Brassens : la sobriété en scène

FA5455Le chanteur Sétois ne prisait guère les enregistrements « live » et n’en avaient publié qu’un de son vivant. Depuis sa mort en octobre 1981, on découvre gravé cet autre aspect de son art. Tel ce Live in Paris (*) capté dans les studios d’Europe 1…

En 1961, Georges Brassens est déjà une figure installée dans l’univers de la chanson. La consécration, ce fut, pour ce timide, le 23 février 1954 quand il se produisit dans le temple du music-hall : l’Olympia. Sur scène, on le sait, Brassens a un cérémonial réduit à sa plus simple expression -aujourd’hui, on peut établir un parallèle avec des dernières prestations d’un Paco Ibañez- il pose le pied gauche sur un tabouret, ne change pas de position et, avec dans le dos le fidèle Pierre Nicolas à la contrebasse, il livre pièces anciennes et nouvelles de son répertoire. En prime, quand il entame un couplet grivois un magnifique sourire, un brin narquois,   éclaire son visage, celui de l’étudiant conscient de faire une belle farce. Une épure qui permet de découvrir au plus près, sans les fioritures d’un quatuor de musiciens, les mots d’un auteur exigeant : « Souvent, je bute sur un mot. Je FR : Retro Georges Brassensgarde alors le texte deux ou trois mois jusqu’à ce que je trouve le mot juste. Je suis très exigeant.« 

Brassens avait une autre habitude et une autre fidélité. Il aimer tester ses nouvelles chansons dans les studios d’Europe 1, la station périphérique alors plus contestataire qu’aujourd’hui, et qui avait diffusé ses chansons très tôt, y compris celles qui étaient interdites d’antenne. Avec Pierre Nicolas, Brassens venait à Europe 1 pour « maquetter » le futur disque, jugeant de l’équilibre des mots et des musiques avant de graver définitivement la chanson sur un album. De fin 1955 à début 1956, lors d’une série d’émission avec René Fallet, l’écrivain et l’ami, Brassens propose une vingtaine de chansons dans une atmosphère chaleureuse.

« Chez moi, le musicien est plus instinctif que le poète » confiait Brassens dont on mesure pourtant, à travers de tels enregistrements, comment il polissait chaque jour son art, comment son épure était le fruit d’un travail minutieux.  Et comment la musique et la rythmique n’était pas passée au second plan. Dans un enregistrement tel que celui-ci, on voit comment le swing cher à Brassens prend parfois des allures de blues. En tout cas, c’est une belle manière d’entendre des versions originales de La Légende de la Nonne ou la belle Ballade des cimetières.  Des retrouvailles avec un artiste qui faisait de la pudeur une armure pour se protéger des mirages du show-business.

(*) Disque Frémeaux & Associés

Une musique sans frontières, la preuve…

imagesUne séance de rattrapage pour évoquer le bel album de Djamel Djenidi : De Sète à Alger – Brassens en Chaabi.  Soutenu par l’Association Auprès de son arbre, cet artiste algérien revisite à la sauce orientale et cette musique traditionnelle, née dans la casbah d’Alger au début du XXème siècle,  l’univers du Sétois. On découvre avec étonnement sa version des Passantes, de album7476L’Assassinat ou du Testament et surtout deux versions en arabe : Khad el warda (Une jolie fleur) et Twahacht h’bibti (Je rejoindrai ma belle) qui sont splendides. Un hommage fort à Brassens que Djamel Djenidi a vu deux fois en scène : « Quand je suis venu en France, je suis allé voir Brassens, en concert, deux fois, dont une à Bobino ». Il a fallu six ans de travail à ce musicien installé à Montpellier pour parachever son ouvrage. Et permettre un partage entre deux cultures musicales. Il conclue : « Le chaabi est très populaire de l’autre côté de la Méditerranée, ça permet de faire découvrir Brassens aux jeunes générations. Ici, on connaît Brassens mais pas le chaabi, c’est donc un bon échange. »

 

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