Leonard Cohen : l’élégance tranquille

LeonardCohen_Popular-Problems-coverA juste 80 ans, Leonard Cohen continue sa route avec Popular Problems, le treizième album d’un artiste toujours aussi inspiré et qui aime prendre le temps de vivre, comme de chanter.

Treize disques  pour une si longue carrière – 46 ans –  le chiffre est modeste mais Leonard Cohen n’est pas du genre à s’énerver. Pour ce retour, le créateur de Suzanne, l’homme dont les chansons ont fait l’objet de plus de 1 500 reprises, offre un disque en forme d’épure : neuf chansons sur un peu plus de trente-cinq minutes. Mais un opus ciselé porté par la voix chaude et de plus en plus profonde de sage qui s’est donné le temps de vivre, de méditer et d’écrire selon son inspiration. Et s’affiche avec élégance, une canne en main, sur la pochette du disque, comme pour symboliser qu’il est toujours en route…

D’emblée, il donne le ton avec Slow, un éloge de la lenteur.  « Ce n’est pas parce que je suis vieux, j’ai toujours aimé la lenteur » glisse t-il, aimant toujours cultiver l’autodérision et l’humour. Vivre vite et mourir jeune ne font pas partie de la philosophie d’un artiste qui dédie son ouvrage à Kyozan Joshu Sasaki Roshi, son maître bouddhiste, mort en 2014 à 107 ans ! Fidèle à sa manière de chanter, Cohen a poli ses chansons, en artisan minutieux. Quatre décennies lui auraient été nécessaires pour finaliser ainsi Born in chains, où les chœurs féminins viennent adoucir la voix sombre de ce blues gospel. Avec, au passage, la profession de foi tranquille d’ Almost like the blues où tout est suggéré dans le « almost »…

Savoir prendre du recul n’est pas, chez lui, synonyme de détachement égoïste. L’homme sait dire sans asséner.  La preuve avec Nevermind, un très beau texte  sur un homme marqué à jamais par la guerre et dont la mélodie est marqué par l’éclat d’une voix de femme qui apporte un peu d’espoir en chantant « Salaam », « paix » en arabe comme une référence aux conflits qui déchirent le Moyen-Orient. De même,  il évoque l’ouragan Katrina  qui a dévasté les Etats-Unis dans Samson in New Orleans.

leonard-cohenPour la sonorité générale du disque, Cohen a œuvré en grande partie avec Patrick Leonard, compositeur, arrangeur et producteur qui a travaillé avec Madonna, Bryan Ferry, Elton John ou David Gilmour : il  habille avec précision l’univers de Cohen sans le dénaturer. Derrière certaines programmations, le violon, l’instrument yiddish par excellence, est bien présent avec sa capacité à exprimer aussi bien la joie que les larmes. Et la batterie peut jouer une rythmique hillbilly dans Did I Ever Love You, dont le refrain permet à au chœur féminin de nous embarquer dans un voyage sensuel.

Les « Problèmes populaires » (*) célébrés par Leonard Cohen  nous poussent à  écouter cet album dense en boucle, tant l’artiste a un talent fou. Et une inspiration qui n’a pas pris une ride.

(*) Disque Columbia

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