Lavilliers vibre encore à l’Olympia

DSCN6532Silhouette burinée par la route et voix d’or, grave et chaleureuse, Bernard Lavilliers a fait,  entre les deux tours des Municipales, un retour à l’Olympia. Une prestation marquée par un choix harmonieux de textes et une mise en ondes de très belle facture grâce à des musiciens au top.

Face à la violence, il dégaine la poésie de la route. Il aurait pu donner de la voix après le premier tour des Municipales et le score du Front national : Lavilliers a préféré -et il a eu raison- utiliser la musique comme un « cri qui vient de l »intérieur » et offrir, plus de deux heures durant, un voyage bien mené dans son répertoire. Tout au plus, au détour d’un vers de Pigalle la blanche, et « White, la peur qui vous rassure », a t-il glissé cette dédicace lapidaire :  « Ça, c’est pour Marine Le Pen« .  Mettant sur le devant de la scène une sacrée  bande de  musiciens,  il a offert une prestation de vieux renard des planches, poussant la voix par moment sur Trafic mais sachant aussi faire patte  de velours pour, douze cordes en main, entonner avec la salle On the road again, préalablement assortie d’un hommage à un « grand guitariste qui vient de mourir » : Paco de Lucia. A son âge et avec son parcours, Lavilliers dispose d’un luxe dont il ne s’est pas privé pour ce retour à l’Olympia : pouvoir picorer dans un répertoire vaste en télescopant . Reprendre Les Aventures Extraordinaires d’un billet de banque, avant de ré-interpréter dans une version splendide pour violoncelle et contrebasse, Noir et blanc avant de laisser les mots-prière de Betty surgir derrière l’arpège délicat de sa guitare solo.

Quand il parle, c’est pour glisser une anecdote de voyage. Evoquer, avec la gourmandise d’un chef de clan (et un accent plus corse que rital),   le souvenir d’un ami sicilien de sa mère, qui avait des affaires, et lui disait alors qu’il n’était qu’un adolescent : « Dans la vie, mon garçon,  il y a deux façons de faire, soit tu travailles, soit tu gagnes de l’argent. » Ou en introduction de Marin,  célébrer les joies du rhum avant d’évoquer ce matelot croisé à Kingston et qui lui disait de ne « pas boire de lait le matin ». Avant d’ajouter :  » Ça fait cailler le rhum de la veille… »

DSCN6525Bernard Lavilliers qui fait désormais plus parler l’émotion que le muscle -et c’est tant mieux, il y a un âge pour tout- Lavilliers,  impeccablement vêtu d’un costume anthracite, avec un col bordé de rouge et des chaussures de la même couleur. Quand on connaît la passion du voyageur pour Léo Ferré, on ne peut y voir qu’un clin d’œil de plus à l’auteur de Thank You Satan et ces vers : « Pour l’anarchiste à qui tu donnes/ Les deux couleurs de ton pays/ Le rouge pour naître à Barcelone/ Le noir pour mourir à Paris. »
Deux couleurs qui évoquent aussi le dernier hôte de l’univers du voyageur, ce Baron samedi, cher à la culture haïtienne :  cet esprit de la mort et de la résurrection se trouve à l’entrée des cimetières et se met sur le passage des morts. De la camarde, symbolisée par un dessin au cœur de la grosse caisse comme celui d’un drapeau des frères de la côte, il en sera question tout au long de ce spectacle, même si Lavilliers n’a pas donné sur scène la très belle chanson dédiée à sa mère, récemment disparue :  Sans fleurs ni couronnes.

Comme si, à près de 68 ans, le Stéphanois mesurait la chance d’être toujours debout et en forme sur la route quand d’autres copains de bamboches sont tombés dans le décor. Malgré les idées noires qui ont pu traverser sa carrière comme en atteste la reprise du beau texte du Clan Mongol. S’il sait que certains combats ne se gagnent pas contre le temps qui passe, il continue de tailler la route et de dire ses révoltes et ses coups de cœur.  Avec une interrogation présente sur scène à travers les paroles de Tête chargée : « Que peut l’art contre la misère noire/ La musique contre la solitude/ Les artistes contres les habitudes/ Que peut l’art/ Que peut l’art. » En guise de sortie -provisoire – de scène et d’ultime rappel, Lavilliers concluait par une des plus belles chansons de son dernier disque, Vivre encore,  en forme de manifeste avec son cri du cœur : « Survivre ici/ La bataille n’est jamais finie/ Quel vainqueur ? »

Cette escale de Lavilliers à l’Olympia fut un moment plein de force et de poésie : elle donnait le goût du bonheur malgré ces temps difficiles, hier déjà célébrés par Ferré…  Avec lui, et malgré le temps qui passe, un concert reste un bel hymne à la vie et à ceux qui ne renoncent jamais.

 

 

Sur la route :

Le 10 avril à Pau, le 11 à Bordeaux, le 12 à
Limoges, le 17 à Lille, le 18 à Amiens, le 19 à Dunkerque, le 24 à Clermont-Ferrand,
le 25 à Aurillac, le 26 à Toulouse,
le 14 mai à Nantes, le 15 à Angers, le 16 à Rennes, le 22 à Rouen, le 23 au Havre, le
24 à Caen,
le 5 juin Grenoble, le 6 à Marseille, le 7 à Toulon, le 11 à Lyon, le 12 à Auxerre, le
13 à Dijon, le 14 à Ruoms, le 18 à Saint-Étienne, le 19 à Montbéliard,
le 23 juillet à Carcassonne,
le 4 octobre à Auxerre, le 9 à Nancy, le 11 à Orléans

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2 réflexions au sujet de « Lavilliers vibre encore à l’Olympia »

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