ici une saveur particulière.  Le moins inattendu est sans doute le duo avec Jean-Louis Aubert sur On the road again, que Lavilliers a déjà souvent chanté avec d’autres. La surprise est en revanche bien au rendez-vous avec l’irruption de l’artiste sénégalais  Faada Freddy sur Melody Tempo Harmony.

Et c’est en solitaire que Lavilliers parvient, avec ses diables de jeunes musiciens, à faire encore la différence.  Notamment la splendide guitare flamenco qui donne à Petit une extraordinaire légèreté « grave ». Ou la mélodie revisitée des Mains d’or qui souligne une fois encore la force brute d’un texte dédié à l’univers du travail. Sans oublier les incursions d’orgue sur Fensch Vallée et le dialogue des guitares et des cordes sur Betty, beau poème, dédié à une amie qui est en taule.

Il ne reste plus qu’à retrouver Lavilliers sur scène pour partager ses révoltes intactes avec de l’intimité en plus.

(*) Disque Barclay

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